La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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2. Hétérodoxie  : Le culte de l’homme

CETTE sympathie pour l’homme, cette volonté de le rencontrer, de le comprendre, de le respecter, de l’admirer, de l’aimer, d’abord «  apostolique  » et «  pastorale  », est devenue, dans vos discours de la IVe Session du Concile, un véritable culte de l’homme même. Si Dieu paraît encore dans vos visions nouvelles, c’est en marge, comme un témoin inerte, impotent, ou comme le couronnement gratuit de l’édifice humain.

AMOUR DE L’HOMME

Le 14 septembre 1965, Vous proclamez en termes vraiment étranges l’amour de l’Église pour l’homme  : «  Que faisait l’Église en ce moment-là  ? demandera l’historien  ; et la réponse sera  : l’Église aimait… Le Concile offre à l’Église, à nous spécialement, la vision panoramique du monde  : l’Église pourra-t-elle, pourrons-nous nous-mêmes faire autre chose que de regarder ce monde et de l’aimer  ? (cf. Marc 10, 21). Ce regard sur le monde sera l’un des actes principaux de la session qui commence  : encore une fois et surtout, amour  ; amour pour les hommes d’aujourd’hui, quels qu’ils soient, où qu’ils soient, amour pour tous… Le Concile est un acte solennel d’amour pour l’humanité. Daigne le Christ nous venir en aide, pour qu’il en soit vraiment ainsi  » 29.

Qu’a donc cet amour de si nouveau  ? C’est qu’il adore son objet. C’est un amour affranchi de la Vérité, de la Loi, de la Grâce de Dieu, parce qu’il accepte l’homme et le monde comme un absolu, un terme premier et suffisant d’admiration, d’attachement, de service, de dévouement. Et puisque, de nouveau, Vous citez Marc 10, 21, il me faut bien dénoncer l’imposture perpétuelle d’une telle référence. Jésus aime le jeune homme riche parce que cet être exceptionnel peut se dire fidèle à la Loi de Dieu, depuis toujours. Est-ce le cas du Monde moderne  ? Et parce que Jésus l’aime, il lui propose la perfection supérieure des conseils évangéliques. Ce faisant, il le peina, il le contraria et le perdit, à cause de son attachement aux biens de ce monde. Rien donc de l’adulation dont Vous faites la caractéristique nouvelle de l’Église conciliaire.

C’est cet amour idolâtrique qui allait proclamer la Liberté religieuse comme un droit fondamental et absolu de l’homme. Je dis absolu, parce que les lisières que la police pourra lui imposer me paraissent d’un ordre trop inférieur pour être mentionnées. Et cet amour promulguera la trop fameuse Constitution Pastorale de l’Église dans le Monde de ce temps, «  qui sera le couronnement de l’œuvre du Concile  », disiez-Vous, tout inspirée de la religion de l’Homme «  centre et sommet du monde  » 30Gaudium et Spes No 12; CRC 12 p. 12, 60 p. 4, 61 p. 8, 62 p. 14; cf Lettres 213 p.7-8.

CONFIANCE ET FOI EN L’HOMME

Cet amour inconditionné parce qu’il n’est plus ni dépendant de l’Amour de Dieu ni réglé par lui, mène à l’idéalisation, à l’idolâtrie de son objet. Vous n’échappez pas à la règle et votre passion aveugle, sans mesure, Vous entraîne à prêcher la confiance en l’homme, la foi en l’homme la plus extravagante. Ainsi, le 2 décembre 1970, à Sidney, Vous déclarerez aux journalistes sans doute éberlués  :

«  Nous avons confiance en l’homme, nous croyons en ce fond de bonté qui est en chaque cœur, nous connaissons les motifs de justice, de vérité, de renouveau, de progrès, de fraternité qui sont à l’origine de tant de belles initiatives et jusque tant de contestations et, malheureusement, parfois de violences. À vous, non pas de le flatter, mais de lui faire prendre conscience de ce qu’il vaut, de ce qu’il peut. Soyez des semeurs d’idéal authentique — non pour la poursuite d’intérêts égoïstes qui, en définitive, ne font que l’abaisser et parfois le dégradent — mais d’un idéal qui le fasse grandir à sa vraie stature de créature faite à la ressemblance de Dieu, qui le pousse à se dépasser sans cesse pour bâtir ensemble la cité fraternelle à laquelle tous aspirent et tous ont droit… L’Église catholique, surtout depuis l’impulsion nouvelle de son “ aggiornamento ” conciliaire, va à la rencontre de ce même homme que vous ambitionnez de servir   » 31DC 71, 14; CRC 41 p. 8.

N’est-il pas écrit  : «  MALHEUR À L’HOMME QUI MET SA CONFIANCE EN L’HOMME, QUI FAIT D’UNE CHAIR SON APPUI ET DONT LE CŒUR S’ÉCARTE DU SEIGNEUR  » 32Jér. 17, 5; Lettres 245 p. 16; CRC 4 p. 2; 28 p. 6, 60 p. 13  ? Et encore  : «  SANS MOI VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE  » 33Jn. 15, 5; CRC 30 p. 8  ? Mais vous encouragez l’homme à se grandir et à se dépasser lui-même… jusqu’à Dieu  ? Iriez-vous jusqu’à le croire capable de se faire l’égal de Dieu  ?

CULTE DE L’HOMME QUI SE FAIT DIEU

Oui, oui, Très Saint Père, c’est Vous qui avez prononcé devant toute l’Assemblée Conciliaire, dans la journée historique du 7 décembre 1965, ce Discours dont il est certain qu’il n’y en a jamais eu de tel dans les annales de l’Église et qu’il n’y en aura jamais, ce Discours qui culmine dans la proclamation, à la face du monde et à la Face de Dieu, du CULTE DE L’HOMME 34Discours p. 247-248; Lettres 238 p. 7; CRC 42 S, 61 p. 8; cf. CRC 1 p. 4  :

«  L’Église du Concile, il est vrai… s’est beaucoup occupée de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque, l’homme vivant, l’homme tout entier occupé de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l’intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité…

«  L’humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a en un sens défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu.

«  Qu’est-il arrivé  ? un choc, une lutte, un anathème  ? Cela pouvait arriver  ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains — et ils sont d’autant lus grands que le fils de la terre (sic) se fait plus grand — a absorbé l’attention de ce Synode.

«  Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme  : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme   ».

On mesure ici le glissement forcé de votre hétéropraxie à l’hétérodoxie pleine et entière, je ne dis même plus de l’hérésie, mais de l’apostasie. Dans votre bonté, apostolique  ! à l’encontre des conseils de prudence et des enseignements infaillibles de tous vos Prédécesseurs, vous voulez être le Samaritain évangélique, affectueusement penché sur tout homme, son frère… Et voilà que ce sentiment d’amour immodéré vous conduit à vous réconcilier avec le Goliath du Monde Moderne, à Vous agenouiller devant l’Ennemi de Dieu qui vous défie et vous hait. Au lieu de prendre courage et de lutter, comme David, contre l’Adversaire, vous vous déclarez plein d’amour pour lui, vous l’adulez et vous allez bientôt vous ranger à son service exclusif  ! Votre charité se fait culte et service de l’Ennemi de Dieu et, pour le flatter, vous allez jusqu’à rivaliser avec lui dans son erreur, dans son blasphème même.

Vous pactisez avec l’homme qui se fait Dieu  ! Vous prétendez les dépasser tous, ces humanistes athées de notre temps, fous d’orgueil, en fait de culte de l’homme. Tenez, relisez cet HYMNE À LA GLOIRE DE L’HOMME que vous entonniez à l’occasion d’un voyage de la terre à la lune, plagiat blasphématoire de l’HYMNE AU CHRIST ROI DES SIÈCLES 35Angélus du 7 fév. 1971, DC 71, 156; CRC 42 suppl. p. 2  :

«  Honneur à l’Homme ;

«  Honneur à la pensée  ; honneur à la science  ;«  Honneur à la technique  ; honneur au travail  ;

«  Honneur à la hardiesse humaine  ;

«  Honneur à la synthèse de l’activité scientifique et du sens de l’organisation de l’homme qui, à la différence des autres animaux, sait donner à son esprit et à son habileté manuelle des instruments de conquêtes  ;

«  HONNEUR A L’HOMME ROI DE LA TERRE ET AUJOURD’HUI PRINCE DU CIEL.

«  Honneur à l’être vivant que nous sommes, dans lequel se reflète l’image de Dieu et qui, en dominant les choses, obéit à l’ordre biblique  : croissez et dominez  ».

Dans une autre occasion, en 1969, vous disiez pareillement  :«  L’homme est à la fois géant et divin, mais dans son principe et dans son destin. Honneur donc à l’homme, honneur à sa dignité, à son esprit, à sa vie   » 3613 juil. 1969; CRC 28 p. 5.

EFFACEMENT DU DIEU FAIT HOMME
DEVANT L’HOMME QUI SE FAIT DIEU

Sans doute est-il question de Dieu et même, en passant, du Christ Fils de Dieu fait homme, dans ce Discours formidable du 7 décembre 1965. Mais il n’est pas question de la Croix du Christ, du don de l’Esprit-Saint, de la grâce baptismale, de tout le mystère de foi qui est le trésor de Vérité, de Vie, de Vertu de l’Unique Église Catholique.

L’homme est le terme… «  le premier terme dans la montée vers le terme suprême et transcendant, vers le principe et la cause de tout amour   » 37Discours p. 253; CRC 61 p. 9. Le visage de l’homme vous révèle le visage du Christ, dites-vous en citant, bien à tort certes, Matthieu 25, 40… et donc, en celui-ci, le visage du Père céleste. Ainsi vous voyez Dieu en l’homme. Et vous exultez  : «  Notre humanisme devient christianisme, et notre christianisme se fait théocentrique, si bien que nous pouvons également affirmer pour connaître Dieu il faut connaître l’homme   » 38Discours p. 252; CRC 59 p. 5.

Mais, Très Saint Père, sauf votre respect, c’est de l’idolâtrie  ! Et je vous demande n’avez-vous pas succombé à la troisième tentation, celle du Pacte avec Satan, celle à laquelle Jésus répondit par cette parole qui condamne tous vos propos  : «  Retire-toi, Satan  ! Car il est écrit  : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c’est à Lui seul que tu rendras un culte  » 39Mtt. 4, 10; CRC 27 p. 6, 42 suppl. p. 2, 61 p. 9 , 46 p. 7  ? La traduction n’est pas suspecte, elle est de la Bible de Jérusalem. Jésus refuse, même dans le but avantageux de se voir soumis tous les royaumes de la terre, de rendre à quiconque un culte qui n’appartient qu’à Dieu seul. Et Vous, pour gagner le monde, pour le disposer sans doute à la conversion nécessaire, Vous osez proclamer, au nom de l’Église et en présence du plus grand Concile de tous les temps, votre sympathie pour l’homme qui se fait Dieu et votre culte de l’Homme  ?

Comparez ce Discours à celui que tenait saint Pie X dans sa première Encyclique, elle aussi véritable Charte de son Pontificat  :

«  Qui pèse ces choses a le droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le Fils de Perdition dont parle l’Apôtre n’ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l’audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l’attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la divinité  ! En revanche, et c’est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur, en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables…

«  Et c’est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c’est de ramener le genre humain à l’emprise du Christ. Toutefois, pour que le résultat réponde à nos espérances, il faut par tous les moyens et au prix de tous les efforts, déraciner entièrement cette monstrueuse et détestable iniquité propre au temps où nous vivons et par laquelle l’homme se substitue à Dieu  » 40E Supremi Apostolatus, 4 oct. 1903; CRC 1 p. 1 d’octobre 1967.

C’est une tout autre doctrine, de tous autres sentiments, une tout autre inspiration, bref un autre ESPRIT, n’est-ce pas  ? Saint Pie X, que vous n’aimez pas, que vous omettez de citer même quand ce serait pour Vous une obligation, une nécessité 41Eccl. Suam  ; Lettres 180 p. 2 – Mysterium Fidei  ; Lettres 213 p. 2 Populorum Progressio; Lettres 245 p. 2 – Oct. Adv.; CRC 45 p. 11, Saint Pie X prêche le Christ selon la plénitude de la foi et de la loi catholiques. Il refuse la tentation de Satan et engage courageusement le combat contre lui… Et Vous, Très Saint Père  ? Votre libéralisme s’est fait de pastoral doctrinal, de pratique théorique, était-ce délibéré  ? était-ce prémédité  ? Il y avait déjà de votre part témérité immense à enfreindre toutes les condamnations de vos Prédécesseurs pour adopter un comportement libéral, fût-ce sous les meilleures intentions apostoliques. Mais pris dans l’engrenage, entraîné de la deuxième tentation, qui consiste à tenter Dieu par l’extravagance, à la troisième qui abandonne Dieu pour suivre Satan, Vous êtes tombé dans le culte de l’Homme qui se substitue à Dieu, culte luciférien auquel se reconnaît l’Antéchrist.

Vous avez proclamé ce nouveau Credo le 7 décembre 1965 en présence de tous les Évêques du monde, inattentifs, complices, envoûtés, je ne sais. Mais la Sainte Église ne peut, ne pourra jamais souscrire à de tels propos. De ce jour, il est certain que vous deviez être retranché de l’Église du Christ pour aller à l’Église qui est la vôtre, la Contre-Église, la Synagogue de Satan où l’homme se fait dieu. Vous êtes encore, par l’inertie, par la lâcheté des hommes, sur le Siège de Pierre, dans les fonctions de Juge Suprême de l’Église. Notre Accusation Capitale porte sur votre libéralisme et votre culte de l’Homme qu’elle déclare blasphématoires, hérétiques, schismatiques et, pour tout dire, apostats. La Décision vous appartient. Vous êtes toujours le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Jugez Vous-même et, si j’ai menti, retranchez-moi. Vous savez que je ne mens pas. Si j’ai dit la Vérité, retranchez-Vous de cette Communauté Sainte que Vous avez trahie  !

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