La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Schisme

TRÈS Saint Père,

Le Schisme est le péché le plus grave, parce qu’il est un crime contre la charité. On pourrait dire  : un crime contre l’Amour, mais le mot est vague, équivoque, dangereux dans sa notion commune de passion aveugle. Au contraire, chacun sait avec précision ce qu’est la Charité, la troisième et la plus enviable des vertus théologales. C’est l’amour de notre Père du Ciel, et de Celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ, notre Sauveur, et de l’Esprit-Saint qu’ils répandent dans les cœurs fidèles. Et donc l’amour de l’Église Apostolique qui est l’œuvre historique, continuée jusqu’à nous, de leur Sainte et Adorable Trinité, et l’amour de ses membres qui sont nos frères, enfin l’amour de notre prochain, quel qu’il soit, jusqu’à nos ennemis à qui nous désirons du bien, et surtout ce premier bien, le plus précieux, de la foi qui conduit à la Vie éternelle…

Cette Charité, amour bien ordonné et conduit par la foi et l’espérance, implique nécessairement la haine de Satan, le Prince des ennemis de Dieu, l’Adversaire, la détestation des schismes et des hérésies qu’il a suscités et qu’il suscite encore pour les lancer contre le Royaume de Dieu, le diviser, l’affaiblir et lui arracher des âmes. Et nécessairement donc la détestation des fauteurs d’hérésies et de schismes, anciens ou actuels, non dans leur âme même mais dans leurs doctrines, leurs déterminations mauvaises, leur action antichrist. Enfin, la détestation absolue de tout ce qui fait injure à Dieu et obstacle à sa grâce  : cultes aberrants, idéologies pernicieuses, livres, partis, réunions, subversions de toutes sortes qui nuisent à la paix de l’Église.

L’amour de la Lumière, la haine corrélative des Ténèbres, produisent enfin ce torrent d’amour envers tous les hommes, amour apostolique qui entreprend tout pour les arracher aux Puissances mauvaises et les ramener, les rattacher, les réunir au Corps Mystique du Christ. Ainsi sommes-nous appelés à cette vocation sublime de «  FRÈRES UNIVERSELS  » selon le mot qu’inventa, dans son ardent amour de Jésus et des plus délaissés des infidèles, le cœur immense du Frère Charles de Jésus.

LE SCHISME, TRIPLE INVERSION DE L’AMOUR

Hélas, Très Saint Père, Vous laissez paraître depuis bientôt dix ans une si complète et surprenante INVERSION DE L’AMOUR, que nous en sommes venus à Vous accuser de schisme. Ce qui est paradoxal dans la Personne du Pape qui devrait être normalement, comme il est inscrit au bandeau de la Coupole de Saint-Pierre, le lien de la Charité  : INDE ORITUR UNITAS SACERDOTII. Hélas, de là où devrait venir l’unité vient actuellement la division, de ce centre de la Charité jaillit la confusion, l’amour désordonné de ce qui est mauvais et la froideur sinon la haine pour ce qui est bon  !

SCHISME ENVERS LES PERSONNES

Vous paraissez fréquenter, estimer, honorer, aimer de préférence “ Ceux qui sont loin ”, plus que vos proches dans la foi et au lieu d’eux. Et si c’était encore pour les ramener par charité apostolique comme vous le dites parfois  ! Mais cette anormale préférence affective, au contraire, les immobilise, les canonise dans l’état où vous les avez trouvés, encouragés qu’ils sont par Vous à n’en pas changer.

En revanche, contradictoirement, Vous laissez paraître tous les signes d’une froide inimitié pour vos fils les plus aimants, les plus dévoués, les plus fidèles. On dirait qu’ils Vous agacent et que Vous n’en attendez rien. C’en est au point qu’on penserait Vous plaire davantage en devenant ennemi de l’Église ou tout au moins rebelle à la Papauté  !

SCHISME ENVERS L’ÉGLISE, SA TRADITION, SES RITES

Des personnes, cet amour inverti se porte contre les choses, les institutions, les rites, tout ce qui fait la couleur et le charme de la vie quotidienne de l’Église, de sa tradition. Vous admirez le langage, les rites religieux, les traditions des autres. Plus cela vient de loin, plus c’est étrange, hostile même à notre sensibilité chrétienne, plus vous aimez. Au contraire, Vous poursuivez de votre haine destructrice tout ce qui porte la marque de l’antique tradition catholique, tout ce qui caractérise l’Église Romaine, tout ce qui constitue le rite latin et les autres rites les plus vénérables d’Occident. Et Vous n’aurez de cesse que nos mœurs, notre discipline, notre liturgie n’aient entièrement fait place à des rites et des comportements qui ne se pratiquaient que dans le schisme et l’hérésie. L’Église par Vous est mal dans sa peau et cherche à revêtir l’une ou l’autre de celles qu’elle dédaignait avant Vous.

SCHISME ENVERS DIEU, PERE, FILS ET SAINT-ESPRIT

Ce transfert affectif des frères aux ennemis, cette contradiction effective de la charité du Pontife Romain qui le porte à détruire tous les rites et les institutions vénérables de son Église pour leur substituer des comportements étrangers, trouvent leur explication première, ou leur ultime conséquence, dans un détachement de Dieu. Cette inversion de l’amour ne serait pas possible, elle ne saurait être durable, devenir universelle, absolue, tranchante, horriblement tranchante, sans atteindre aux Causes Ultimes, au Bien et au Mal personnifiés, d’où découlent tous les biens et les maux de notre monde d’ici-bas.

Vous manifestez en tout une insouciance pour les intérêts et les droits de Dieu, un mépris de la Volonté de Dieu, une hostilité à toutes ses œuvres les plus certaines, qui me glacent. La Cause même de Dieu parmi les hommes et le salut de l’Église Vous sont absolument indifférents. En revanche, Vous marquez un attachement passionné, un intérêt rebondissant et sans cesse agissant — qui se marque sur votre visage même par une nouvelle jeunesse, comme d’un bain de jouvence — pour le Royaume de Satan, pour ses pompes et ses œuvres.

Très Saint Père, je ne peux écrire de telles accusations qu’en tremblant de douleur et de confusion. Mais j’irai jusqu’au bout de ma tâche. Trop de faits publics, de retentissement mondial, fournissent à tous les membres de l’Église, jusqu’aux âmes trop fragiles pour y résister, une si détestable école de l’amour  ! Nul ne peut servir deux maîtres 1Mtt. 6, 24; cf. Lettres 199 p. 1, 211 p. 16, 232 p. 3, 238 p. 8;CRC 10 p. 31 ,60 p. 12, 61 p. 9, 62 p. 13, nul ne peut entretenir en son cœur deux amours, deux cultes contradictoires. Depuis dix ans, Vous aidez de toute la force de votre cœur, de vos paroles et de vos actions à l’édification de l’Autre Cité, celle qu’évoquait Saint Augustin, dressée face à la Cité Sainte  : «  Deux amours ont bâti deux cités  : l’Amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu  » 2La Cité de Dieu  : 14,28; cf. CRC 11 p. 1-2, 17 suppl. p. 5, 60 p. 10, 61 p. 9.

Je réserverai au chapitre du “ Scandale ” la preuve que l’amour des Autres tourné contre ses frères n’est qu’une manifestation de l’amour égoïste et orgueilleux qu’on se porte à soi-même. Ici je dois faire la preuve que cet amour des Autres produit dans l’Église l’une des pires choses, la haine, la division, LE SCHISME.

Je l’établirai sur un nombre restreint d’exemples, tirés d’une masse d’autres, et voici pourquoi. Très Saint Père, je ne Vous espionne pas, je ne suis nullement acharné contre Vous. La pensée d’un “ réquisitoire ” contre mon Père n’est venue que bien tard. Mille choses sont passées, que je n’ai pas voulu ramener au jour. Le peu qui me reste suffit amplement et je souffre trop à le rapporter pour chercher à en allonger la liste.

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