La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 202 – Septembre 2019

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

LES AFFAIRES DE LA CRC VONT BIEN

IL y a juste vingt-cinq ans, c’est sous ce titre que notre Père racontait dans la Ligue nos activités de l’été 1994  : camps, séjour au Canada, rentrée de la Permanence, Congrès… en attendant la Session de la Toussaint. Mutatis mutandis il en va toujours de même  !

CAMPS-VÉLO NOTRE-DAME D’ALSACE

Nous n’avons pas évoqué les camps-vélo le mois dernier  : le camp Notre-Dame des enfants, du 8 au 16 juillet, et le camp Notre-Dame d’Alsace, du 17 juillet au 1er août. Au programme  : chaque jour un pèlerinage dans un sanctuaire marial différent. Il faut dire que le pays d’Alsace n’en compte pas moins de cent vingt-six  ! Le point culminant de ces semaines de grâces pour tous ces jeunes CRC fut le pèlerinage à Strasbourg, sur les pas de notre vénéré Père Charles de Jésus, le dimanche 28 juillet. Pour l’occasion, frère Bruno les rejoignit, accompagné des communautés de la maison Saint-Joseph et de la maison Sainte-Marie. Journée inoubliable  ! En voici le récit par l’un de nos amis alsaciens  :

Jésus  ! Marie Mercredi 7 août 2019

Cher frère Bruno,

Quelle joie d’avoir passé ces deux jours en votre compagnie à Marienthal et à Strasbourg  ! De vous voir si bien reçus dans la cathédrale et prendre place dans le chœur, juste derrière la cathèdre m’a fait chaud au cœur.

Entendre résonner la messe du Cœur Immaculé de Marie écrite par frère Henry m’a ravi jusqu’à me croire au Ciel entendant les voix des anges et des élus… que j’aimerais en être  !

Dieu dispose les choses nécessaires aux hommes par sa Providence pour de justes motifs. Grâce de Dieu permettant de s’attacher à une âme combattante formée à l’école de l’abbé de Nantes, je me souviens de l’une de mes premières visites à la maison Saint-Joseph conduit par M.-P. Frère Thomas racontait avec enthousiasme Les Oberlés de René Bazin. Depuis ce jour, vous m’avez fait aimer l’Alsace française et catholique et extirpé cette torpeur mondialiste, athée, relativiste et sans attache et sans vertu. Que d’exemples proches  : Charles-Émile Freppel, le bienheureux Charles de Foucauld et le Père Joseph Krémer.

Ainsi, vous fîtes de moi votre guide sur les pas de votre fondateur, de la rue étroite des Échassiers à la place Broglie en passant par l’église Saint-Pierre-le-Jeune, luthérienne. Ah  ! moment inoubliable que ce passage sur les lieux du baptême de Charles de Foucauld. Le matin même, avant l’envoi, le célébrant vous souhaitait l’esprit d’audace et de conseil  ! Eh bien  ! nous voilà récitant le chapelet  ! au baptistère et les Ave se répétant dans tout l’édifice. Je me laisse penser que Jésus et Marie furent un peu consolés de ces nombreuses offenses professées par les protestants.

Puis continuant notre pèlerinage, vous avez voulu qu’une photo de famille soit prise au pied de notre frère universel  ! Ah  ! quel honneur d’être de votre famille  ! Enfin, traversant à nouveau la ville, la colonne de la Contre-Réforme se dirigea vers Saint-Louis-des-Français, vocable donné en l’honneur de Louis XIV. Ah  ! quel plaisir de vous voir dans la paroisse de notre famille où Saint Louis est honoré  !

Après avoir adoré Jésus-Hostie, le Père N., admiratif, vous demanda d’ouvrir un ermitage au Bénin. Ah  ! pas trop vite, cher Père, car l’Alsace est une terre de mission. Enfin le temps de nous séparer est venu, la communauté vers le bus, le camp vers leurs vélos et les Strasbourgeois qui garderont un souvenir extraordinaire de ces deux jours passés en votre compagnie.

Encore un instantané  ! Je vis courir les quelques frères chargés du camp après vous, frère Bruno, pour avoir votre bénédiction. Instant surnaturel, bénissant vos frères à genoux, toute la communauté en fit de même, au milieu de l’agitation citadine. Ah  ! que j’aime cela, j’aime cet empressement des fils envers leur supérieur. Je vais trop vite. J’oublie de dire la joie de revoir des amis. Les amitiés CRC sont des relations de confiance et de charité. Et puis de manger avec cette jeunesse formée par frère Gérard et par vous, à la suite de l’abbé de Nantes. Peut-être que frère Gérard est absent physiquement, mais je sens bien que l’amour de l’Église et le désir de perfection enseignés animent cette jeunesse.

Enfin, je vis les dernières troupes de cyclistes partir, le temps d’embrasser mes enfants et de remercier frère Thomas pour ces journées inoubliables. Je prends aussi mon vélo pour rentrer chez moi et là, à côté du collège Saint-Étienne, j’aperçois la voiture de frère Alexis et profite de sa charité afin de réparer mon frein. Empressement de sa part  ! Encore un exemple. Merci  !

Soyez assurés de nos fidèles prières dans les Saints Cœurs de Jésus et Marie. M. S.

Preuve que cet enthousiasme n’est pas un feu de paille, notre ami a prononcé son acte d’allégeance à la Phalange juste deux mois plus tard.

RENTRÉE DES CERCLES

Le 8 septembre, fête de la Nativité de la Santissima Bambina, marqua la reprise des activités apostoliques dans nos ermitages.

Les amis de l’Ouest s’étaient vu donner rendez- vous par nos frères de la maison Saint-Louis-Marie en la collégiale du Puy-Notre-Dame, sanctuaire de la Sainte Ceinture de Notre-Dame. Cet antique pèlerinage fut ranimé au dix-neuvième siècle par Mgr Freppel au point d’y voir accourir jusqu’à vingt mille pèlerins  ! C’est animés par la même dévotion que leurs ancêtres que près de deux cents de nos amis se joignirent à la messe présidée par Mgr Delmas, évêque d’Angers. Dans son homélie, il rappela nos rois de France qui contribuèrent à donner un bel écrin à l’insigne Relique et, plus particulièrement, l’exemple d’Anne d’Autriche qui fit venir la Sainte Ceinture à Saint-Germain-en-Laye, lorsqu’elle attendait Louis Dieudonné, le futur Louis XIV, afin de la porter lors de l’accouchement.

À la fin de la célébration, nos amis eurent l’heureuse surprise de voir l’évêque se mettre à genoux à même le sol, crosse en main et mitre en tête, pour baiser bien humblement la Relique, donnant l’exemple à tout son peuple. Voilà un témoignage de foi et de piété épiscopales d’autant plus réconfortant qu’il est rare  !

La journée s’acheva en nos maisons Saint-Louis-Marie et Bienheureuse-Marie-Louise, en prières et en instructions  : sur la Bambina pour les plus jeunes, sur les dernières nouvelles de nos échanges avec la hiérarchie à propos du Concile pour les adultes.

Le même jour, nos frères de la maison Saint- Benoît s’étaient joints avec nos amis bretons à la foule des pèlerins du Pardon de Notre-Dame du Roncier, à Josselin. Vingt-quatre heures d’immersion dans «  la religion de nos pères  », pour la plus grande gloire de l’Immaculée dont la statue était escortée magnifiquement par ses pages, ses gardes suisses et une multitude de bannières paroissiales.

Le cardinal Sarah présidait les célébrations. À la demande de frère Bruno, frère Benoît parvint à le rencontrer pour lui demander comment il avait pu consentir à introduire dans l’office de la fête liturgique du pape Paul VI, son discours blasphématoire de clôture du concile Vatican II, le 7 décembre 1965, proclamant “ le culte de l’homme ”. Le cardinal préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements ne trouva rien d’autre à lui répondre que de demander si l’on avait écrit à Rome et si Rome avait répondu. Fin de l’entretien. Ce haut prélat voit bien la crise de l’Église et semble en souffrir, mais il demeure aveugle sur ses causes et n’imagine pas d’autres remèdes que conciliaires, dans la ligne des enseignements de Paul VI, Jean-Paul II et surtout de Benoît XVI… Plus tard, frère Benoît put lui remettre notre mémoire de réponse à Mgr Pontier retraçant l’opposition de notre Père à cette funeste religion conciliaire  : «  Je lirai le dossier  », assura son Éminence. Cela pourra-t-il l’éclairer  ?

Quelques jours après, le samedi 14 septembre, ce fut au tour du cercle de Normandie de bénéficier de la présence de nos frères percherons pour leur journée de rentrée. Elle commença par la messe dans la basilique de Douvres-la-Délivrande dont frère Benoît raconta l’histoire qui remonte aux temps apostoliques  ! Ce sanctuaire conserve la mémoire de saint Jean Eudes, qui y consacra sa congrégation naissante au Cœur unique de Jésus-Marie le 25 mars 1643, mais aussi celle de nos rois  : Louis XIII, qui y fit pèlerinage, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X qui y furent présentés par leur mère, la Dauphine  ; Louis XVII enfin, conduit par Marie-Antoinette. Sans oublier notre chère Céline Martin  ! Mais quelle pitié de voir le plus grand pèlerinage marial de Normandie, aujourd’hui délaissé, n’être plus ouvert que quelques heures par jour…

Après une station à deux cents mètres de là, au couvent des sœurs de la Fidélité, fondées par l’admirable mère Sainte-Marie (1803-1858), nos amis se transportèrent à Caen, en premier lieu pour une visite de l’abbaye-aux-Hommes. Un phalangiste historien leur fit admirer les beautés de ce monastère construit en 1063 par Guillaume le Conquérant en l’honneur de saint Étienne.

Le rendez-vous suivant était à la Visitation, pour y vénérer le corps de Léonie Martin. Notre bon ami le Père Zambelli, parlant d’abondance du cœur, sut transmettre son amour ardent pour la grande sœur de la petite Thérèse. Elle est connue pour ses défauts de caractère, dus aux épreuves qui marquèrent son enfance et en particulier la mort de sa petite sœur Hélène. Mais son bon cœur et surtout les prières de sa tante visitandine et de ses sœurs carmélites la menèrent finalement, après bien des difficultés, vers la Visitation où Dieu la voulait, et jusqu’à la sainteté de la petite voie d’enfance.

Quant à nos frères de notre maison Saint-Bruno, en Ardèche, ils s’activent pour augmenter leurs capacités d’hospitalité, afin de répondre à une demande sans cesse croissante. Et entre deux chantiers, frère Michel s’en est allé ouvrir les cercles de Provence et de Clermont-Ferrand. Autant d’occasions pour parler du dossier remis aux évêques et donc de rappeler notre combat de Contre-Réforme.

À Paris enfin, sous la direction de frère François, la Permanence a repris le cours de ses réunions hebdomadaires du jeudi soir. Dans le trésor de la doctrine de notre Père, d’une inépuisable variété, frère François trouve chaque semaine une conférence bien de circonstance pour répondre aux problèmes posés par l’actualité ou pour compléter la formation intellectuelle et religieuse des étudiants parisiens. Privilège unique que leur envient les Provinciaux  !

Pendant ce temps, frère Bruno prenait ses “ vacances ” annuelles au Québec  : séjour bien employé à choyer nos communautés missionnaires, tout particulièrement en leur offrant les prémices de la retraite qu’il prêchera à la maison Saint-Joseph, du 6 au 13 octobre. Elle sera consacrée à l’étude des Pages mystiques de notre Père. Son désir est de nous apprendre à les savourer, afin de pénétrer par elles dans l’intimité de l’âme de notre Père, pour partager son colloque permanent avec la Sainte Trinité, avec la Vierge Marie. C’est cette vie mystique qui fut l’essentiel de la vie de notre Père, le tronc vivant dont toutes ses œuvres puisèrent la sève  : travaux intellectuels, labeurs apostoliques et combats pour l’Église.

Par ailleurs, frère Bruno devait aussi préparer le Congrès canadien, qui se tint les 14 et 15 septembre. De ce côté-là aussi de l’Océan les capacités d’accueil sont trop justes  : ce sont en effet deux cent cinquante amis – dont la moitié d’enfants – qui envahirent la maison Sainte-Thérèse afin de profiter des enseignements de notre frère et de retremper leur fidélité pour l’année commençante. Frère Bruno put une nouvelle fois constater l’unité d’esprit CRC au Canada comme en France  : il retrouvait là-bas le même souci de l’Église, le même intérêt pour notre contentieux avec nos évêques à propos du Concile. Et le sceau de cette communion fut la quinzaine d’actes d’allégeance à la Phalange qu’il reçut de la part de nouveaux phalangistes ou bien de jeunes mariés renouvelant leur promesse de fidélité.

CINQUANTIÈME CONGRÈS DE LA CRC

C’est également sous le patronage de sainte Thérèse que s’est ouvert le Congrès à la maison Saint-Joseph, par la grand-messe de la solennité de sa fête. D’emblée, le sermon d’ouverture de frère Bruno orienta les esprits vers l’unique nécessaire dans les derniers temps que nous vivons, en rappelant l’apparition du 13 octobre 1917 dont nous célébrerons bientôt l’anniversaire. Si les premières apparitions de l’Ange et de Notre-Dame constituent ce que notre frère a intitulé ces derniers mois «  L’Évangile de Fatima  », cette ultime manifestation céleste de 1917, sans équivalent dans l’histoire, est comparable à l’Apocalypse qui achève le Nouveau Testament  : c’est l’Apocalypse du Cœur Immaculé de Marie. Tout au long de ces deux jours de Congrès, frère Bruno s’appliqua à nous dévoiler ces desseins de miséricorde, qui éclairent notre actualité.

En début d’après-midi, frère Bruno avait demandé à frère Sébastien de présenter aux amis les dernières nouveautés de notre site internet de diffusion audio­visuelle (vod.catalogue-crc.org). La plus remarquable est la décision prise par notre frère prieur de republier la longue série des conférences d’Actualités mensuelles prononcées par notre Père à la Mutualité, à Paris, depuis le mois de novembre 1974 jusqu’au mois de juin 1996. Cet ensemble constitue un feuilleton passionnant dont un nouvel épisode sera mis en ligne chaque jeudi soir  : le jour où se tenaient les “ Mutu ”, jadis.

Pour éclairer chaque nouveau sujet abordé, notre Père délivre un petit traité doctrinal en quelques minutes. Jamais il ne se laisse enfermer dans l’anecdotique, les querelles partisanes ou l’idéologie abstraite. Au contraire, libre de tout préjugé, il s’applique à étudier la réalité des événements et des personnes, à la lumière de sa foi et de l’héritage de ses maîtres de l’Action française. C’est ainsi qu’il parvient toujours à dégager des actualités des leçons universelles qui conservent toute leur pertinence, plusieurs décennies plus tard  !

Nous en eûmes d’ailleurs aussitôt la preuve en écoutant un extrait de quatre minutes de la première de ces conférences, le 14 novembre 1974. Au moment où Giscard faisait passer la loi sur l’avortement, notre Père fustigeait la lâcheté d’évêques n’osant parler et craignant de se taire, de peur que leur prise de position ou leur silence soit interprété dans un sens politique  ! À n’invoquer que la loi naturelle ou la loi démocratique, nous serons toujours battus. Seul peut valoir le rappel de la loi divine. Actuel, non  ?

Le reste de cet après-midi fut tout occupé par le commentaire de l’oratorio de frère Henry  : Le Cœur Immaculé de Marie, Régente de Russie. Cette année, frère Bruno y consacra deux heures, car il s’agissait de nous initier à un univers qui ne nous est pas familier. Dans son numéro spécial sur la Russie de décembre 1982 (CRC n° 184, “ La Russie avant et après 1983 ”), notre Père écrivait en effet  :

«  Pour nous Français, habitués à ce que la Très Sainte Vierge apparaisse chez nous, ou du moins en quelque pays catholique romain et latin  ! pour s’occuper de nous d’abord, cette prédilection marquée pour la Russie devrait nous intriguer beaucoup. D’autant qu’il ne s’agit pas seulement d’obtenir par sa conversion la fin de nos angoisses. Il s’agit de son salut à lui, ce peuple aimé, que notre Père du Ciel a confié particulièrement au Cœur Immaculé de Marie. Le mérite-t-il donc  ? La “ sainte Russie ” est-elle si sainte  ?

«  Quiconque croit aux révélations de Fatima cherchera à sortir de cette incroyable ignorance, ou plutôt, de cette méconnaissance totale où nous sommes des Slaves en général et des divers peuples de la sainte Russie.  »

Frère Bruno nous y aida, nous donnant à comprendre le mystère de la prédilection de Notre-Dame pour le peuple russe  : son âme est évangélique, son histoire est sainte, mais il est possédé depuis le schisme de Moscou par des démons qui lui ont imposé de funestes “ erreurs ”  : antiromanisme, pacifisme tolstoïen, socialisme, bolchevisme… Finalement, au moment où cette possession diabolique atteignait son paroxysme, en 1917, le jour même où le tsar Nicolas II abdiquait, le 15 mars, Notre-Dame intervint elle-même par la découverte miraculeuse de son Icône Souveraine à Kolomenskoïe, manifestant qu’elle prenait la Régence de cette nation bien-aimée. Deux mois plus tard, elle révélait à Fatima, pour toute la Chrétienté et pour le Saint-Père, la place de la Russie dans le dessein divin.

Si bien préparés, nos amis profitèrent pleinement de la projection de l’oratorio, le soir à vingt et une heures. L’enthousiasme fut général  ! Dès les premières mesures, la musique de frère Henry nous emporta vers les steppes de Russie, nous faisant communier à l’éblouissement des âmes slaves dans l’exubérance de la liturgie byzantine et le flamboiement des iconostases. La ferveur des acteurs, des choristes et de l’orchestre est communicative et le montage vidéo très réussi nous fait profiter des moindres détails de leur jeu et de la mise en scène. Ah oui  ! Un tel spectacle répond au désir de notre Père de faire connaître et aimer à ses lecteurs l’âme russe.

Le lendemain, dimanche 29 septembre, à l’oraison du matin, frère Bruno prolongea son sermon de la veille en nous faisant contempler la gloire de saint Joseph, chef de la Sainte Famille, apparu dans le ciel de Fatima le 13 octobre 1917. Cette gloire, nul n’a su la célébrer comme l’abbé de Nantes, dans sa Page mystique du mois de mars 1970. Frère Bruno l’introduisit en soulignant l’actualité brûlante de cette page pour répondre à l’assaut que mène le diable, par nos autorités publiques, contre nos mœurs chrétiennes. Ce sont de tels textes que nos évêques devraient citer dans leurs bulletins  !

«  Ah  ! ce désir de pureté totale, de chasteté éternelle, par amour, dans l’amour, pour l’amour d’un être exquis qui en partage la volonté et y aide, cet au-delà de la nature charnelle, enraciné pourtant en notre cœur de chair, ô patriarche taciturne, vous seul en avez connu la perfection du jour où Marie notre Mère entra dans votre vie. C’était le premier amour de votre cœur très pur et c’en serait d’emblée l’unique. Qui pourrait exprimer la force et la sagesse, la tendresse sensible et l’allégresse spirituelle de cette affection très humaine, de cet amour conjugal si bien payé de retour, mais si saint qu’il suspendait aux joies de l’âme toutes les palpitations du cœur, retenant le mouvement des sens. Il était divin, cet amour, non pas au sens mensonger où nous l’entendons maintenant d’une idolâtrie de la créature follement aimée. Il était divin parce qu’il se répandait tout en Dieu qui l’inspirait et le réglait souverainement.  »

HISTOIRE VOLONTAIRE DE SAINTE, DE DOUCE FRANCE.

Après le petit déjeuner et le chapelet, frère Bruno prononça une conférence très attendue  : la présentation du livre sur l’Histoire volontaire de douce et sainte France de notre Père l’abbé de Nantes, rédigé par frère Luc du Cœur de Marie. Si l’Entravers ne s’en mêle pas trop, il devrait paraître à temps pour que vous le commandiez pour Noël. À en juger par les applaudissements nourris qui accueillirent cette annonce, cet ouvrage devrait être notre best-seller 2020  !

Frère Bruno commença en citant cet aveu de Charles Maurras, en 1904  : «  L’histoire universelle en son détail est impossible, et la loi d’ensemble qui la simplifierait et la condenserait en une grande et forte leçon, cette loi générale ne me paraît pas découverte.  »

C’est précisément le mérite de l’abbé de Nantes de l’avoir découverte  ! elle tient en une proposition  : «  L’histoire de France est au centre de l’histoire universelle.  » Mais pour le comprendre, «  Il faut récrire l’histoire de France comme une histoire sainte  !  »

Or cette histoire sainte n’est pas neutre  : c’est un combat entre la Vierge et le Dragon, qui décidera au final qui, de l’Immaculée ou de Satan possédera le royaume de France. C’est pourquoi notre Père entend écrire une histoire volontaire. C’est-à-dire qu’il s’engage volontairement, qu’il “ prend parti hardiment ”, au nom de sa foi, pour raconter notre Histoire de France du point de vue de la Vérité divine et du bien moral humain qui en découle  :

«  Pour nous, posait-il en principe de toute son étude, préalablement acquis à la foi catholique et spectateurs émerveillés de l’orthodromie générale de l’œuvre divine dans l’univers et dans le cours de l’histoire humaine, dans cette masse d’événements qui constituent l’histoire de notre pays, la France, ce qui nous importe, ce n’est pas l’évolution des modes, de la cuisine, des traditions, du costume. Ce qui nous importe, c’est de retrouver dans l’Histoire de France ce que Dieu veut, pour y consentir, pour en applaudir les acteurs, et pour en soutenir l’œuvre.  »

C’est alors que le génie de notre Père lui permet de considérer le cours de toute notre histoire, si chaotique qu’elle puisse parfois paraître, d’une manière cohérente, comme une course droite, qu’il appelle orthodromique. L’histoire prend alors relief et figure, mais relief chrétien, figure catholique  :

«  Vous êtes sûrs que Jésus-Christ Fils de Dieu s’est incarné, que Jésus-Christ a sauvé les hommes par sa Croix, qu’il a fondé son Église à qui il a donné le Saint-Esprit en apanage, en exclusive. Nous savons qu’il y a là une force divine. Et maintenant, nous regardons la France. Quelles ont été les relations de la France, de cette population qui se succède de génération en génération sur cette terre qu’on appelle la Gaule puis la France, quelles ont été les relations de ce pays avec cette religion qui est la vraie, cette puissance de salut qu’est le Royaume de Dieu  ?  »

Sur la base de tels principes, frère Bruno résuma en une petite heure les six cents pages de ce nouveau livre, nous offrant un survol éblouissant des quinze siècles de notre histoire nationale, depuis la Gaule romaine jusqu’à notre triste aujourd’hui, considérés du point de vue de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge. Des splendeurs capétiennes aux ruines révolutionnaires, de la Pucelle de Domrémy au vieux Maréchal de France et de la Serpente florentine à Dreyfus  : cette découverte du dessein divin sur notre patrie et par elle, sur le monde, ainsi que l’identification des obstacles suscités par Satan prenait bien la suite de l’étude de la veille sur la Russie. Nos deux nations ne sont-elles pas réunies dans le Cœur Immaculé Marie, vraie Reine de France et Tsarine céleste  ?

Par sa vue mystique de l’histoire et de la politique des hommes, notre Père fortifie notre espérance rudement mise à l’épreuve par la putréfaction républicaine que nous connaissons. En effet, son œuvre illumine cette vérité toujours actuelle  : l’Alliance que Dieu a contractée avec son peuple n’est pas rompue. Elle reste le fondement d’une renaissance catholique et française pour demain  !

C’est le cœur tout gonflé de cette espérance que nous chantâmes la grand-messe de saint Michel. Le sermon de frère Bruno nous ramena une fois de plus à Fatima, cette fois-ci au Cabeço et au puits de l’Arneiro pour évoquer les apparitions de 1916 de l’Ange de la Paix, l’Ange du Portugal, l’Ange de l’Eucharistie, qui n’est autre que l’archange saint Michel. Notre frère nous raconta très simplement ces événements merveilleux, sans presque les commenter, tant il est vrai que, comme l’Écriture sainte, l’Évangile de Fatima “ porte sa grâce avec lui ”.

Évasion dans le surnaturel  ? Bien au contraire, c’est le remède céleste à notre angoisse politique  : «  De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie.  »

À 15 heures, après avoir récité notre chapelet sur la tombe de notre bien-aimé Père Georges de Jésus-Marie et lui avoir confié les intentions de prière de notre CRC, frère Bruno prononça sa conférence d’actualités.

LES “ AFFAIRES DU PAPE VONT MAL ”.

L’expression est reprise d’une lettre du futur cardinal Pie exprimant l’inquiétude que lui inspiraient les premiers mois du pontificat du jeune Pie IX  : «  Je crois qu’il fonde une confiance extrême sur l’empire de la bonté pour rapprocher les hommes et qu’il sera détrompé par de cruels mécomptes. En attendant, j’ai peur qu’il n’essaie de l’entente cordiale avec ses plus irréconciliables ennemis…  » (1er novembre 1846)

Sous ce titre alarmant, frère Bruno fit la synthèse des nouvelles marquantes, politiques et religieuses, survenues durant l’été. Elles tournent toutes autour de trois pôles dont l’union assurera le triomphe de l’Église et la paix dans le monde  : Moscou, Rome et Paris.

Notre frère commença par nous surprendre en nous révélant qu’un évêque s’était appliqué à répondre à un phalangiste qui lui avait transmis le mémoire remis à Mgr Patenôtre le 13 juin dernier. Lisez plutôt  :

Mgr Joseph de Metz-Noblat
Évêque de Langres
Chaumont, le lundi 15 juillet 2019

Cher Monsieur,

Vous m’avez fait parvenir une copie du courrier échangé entre Mgr Pontier et le Frère Bruno de Jésus-Marie au sujet de l’attachement de la CRC à l’Église catholique, et je vous remercie. J’ignore ce qui a motivé un laps de temps considérable (plus de six années) entre la lettre adressée à Mgr Marc Stenger et l’interpellation signifiée par le Président de la Conférence des évêques de France, et je comprends la surprise du supérieur de l’Ordre des Petits Frères et Petites Sœurs du Sacré-Cœur en recevant celle-ci.

Je me permets de tirer, à mon tour, de cette réponse, une interrogation  : quel sens le rédacteur de ce mémoire donne-t-il au mot «  légitime  »  ? En effet, après avoir assuré que l’abbé Georges de Nantes et nous à sa suite reconnaissons le concile Vatican II comme vrai et légitime concile œcuménique de la Sainte Église Romaine (p. 6), le Frère Bruno de Jésus-Marie en conteste toute autorité, au prétexte que les enseignements qu’il comporte ne sont pas marqués du sceau de l’infaillibilité  : Nous en déduisons que les seize textes promulgués lors du concile Vatican II sont tous faillibles, tous discutables (p. 15). Est légitime ce qui est conforme au droit positif ou conforme à l’équité, ce qui est fondé sur le droit naturel, la morale, la loi divine. Si donc le Concile est légitime, pourquoi les documents qu’il a produits ne le seraient-ils pas  ? Et pourquoi les papes et les évêques qui le mettent en œuvre seraient-ils à leur tour entachés d’illégitimité voire d’hérésie  ? Le dogme de l’infaillibilité pontificale a été solennellement proclamé lors du concile Vatican I, mais n’a été formellement employé que pour la proclamation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie en 1950, dogme d’ailleurs auquel l’Église adhérait depuis fort longtemps…

En contrepoint de ce positionnement, l’auteur soulève aussi que, dans une notification effectuée en 1969 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l’abbé de Nantes était diffamé, mais pas condamné. C’était implicitement, mais nécessairement reconnaître que l’auteur des écrits […] est dans la vérité (p. 28). Il faudrait donc une condamnation solennelle, pour que la CRC en soit réduite à entrer dans le schisme  ? Quelle curieuse vision de l’Église, et par là même quelle curieuse compréhension de Notre-Seigneur  : «  Personne ne t’a condamnée  ? Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus  », dit-il à la femme adultère (Jn 8, 11).

Bonne célébration de Notre-Dame du Mont-Carmel.

+ J. de Metz-Noblat

Copie  : NNSS. Marc Stenger et Yves Patenôtre.

Et voici la réponse de frère Bruno, adressée à Mgr Patenôtre, intermédiaire désigné par Mgr Pontier, l’ex-président de la Conférence des évêques de France  :

Jésus  ! Marie  ! Joseph  !

Monseigneur Yves Patenôtre
3 rue du Cloître Saint-Étienne
10 000 Troyes
St-Parres-lès-V., le 13 septembre 2019
Cinquième apparition de Notre-Dame à Fatima

Excellence,

J’ai déposé le 13 juin dernier, à votre attention, un mémoire en réponse à la lettre de Mgr Pontier. Je l’ai adressé le même jour au cardinal Ladaria, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Lors d’une entrevue que vous m’avez aimablement accordée à l’évêché de Troyes le 2 juillet, je vous ai confirmé que ce document, fruit d’un intense travail de communauté, ne donnerait pas lieu à des réponses personnelles de la part des frères et des sœurs. Les supérieurs des Maisons de notre Ordre ont, quant à eux, remis à ma demande, en mains propres, un exemplaire de ce mémoire aux évêques dont ils dépendent et plus précisément à Mgr Jean-Louis Balsa, évêque de Viviers, Mgr Jacques Habert, évêque de Séez et Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers.

Je n’ai plus eu de nouvelles de cette affaire et ne sachant pas dans quels délais j’en aurai je voudrais adresser une réponse par votre intermédiaire à Mgr de Metz-Noblat, évêque de Langres. Votre confrère s’est en effet vu remettre un exemplaire de mon mémoire par l’un de ses plus dévoués diocésains et, par ailleurs, fidèle ami de notre communauté. Il s’est donné la peine de le lire et de formuler deux petites objections, ce qui de sa part n’est pas sans mérite.

1. Mgr de Metz-Noblat se demande, tout d’abord, comment nous pouvons à la fois contester toute autorité aux Actes du deuxième concile du Vatican et reconnaître ce même Concile comme vrai et légitime. Selon lui, si «  le Concile est légitime, pourquoi les documents qu’il a produits ne le seraient-ils pas  ?  » Et il ajoute  : «  Pourquoi les papes et les évêques qui le mettent en œuvre seraient-ils à leur tour entachés d’illégitimité voire d’hérésie  ?  »

Nous avons, en effet, écrit à la page 5 de notre mémoire  : «  Malgré des irrégularités flagrantes qui semblent notamment avoir entaché les procédures de vote et de promulgation des différents textes, l’abbé Georges de Nantes et nous à sa suite reconnaissons le concile Vatican II comme vrai et légitime concile œcuménique de la Sainte Église Romaine.  » Légitime  ? Mais dans quel sens  ? demande Mgr de Metz-Noblat. La suite de notre mémoire répond à sa question. «  Il en a toutes les marques canoniques et peut-être plus qu’aucun autre concile depuis le premier, celui de Jérusalem. Le rôle du Pape y fut considérable, lui conférant sa pleine autorité. Jamais les évêques n’ont été si nombreux, et de presque toute la terre. Il s’est réuni et déroulé en dehors de toute ingérence séculière. Personne ne l’a contesté, il paraît avoir été reconnu de tous. Nous reconnaissons donc la pleine légitimité canonique du deuxième concile du Vatican, vingt et unième Concile œcuménique, le plus grand de tous les temps.  »

C’est donc sous l’angle de la régularité canonique et uniquement sous cet angle que nous reconnaissons au concile Vatican II, malgré certaines réserves, sa légitimité. Mais cette légitimité canonique, certes nécessaire, n’est pas une condition à elle seule suffisante pour conférer ipso facto aux Actes du concile Vatican II leur pleine et parfaite autorité. Encore faut-il que leur contenu, sur le plan dogmatique, soit conforme à la doctrine de la foi catholique. Que les Pères conciliaires aient bénéficié en DROIT de toutes les lumières et aides particulières, que le Saint-Esprit répand immanquablement sur les conciles qui se tiennent dans les conditions canoniques requises, c’est certain. Mais ces mêmes Pères de Vatican II, dans les FAITS, en ont-ils usé et profité  ? Contrairement à ce que pense et écrit Mgr de Metz-Noblat, ce n’est pas automatique, ni contraignant. Ce n’est pas certain. Il nous semble au contraire qu’ils en ont fait peu de cas, se contentant de couvrir de cette haute garantie, en toute occasion, des discours, des audaces, enfin des textes inspirés d’un tout autre Esprit et des votes inspirés d’une tout autre Force que celle de Dieu. Le Saint-Esprit n’a pas manqué au Concile. Mais l’Église conciliaire n’a-t-elle pas manqué au Saint-Esprit  ?

Voilà la question qu’il ne nous appartient pas de trancher de façon définitive, mais pour laquelle nous sommes fondés à demander au Magistère de l’Église par la voix de son Souverain Pontife une réponse infaillible et définitive.

2. Mgr de Metz-Noblat écrit également  :

«  L’auteur soulève aussi que, dans une notification effectuée en 1969 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, “ l’abbé de Nantes était diffamé, mais pas condamné. C’était implicitement, mais nécessairement reconnaître que l’auteur des écrits […] est dans la vérité ” (p. 28). Il faudrait donc une condamnation solennelle, pour que la CRC en soit réduite à entrer dans le schisme  ? Quelle curieuse vision de l’Église, et par là même quelle curieuse compréhension de Notre-Seigneur  : “ Personne ne t’a condamnée  ? Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ”, dit-il à la femme adultère (Jn 8, 11).  »

Une condamnation solennelle de la CRC la réduirait à entrer dans le schisme  ? Vraiment  ? Mais qu’en sait l’évêque de Langres  ? En attendant, il admet que la CRC aujourd’hui comme notre Père hier n’est pas condamnée. Au bénéfice d’une incroyable mesure de clémence et de miséricorde  ? Voilà une belle raison évangélique avancée bien imprudemment par Mgr de Metz-Noblat car elle est de pure façade et radicalement irrecevable.

Pour qu’il y ait pardon, encore faut-il qu’il y ait une faute, une erreur à reprocher au prétendu délinquant. Or malgré une minutieuse étude de toute son œuvre écrite et son audition au cours de plusieurs séances, la Congrégation pour la doctrine de la foi n’a pas été en mesure d’établir, en 1968 et depuis lors, la moindre erreur doctrinale à l’encontre de l’abbé de Nantes, particulièrement dans ses graves accusations en hérésie contre les Actes du Concile et les enseignements subséquents du pape Paul VI d’abord, et ceux du pape Jean-Paul II ensuite.

C’est bien parce que rien n’a pu lui être opposé que l’abbé de Nantes n’a jamais été condamné. Et c’est pour cette même raison que Mgr de Metz-Noblat élude comme il l’a fait dans sa lettre du 15 juillet, toute discussion sur le fond à propos de notre mémoire qu’il a pourtant minutieusement lu. Et c’est sans doute encore pour cette même raison que Mgr Marc Stenger a, lui, jugé plus prudent de ne rien répondre à la lettre que je lui avais écrite le 29 septembre 2012.

Voilà ce qu’il me semblait utile de vous écrire à la suite du mémoire déposé le 13 juin dernier et que je dois considérer, encore aujourd’hui, comme resté sans réponse.

Je vous prie d’agréer, Monseigneur, l’expression de mes sentiments religieux et dévoués,

Frère Bruno de Jésus-Marie,
Supérieur général de l’Ordre des Petits frères et des Petites sœurs du Sacré-Cœur.

C’est avec une attention soutenue que nos amis écoutèrent le compte rendu de cette nouvelle manche remportée par notre Père et la CRC contre la religion conciliaire. En effet, c’est principalement pour avoir des nouvelles du dossier remis cet été à nos évêques que nos amis étaient venus, dans une unanimité qui encouragea bien frère Bruno.

Mais comment cette dernière polémique s’est-elle nouée  ? Pour nous en bien faire comprendre l’enjeu, frère Bruno rappela les critiques dont le Pape est la cible de la part des milieux ultraconservateurs américains. François a trouvé l’argument décisif pour leur donner tort  : «  Je copie Jean-Paul II  !  » Or, Jean-Paul II est une référence absolue pour les courants conservateurs  !

Précisément  ! Notre Père l’abbé de Nantes et nous à sa suite, sommes les seuls à poser la vraie question au Pape  : en faisant appel à son magistère suprême qui ne saurait faillir, à l’encontre de la gnose de Jean-Paul II et du «  culte de l’homme  » proclamé par son prédécesseur et «  père spirituel  », Paul VI.

Au contraire, nous, Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur, proclamons notre foi dans le Fils de Dieu qui s’est fait homme pour notre salut et nous n’en connaissons point d’autre. Cette profession de foi catholique était l’objet de la lettre de frère Bruno à Mgr Stenger du 29 septembre 2012.

Et notre frère nous récapitula alors nos relations avec la hiérarchie de l’Église durant ces sept années écoulées  :

«  Mgr Stenger porta ma lettre à Rome lors de sa visite ad limina courant 2013, dans les tout débuts si prometteurs du pontificat du pape François. Il lui parla de nous. Le Pape lui dit  : C’est aux évêques de France à régler cette affaire.

«  Lors d’une rencontre dans le train, Mgr Stenger dit à frère François qu’il était allé à la Congrégation pour la doctrine de la foi et qu’il avait rencontré un assesseur… Et puis… et puis…  ?

«  Depuis, il cherchait “ un bon théologien ” pour l’aider à s’occuper de cette affaire, comme il l’a confié à une religieuse.

«  À l’été 2013, pour notre fondation à Magé, je demandai un rendez-vous à l’archevêque de Poitiers, Mgr Pascal Wintzer. Qui me répondit qu’il ne souhaitait pas me recevoir.

«  Mais les frères ont été bien accueillis par le curé de Thouars, qui est même venu célébrer la messe dans la chapelle des frères au printemps 2014.

«  Été 2016  : je rencontre Mgr Habert, en son évêché de Séez, avec les frères de notre communauté de Frébourg. Longue conversation sur les questions de fond – liberté religieuse, etc. – Mgr Habert écrit à Mgr Stenger qui lui répond qu’il s’en occupe, et Mgr Habert me communique cette réponse sans donner davantage suite à notre entretien.

«  Plus de nouvelles depuis.

«  Enfin… en la saint Georges, 23 avril 2019, je reçois une lettre de Mgr Pontier, président de la Conférence des évêques de France, qui se dit mandaté par la Congrégation romaine de la doctrine de la foi. Datée du 15 avril, cette lettre cite un passage de ma lettre de 2012 à Mgr Stenger où je posais d’entrée de jeu la question doctrinale  : “ Si nous sommes bien décidés à ne jamais nous séparer de l’Église, nous ne pouvons pas davantage accepter ce qui en conscience nous paraît hérétique. Toute démarche de conciliation a donc pour préalable un jugement doctrinal sur la foi. En effet, si les démonstrations théologiques de l’abbé de Nantes entraînent notre adhésion raisonnée et irréductible, pas plus que lui nous ne prétendons être infaillibles. C’est la raison pour laquelle notre foi catholique et nos droits de baptisés nous font réclamer un jugement sur les points précis que nous contestons dans les nouveautés conciliaires. ”

«  En réponse, Mgr Pontier écrit  : “ La Congrégation de la doctrine de la foi m’a fait savoir que le seul préalable à envisager était celui de votre adhésion à l’Église et à son Magistère, en particulier au concile Vatican II, ainsi que l’ecclésialité du fonctionnement de votre mouvement. ”

«  Qu’est-ce qui a motivé ce réveil soudain de la hiérarchie  ? après six ans de silence  ?

«  À coup sûr, une inspiration du Saint-Esprit  !

«  Au moment où l’Église est submergée de scandales qui sont les conséquences – prévues par l’abbé de Nantes – de l’hérésie, du schisme et du scandale causés par le concile Vatican II  ! quelle “ divine surprise ”  !

«  Nous qui ne sommes rien, nous voilà soudain portés à la pointe du combat  ! Nous allons peut-être prendre des coups, peut-être pas… je ne sais, mais comme me l’a écrit frère Pierre  : “ C’est l’heure du témoignage. ” C’est notre vocation. Nous sommes faits pour cela  !

«  Le jugement que nous demandons a pour objet la foi catholique. Il ne peut donc venir que de Rome. Tant que le Pape ne nous aura pas répondu au nom de son magistère infaillible, il est vain de nous menacer de “ contumace ” parce que nous ne répondons pas “ individuellement ”, mais unis comme les doigts de la main dans notre profession de foi catholique, inchangée, inchangeable, pour cause de perfection divine.

«  C’est pourquoi j’ai écrit à son Éminence le cardinal Luis Francisco Ladaria Ferrer, Préfet de la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi, pour lui adresser notre réponse à son questionnaire.

«  Et nous n’avons pas reçu le moindre accusé de réception de ladite Congrégation. Déjà, au siècle précédent, notre Père avait constaté que la communication avec Rome était coupée  : “ Allo  ! Rome. ”

«  Rome ne répond plus.

«  Comment nous en étonner  ? C’est le traitement qu’a subi notre Père, avec sœur Lucie, la messagère de Notre-Dame de Fatima.  »

Frère Bruno nous répète souvent que ce silence de Rome, incapable de condamner notre défense de la vérité, est une preuve de l’infaillibilité de l’Église  !

Mais le résultat de cette forfaiture est la ruine de l’Église, selon la prophétie du Secret de Fatima.

La dernière illustration de cette ruine est l’inacceptable “ Instrumentum laboris ” du Synode sur l’Amazonie. Cette région est présentée comme une «  source particulière de la Révélation de Dieu  » pour la reconstruction de l’Église  ; un «  lieu théologique  », un «  lieu épiphanique  » dont l’Église doit recevoir «  la foi en Dieu Père-Mère créatrice  », et s’enrichir des «  relations avec les ancêtres  », de la «  communion et l’harmonie avec la terre  » (n° 121). La «  connexion avec les différentes forces spirituelles  » (n° 86) ne doit pas exclure la sorcellerie. Ainsi, «  toutes les religions sont voulues par Dieu  », selon la déclaration d’Abu Dhabi, signée par le pape François.

Contre de telles insanités, le cardinal Müller, qui fait figure de réactionnaire, ne sait qu’invoquer la constitution conciliaire Dei Verbum, selon laquelle «  nous n’attendons plus de nouvelle révélation publique  » (n° 4). Remède pire que le mal, car cette affirmation du Concile vise Fatima. Révélation attestée par un miracle annoncé trois mois à l’avance, le 13 juillet 1917, et accompli le 13 octobre  : la chute du soleil sous les yeux de soixante-dix mille témoins le 13 octobre, c’est une «  révélation publique  », non  ?

Comment un aveugle comme le cardinal Müller peut-il conduire un autre aveugle comme le pape François  ? Ah vraiment  ! “ les affaires du Pape vont mal ”.

Et la guerre est le châtiment de cette désorientation  : de la Colombie où les Farc reprennent les armes, jusqu’au Mozambique où le Pape vient de prêcher son pacifisme, mais où la paix demeure si fragile.

Par grâce, Vladimir Poutine, lui, est un artisan de paix  : il normalise ses relations avec l’Ukraine, renforce sa coopération avec l’Inde… C’est tellement irrésistible que Macron lui-même, qui se prend pourtant pour Jupiter, a fini par céder aux évidences du bon sens et se rapprocher au cours de l’été de la Russie. Ce «  renversement des alliances  » inespéré, annoncé dans son discours du 30 août est d’ores et déjà concrètement mis en œuvre  : le 9 septembre, à Moscou, nos ministres respectifs des affaires étrangères et des armées, Jean-Yves Le Drian et Sergueï Lavrov, Florence Parly et Sergueï Choïgou, ont pu passer en revue les dossiers où les intérêts de nos pays convergent  : Centrafrique, Libye, Syrie, Ukraine… La France se met à l’école de la Russie de Poutine  !

Elle a encore à en apprendre  : si Le Drian rappelle notre «  héritage commun de valeurs et de principes  », Vladimir Poutine a été plus précis, dans une entrevue avec The Financial Times le 26 juin 2019  :

«  La Russie est une nation chrétienne orthodoxe, et il y a toujours eu des problèmes entre le christianisme orthodoxe et le monde catholique (…), mais ils ne doivent pas être exagérés et utilisés pour détruire l’Église catholique romaine elle-même. Voilà ce qui ne doit pas être fait. Parfois, j’ai l’impression que ces cercles libéraux (qu’il vient de déclarer “ obsolètes ”) commencent à utiliser certains éléments et problèmes que connaît l’Église catholique pour tenter de détruire l’Église elle-même. Voilà ce que je considère comme incorrect et dangereux.  » On croirait entendre Soloviev, s’exclame frère Bruno  !

Et quand on apprend que Victor Orban, qui présidait le 5 septembre à Budapest un sommet démographique international, dont l’objet était la défense des “ valeurs chrétiennes de la famille traditionnelle ”, revenait d’un pèlerinage à Fatima, le 22 août, pour la fête du Cœur Immaculé de Marie, on se prend à rêver. Depuis 2010, la Hongrie met en place une politique résolument nataliste, dont la «  condition du succès est la résurgence du christianisme en Europe  », souligne Orban.

La France n’en est pas encore là, hélas  ! Face au serpent Macron qui détruit la famille chrétienne à coups de lois bioéthiques, nos évêques, qui n’ont pas plus de convictions et de courage que leurs prédécesseurs de 1975, ne savent pas quelle posture adopter. Faut-il que les catholiques participent à la manif’démocratique du dimanche 6 octobre  ? Mgr de Moulins- Beaufort, président de la Conférence des évêques de France et archevêque de Reims renvoie les Français aux lumières de leur propre conscience  : «  Personnellement, je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre.  » Pour ces citoyens-là, il ajoute  : «  J’aurais tendance même à dire qu’ils ont le devoir de le faire.  »

Cette veulerie de nos évêques est accablante, aussi frère Bruno acheva ses Actualités sur une note d’espérance  : nous verrons bientôt se dresser en plein cœur historique de Saint-Pétersbourg une statue de sainte Jeanne d’Arc, debout et prête à partir pour le combat, étendard levé, épée fleurdélysée au côté et tournée vers le Ciel au cri de «  Dieu premier servi, les hommes combattent et Dieu donnera la victoire  !  » La Pucelle, catholique et française, est cependant vénérée aussi par les orthodoxes et Vladimir Poutine a lui-même appuyé ce projet qui devrait aboutir pour le centenaire de la canonisation de la sainte, le 16 mai 2020. Il ne manque plus que le Pape se mette à l’unisson en consacrant enfin la Russie au Cœur Immaculé de Marie  !

Dans son sermon de conclusion du Congrès, c’est encore une fois vers le chef de la Sainte Famille, le Patron de l’Église universelle, que frère Bruno nous tourna pour obtenir de lui cette grâce, en citant un inoubliable sermon de notre Père, le 1er mai 1987  :

«  Tant qu’on n’aura pas invoqué saint Joseph, on ne sera pas sauvé. Jésus ne peut résister aux demandes de la Sainte Vierge et la Sainte Vierge ne peut qu’obéir à saint Joseph, parce que c’est le patron.

«  Implorons saint Joseph  ; c’est lui qui dira à la Sainte Vierge  : “ C’est moi le patron, je vous demande de venir à l’aide de cette Église mourante ”, et la Sainte Vierge sera forcée d’obéir. Elle se tournera vers Jésus  : “ Vous ne pouvez rien me refuser  : notre père saint Joseph demande que vous rétablissiez l’Église dans son antique gloire. ”

Voilà comment le salut va nous advenir  !  »

frère Guy de la Miséricorde.