La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 191 – Octobre 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


PAUL VI SUR LES AUTELS !
POUR LES PROFANER…

Conférence de frère Bruno de Jésus-Marie.

FRANÇOIS va donc porter le “ bienheureux ” Paul VI sur les autels d’une Église dont il a transformé le culte rendu à Dieu en «  culte de l’homme  », et la FOI en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, en «  foi et confiance en l’homme qui se fait Dieu  » (discours de clôture du concile Vatican II, 7 décembre 1965).

«  Notre humanisme devient christianisme, et notre christianisme se fait théocentrique, si bien que nous pouvons également affirmer  : pour connaître Dieu, il faut connaître l’homme.  » (ibid.)

Autrement dit  : au lieu de se convertir au christianisme, «  notre humanisme  » nouveau en prend la place et du coup, en devient «  théocentrique  », puisque “ Dieu ”… c’est l’Homme  : «  si bien que pour connaître Dieu, il faut connaître l’homme  » (ibid.).

Notre Père accusait le pape Paul VI d’idolâtrie, à la lecture de ces lignes, y décelant, avec saint Pie X, «  le caractère propre de l’Antéchrist  » qui «  avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur, en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de sa Majesté et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables…  » (E supremi apostolatus cathedra du 4 octobre 1903)

Tel est en effet le nouveau Credo proclamé par le pape Paul VI le 7 décembre 1965 en présence et aux applaudissements de tous les évêques du monde. Un seul prêtre s’est indigné, a refusé de plier le genou devant l’idole, et déclaré au pape Paul VI «  votre libéralisme et votre culte de l’homme blasphématoires, hérétiques, schismatiques et, pour tout dire, apostats  ». Il en a appelé au «  Vicaire de Jésus-Christ  » en la personne du même Paul VI, «  Juge suprême de l’Église  »  :

«  Jugez Vous-même et, si j’ai menti, retranchez-moi. Vous savez que je ne mens pas.  » En effet, aucune réponse n’a été donnée à cette «  Accusation capitale  » remise au Saint-Siège le 10 avril 1973 par l’abbé de Nantes et soixante délégués de la Ligue de la Contre-Réforme. L’accusation était tellement justifiée qu’elle a laissé l’accusé, qui était aussi le juge suprême, sans voix… Preuve de l’infaillibilité de l’Église. «  Qui ne dit mot consent.  »

En conséquence, l’abbé de Nantes jetait l’anathème  :

«  Si j’ai dit la Vérité, retranchez-Vous de cette Communauté Sainte que Vous avez trahie  !  »

Mais voilà que le pape François élève Paul VI sur les autels  ! Il donne donc tort à l’abbé de Nantes. Mais encore faut-il qu’il réfute les accusations contenues dans ce Livre, d’avoir transformé notre sainte religion en «  Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle  », en abrégé masdu. C’est le messianisme révolutionnaire de Lamennais, la démocratie chrétienne de Sangnier, repris et mis en système par Jacques Maritain dans son “ Humanisme intégral ”.

Selon cette religion  :

  1. L’humanité, au lieu de l’Église et de sa Chrétienté, est la société de salut universelle.
  2. La charte des Droits de l’homme en est l’Évangile nouveau, avec sa trilogie de Liberté, Égalité, Fraternité, au lieu des Béatitudes du sermon sur la Montagne.
  3. Au lieu de la Chrétienté, la construction de la démocratie mondiale est la forme terrestre du Royaume de Dieu. Elle se fera par l’avènement de la justice et de la paix, dans la vérité et dans l’amour…

Corollaire  : la religion, toutes confessions réunies, sera l’inspiratrice et l’Animatrice spirituelle de l’Humanité ainsi régénérée.

Relire cet exposé de la religion de Paul VI par l’abbé de Nantes, c’est comprendre François  ! (Liber accusationis. À Notre Saint Père le pape Paul VI, par la grâce de Dieu et la loi de l’Église juge souverain de tous les fidèles du Christ, plainte pour Hérésie, Schisme et Scandale au sujet de notre frère dans la foi, le pape Paul VI, 102 pages, éditions CRC, 1973)

I. AU LIEU DE L’ÉGLISE, L’HUMANITÉ

S’adressant à Paul VI, notre Père écrit  : «  Votre vision du monde, Très Saint Père, abolit la différence et l’opposition irréconciliable qu’affirmaient avec autorité vos Prédécesseurs, tel Léon XIII dans Humanum Genus  : “ Le genre humain est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent de combattre l’un pour la vérité et la vertu, l’autre pour tout ce qui leur est contraire. L’un est la véritable Église de Jésus-Christ… l’autre est le royaume de Satan. ” Dès votre encyclique Ecclesiam suam, vous refusez le ghetto catholique, comme dit le Père Congar, et tout autant la domination de l’Église sur la société temporelle devenue ainsi “ Chrétienté ”. Vous ne voulez connaître qu’un Monde profane, défini comme un corps social universel, légitimement autonome, extérieur à l’Église, pleinement humain, ni chrétien ni satanique. Au cours de cette encyclique, vous omettez intentionnellement, dans la citation que vous faites de saint Paul aux Corinthiens, ces deux passages  : “ Quelle entente entre le Christ et Bélial  ?… Quel accord entre le temple de Dieu et les idoles  ? ” Vous ignorez délibérément les forces adverses avec lesquelles Vous ne pourriez décemment prêcher la réconciliation. Vous supposez le problème résolu, Satan définitivement réconcilié, exclu ou inexistant.  »

«  LES HOMMES SONT TOUS FRÈRES.  »

«  Toutes divisions, guerres, rivalités, ne sont pour Vous que malentendus, malheurs qui durent “ encore ” entre “ hommes de bonne volonté ”, mais sont en voie de résorption. Le monde s’unifie, les hommes sont en train de découvrir leur communauté d’origine, d’aspirations et de destin. Le mal et le bien sont également mêlés en tous, mais tous désirent également la régénération globale de l’humanité  :

«  “ L’homme doit rencontrer l’homme, les nations doivent se rencontrer, comme des frères, comme des sœurs, comme les enfants de Dieu. Dans cette compréhension et cette amitié mutuelles, dans cette communion sacrée (sic) nous devons également œuvrer ensemble pour l’avenir commun de l’humanité… Une telle union ne peut être édifiée sur la terreur universelle ou la peur de la destruction mutuelle, elle doit être édifiée sur l’amour commun qui s’étend au monde entier et s’enracine en Dieu qui est amour ”, disiez-vous à Bombay le 2 décembre 1964.

«  C’est le premier article de votre nouveau Credo humaniste  : Les hommes sont tous frères parce qu’ils ont Dieu pour Père  : “ L’homme se dévoue pour l’homme, parce qu’il le reconnaît pour son frère, comme le fils d’un même Père ”, et encore  : “ Voici donc quel est Notre message pour l’année 1971. Il fait écho, voix nouvelle née de la conscience civilisée (  ?), à la Déclaration des Droits de l’homme  : Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits  ; ils sont doués de raison et de conscience et doivent se comporter les uns envers les autres comme des frères. À ce sommet est arrivée la doctrine de la civilisation. Ne retournons pas en arrière. Ne perdons pas les trésors de cette conquête axiomatique. Donnons plutôt une application, logique et courageuse, à cette formule, ligne d’arrivée du progrès humain  : Tout homme est mon frère. La paix, en essence et en devenir, c’est cela. Et cela vaut pour tous. ”

«  C’est la transposition en termes humanistes des merveilles de la grâce, de l’adoption filiale et de la Communion des Saints. Vous dépouillez de tous ses biens l’Église du Christ pour en orner l’humanité “ civilisée ” d’aujourd’hui.  »

«  LES HOMMES, AU FOND, SONT BONS.  »

«  Bien plus, tous les hommes sont bons, tous désirent la paix, la justice, le progrès. “ Expert en humanité ”, vous vous en portez garant  : désormais, tout est possible aux hommes parce qu’ils sont bons.

«  “ Oui, la paix est possible, parce que les hommes, au fond, sont bons, sont orientés vers la raison, vers l’ordre et le bien commun  ; elle est possible parce qu’elle est dans le cœur des hommes nouveaux, des jeunes, des personnes qui comprennent la marche de la civilisation… ”  » (Message pour la première Journée de la Paix, janvier 1968, Liber I, p. 25)

«  “ À l’heure actuelle, la fraternité s’impose  : l’amitié est le fondement de toute société humaine moderne… Il faut que la démocratie, à laquelle les groupes humains font tant appel de nos jours, s’ouvre à une conception universelle, de manière à renverser les barrières qui s’opposent à une fraternité humaine effective. ”  » (Message de Noël, 1964, Liber I, p. 25)

«  C’est l’un des grands axes de votre pensée  : l’homme est bon, les peuples désirent la paix, la forme démocratique des sociétés modernes leur permet d’imposer aux grands et aux puissants cette volonté pacifique dont ils ne veulent pas. Et cela Vous amène parfois à… divaguer  :

«  “ Vous, le peuple, vous avez le droit d’être entendu… Mais vous avez le droit légitime et sacré de réclamer que les chefs conduisent les choses de telle façon que vous n’ayez pas à souffrir… Eh bien  ! nous sommes en démocratie… Cela veut dire que le peuple commande, que le pouvoir provient du nombre, de la population telle qu’elle est. Si nous sommes conscients d’un tel progrès social qui se répand dans tout le monde, nous devons donner à la démocratie cette voix prédominante  : le peuple ne veut pas la guerre. Les masses doivent imposer l’idée qu’il ne doit plus y avoir de guerre dans le monde. ”  » (Fête de la Paix, 1er janvier 1970, Liber I, p. 25)

«  Ainsi, toutes les vertus surnaturelles que la société chrétienne puise dans les mérites du Christ, la grâce des sacrements et l’obéissance aux Commandements de Dieu, Vous les attribuez comme naturellement aux hommes, globalement aux masses, d’où résulte cette démocratie universelle dont Vous attendez un bond en avant de l’humanité. Comme si le démon n’y régnait pas  ! Ni le péché originel  ! ni tant de désordres et de crimes  ! Comme si la bonté était dans la nature et dans le cœur de tous les hommes d’aujourd’hui.  »

«  L’ONU, VOTRE UNIQUE ESPÉRANCE.  »

«  Alors Vous proclamez, en lieu et place de la Sainte Église de Dieu, l’ONU comme le grand, le suprême espoir de l’humanité. Vous y voyez la réplique temporelle de ce qu’est l’Église au plan spirituel  ! Vous admirez comme un autre mystère et un autre miracle, ce que vos Prédécesseurs dénonçaient comme une caricature antagoniste et irréconciliable, souverainement malfaisante, de l’Unité fondée sur le Christ et conservée par l’Esprit-Saint. Et vous mettez votre confiance, votre espérance, votre dévouement en cette tour de Babel maçonnique, plus que dans l’Église. C’était le 4 octobre 1965 à Manhattan  :

«  “ Les peuples se tournent vers les Nations-Unies comme vers l’ultime espoir de la concorde et de la paix. Nous osons apporter ici, avec le Nôtre, leur tribut d’honneur et d’espérance. ”

«  “ Vous existez et vous travaillez pour unir les nations, pour associer les États. Adoptons la formule  : pour mettre ensemble les uns avec les autres. Vous êtes une association. Vous êtes un pont entre les peuples… Nous serions tenté de dire que votre caractéristique reflète en quelque sorte dans l’ordre temporel ce que notre Église catholique veut être dans l’ordre spirituel  : unique et universelle. On ne peut rien concevoir de plus élevé, sur le plan naturel, dans la construction idéologique de l’humanité

«  “ Ici, s’instaure un système de solidarité, qui fait que de hautes finalités, dans l’ordre de la civilisation, reçoivent l’appui unanime des peuples, pour le bien de tous et de chacun.

«  “ C’est ce qu’il y a de plus beau dans l’Organisation des Nations-Unies, c’est son visage humain le plus authentique. C’est l’idéal dont rêve l’humanité dans son pèlerinage à travers le temps  ; c’est le plus grand espoir du monde. Nous osons dire  : c’est le reflet du dessein de Dieu, – dessein transcendant et plein d’amour – pour le progrès de la société humaine sur la terre, reflet où Nous voyons le Message évangélique, de céleste, se faire terrestre. ”  » (Liber I, p. 26)

«  Ainsi, dans votre rêve, l’ONU, cette tour de Babel jacassante, inefficace pour le bien, efficace pour le mal, se substitue à l’Église, la dépasse, la déborde de toutes parts. C’est elle qui réalise sur terre le dessein de Dieu, qui accomplit les prophéties. Elle, la dernière chance de l’humanité  ! Quel mépris de l’Église… et du Christ en dehors duquel se construit toute cette organisation mondiale, ONU, UNESCO, FAO, agressivement antichrists  ! Votre “ culte de l’homme ” vous égare. Vous dépouillez Dieu de toutes ses œuvres, courtisan de ses ennemis, pour en parer abusivement les ridicules, les dangereuses, les corrosives créations de Satan  !

«  “ Nous n’avons pas à démontrer, écrivait saint Pie X, dans sa Lettre sur le Sillon, que l’avènement de la démocratie universelle n’importe pas à l’action de l’Église dans le monde… La réforme de la civilisation est une œuvre religieuse, au premier chef, car pas de vraie civilisation sans civilisation morale et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion  : c’est une vérité démontrée, c’est un fait d’histoire. ”  »

En revanche, écrit l’abbé de Nantes, «  c’est une hérésie de prétendre que l’humanité est bonne, généreuse, fraternelle, pacifique, en dehors du Christ. C’est une impiété de dire que l’ONU est la réplique politique de l’Église, le reflet terrestre de l’Évangile céleste, l’expression réelle et universelle du dessein de Dieu. C’est un mensonge qui déshonore le Christ et c’est d’ailleurs une absurdité. S’il y a une réalisation temporelle de l’Évangile, c’est la civilisation chrétienne des peuples catholiques, toute fondée sur Jésus-Christ, prolongement social de l’Église, œuvre de grâce et de foi. Ce ne sera jamais la maçonnique ONU.  »

II. AU LIEU DE L’ÉVANGILE, LA CHARTE DES DROITS DE L’HOMME

«  L’Église et la Chrétienté, depuis deux mille ans, vivent de la grâce de Dieu et des vertus théologales, dont les vertus morales ne sont que les effets dérivés. Selon notre Évangile, point de charité fraternelle sans amour de Dieu et point d’amour de Dieu sans la grâce du Christ que donne seule l’Église. Sur quoi sera fondée cette humanité régénérée que vous appelez à un si glorieux avenir  ? Là, vous suivez Maritain dans ce que son “ Humanisme intégral ” a de plus pervers. Cette Démocratie Universelle, cette Cité mondiale désacralisée sera fondée sur la “ Conscience ” et régie par la loi de la civilisation moderne, la “ Charte des Droits de l’Homme ”. Avec Maritain, mettant ainsi votre foi en accord avec votre “ nouvel humanisme ”, vous pensez que les Droits de l’Homme sont tout simplement la transposition en langage moderne et profane… du Message évangélique  ! Vous confondez la conscience morale avec la force morale que donne seule la grâce divine, et la solidarité humaine avec la charité chrétienne… Voilà donc le Christ et l’Église encore dépouillés au profit de l’incroyance. Et c’est le Pape qui parle ainsi  ?  »

Mais oui  ! Et qui donc remplace le Christ et l’Église  ?

«  LA CONSCIENCE, SOURCE DE VIE ET DE PERFECTION MORALE.  »

«  “ Cet édifice que vous construisez, Messieurs, ne repose pas sur des bases purement matérielles et terrestres, car ce serait alors un édifice construit sur le sable  ; il repose avant tout sur nos consciences… Jamais comme aujourd’hui, dans une époque marquée par un tel progrès humain, n’a été aussi nécessaire l’appel à la conscience morale de l’homme. ”  » (Discours à l’ONU, 1965, Liber I, p. 27)

«  Cette “ conscience civique du monde ”, vous en faites une lumière et une force capables de guider et de soulever l’humanité perpétuellement au-dessus de ses passions, de ses intérêts, de ses désordres…

«  Dans l’une de vos allocutions du mercredi, celle du 2 août 1972, vous exposez cette théorie de la conscience considérée comme une force morale souveraine sur laquelle se greffe le “ sentiment religieux ”, en des termes stupéfiants  :

«  “ C’est en exprimant sa conscience morale que l’homme s’affranchit des tentations qui l’assaillent, parce que son organisme complexe est déréglé par une tare héréditaire  : le péché originel. Il retrouve alors, du moins, la notion et le désir de sa perfection. C’est cette conscience morale qui lui fait surmonter les tentations avilissantes pour sa dignité, écarter les craintes qui le rendent lâche et sot, entretenir les sentiments qui font de lui un homme honnête et fort. ”  » (Liber I, p. 27)

Sans la grâce du Christ  ? Mais oui  !

«  “ C’est de cette conscience que tirent leur énergie les grandes figures du drame humain  : les innocents, les héros, les saints. Pensez à Antigone. Pensez à tant de figures admirables qui émergent de l’histoire et de la chronique quotidienne parce que leur conscience morale est inébranlable, spécialement lorsque le sentiment religieux lui donne la vigueur que lui seul peut donner. Pensons à Thomas More, à saint Augustin, aux deux saintes Thérèse, d’une façon générale aux saints qui nous ont donné le récit de leur vie, comme Édith Stein, et, dans la littérature, a un célèbre passage des Aldechi, de Manzoni. ”  » Que vient faire ici Manzoni  ?

«  L’impression de naturalisme qui se dégage de ce long passage, impose la pénible certitude d’un subjectivisme selon lequel la religion n’ajoute à la force de la conscience que le secours accessoire du “ sentiment ”, de la puissance du cœur. Où est la grâce du Christ rédempteur sans laquelle nous ne pouvons rien  ? Où sont les sacrements  ? et la prière, où est-elle  ?  »

Il n’en reste rien parce que nous sommes en présence d’un nouvel Évangile.

LE NOUVEL ÉVANGILE DES DROITS DE L’HOMME.

«  Qu’exprime donc cette conscience avec une telle énergie  ? Les Droits de l’Homme  ! “ La conscience de l’humanité s’affirme toujours plus forte. Les hommes retrouvent cette part inaliénable d’eux-mêmes qui les réunit tous  : l’humain dans l’homme. ”

«  “ La Charte des Droits de l’Homme demande pour tous, sans acception de race, d’âge, de sexe, de religion, le respect de la dignité humaine et les conditions nécessaires à son exercice, n’est-ce pas traduire haut et clair l’aspiration unanime des cœurs et le témoignage universel des consciences  ? ”  » (Liber I, p. 28)

«  Tout un décalogue humaniste jaillit de la conscience universelle. Décalogue strictement humain, social, “ personnaliste ” si l’on veut, dont le seul Dieu est l’homme. C’est, de fait, la morale qui convient à ce Culte de l’Homme auquel Vous vous êtes rangé. Tant de grands mots enivrent  : vérité, justice, dignité, solidarité, égalité, fraternité, etc., etc. Vous comptez sur tout cela qui foisonne dans la conscience de tous pour changer les rapports humains, pour vaincre laïquement la chair, le monde et le démon  ?

«  Ainsi, dans votre Bref aux Nations-Unies du 4 octobre 1965  : “ Pour assurer le bien public qui intéresse tout le genre humain, il ne peut y avoir d’autre organisation que la vôtre qui est fondée sur le respect du droit, de la juste liberté, de la dignité de la personne, le rejet de la funeste folie de la guerre et de la fureur néfaste de la tyrannie. ”

«  Excusez-moi, Très Saint Père, je ne vois là que du vent, un entassement de mots d’où ne sortira jamais le plus petit acte de vertu, le plus mince renoncement, un sacrifice, un éclair de pardon, le pardon de quelque injure, rien  !

«  Relisez-vous donc  : “ L’homme n’est vraiment homme que dans la mesure où, maître de ses actions et juge de leur valeur, il est lui-même auteur de son progrès, en conformité avec la nature que lui a donnée son Créateur et dont il assume librement les possibilités et les exigences. ” Et maintenant, veuillez lire saint Pie X parlant des sillonnistes  : “ D’après lui, l’homme ne sera vraiment homme, digne de ce nom, que du jour où il aura acquis une conscience éclairée, forte, indépendante, autonome, pouvant se passer de maître, ne s’obéissant qu’à elle-même et capable d’assumer et de porter sans forfaire les plus graves responsabilités. ” On dirait qu’il parle de Vous  ! Or, voyez ce qu’il pense de cette doctrine qui est la vôtre  : “ Voilà de ces grands mots avec lesquels on exalte le sentiment de l’orgueil humain  ! ”  »

MORALE PAÏENNE.

«  Mais vous êtes engagé à fond dans ce natu­ra­lisme. Vous y croyez  ! Tenez, à Bombay, le 2 décembre 1964, vous constatez une attente de l’huma­nité  : “ L’humanité subit de profonds changements et cherche les principes directeurs et les forces nouvelles qui la conduiront dans le monde de l’avenir. ” Que lui offrez-vous alors  ? Le Christ  ? La loi de l’Évangile  ? La grâce des sacrements  ? Nullement. Mais ceci, qui est dérisoire  : “ Nous devons nous rapprocher les uns des autres, non pas uniquement par la presse et la radio, les bateaux et les avions à réaction, mais nous devons nous rapprocher avec nos cœurs, dans la compréhension mutuelle, l’estime et l’amour. ” Toujours l’humain  ! La religion n’a aucune part à cet élan. C’est le culte de l’homme qui doit engendrer l’amour de l’homme dont vous attendez tout bien. Vous êtes franc-maçon… de religion chrétienne. Mais c’est le franc-maçon qui parle et jamais le chrétien.

«  On l’avait pressenti, une fois, le 1er septembre 1963. Cela vous avait échappé. Vous aviez dit  : “ Nous sommes dans la période consécutive à la Révolution française avec toutes les catastrophes et toutes les idées désordonnées et chaotiques, et en même temps frémissantes et encore confiantes… On remarquait quelque chose de nouveau  : c’étaient des idées vivantes (  !), des coïncidences parmi les grands principes de la Révolution qui n’avait rien fait d’autre que de s’approprier quelques concepts chrétiens, fraternité, égalité, progrès, désir d’élever les classes humbles. Donc, tout cela était chrétien, mais avait revêtu alors un signe antichrétien, laïque, antireligieux, tendant à dénaturer cette partie du patrimoine évangélique visant à développer la vie humaine dans un sens élevé et noble. ”  » (Liber I, p. 29)

«  Ce jour-là, un frémissement de stupeur, de frayeur, avait parcouru l’Église. Vous en avez su quelque chose et vous vous êtes tu. Mais c’est là le fond de votre pensée. Les principes de 89 sont votre véritable Évangile.  »

Et qu’en résulte-t-il  ?

III. AU LIEU DU ROYAUME DE DIEU, UNE DÉMOCRATIE UNIVERSELLE

«  Faudrait-il vous expliquer que les chrétiens pratiquent les vertus morales sous l’influx de la grâce et dans la lumière des vertus théologales, parce qu’ils veulent “ mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui ”  ? Et qu’il n’y a d’avancement pour l’ordre temporel, comme l’ont enseigné tous vos prédécesseurs, que dans la mesure où les chrétiens “ cherchent d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice ”, c’est-à-dire la vie de la grâce et sa sainteté qui doivent les introduire à la Béatitude de gloire du ciel  ?

«  Car, là encore, Vous dépouillez le Royaume du Christ de tous ses attributs lumineux  : la paix, le repos, la douceur, la joie, la gloire, le bonheur total pour tous les élus. Et vous en revêtez votre chimère du Monde nouveau, comme d’un paradis terrestre reconstruit par la seule invention et la seule force des hommes  !  »

«  ET VOUS CHANGEREZ LA FACE DE LA TERRE.  »

«  “ Quelque chose de grand et de nouveau s’accomplit et se prépare qui peut changer la face de la terre. ” (19 juillet 1971, Liber I, p. 29) Je ne voudrais pas être sarcastique, mais il y a en Vous un messianisme trop personnel, qui Vous porte à croire que, partout où Vous passez, le miracle d’un Salut suprême et définitif se met en marche au seul appel de votre fervent humanisme. Ainsi, parlant à l’ONU, Vous avez cru que votre Discours ouvrirait l’ère nouvelle de la paix universelle. Vous démarquez le Christ et Vous annoncez une Bonne Nouvelle, pour tout de suite, ici-bas, et comme une œuvre purement humaine à laquelle préside seulement, de haut, impotent mais favorable, un Dieu Inconnu.

«  Écoutez-vous prophétiser  : “ Citoyens du monde, Vous qui vous éveillez à l’aube de cette nouvelle année 1970, pensez un instant  : où mène le chemin de l’humanité  ? Un regard d’ensemble est aujourd’hui possible, un regard prophétique. L’humanité est en marche, elle tend vers une maîtrise plus grande du monde… Et à quoi sert-elle, cette conquête  ? À vivre mieux, à vivre plus intensément. L’humanité, limitée par le temps, cherche sa plénitude de vie, et elle l’obtient… Elle tend vers l’unité, vers la justice, vers un équilibre et une perfection que nous nommons la Paix… ”

«  “ La Paix est la fin logique du monde présent  ; c’est le destin du progrès  ; c’est l’ordre final vers lequel tendent les grands efforts de la civilisation… Nous annonçons la Paix comme le fruit principal de la vie consciente de l’homme, qui veut voir la perspective de son itinéraire prochain et futur. Une fois de plus, Nous annonçons la Paix, parce qu’elle est en même temps, sous divers aspects, principe et fin du développement normal et progressif de la société. ”

«  Vous êtes le type du faux prophète. Vous mentez aux hommes et vous trahissez votre Dieu. Votre crédulité est sans bornes si toutefois Vous croyez un mot de ce que Vous dites. Mais votre incrédulité est alors effroyable. Car la Parole de Dieu dément toutes et chacune de vos assertions. Il n’y a pas de paix, nul repos, pour les constructeurs impies de la tour de Babel. C’est le Christ qui nous donne la Paix, et non pas même comme le monde la donne.

«  Là encore, prenez des leçons de saint Pie X, dans sa Lettre sur le Sillon  : “ Non, Vénérables Frères, – il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et législateuron ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie  ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux  ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est  ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et de la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété  : omnia instaurare in Christo. ”  » (Liber I, p. 29-30)

LE MASDU

Tout à l’opposé de saint Pie X, vous dépouillez le Christ de sa Seigneurie universelle au profit de la démocratie.

«  “ L’œuvre de paix n’est pas limitée à une croyance religieuse  ; c’est l’œuvre et le devoir de tout être humain indépendamment de ses convictions religieuses. Les hommes sont frères, Dieu est leur Père, et leur Père veut qu’ils vivent en paix les uns avec les autres, comme le feraient des frères. ”  » (Aux organisations religieuses de l’ONU, 4 octobre 1965, Liber I, p. 33) Ah, bien  ! C’est Dieu qui ne veut pas être source de disputes entre les hommes  ! C’est Dieu qui veut la tolérance, l’indifférence, le libéralisme le plus total de la société par rapport à toute religion. C’est Dieu qui veut le mépris de Dieu.

«  “ Il s’agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion (je souligne), de nationalité puisse vivre une vie pleinement humaine… ” “ Toute discrimination est injustifiée, inadmissible, qu’elle soit ethnique, culturelle, religieuse (je souligne), politique… ” et plus loin  : “ à cause de la race, l’origine, la couleur, la culture, le sexe, ou la religion (je souligne encore) ”. (Liber I, p. 33) C’est le Pape qui, pour bien affranchir ses auditeurs, mêle ainsi la religion à la couleur, au sexe, à la culture, à n’importe quoi. La religion n’introduit pas plus de différence que tout ça. La religion n’a-t-elle donc là rien à dire, rien à faire  ?  »

Mais alors à quoi sert l’Église  ?

«  “ L’Église ne peut se désintéresser de l’animation idéologique, morale et spirituelle de la vie publique… Travaillez avec confiance, oui, avec confiance dans les Institutions qui forment la norme et l’histoire de notre société, et qui sont aujourd’hui les institutions démocratiques. ”  » (discours du 30 janvier 1965, Liber I, p. 33)

«  Dans ces mots, toute votre pensée se découvre, à celui du moins qui connaît l’idée de Sangnier  : la Démocratie sera chrétienne ou ne sera pas  ! Et celle de Maritain  : l’Humanisme intégral ne peut trouver ses assises idéologiques que dans une transposition profane de l’Évangile.

«  Ainsi la religion, qui était jadis la Reine, dont toutes les autres réalités humaines étaient les servantes, maintenant ne se voit plus reconnue ni de nécessité ni de statut particulier dans la Démocratie nouvelle. Eh  ! bien, elle s’en fera la servante et elle trouvera là une belle œuvre à accomplir, pour l’homme, pour l’humanité, dans l’anonymat du monde profane. “ Nous nous sentons responsables. Nous sommes débiteurs envers tous. L’Église en ce monde n’est pas une fin pour elle-même  ; elle est au service de tous les peuples, elle doit rendre le Christ présent à tous, individus et nations. ” De quelle “ présence du Christ ”  ? Présence de serviteur. “ Servir l’homme  ! Il s’agit, bien entendu, de tout homme, quels que soient sa condition, sa misère et ses besoins. L’Église s’est pour ainsi dire proclamée la servante de l’humanité. ”  » (Liber I, p. 33)

«  Un texte capital, celui de votre homélie pour la Fête-Dieu à l’E. U. R. de Rome, le 17 juin 1965, explique parfaitement quel service les chrétiens peuvent apporter en toute discrétion à la société profane, laïque et laïciste. Permettez-moi de Vous le rappeler malgré sa longueur  :

«  “ Vous savez comment ce problème fondamental du caractère social de la vie humaine, de nos jours, prime tous les autres, grâce aux idéologies, aux politiques, aux cultures, aux organisations, avec lesquelles les hommes de notre temps travaillent et besognent, dont ils rêvent et dont ils souffrent, en vue de créer la cité terrestre, la société nouvelle et idéale. Et tous, nous savons comment, par cet effort aux multiples aspects, les hommes engagés dans la construction démesurée parviennent à réaliser des progrès notables  ; dignes d’être admirés et soutenus, oui. Mais nous savons aussi comment ils trouvent en eux-mêmes, à chaque pas, des obstacles et des contrariétés qui deviennent des divisions, des luttes, des guerres, précisément parce que leur manque un principe unique et transcendant qui unifie cet ensemble d’hommes, parce que leur manque une énergie morale suffisante pour donner à cet ensemble sa cohésion tout à la fois libre et consciente, solide aussi et heureuse, la cohésion qui convient à de vrais hommes. La cité terrestre manque d’un supplément de foi et d’amour qu’elle ne peut trouver ni en elle-même ni par elle-même, et que la cité religieuse qui existe en son sein, que l’Église peut lui conférer dans une mesure non négligeable  ; et cela, sans offenser en quoi que ce soit l’autonomie et – disons le mot – la juste laïcité de la Cité terrestre  ; simplement par une osmose silencieuse d’exemple et de vertu spirituelle… ”

«  “ Citoyens de ce quartier moderne, vous avez ici même un exemple typique de vie nouvelle et idéale. Ne la laissez pas manquer de l’animation intérieure qui peut la rendre vraiment unanime, bonne et heureuse de l’animation qui lui viendra de la source qu’est la foi catholique vécue dans la célébration communautaire de la liturgie eucharistique. ”  » (Liber I, p. 34)

«  Sur-le-champ, j’ai trouvé là une claire profession de votre adultère spirituel, de votre trahison de la charge qui vous est confiée par le Christ, mais j’ai été apparemment le seul. Ce discours est si habile  ! Prenons-le à rebours, il pourrait être excellent  : l’Eucharistie unifie, fortifie, sanctifie l’Église  ; l’Église rayonne sur la cité la charité, la paix, la loi de Jésus-Christ et elle repousse toujours plus loin les ténèbres et la puissance de Satan… Telle est bien la Chrétienté. Mais ce n’est pas cela  ! Au contraire, il s’agit d’abord de la cité des Hommes, du Royaume de Satan et des prodiges que l’orgueil de l’homme y réalise. C’est cette Cité nouvelle, idéale… et laïque, que vous voulez fortifier par l’osmose d’une sève chrétienne au lieu de la maudire comme une construction qui défie le Seigneur. Et le joint de cette ferveur eucharistique avec ce culte humaniste, le joint où réside toute l’impiété, se trouve à l’endroit précis où vous évoquez ce “ supplément de foi et d’amour ” dont la tour de Babel a besoin. C’est simple  : la foi en Jésus-Christ et l’amour de Dieu des fidèles que Vous embarquez dans l’aventure, se changeront – par osmose – en Foi en l’Homme et en Amour du Monde  !  !  !

«  L’Église se sert des biens divins qui lui sont donnés par son Seigneur et pour son Seigneur. Vous voulez maintenant qu’elle s’en serve dans l’adultère, pour faire réussir le projet de l’Homme qui se fait Dieu  ! “ La religion du Dieu qui s’est fait homme ” est engagée par Vous au service de “ la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait dieu ”. Mais c’est une œuvre d’Antéchrist  !  »

Cette hérésie se manifeste par une série de décisions insolites qui ont conduit à réduire le Souverain Pontife à «  l’évêque vêtu de Blanc  » prophétisé le 13 juillet 1917 à Fatima dans la vision du “ troisième Secret ”.

Dès novembre 1964, Paul VI déposait la tiare, signe de la souveraineté du Pontife Romain sur les princes et les rois. Au lieu de la tiare, la mitre. Et bientôt, plus de crosse pour diriger, gouverner, punir. Au lieu de la crosse, le crucifix, porteur d’un Christ horrible à voir, écorché vif, désespéré, désespérant, sans aucun signe de sa divinité ni de sa gloire prochaine, ni de son triomphe actuel. Symbole de toute la souffrance humaine, et rien de plus  !

Vis-à-vis des personnes et de leurs fonctions, Paul VI a procédé par une succession remarquable, ininterrompue, de décisions insolites, énigmatiques dont l’ensemble forme depuis cinquante ans la plus grande révolution jamais opérée dans l’Église.

LE SCANDALE

Les fruits de cette hérésie et de ce schisme monstrueux paraissent aujourd’hui au grand jour, avec une soudaineté qui ne doit pas faire oublier que dans son Livre d’accusation, l’abbé de Nantes les avait prédits  :

«  À la célébration du Concile et à votre avènement, il semble qu’ait correspondu un affaissement général de la moralité. Une consigne de laisser-aller a parcouru l’univers. Pourquoi  ? Sans doute Vous connaît-on mieux que Vous ne pensez. On sait que Vous excusez tous les dérèglements, par pitié pour l’homme misérable sans doute, et que vos dénonciations du péché ne vont jamais jusqu’à la poursuite canonique et la sanction contre le pécheur ni contre ses complices.

«  Mais plus généralement, il est admis dans le monde actuel, et depuis plus d’un siècle, que le “ progrès des idées ” va de pair avec le relâchement des mœurs. Ce contre quoi réagissaient tous vos prédécesseurs en luttant héroïquement contre ce prétendu progrès et contre la corruption conjointe des mœurs. En voulant vivre avec votre temps et ouvrir l’Église au progrès moderne, Vous vous mettiez dans l’impossibilité de réagir efficacement contre l’immoralité. On l’a vu, en images, quand vous avez reçu dans Saint-Pierre pour je ne sais quelle journée du cinéma et de la radio la Claudia Cardinale et Lollobrigida  ! Quelle preuve de modernité  !

«  Ces idoles des salles obscures, pécheresses mais point repenties, se sont amusées à venir en minijupe et vous les avez accueillies ainsi de bon gré  ! La “ dolce vita ” recevait vos hommages. Ce jour-là, l’indécence de la mode gagna sa guerre  : plus aucun prêtre ne pourrait proscrire ce que le Prince des Prêtres lui-même avait accepté dans le Sanctuaire majeur de la Chrétienté.

«  Je sais que pour éviter pareils sacrilèges dans la basilique, Vous avez construit une immense et moderne salle pour vos audiences. Le remède aggrave le mal. L’immoralité y gagne beaucoup d’espace et de liberté en votre présence et la piété y perd le peu que lui conservait le Lieu saint.  »

«  LE MARIAGE DES PRÊTRES.  »

«  La ruine de la morale vient dans l’Église, comme à toutes les époques de décadence, du mariage des prêtres. Mais, pour la première fois dans l’histoire, ce fut du consentement, et de la complicité, et de la coopération du Vicaire du Christ  !

«  Là encore, le scandale s’est fait énigmatique. Qui a sondé votre dessein, qui a deviné vos intentions  ? Moi-même, ayant compris à la lecture de votre encyclique Sacerdotalis cœlibatus du 24 juin 1967, longtemps je n’ai rien voulu en écrire. Car Vous y défendiez le célibat d’une manière qui parut très ferme. Eh  ! oui, apparemment. Mais dans les apparences se voilait et dévoilait votre décision insolite. Après en avoir paradoxalement exposé toutes les difficultés, objections et obstacles, Vous décidiez… pour le présent, “ de maintenir intacte la discipline touchant le célibat ecclésiastique ”. Mais Vous en multipliiez les conditions. À condition que les sujets y soient bien préparés, bien adaptés, bien testés, éprouvés. Ainsi pensiez-Vous qu’un célibat si savamment préparé ne connaîtrait désormais plus d’échec. Mais pour le passé  ? Avant ces dispositions technico-psycho-pédagogiques  ? Avant Vous  ? Là Vous cédiez. Vous étiez prêt à croire tout ce qu’on vous raconterait. Vous libéreriez pratiquement qui Vous le demanderait. Horrible paragraphe 83 où Vous attribuez “ la vraie responsabilité ”, non aux malheureux défroqués mais à l’Église avant Vous, à ses évaluations erronées et à la vie qu’elle faisait à ses prêtres  !  » Aujourd’hui François emboîte le pas  : il s’en prend au «  cléricalisme  »  !

«  D’ailleurs, dès le 2 février 1964, Vous aviez créé une commission ad hoc et l’on faisait savoir partout que le nouveau Pape admettait l’annulation des vœux et autoriserait le mariage à l’église, légitime, sacramentel, à ceux qui en auraient très envie. Un prêtre de Versailles a été prévenu officieusement  : sa demande rejetée par Pie XII et Jean XXIII pouvait être réitérée, elle serait satisfaite par le nouveau Pape qui avait les idées plus larges. Il l’a raconté dans les journaux et il en a fait un livre. Puis ce fut un flot de demandes et, le juridisme étant déconsidéré, un torrent d’abandons incontrôlés. C’est devenu le grand et exaltant travail de la sacrée congrégation pour la Doctrine de la foi et le Vôtre même, d’accorder à ces chers prêtres d’épouser la fille de leurs amours. En 1972, 4 000 dispenses officielles – cadence 11 dossiers par jour – et peut-être au total 10 000 départs pour 2 800 ordinations cette année-là. Vous avez fait mieux que Luther.

«  Très Saint Père, c’est votre culte de l’Homme et de l’Amour… jusqu’au mépris de Dieu.

«  On discutera de savoir si Vous aviez le droit de délier ainsi de leurs vœux ceux qui s’étaient, comme on dit, mariés à Dieu. La plupart des théologiens et canonistes qui Vous en reconnaissent le droit insistent, par esprit de justice et d’égalité, pour que Vous usiez a fortiori de cette autre liberté plus simple d’annuler les mariages malheureux  ! On peut discuter de tout, de cela, comme de votre droit de supprimer l’Index et le Saint-Office, de votre droit de changer la Messe et d’interdire l’ancienne, et de tous les droits que, “ le premier dans l’histoire ”, Vous vous adjugez pour réformer l’Église et changer la religion. Ce qui est certain, c’est que Vous allez en tout aux limites de votre droit, et plutôt au-delà qu’en deçà pour donner à l’homme toujours davantage, et à Dieu toujours moins. Là est le grandissime scandale. Vous avez toujours plus d’égards pour les revendications et passions misérables du cœur de l’homme et de la femme, que pour les désirs et les droits sacrés du Cœur de Dieu. Comment  ! Parce qu’un prêtre s’est amouraché d’une femme, Vous lui accordez au Nom du Cœur Sacré de Jésus qui s’était voulu son Époux éternel, le billet de répudiation désiré  ?

«  Car, selon votre processus, c’est Dieu qui les délie de leurs vœux dans le bureau de l’officialité diocésaine pour qu’ils se marient le lendemain devant Dieu à l’église avec sa bénédiction d’époux répudié mais content  ! Jadis il arrivait que l’homme rompe le contrat, mais non pas Dieu ni l’Église  ! Et ses frères dans le sacerdoce attendaient son retour et priaient pour lui. Quelle leçon pour les époux de la terre, et pour tout père humilié, et pour l’enfant prodigue, que cette fidélité de Dieu  ! Depuis Vous, la leçon est inverse. Vous avez instauré dans le mariage mystique même le divorce par consentement mutuel. L’amour d’une créature ne peut être renoncé ni sacrifié ni dépassé par l’amour de Dieu  ! C’est Dieu, par pitié, qui consent à s’effacer pour leur bonheur…

«  Vous êtes devenu le grand tentateur de vos prêtres, le puissant complice du démon, de la femme déshonnête et de la chair. Et pour le prêtre tombé, Vous êtes l’ennemi qui, l’ayant sacramentellement uni à sa comparse d’un moment de folie, l’avez lié à elle pour toute la vie, lui interdisant le retour à son premier et éternel amour.

«  Le mariage des prêtres est devenu le sujet continuel de campagnes de presse, de discussions, de cercles d’étude, par votre licence. Le peuple fidèle en a ressenti l’éclaboussure et l’image du prêtre, si haute, si pure avant Vous, s’est, avec Vous, affreusement dégradée. Les infidèles en sont satisfaits. Le curé de leur village, le prêtre de leur communion solennelle était un reproche vivant à leur inconduite et un avertissement incessant à leur cœur d’avoir à se convertir. Le prêtre maintenant est toujours soupçonné d’être hanté par la chair et de satisfaire ses passions comme les autres mortels, mais en secret. Il n’est plus un reproche ni un exemple pour personne.

«  Que fallait-il faire  ? Très Saint Père, comme vos prédé­cesseurs  ! Il fallait dire non. Il fallait faire de la peine  ? Il fallait contrarier, réprimander, punir  ? Il fallait prêcher le renoncement, imposer la chasteté  ? C’étaient les devoirs de Votre Charité. Mais l’amour que Vous avez pour les autres, Très Saint Père, n’est qu’un effet de l’amour d’orgueil et d’égoïsme que Vous vous portez à Vous-même. C’est lui qui vous porte à consentir au mal, parce que Vous voulez être aimé. Là encore, à cette déchéance de l’Église dans son sacerdoce et dans ses vierges consacrées, Vous voyez bien que l’unique solution est la rupture avec les habitudes, la jurisprudence, la mentalité et jusqu’à l’odeur de ce pontificat. Il faut qu’il soit abrégé et qu’on brûle ou désinfecte tout ce qu’il a touché. Comment remonter la pente autrement  ?  » (Liber I, p. 73-75)

Pour n’avoir pas pris en compte cette question en 1973, l’Église s’enfonce aujourd’hui dans le «  marécage fétide dans lequel elle est tombée  », confesse publiquement Mgr Carlo Maria Vigano, évêque et ancien nonce apostolique aux États-Unis (2011-2016).

Le pape François est personnellement mis en cause par Mgr Carlo Maria Vigano dans un «  témoignage  » de onze pages rendu public samedi 25 août 2018.

Mgr Vigano reproche au pape François, sachant que Théodore McCarrick, ancien archevêque de Washington, âgé aujourd’hui de quatre-vingt-huit ans, «  était un prédateur en série  », et «  sachant qu’il était un corrompu  », de «  l’avoir couvert à outrance  » depuis son élection en 2013, au point de faire de lui «  l’un de ses principaux conseillers  » alors qu’ «  il savait qu’il était un pervers  ».

Sous la pression médiatique, il a été finalement sanctionné par François, le 28 juillet 2018. Le Pape lui a retiré le chapeau de cardinal et a exigé de lui une vie de pénitence en raison d’abus sexuels reconnus par ce haut prélat, pendant des décennies, sur des séminaristes.

Mgr Vigano révèle surtout que Benoît XVI, dès qu’il a été informé des mœurs de Mgr McCarrick, avait pris la même sanction canonique contre cet évêque… en 2009  ! Mais que l’intéressé a toujours refusé de démissionner. Parce qu’il aurait été «  couvert  » à l’époque par le numéro deux du Vatican, le secrétaire d’État, le cardinal Sodano, «  responsable de sa nomination à Washington quand Jean-Paul II était malade  ». Et également couvert par le successeur de Sodano, le cardinal Bertone, qui «  n’avait pas de difficulté à présenter de façon insistante à l’épiscopat des candidats notoirement homosexuels actifs  ».

Dans sa lettre, l’ancien nonce aux États-Unis dénonce ainsi «  les réseaux homosexuels existants dans l’Église  » avec une série de noms de hauts prélats. «  Ces réseaux d’homosexuels, écrit-il, désormais diffusés dans de nombreux diocèses, séminaires, ordres religieux, agissent couverts par le secret et le mensonge, avec la puissance de tentacules d’une pieuvre qui enserrent des victimes innocentes, des vocations sacerdotales, et qui étranglent l’Église tout entière.  »

Si Mgr Carlo Maria Vigano était un affabulateur, sa lettre porterait peu. Mais c’est un homme d’autorité, de grande carrière ecclésiastique, habituellement très sérieux, qui rompt le secret et le silence, par «  devoir  » et par «  conscience  ».

Ce nonce, formé à l’école diplomatique du Vatican, avait déjà eu le courage alors qu’il était en charge de la gestion de la cité du Vatican, de dénoncer en 2010 des dysfonctionnements de corruptions financières qui se sont ensuite révélés exacts. Ce qui lui avait valu d’être nommé nonce aux États-Unis… Une forme de reconnaissance de la part de Benoît XVI, qui l’a toujours appuyé, mais une sanction d’éloignement de la part du secrétaire d’État de l’époque, premier ministre, le cardinal Tarcisio Bertone, qui se débar­rassait de ce prélat italien rigoureux.

Mais à la nonciature de Washington, l’ambassade du Saint-Siège aux États-Unis, ce diplomate a appliqué les mêmes méthodes de travail. Ce qui l’a conduit à révéler aujourd’hui, preuves à l’appui, ce scandale qui apparaît comme l’une des multiples raisons de la démission du pape Benoît XVI, ne parvenant pas à se faire obéir de son secrétaire d’État et qui aurait été dépassé par le «  lobby gay  ».

Vigano expose ainsi sa motivation  : «  Si nous voulons vraiment libérer l’Église du marécage fétide dans lequel elle est tombée, nous devons avoir le courage d’abattre la culture du secret et confesser publiquement la vérité que nous avons tenue cachée. Il importe d’abattre l’omerta par laquelle les évêques et les prêtres se sont protégés aux dépens de leurs fidèles […] omerta qui n’est pas si différente de celle qui existe dans la mafia.  »

Or «  la vérité que nous avons tenue cachée  » est cette «  prise de pouvoir  » par le lobby homosexuel que l’abbé de Nantes prévoyait il y a vingt ans comme le fruit mortel du pontificat de Paul VI. Aujourd’hui, il exerce son chantage sur François comme jadis sur Paul VI, lui-même homosexuel, en lui imposant la canonisation de ce dernier  !

C’est dire que l’Église est menacée par ce lobby homosexuel, au moment où elle est elle-même en proie dans son sein au scandale dévastateur de la pédophilie.

Le remède  ? Pour le cardinal Ouellet, il faut plus de femmes dans la formation des prêtres. L’abbé de Nantes l’avait dit avant lui  : «  Mais celui qui regarde la Vierge Marie, qui dit  : “ J’aime la Vierge Marie, Vierge Marie, je vous aime  ! ” Il a trouvé sa Femme. Ce mot n’est pas de moi, il est du Père Chevrier. À une femme qui lui faisait quelque proposition pas encore déshonnête, il répondait  : “ Mon cœur est pris  ! ” Cela a suffi à décontenancer la bonne dame et cela lui a suffi à lui pour lui garder sa paix  : Mon cœur est pris. Qu’est-ce que vous avez dans votre cœur  ? J’ai le cœur de Jésus inscrit. C’est bien, et celui de Marie y est inscrit. L’homme ne peut pas vivre sans femme, c’est bien vrai, mais une seule peut l’introduire au Ciel, car Elle est du Ciel et cependant Mère de tous les enfants de Dieu, et c’est Marie.  » (Sermon de notre Père du 10 août 1999)

Mais si le Pape et les évêques persistent à ne faire aucun cas du Cœur Immaculé de Marie  ? Aucun appel au Cœur Immaculé de Marie, alors, la Bête immonde continuera à l’emporter, car la seule arme absolue d’une victoire infaillible sur le Diable est la récitation du chapelet et la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois.

Quant au pape François, il en appelle non pas au Cœur Immaculé de Marie, mais à tous les catholiques dans une lettre «  au peuple de Dieu  », et s’en prend au «  cléricalisme  »  !

Alors, nous verrons «  pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant du ciel  » (Gn 19, 24).

Frère Bruno de Jésus-Marie