La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 153 – Juillet 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


“ MARINS ET MISSIONNAIRES ” EN OCÉANIE

LE samedi 30 mai 2015, l’ingénieur-général Éric Delcourt conduisit nos familles CRC parisiennes au musée de la Marine. Avant d’y entrer, il nous fit un passionnant exposé tout inspiré du livre du Père de Salinis, Marins et Missionnaires (1891), qui retrace «  la belle histoire de l’établissement des maristes en Océanie avec l’aide et l’appui de l’amiral Dupetit-Thouars et de ses marins  ». Il eut aussi le bon esprit de se référer à un article de notre frère Thomas sur l’évangélisation de la Nouvelle-Calédonie (Résurrection n° 2, février 2001, p. 29-34).

Nos amis furent saisis et même émus d’apprendre que Marc de Nantes, le père de notre Père, «  élève appliqué et pieux  » des jésuites de Mongré, reçut sa vocation de servir dans la Marine, comme une grâce et dans «  un élan heureux dont il ne s’est jamais repenti  », précisément à la lecture de l’ouvrage du Père de Salinis  :

«  N’étant pas appelé au sacerdoce, je serai donc marin pour continuer cette œuvre magnifique  !  » (Lettre à mes amis, n° 165, février 1964)

De l’exposé de notre ami, gardons ce qui a trait à cette magnifique épopée, catholique et française, qui illustre la doctrine missionnaire et coloniale des 150 Points de la Phalange.

«  Après la Révolution, écrit notre Père, ce que la France avait de meilleur, de plus courageux et de plus dévoué, s’en alla par le monde, avide de recréer des communautés, où se donner librement, protéger et éduquer  ; marins et missionnaires ont légué aux jeunes Français un Empire à évangéliser et pacifier, perfectionner.  » (Amicus, “ Le bilan des folles conquêtes ”, 4 janvier 1950)

CONDUITS ET SOUTENUS PAR L’IMMACULÉE

En 1835, la jeune Société de Marie, fondée par le Père Colin, se vit confier par la Congrégation de la Propagande à Rome les missions d’Océanie. Aux yeux du monde, quelle folie de partir ainsi, sans préparation, à la conquête de l’immense Pacifique Sud  ! mais “ confiance en Marie ” était le mot d’ordre du saint fondateur qui se trouvait éclairé et guidé par l’Immaculée.

«  J’ai été le soutien de l’Église naissante, je le serai aussi à la fin des temps.  » Cette parole de la Vierge Marie, gardée précieusement par le Père Colin et par les religieux de sa Société, fut le ressort caché, surnaturel, de leur sainte épopée missionnaire en Océanie au dix-neuvième siècle, dont l’installation en Nouvelle-Calédonie constitue l’une des plus belles pages.

«  Qu’avons-nous à craindre  ? disait le Père Colin. La Sainte Vierge nous conduit  ; elle nous dit  : Je marche à votre tête. Avec cette pensée  : la Sainte Vierge marche avec moi, qui ne se sentirait plein de courage, et d’une confiance à toute épreuve  ?

«  Je fais profession d’appartenir à Marie  ; et je veux plus encore faire profession d’être à Elle  ; je veux que mon dévouement pour Elle redouble  ; je veux que ma dépendance à son égard soit entière et continuelle. Je la tiendrai toujours par la main. Dans mes embarras, dans mes difficultés, je lui dirai  : Sainte Vierge, aidez-moi, je me trouble, mais aussi je me jette dans le sein de votre miséricorde.  »

La Marine française eut sa part dans cette conquête des âmes, puisqu’elle acheminait les missionnaires jusqu’aux postes qui leur étaient attribués, et s’efforçait, dans la mesure où le gouvernement lui en donnait les moyens, de les protéger et de les ravitailler.

Le commandant Marceau, officier de marine des plus brillants, fervent catholique depuis sa conversion, créa avec des amis la Société française de l’Océanie, destinée à faciliter ces transferts, et assura pendant cinq ans le commandement d’une corvette spécialement affrétée et baptisée l’Arche d’alliance.

En mai 1843, Mgr Douarre, solide Auvergnat, s’embarque pour la première expédition. Après sept mois de traversée périlleuse, nos missionnaires aperçoivent enfin la Nouvelle-Calédonie, avec ses montagnes bleues et ses cascades argentées. Des pirogues montées par des Canaques viennent à leur rencontre.

À peine arrivé près du récif de Balade, le 21 décembre 1843, Mgr Douarre mit l’île sous la protection de l’Immaculée, conformément à la recommandation expresse du Père Colin.

«  Date mémorable, qui commence pour ces régions barbares une ère nouvelle, celle du salut par la prédication de l’Évangile. Ces pauvres sauvages devront une reconnaissance éternelle aux apôtres qui ont tout bravé et tout sacrifié pour leur apporter la vraie foi. Ils ne sauraient oublier non plus sans ingratitude la France et ses marins qui ont si bien servi le zèle des missionnaires. Le Père Rougeyron écrit en effet  : “ Nous devons une grande reconnaissance à M. l’amiral Dupetit-Thouars, à M. le gouverneur Bruat et à tous les officiers du Bucéphale, particulièrement à M. le commandant de La Ferrière. Ils ont été admirables de générosité envers nous et envers les néophytes de toutes les missions que nous avons visitées. ”  » (Père de Salinis, Marins et Missionnaires)

CIVILISER ET ÉVANGÉLISER

Le 25 décembre eut lieu la première messe, suivie d’une timide prise de possession de cette terre par la France. Le pavillon, hissé au-dessus de la case de l’évêque, fut laissé à sa garde.

En vertu de quel droit agissaient nos marins et missionnaires  ?

En vertu du droit des nations civilisées et chrétiennes, “ monde plein ”, venant épancher ses richesses matérielles et spirituelles dans le “ monde vide ” (cf. La France coloniale catholique, CRC n° 107, juillet 1976, p. 9).

Notre Père, jeune prêtre, l’enseignait déjà, sous le pseudonyme d’Amicus  : «  Que les jeunes Français connaissent la détresse profonde des peuples qui n’ont pas mille ans de tradition chrétienne et qui en attendent le bienfait de nous seuls. Ils apprendront que la civilisation n’a jamais connu l’égalité démocratique mais la tradition paternelle  ; nos vieux peuples ont une paternité à exercer vis-à-vis des peuples neufs, et ce devoir est sacré, venu de Dieu qui fonde et développe son Église par des peuples choisis.  » (Amicus, 4 janvier 1950)

En Nouvelle-Calédonie, nos missionnaires furent d’abord occupés à s’installer. Réalisme de ces religieux issus de familles paysannes d’Auvergne  : d’abord penser au matériel, afin d’assurer la subsistance de la mission. Ils acquirent une propriété sur laquelle ils construisirent en dur, firent des plantations et de l’élevage, «  dans l’intérêt même de la Mission catholique et des naturels  », précisait Mgr Douarre.

Ainsi prêchaient-ils par l’exemple d’une vie laborieuse et conviviale.

Les missionnaires savaient les dangers qu’ils couraient. Le Père Rougeyron notait que, en un an, une vingtaine de personnes avaient été tuées dans le voisinage de la Mission, puis rôties et mangées. «  Quand j’ai faim, lui disait un chef de tribu, je tue un des miens et je le mange.  »

Le but avoué des missionnaires était autant de civiliser que d’évangéliser ce peuple arriéré, indolent et imprévoyant, soumis au joug de sorciers cruels, pratiquant le cannibalisme et la polygamie. En faire d’abord des hommes, pour les élever ensuite à la dignité de chrétiens, l’expression revient souvent sous la plume de nos missionnaires. Civilisation et évangélisation allaient ainsi de pair, et nos maristes s’y entendaient à merveille, à la différence des pasteurs protestants, ces “ marchands de religion ”, comme les appelait Mgr Pompallier, l’apôtre de la Nouvelle-Zélande, plus préoccupés de commerce et de lutte contre les missionnaires catholiques, que d’évangélisation des indigènes  !

À partir de juillet 1845, commença la conquête des âmes proprement dite.

Le courage et la douceur des missionnaires désarmèrent plus d’une fois des Canaques. Ainsi, lorsqu’un indigène, qui avait déjà massacré et dévoré de nombreuses victimes, s’avança vers l’évêque, la lance au poing, et hurlant  :

«  Malheur à toi quand tu viendras dans ma tribu.

– J’y vais  », lui répondit l’évêque.

Le Canaque, devenu tout tremblant, l’embrassa.

Nos missionnaires visitaient les tribus environnantes, prêchant, faisant prier et chanter des cantiques, que les sauvages appréciaient beaucoup…

La Médaille miraculeuse devint pour les indigènes le signe caractéristique de l’appartenance à l’Église. Quand le missionnaire s’entendait dire  : «  Donne-moi une Marie  », cela signifiait une demande d’entrée dans le groupe des catéchumènes.

Une fois convertis et formés aux vertus chrétiennes, les Canaques se montraient d’une douceur, d’une générosité, d’une piété exemplaires, tel le jeune chef de la tribu de Pouébo, qui reçut à son baptême le nom d’Hippolyte, et se montra par la suite un vrai chef chrétien, gagnant un à un ses sujets à la religion.

HÉROÏQUE PERSÉVÉRANCE.

Le 26 septembre 1845, la corvette le Rhin, commandant Bérard, mouillait à Balade. C’était providentiel  : la famine menaçait. «  Je ne crains pas de le dire, M. Bérard a eu pour nous les soins et la tendresse d’une mère, écrivait le Père Rougeyron. Voilà notre sort vraiment changé, et le Rhin, en nous quittant, nous laisse des vivres en abondance pour un an. Béni soit le navire de la patrie  !  »

En juillet 1846, une autre corvette française, la Seine, fit naufrage au large de Pouébo. Les 232 marins furent tous sauvés grâce au zèle des missionnaires aidés des chrétiens de Pouébo.

Mgr Douarre apprit des naufragés, avec consternation, que la mission de la Seine était de retirer le drapeau français de Nouvelle-Calédonie, par crainte de complications diplomatiques avec l’Angleterre. Celle-ci voyait d’un mauvais œil notre présence dans le Pacifique, et songeait à s’approprier l’île découverte au siècle précédent par Cook. Mais, qui dit Angleterre dit religion anglicane, aussi l’évêque décida-t-il de revenir en France plaider la cause de sa Mission menacée.

Hélas  ! Mgr Douarre ne trouva pas auprès du gouvernement de Louis-Philippe le soutien qu’il avait espéré.

Pendant son absence, des calamités de toutes sortes s’étant abattues sur l’île, les indigènes, excités par leurs sorciers et par les calomnies des marchands anglais, assaillirent les deux petites missions françaises, appâtés par les maigres provisions des Pères. Ils brûlèrent l’église et poursuivirent les missionnaires. Le pauvre frère Blaise, blessé, tomba entre leurs mains. Les Canaques s’acharnèrent sur lui et, d’un coup de hache, lui tranchèrent la tête. Le corps du martyr fut veillé par deux petits néophytes, Antoine et Marie, pleurant et récitant le chapelet à genoux, à côté de leur saint ami.

Les missionnaires quittèrent l’île et ils rencontrèrent par la suite toutes sortes de difficultés pour y revenir et s’y fixer définitivement.

En avril 1853, Mgr Douarre mourut à Balade lors d’une épidémie, victime de son dévouement auprès des indigènes. L’archipel ne comptait alors pas plus de trois cents chrétiens.

UNE HEUREUSE COLLABORATION (1853-1862)

Cependant, lors d’une mission de la corvette l’Alcmène venue relever les passes autour de la Nouvelle-Calédonie, les Canaques attaquèrent un canot de marins français. L’intervention courageuse d’un missionnaire en sauva trois, mais une dizaine d’autres furent massacrés, dépecés et mangés au cours d’une orgie.

Quand le gouvernement français l’apprit, il se rappela les démarches de Mgr Douarre et se résolut de planter de nouveau le pavillon national sur l’île.

L’amiral Febvrier des Pointes, commandant en chef de la station navale du Pacifique, reçut en juin 1853 l’ordre de se rendre en Mélanésie dans le plus grand secret, condition indispensable pour ne pas éveiller les soupçons de l’Angleterre, afin de prendre de vitesse notre rivale et la placer devant le fait accompli.

Le 24 septembre 1853, eut lieu à Balade, sur le terrain de la Mission catholique, une cérémonie au cours de laquelle l’amiral prit possession de l’île au nom de l’empereur Napoléon III, en présence des officiers et des missionnaires et d’une foule d’indigènes accourus pour la circonstance.

Toutefois, les Anglais songeaient à faire de l’île des Pins une station de ravitaillement pour leurs navires se rendant de Sydney à Panama.

Or, l’île des Pins prolonge la Nouvelle-Calédonie au sud  : elle est reliée à l’île principale par une ligne continue de coraux. Si les Anglais s’en emparaient, ils contesteraient ensuite nos droits sur l’île principale. Et ils y viendraient avec leurs prédicants anglicans…

«  C’était une heure décisive dans la lutte entre catholicisme et protestantisme pour la possession de l’archipel  », écrit le Père de Salinis.

Notre ami, Éric Delcourt, nous tenait en haleine  : «  Vous allez voir ce que peuvent faire un aviso, un amiral, un missionnaire et… la Sainte Vierge  !  »

LES ANGLAIS ET LEURS PRÉDICANTS… JOUÉS  !

Le Père Montrouzier pressa l’amiral Febvrier des Pointes d’agir au plus vite. Celui-ci s’embarqua à bord du Phoque, un aviso à vapeur. Ce n’était pas un très grand navire, mais il avait l’avantage de se déplacer rapidement.

Le 28 septembre 1853, en s’approchant de l’île des Pins, l’amiral constata avec désappointement qu’une corvette anglaise, le Hérald, mouillait déjà dans la baie…

Cependant, le Père Goujon, supérieur de la Mission de l’île, l’avertit que la partie n’était pas encore perdue.

En effet, «  le jeune roi Vendegou avait été frappé par le contraste saisissant qu’offraient les missionnaires catholiques, sans cesse occupés à secourir les pauvres gens, et un certain ministre protestant, nommé Unterwood, qui s’était installé dans l’île. Celui-ci songeait avant tout à sa famille et à ses intérêts, aussi Vendegou n’avait confiance qu’envers les Pères, qui travaillaient sans relâche, cultivaient le blé, plantaient la vigne, et multipliaient les troupeaux dans les prairies.  »

Le commandant du Hérald avait transmis au jeune Roi des propositions en vue d’un traité, par l’intermédiaire du ministre protestant qui exigea une réponse pour le lendemain.

«  Vendegou soumit immédiatement le cas au Père Goujon. “ Si je signe, dit-il, mon sort sera celui des habitants de la Nouvelle-Zélande, ma race disparaîtra peu à peu. Je sais ce que les Anglais ont fait en Australie. Si je ne signe pas, c’est la guerre immédiate. Ils ont des canons et je n’ai pas de fusils. Je me soumettrais bien volontiers à la France, mais ils ne m’ont donné que la nuit pour réfléchir. ”

«  Le Père Goujon, par une intuition qu’il jugea ensuite providentielle, répondit à Vendegou  : “ Prie Marie, notre protectrice, elle fera venir les Français avant trois jours. ”

«  Le Roi suivit le conseil et la prédiction du Père se réalisa.  » Le surlendemain, le Phoque arrivait…

Un jeune officier français, muni d’une boussole et d’un fanal, fut conduit à terre par une nuit noire, dans une baleinière, qui passa entre les récifs de corail… Quant à l’amiral, il débarqua discrètement, en tenue civile, pour ne pas attirer l’attention des Anglais.

Au matin du 29 septembre, le Père Goujon n’eut aucune peine à obtenir du roi Vendegou qu’il fît donation de son île à la France, et l’amiral, enfin en uniforme  ! donna l’ordre d’arborer le pavillon national en tête du mât de la Mission.

Les Anglais n’y prêtèrent d’abord aucune attention, mais quand Vendegou, invité à bord du Hérald, leur eut déclaré qu’il avait opté pour la France, ils comprirent, furieux et confus, mais un peu tard… qu’ils avaient été joués.

Par ses récits captivants, Éric Delcourt donnait une âme catholique et française au musée de la Marine, et c’est en pensant à cette épopée missionnaire que nos enfants CRC regardèrent ses innombrables maquettes de navires de guerre.

PROGRÈS EXTRAORDINAIRES.

Cette heureuse collaboration entre “ marins et missionnaires ” favorisa merveilleusement l’œuvre de la grâce.

Le roi Vendegou ne regretta jamais de s’être donné à la France. Avant de mourir en 1856, il demanda le baptême et convainquit ses sujets de quitter leur tribu pour venir s’installer autour de la Mission des Pères. Sa succession donna lieu néanmoins à de violentes récriminations, qui auraient tourné à la révolte et au massacre des chrétiens si la venue inopinée d’un navire de la Royale, et la démonstration de force qui s’ensuivit, n’avaient ramené le calme et fait respecter les volontés du défunt Roi.

Il est remarquable que, à partir de cette année 1856, les progrès de l’évangélisation furent extraordinaires  : moins de quatre ans après, presque toute l’île des Pins était convertie.

L’administration de la colonie se montrant discrète mais favorable, les Pères pouvaient se consacrer à leur apostolat, et les souverains de l’île exercer leur pouvoir coutumier en toute tranquillité  ; tout était ordonné sur cette île des Pins, devenue en l’espace de quelques années la “ vitrine ” des missions maristes d’Océanie. Victoire de l’Immaculée, comme le reconnaissaient unanimement nos missionnaires.

Entre 1853 et 1862, les missions de la Grande-Terre prospérèrent elles aussi. Le Père Rougeyron étendit progressivement les mailles de son filet, de façon à convertir de proche en proche les tribus encore païennes, à partir du Nord-Est (Balade-Pouébo) et du Sud.

«  Nos chrétiens, séparés des païens, vivent dans leur village comme les bons paysans d’Auvergne vivent au milieu de leurs montagnes. Aucun d’eux ne va se coucher sans avoir récité ses trois dizaines d’Ave Maria. Ils sont heureux et moi avec eux  », se réjouissait-il.

«  Autrefois ce peuple était fourbe, voleur de profession, pirate et anthropophage  ; aujourd’hui, tant la grâce a été puissante pour changer les cœurs, la douceur forme son caractère, la franchise lui semble naturelle, et il a le vol en horreur. Ici l’on n’a plus besoin de serrures, le missionnaire peut laisser fruits, vin, argent, effets, sous la main des naturels, sans crainte qu’ils y touchent.  »

Les maristes étaient en outre à la pointe du progrès, puisqu’ils avaient été les premiers à introduire l’industrie du sucre dans l’île.

LAÏCISATION ET TRAHISONS

La suite de l’histoire des Missions en Nouvelle-Calédonie est moins réjouissante.

En juin 1862, le capitaine de vaisseau Charles Guillain fut nommé le premier gouverneur en titre de l’île. Laïque jusqu’au fanatisme, il prétendit coloniser, mais sans la religion, ce qui eut pour fâcheuse conséquence d’entraver les progrès de la civilisation…

Certes, le nouveau gouverneur favorisa l’essor économique, industriel et commercial de la jeune colonie, mais il prit en même temps des mesures très persécutrices contre les missionnaires et les tribus chrétiennes.

Le Père Rougeyron, se révélant d’une solidité à toute épreuve, défendit non seulement les droits inaliénables de l’Église, mais aussi ceux des indigènes que le gouverneur traitait en esclaves.

«  Ma conviction, fondée sur mon expérience de vingt-deux ans de séjour au milieu de ces tribus, disait-il, m’apprend que le peuple calédonien est intelligent et doué de bonnes qualités, mais gâtées par la calamité des vices et de l’ignorance… Travaillons tous de concert, Église et gouvernement nous ne serons pas trop, à faire disparaître le vice et l’ignorance et nous verrons grandir la civilisation dans la colonie, nous aurons un peuple bon, moral, des cultivateurs laborieux et solides sur le sol de leur patrie qui seront les amis et l’espoir de la France… À qui doit être confiée cette haute mission  ? J’ose le dire, au missionnaire en parfaite harmonie avec l’autorité locale, parce que le missionnaire seul peut entrer dans l’intimité du fond du cœur des sauvages pour leur inculquer ces sentiments  ; lui seul a le secret de le souffrir et de l’aimer comme un père, sans d’autre intérêt que celui du bonheur de son fils adoptif.  »

C’est exactement la définition que donne notre Père des relations durables, justes et fécondes, instaurées par une vraie colonisation et relevant “ de la Révélation évangélique du Père et du Fils dans un même Esprit-Saint de charité ” (CRC n° 107, p. 10).

Le gouverneur Guillain s’était promis d’expulser les maristes de Nouvelle-Calédonie, ce fut lui qui fut rappelé en France en 1870. Les gouverneurs suivants se montrèrent certes plus favorables envers les missionnaires, mais la belle harmonie des débuts, qui avait uni si intimement marins et missionnaires, était brisée. Les Pères maristes n’en continuèrent pas moins leur mission admirable jusqu’au concile Vatican II exclusivement  : rendre les Calédoniens bons chrétiens et bons Français.

C’est cet héritage qu’il nous faut sauvegarder, car il renaîtra demain.

Telle est notre espérance, malgré le nouveau référendum d’autodétermination qui aura lieu dans deux ans, avec des «  dispositions électorales très sélectives, afin que le scrutin final d’autodétermination donne le résultat “ attendu ”. Les voici  :

«  “ Si la réponse des électeurs est négative, le tiers des membres du Congrès pourra provoquer l’organisation d’une nouvelle consultation qui interviendra dans la deuxième année suivant la première consultation. Si la réponse est à nouveau négative, une nouvelle consultation pourra être organisée selon la même procédure et dans les mêmes délais. Si la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée. ”

«  Même la troisième fois, pas question de s’incliner devant le verdict des urnes  ! Autrement dit, on votera tant qu’on n’aura pas l’indépendance.  » (général Michel Franceschi, La démocratie massacrée, éd. Pygmalion, 1998, p. 399)

Alors qu’un tel référendum est déjà en lui-même une trahison, précisément la trahison d’une «  communauté historique à sauver  » (G. de Nantes), soyons sûrs d’une chose  :

C’est par Marie que la Nouvelle-Calédonie est devenue catholique et française, et elle le restera par Elle, si on la consacre à son Cœur Immaculé.

frère François de Marie des Anges.

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