La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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1. L’institution ecclésiastique ruinée

U NE série de décisions insolites paraît avoir eu pour but, et en tout cas pour résultat, de prouver que l’Institution n’est pas au-dessus de l’homme et que le Pape est libre de changer ce qu’un vain peuple croyait intangible, depuis les moindres détails jusqu’aux choses les plus importantes. Mais toujours la modification insolite comporte une part de surprise et d’énigme…

Vous avez renoncé à la tiare. Dès novembre 1964 213 nov. 1964; DC 1437 couverture. C’était le premier de vos gestes prophétiques. Mais depuis Ecclesiam Suam j’avais percé à jour votre dessein et je compris sans peine la portée réelle de ce geste 3Lettres 189, 195 p. 6, 200 p. 6, comme les Informations Catholiques Internationales qui, étant courroies de transmission du communisme dans l’Église, étaient exactement informées dès ce moment-là des dessous de votre politique.

Pourquoi dissimuliez-Vous votre intention sous cette mise en scène romantique d’un don aux pauvres, invitant les Évêques à faire de même  ? Pour deux raisons. Vous ne pouviez pas, si vite, proclamer votre renonciation à la Souveraineté du Pontife Romain sur les princes et les rois, dont la tiare est le signe. Cela aurait excité trop de justes méfiances, soulevé de légitimes protestations. Alors, Vous l’avez dit en énigme. Les francs-maçons ont compris. Les intégristes n’ont pas voulu comprendre, pour garder confiance. C’est très habile de votre part.

Pour ouvrir les yeux à mes amis, je leur ai prédit ce jour-là que Vous ne coifferiez plus jamais aucune tiare. Avouez que je ne suis pas fou. Je vous ai compris  !

Ce n’est pas précisément du mensonge  ; c’est de la dissimulation. Jésus ne parlait-il pas aux foules en paraboles  ? La leçon n’en porte que davantage, de n’avoir pas été immédiatement comprise. Et donc cette masse d’Évêques, invitée par Vous à se dépouiller pour les pauvres de la même manière, se sont orientés comme d’instinct dans la direction que Vous vouliez. Ils se sont arraché leurs insignes épiscopaux, signes de leur gloire spirituelle, abdiquant avec Vous leur autorité, ils ont parfois vendu le trésor du patrimoine ecclésiastique, mais ils n’ont pas touché leur compte en banque. Vous-même, ne veniez-vous pas de remettre à neuf vos appartements et n’alliez-Vous pas construire des jardins suspendus sur les toits de votre palais, à grands frais, à grand risque de fissurer et d’écraser la vieille demeure  ?

J’ai insisté sur ce premier geste pour faire entendre toutes les dimensions de pareils scandales. Mais tout dans vos actions est marqué de la même subtilité, terriblement efficace.

Au lieu de la tiare donc, la mitre. Et bientôt, plus de crosse. Là aussi, l’insolite devenu habituel a provoqué l’imitation. Nos Évêques ont compris qu’il n’était plus question de manier la crosse, ni au figuré ni au propre. Au lieu de la crosse, le crucifix. Vos Prédécesseurs le faisaient porter devant eux, pour l’avoir devant les yeux. Vous le portez Vous-même. Cette manière insolite insinue que Vous renoncez à diriger, gouverner, punir vos sujets. Vous choisissez de populariser un nouveau type de pape  : celui de l’humble ministre de la Parole, prêcheur d’Évangile. Le Christ de ce crucifix que Vous portez est horrible à voir, écorché vif, désespéré, désespérant, sans aucun signe de sa divinité ni de sa gloire prochaine, ni de son triomphe actuel. J’ai peur de percer cette énigme… Il suffit de rapprocher cette figure douloureuse de certaine parole de Vous, du 7 décembre 1965. Le Christ serait-il le symbole de toute la souffrance humaine, et rien de plus  ?

Quelque temps, Vous avez revêtu à la place de la Croix pectorale, ou en concurrence avec elle, un objet que les Juifs connaissent mieux que les chrétiens et surtout si c’est leur cadeau  ! Ce bijou reproduisait minutieusement l’éphod du Grand-Prêtre 4Photo de couverture DC 66, No 1469. Un objet similaire a longtemps figuré comme cabochon sur le fermoir de la chape pontificale. Le symbole était honnête et traditionnel  : l’Église a tout hérité de l’Ancienne Alliance qui a disparu au jour de sa naissance, et elle s’est approprié ce qu’il lui a plu de ses rites et de ses instruments. Celui-là même, l’un des plus mystérieux, lui était devenu une garniture d’ornement.

Mais là, sur le cœur du Souverain Pontife, avec la croix ou à sa place, non  ! Au moment de la réhabilitation du Judaïsme et de l’influence grandissante des Organisations Israélites mondiales au Vatican, n’était-ce pas un signe très visible, et occulte pourtant, d’entente et de coopération  ? Je l’ai dit 5L’Amulette du Pape  : CRC 37 p. 1-2. L’éphod a reparu le 11 mars dernier, avec indignation. L’objet a disparu. Tant mieux  !

Vous avez donné généreusement votre crosse et votre anneau au bouddhiste birman U’Thant pour secourir les pauvres… il y a là de quoi indigner bien des missionnaires et bien des Sœurs de Charité. Et n’avez-Vous pas des pauvres à secourir dans votre diocèse  ? Ces objets vendus et revendus viennent d’échouer, paraît-il, à Genève 6The Voice, USA, 9 déc. 1972; cf. CICES No 148, 15 mars 1973. Mais pourquoi la crosse et l’anneau  ? Parce que Vous ne vouliez plus de crosse et que c’était un vieil anneau pastoral. Vous aviez projet de donner à tous les évêques du monde — grosse dépense — un AUTRE ANNEAU d’or qui serait l’ANNEAU DU CONCILE. L’anneau devait changer en même temps que l’ALLIANCE. Il était temps de vendre celui-ci, d’en passer un autre au doigt du Docteur Ramsey 723 mars 1966, La Croix du 19 janv. 1973; DC 66 No 1469, photo de couverture, ces anneaux d’antan qui symbolisaient votre alliance avec Rome et, pour vos Évêques, leur alliance avec nous leur Église diocésaine  ! Le nouvel anneau serait le signe de leur adhésion à l’Église Nouvelle, l’anneau de leur Pacte Réformiste et de leur solidarité avec Vous. Non, Vous ne faites rien à l’étourdi. Vous êtes plein de calcul.

Vis-à-vis des personnes et de leurs fonctions, Vous avez procédé aussi par une succession remarquable, ininterrompue, de décisions insolites, énigmatiques, dont l’ensemble forme d’ores et déjà la plus grande révolution jamais opérée dans l’Église. Le résultat est atteint  : nul ne se sent plus de sécurité ni de stabilité dans sa charge, ni d’indépendance vis-à-vis de Vous, ni d’autorité en dehors de Vous.

Le déplacement de la vie, du pouvoir réel, de l’efficacité, à la suite du Concile, des Dicastères de la vieille Curie aux nouveaux secrétariats postconciliaires a été un chef-d’œuvre de tactique. Personne n’a paru dépossédé, et tous l’ont été au profit des nouvelles équipes, acquises à la Réforme 8Lettres 174 du 21 juin 1964, 242 p. 7. Une autre décision, portant renouvellement quinquennal de toutes les fonctions de Curie, devait atteindre l’indépendance de vos grands commis  ; leur compétence aussi. Mais j’abrège sur ce chapitre. La Curie écrasée sous le joug intolérant, sournois, incompétent de la Secrétairerie d’État attend patiemment que le Pape change… pour retrouver liberté, continuité, compétence et sourire  !

Contre la décision finale du Concile, qui avait pesé le pour et le contre, Vous avez décidé la démission des Évêques à 75 ans. Mais la mise à la retraite n’est pas automatique. Elle dépend de votre décision. Et voilà les Évêques vieillissants livrés à votre arbitraire 9Motu Proprio Ecclesiae Sanctae  ; Lettres 243 du 7 mars 1967. Cela a été décidé par Vous seul, en secret, et annoncé tout à coup. La nature même de l’Épiscopat en a été substantiellement changée. De pères et pasteurs de leur peuple, les voilà devenus fonctionnaires empressés de plaire au Pouvoir Central.

Maintenant Vous vous attaquez au Collège des Cardinaux et à sa prérogative enviée, celle de l’élection des Papes. Sans nul préavis, ni délibération de personne ni consultation des intéressés, Vous avez arrêté que les Cardinaux seraient déchus de leur qualité de membres du Conclave à 80 ans. Cette méfiance vis-à-vis des vieillards, il n’y a rien qui soit plus contraire à la civilisation humaine et à la sagesse biblique. Mais Vous ignorez l’une et l’autre dans votre passion d’épouser les idées modernes  ! Canoniquement, cette exclusion fondée sur un principe arbitraire n’ôte-t-elle pas sa capacité juridique au Collège ainsi amputé  ? De savants canonistes l’ont pensé et démontré. L’énigme de vos intentions ne se laissait que difficilement percer. On pensa que Vous arrangiez les choses, que Vous modifiiez le collège électoral pour le succès de votre parti. Mais il y avait là bien plus qu’une mesquine fraude électorale.

Depuis peu de jours votre plan se laisse deviner. Vous retranchez 30 vieux cardinaux, vous fixez leur nombre maximum à 120 au Conclave. Et Vous annoncez comme un vague projet la première étape vers ce que Vous avez résolu déjà de faire. Peut-être introduirez-Vous les Patriarches orientaux au Conclave. Et peut-être les membres du Secrétariat du Synode aussi 10Alloc. au Consistoire des Cardinaux, 5 mars 1973; DC 73, 308; CRC 57 p. 2. Tout cela n’est rien, à peine 10 ou 12 nouveaux venus. Et puis, soudain, Vous éclatez d’allégresse dans votre Discours du 5 mars. En présence des nouveaux Cardinaux Vous laissez deviner aux gens subtils tout votre dessein. L’introduction dans le Conclave de quelques «  représentants des nations  » vous fait proclamer que l’Église enfin se met «  à l’unisson de notre temps  » et se lance, sans «  timidité  » dans la «  course vers l’avenir  »   :

«  Ne pensez jamais être en dehors de la vie vécue… Pensez plutôt comment vous, associés ainsi à l’Église de Pierre, vous êtes à l’avant-garde des grands mouvements qui entraînent l’humanité vers ses destins inéluctables et si difficiles à atteindre pour elle  : Nous voulons dire, l’unité, la fraternité, la justice, la liberté vécue dans l’ordre, la dignité personnelle, le respect de la vie, la maîtrise de la terre sans en rester prisonnier, la culture sans en rester dérouté…   » 11

Homélie du 5 mars, DC 73, 312; cf. Lettres 213 p. 5, 251 p. 6; CRC 37 p. 7Vous parlez en énigme, Très Saint Père. Mais depuis 1964 beaucoup d’autres Vous ont percé à jour. Ils voient bien ce que Vous préparez pour être à l’unisson de la démocratie universelle moderne. Vous menez à petits pas votre révolution dans l’Église Romaine. Aujourd’hui, Vous démocratisez l’élection de son … Président. Au Conclave, le nombre invariable est celui des Cardinaux  : 120. Le nombre variable est celui des «  Représentants des Nations   »  : 8 ou 10 aujourd’hui, demain 100, 200, 500  ? Bientôt votre but sera atteint, l’élection du Pape sera en tous points semblable à l’élection présidentielle des Grandes Démocraties modernes  ! L’Église sera enfin «  à l’unisson de notre temps  » et «  dans un rapport plausible avec le monde  », délibérément entrée dans «  le mouvement de l’Histoire qui évolue et qui change, qui procède sans cesse à de nouvelles conquêtes visant toujours des fins futures et eschatologiques   » 12Homélie du 5 mars, DC 73, 312; cf. CRC 57 p. 1  !

La réalité est moins enivrante. À l’unisson de la société moderne, la techno-bureaucratie et la démocratie policière changent le visage et l’âme de notre Église. La Hiérarchie ecclésiastique a perdu son bon ordre canonique, sa stabilité, sa force, au profit de tyrannies anonymes et procédurières où les aventuriers se taillent de belles places. Le despotisme et l’anarchie se provoquent l’un l’autre quand les volontés individuelles l’emportent sur l’ordre légitime et bien établi.

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