La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Votre décision historique des années 1964-1965

NOUS sommes dans une situation sans précédent. L’Église est dans un état d’«  autodémolition  » accélérée, l’expression est de Vous 1 7 décembre 1968; cf. La Contre-Réforme Catholique No 1; 57, tract 7 p. 2 et d’«  apostasie immanente  » 2 L’expression est de M. Jacques Maritain  ; cf. CRC 16 p. 3 dans la totalité de son être et dans toute l’universalité de ses membres. Depuis dix ans. Ces mauvais fruits sont portés par l’arbre planté au centre même de la Chrétienté  : la Réforme. «  Vous les connaîtrez à leurs fruits  », disait le Seigneur. Le régisseur du domaine qui l’avait planté est mort. Que Dieu lui pardonne  ! Vous 3Mtt. 7, 16; cf. CRC 29, p. 2-3. Voir aussi Discours du Pape, le 29 juin 1972 lui avez succédé. Vous avez conservé cet arbre et vous persistez à le protéger, à lui donner accroissement et force au point qu’il recouvre tout de son ombre. C’est votre volonté, c’est votre œuvre. Si l’Église se détruit par cette Réforme, elle meurt donc par Vous.

C’est un point d’histoire capital que l’introduction de cette Réforme, dans ses antécédents et ses conséquences, où Vous avez joué un rôle décisif.

LE GRAND COMBAT DES SOUVERAINS PONTIFES

Lorsque, en 1963, Votre Sainteté est montée dans la Chaire de Saint Pierre, l’Église était comme en suspens, dans l’équilibre instable de deux religions qui s’affrontaient comme jamais, l’une de toute la force prescription millénaire, l’autre de tout le dynamisme ascendant d’une religion proscrite en voie de réhabilitation.

Je ne rappellerai pas à Votre Sainteté tous les titres du Catholicisme traditionnel à la souveraineté exclusive dans l’Église. Qui ne les sait  ? Mais je mentionnerai la défense continuelle de cette religion par tous vos Prédécesseurs, très précisément contre cet autre Évangile, cette religion prétendue réformée qui commençait en 1963 de la supplanter. Il faudrait remonter au moins et principalement à Luther. Mais tout cet esprit de réforme prit une extraordinaire vigueur au XVIIIe siècle, et nous distinguons comme un signe avant-coureur de tous nos désordres le Synode de Pistoie, de sinistre mémoire, que Pie VI animé d’un véritable esprit de prophétie condamna par la Bulle Auctorem Fidei du 28 août 1794 4DB 1501-1599; CRC 28 p. 1.

Après la tourmente révolutionnaire, voici la société moderne, toute dépendante d’Emmanuel Kant et de Jean-Jacques Rousseau, dressée contre les certitudes de la foi et la dispensation nécessaire de la grâce, toute vouée au subjectivisme et au naturalisme. Quand dans l’Église cette révolte de l’homme contre Dieu aura trouvé en Lamennais son prophète, les Papes commenceront ce grand combat qui, sans interruption depuis l’Encyclique Mirari Vos de Grégoire XVI, du 15 août 1832 5DB 1613-1617; Lettres 236 p. 2; CRC 2 p. 1, 57 p. 5, jusqu’aux jours de Vatican II, a maintenu cette nouveauté en dehors du parvis de l’Église. Cent trente ans…

Ils ont lutté, ils ont tenu. Le Syllabus du 8 décembre 1864 6DB 1688-1780; Lettres 180, 190, 210, 236 p. 4 dressait une liste déjà importante des erreurs modernes  ; Pie IX, un instant mais très accidentellement séduit par les idées nouvelles, s’honorait de lutter sans relâche et sans faiblesse contre elles toutes, en particulier contre celle qui risquait de leur ouvrir une brèche, une voie de pénétration dans l’Église  : le Libéralisme catholique 7Pie IX, 16 juin 1871; et encore le 11 déc. 1876; cf. Lettres 190, 236 p. 4 et 8.

Le Premier Concile du Vatican marqua l’apogée de ce Pontificat et fut tout ensemble le triomphe de la Foi Divine et de l’Autorité infaillible de l’Église en son Chef. Cette double exaltation s’avéra providentielle dans la suite des temps car elle préparait le remède aux maux qui allaient venir. D’ailleurs, ce Concile lui-même se portait garant de la valeur doctrinale des enseignements pontificaux du siècle écoulé contre les erreurs du temps 8DB 1819-1820; Lettres 236 p. 4; CRC 30 p. 7.

Léon XIII ne rompit absolument pas avec cette tradition, même s’il chercha parfois le bien de l’Église en certains compromis tout pratiques comme fut le Ralliement à la République imposé aux catholiques de France en 1892, ou encore l’adoption du mot Démocratie dans un sens édulcoré en 1903. Il poursuivit le combat de ses Prédécesseurs contre le libéralisme, ce «  délire  », cette «  liberté de perdition  », cette «  licence  » qui érige l’homme en rival de Dieu, dans ses Encycliques Immortale Dei et Libertas Præstantissimum 9DB 1866.

Pie X, au matin de notre XXe siècle, en éclaira saintement tous les combats et s’y engagea avec le don céleste de la force. Son analyse implacable et sa condamnation du Modernisme doctrinal par l’Encyclique Pascendi en 1907 10DB 2O7l-2110; Lettres 149, 180, 186, 189, 236-238, 242; CRC 1-4, 36, 45, 47, 61, et sa réprobation de l’utopie politico-religieuse de Marc Sangnier, par sa Lettre sur le Sillon du 25 août 1910, demeurent les deux grands phares brillant dans les ténèbres de ce siècle.

Pie XI ne renonça à aucun des points de cette merveilleuse doctrine catholique affrontée aux grandes hérésies modernes, bien que certaines de ses inclinations et directives aient pu donner à croire qu’il leur accordait quelque valeur. Mérite de vivre en nos coeurs son admirable Encyclique sur le Christ-Roi, Quas Primas, du 11 décembre 1925, dont la doctrine est à l’opposé de la sécularisation actuelle 11DB 2194-2196; Lettres 215 p. 1, 219. Et je veux mentionner une autre Encyclique, Mortalium Animos, du 6 janvier 1928, qui semble d’avance la condamnation de tout ce qui s’est introduit dans l’Église sous le couvert de l’oecuménisme.

À cette masse de documents de l’Autorité apostolique allait s’ajouter pour le plus grand profit de l’Église, pour son prestige et son expansion universelle, le trésor des enseignements pontificaux du Pape Pie XII. Tous, absolument tous, sont dressés contre la subversion qui se répand alors dans l’Église à la faveur des victoires politiques des ennemis de Dieu et de tout l’ordre humain. C’était encore, (déjà) le combat de la Contre-Réforme, telles Mystici Corporis, du 29 juin 1943, contre l’ecclésiologie réformiste, Divino Afflante Spiritu, du 30 septembre, contre le modernisme biblique, Mediator Dei, du 20 novembre 1947, et l’admirable Haurietis Aquas, du 16 mai 1956, sur le Sacré-Cœur 12Lettres 229. Enfin, éminemment, Humani Generis, le 15 août 1950, contre le réformisme dogmatique, contre un nouveau Modernisme.

J’ajouterai pour honorer la mémoire du Pape Jean XXIII, dont la fidélité à la Tradition ne se démentit pas, sa très ferme et remarquable Constitution Apostolique Veterum Sapientia de 1962, qui marque un coup d’arrêt à l’audace des réformateurs avec toute la sérénité et la vigueur de qui défend le patrimoine.

La conclusion de ces cent trente ans d’histoire de la Papauté est claire. Rien n’a surgi nouveau en 1963, par génération spontanée ou par soudaine illumination céleste. Tout cela existait depuis longtemps et pressait l’Église de toutes parts. Ce qui paraît alors n’a pour nouveauté que d’être toléré, puis de jour en jour accepté par l’Église qui toujours l’avait rejeté avec force et, dans l’esprit de ses Pontifes comme selon les prescriptions du Premier Concile du Vatican, avait déterminé de le condamner définitivement.

L’IRRUPTION DES IDÉES MODERNES DANS L’ÉGLISE

L’irruption de la nouveauté a une date et un nom. C’est le Discours du 11 octobre 1962, discours d’ouverture du Concile, prononcé par Jean XXIII mais préparé et rédigé par Vous-même encore archevêque de Milan 13Témoignage de Mgr Colombo, publié par Juffé, Paul VI, p. 129; CRC 25 p. 9, qui ouvrit les portes de Saint-Pierre à la Nouveauté. Jour néfaste s’il en fut  !

Le Message au Monde, voté par acclamation dès le 20 octobre par un Concile encore inattentif, fut un premier acte, une première victoire de l’esprit nouveau, et l’on a dit qu’avec nos français le Cardinal Montini en fut l’un des plus autorisés et des plus puissants promoteurs. Vous deviez en faire plus tard un éloge dithyrambique  : «  Geste insolite mais admirable. On dirait que le charisme prophétique de l’Église a subitement explosé  » 14Discours du 29 sept. 1963; Discours au Concile, édit. Centurion no 6, p. 118; cf. Lettres 125, 212 p. 5; CRC 60 p. 4.

L’Encyclique Pacem in Terris parut alors et ce fut un concert mondial de louanges à Jean XXIII pour l’esprit moderne de cette doctrine tout inspirée de la Déclaration des Droits de l’Homme, de liberté, de paix universelle, en accord saisissant avec les fondements maçonniques de la société moderne. Le Pape s’est-il repenti, comme on l’a dit, d’avoir signé sans trop lire, ce texte émané de Mgr Pavan, dont vous avez fait le recteur du Latran 15Documentation Catholique 1969, col. 895; Lettres 189 p. 5; CRC 57 p. 5  ? Je ne sais. Mais il faut reconnaître l’importance de cet Événement mondialement orchestré dans l’invasion des «  idées modernes  » au Concile.

Il faudrait encore signaler le texte occulte du P. Karl Rahner, proposé aux Pères du Concile comme un résumé de la Nouvelle Théologie que la Réforme devrait adopter 16Lettres 132, 204 p. 2, pour faire le compte exact des divers empiétements du Modernisme et du Progressisme dans l’Église à la veille de votre élévation au Souverain Pontificat.

1963  : L’ÉGLISE EN SUSPENS

À la mort de Jean XXIII, en juin 1963, l’alternative se présentait en termes parfaitement clairs  : ou suspendre ce Concile trop aventuré dans des voies de réforme condamnées expressément et toujours par le Saint-Siège et mettre fin, d’autorité, à ce début de subversion dont les effets apparaissaient déjà préoccupants, ou promettre de poursuivre l’œuvre dite de Jean XXIII aux acclamations de tout ce que l’Église et le monde contenaient de partisans des nouveautés comme de gens intéressés à la ruine de l’Église. Tout dépendrait de l’élu du Conclave.

Vous avez été élu sur la promesse de continuer le Concile. «  Il a tracé devant nous quelques chemins qu’il sera sage non seulement de se rappeler, mais de suivre  », aviez-vous dit de Jean XXIII au Dôme de Milan, le 7 juin 17Juffé, op. cit., p. 129; Lettres 195 p. 5. Il semble qu’une partie importante de vos électeurs crurent que Vous entendiez continuer le Concile mais en redressant son mouvement. Les autres devaient savoir que Vous auriez à cœur de mener, par le Concile ou sans lui, voire contre lui, cette Réforme jusqu’à son terme… Déjà, là, votre responsabilité apparaît sans égale dans l’aventure qui suivit.

Il a semblé pendant quatorze mois que le Pape refusait de prendre parti entre les deux tendances et qu’il maintenait entre elles l’équilibre. Époque extraordinairement profitable au Réformisme qui, menacé de disparaître, en acquit une sorte de légitimité publique qu’il n’avait jamais eue auparavant. Vos Discours d’ouverture et de clôture de la IIe Session étaient eux-mêmes imprégnés d’esprit nouveau, mais tous se laissèrent encore désorienter, et moi comme les autres 18Lettres 195 p. 4 et p. 6, par le balancement subtil de votre pensée qui associe avec audace les extrêmes, voire les contradictoires. Ce que vous dîtes de la Curie Romaine est, à cet égard, typique  : «  Cet instrument actif et fidèle… C’est à tort qu’on le tiendrait pour vieil, inepte, soucieux de ses seuls intérêts et corrompu… Ce disant, nous n’excluons pas cependant que la Curie romaine ait besoin d’être perfectionnée  » 19Discours du 18 novembre 1965; cf. Discours, p. 231; Lettres 220 p. 7. En paraissant la défendre, vous énoncez les pires griefs articulés contre elle et, ce faisant, vous leur donnez du poids. Ce sera l’occasion et le moyen de sa démolition…20Ibid., p. 232; Lettres du 1er mai 1966 (confidentielle); Lettres 227

C’est ainsi que se fit la «  Révolution d’Octobre  », lors des votes du 30 octobre 1963, et chacun eut l’impression d’avoir le Pape pour lui 21Lettres 156 p. 4. Comme je retournai à Rome au printemps de 1964, tous me dirent le caractère énigmatique de votre gouvernement de l’Église  ; je vous entendis prêcher de belle manière sur la Vierge Marie que vous vouliez honorer du titre de Mère de l’Église et je revins plein de dévotion pour Vous. J’en écrivis alors une Lettre à mes Amis 22Lettres 173.

1964  : VOUS CHOISISSEZ LA RÉFORME

Ce fut votre Encyclique ECCLESIAM SUAM, du 6 août 1964, qui m’éclaira  ; elle était certes déjà en filigrane dans votre discours du 29 septembre 1963, mais je ne l’avais pas compris. Là, dans cette Charte de votre Pontificat, toutefois avec ce balancement entre les extrêmes qui devait entretenir longtemps la confusion, vous déclariez vos intentions  :

– Expérience vitale… mais foi, – Renouvellement… mais Tradition et perfectionnement spirituel, – Dialogue… mais prédication. C’était, avec des restrictions apaisantes, l’adoption de cette Religion Nouvelle que tous vos Prédécesseurs avaient rejetée de toutes leurs forces comme une séduction du démon. J’en fus effrayé, et je pense avoir été le seul à le dire, à l’écrire en des termes que je ne modifierais en rien aujourd’hui, dans mes Lettres à mes Amis nos 180 et 181 23Lettres à mes Amis, 20 et 28 août 1964.

Dès lors, et malgré les apparences, nonobstant les coups de frein imposés par Vous à la précipitation conciliaire 24Lettres 210 p. 2; CRC 50 p. 4, ce choix de la Réforme, du Mouvement, du Dialogue œcuménique, de l’Ouverture au Monde, vous l’avez de jour en jour consolidé, fixé, aggravé. Vous avez un moment même paru trahir le camp des novateurs, à la fin de la IIIe Session et, comme ils ne comprenaient pas du tout cette habile manœuvre, ils vous en gardèrent longtemps rancune et défiance. Mais c’était pour mener plus sûrement la Réforme à son terme, comme on le vit par la suite, sans provoquer de tumulte ni de scission dans l’apparente unanimité conciliaire. Vous n’avez plus caché alors votre volonté de réforme à nulle autre pareille 25Lettres 184, 213. Vous avez fait aboutir les schémas les plus dangereux et vous les avez promulgués solennellement malgré toute opposition 26Lettres 214, 216. Vous êtes allé à l’ONU prononcer un discours aberrant 27Lettres 215, 218 et enfin, le 7 décembre 1965, promulguant la Déclaration sur la Liberté religieuse et la Constitution Pastorale sur l’Église dans le Monde de ce temps, vous avez prononcé un Discours à la Gloire de l’Homme qui se fait Dieu, tel qu’il n’en a jamais existé et n’en existera jamais plus dans les annales de l’Église 28Discours du 7 décembre 1965; cf. Discours, pp. 241-253; cf. Lettres 219, 233, 238 p. 7; CRC 47 p. 11, 61 p. 8.

Personne dans l’immense assemblée conciliaire n’a bronché. Ni protesté. Dès ce moment l’Ancienne Religion était virtuellement abandonnée au profit de ce Culte de l’Homme que Vous aviez solennellement proclamé. L’irréparable était consommé. Une Église qui avait accepté ces deux discours accepterait tout, l’opposition était écrasée 29Par exemple le Cardinal Ottaviani  ; cf. Lettres 216 p. 1-2, la subversion était maîtresse de tout. La Réforme allait tout renverser, tout changer. Un seul homme avait fait cela  : VOUS.

LE SCHISME EST CONSOMMÉ

Notre opposition date du mois d’août 1964. Elle n’a pas cessé de grandir depuis et Vous en connaissez les étapes. C’est elle qui m’a conduit à ce Procès au Saint-Office que j’ai subi, sur ma demande instante et réitérée, et qui ne fut jamais mon Procès mais celui du Concile et le Vôtre. Il fallait que je me rétracte ou que je sois condamné pour que soient sauves votre orthodoxie et votre orthopraxie, votre doctrine et votre pastorale. Or ce Procès n’a abouti ni à l’une ni à l’autre de ces solutions  ; je ne me suis pas rétracté et je n’ai pas été condamné 30Lettres 220; CRC 23, 24, 25 d’août, sept., octobre 1969. Depuis cinq ans, je continue à vous accuser d’hérésie, de schisme et de scandale. Les preuves se multiplient et de plus en plus de catholiques rejoignent nos conclusions  : une religion s’est substituée à une autre, mais c’est une révolution par en haut, c’est un changement de tête sous une même mitre. Le Saint-Père a changé de religion, sans trop le dire, le disant assez clairement cependant pour que toute l’Église suive la voie nouvelle, séduite par la nouveauté, ou réduite par une aveugle obéissance.

Il est temps d’en venir à l’étape finale, à l’épreuve de force divine. Je Vous intente un procès en hérésie, schisme et scandale devant votre propre Juridiction et je vous défie de déclarer solennellement au Nom du Christ que cette Nouvelle Religion vient de Lui, quand tous les autres Papes avant Vous l’ont proclamée fille de Lucifer.

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