La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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2. De la divinité et royauté de Jésus-Christ  : votre apostasie

QU’UN politicien prétende que tout homme est roi, c’est un honteux mensonge, et cela contribue à faire du métier de politicien l’un des plus ignobles du monde. Car c’est finalement pour l’asservir davantage qu’on flatte ainsi le peuple de discours démagogiques. Qu’un philosophe affirme le caractère transcendant de la personne humaine, et donc la dignité sans égale de chaque homme et de tous les hommes, c’est absurde, c’est irréel et irréalisable, et ce sont de telles théories qui font de la profession de philosophe, aujourd’hui, une profession frivole et méprisée.

Qu’un prêtre, un théologien, accorde transcendance et royauté à l’Homme, et à tout homme, naturellement et surnaturellement, sans autre cause et condition que d’être homme et d’être soi, c’est déjà beaucoup plus inquiétant. Ce n’est évidemment pas catholique. Ce n’est pas chrétien non plus… Ni même biblique, ni du tout religieux. Car pour toute droite raison, c’est Dieu qui est transcendant, le mot a été inventé pour le désigner  ! Et c’est Dieu qui est Roi pour toute âme croyante. Les rois de la terre n’ont d’autorité que par Lui, qu’émanée de la sienne  ; il serait impie et criminel, comme un acte de lèse-majesté divine et humaine, de le contester.

Alors, que le Pape, le Successeur de saint Pierre, le Souverain Pontife de l’Église catholique, le Vicaire de Jésus-Christ, réduise ce même Seigneur, Fils de Dieu Sauveur, dont il est le mandataire, au rôle de témoin, de prophète, de prêtre et de martyr de la transcendance et de la royauté de l’Homme, qu’il le ravale ainsi au niveau de l’homme quelconque, ou qu’il élève tout homme à son niveau, et de toute manière, qu’il conteste à Jésus toute transcendance et toute royauté propre et singulière, comme s’il n’en avait revendiqué aucune particulière devant Caïphe et devant Pilate, c’est si énorme, si incompréhensible, si scandaleux, si impie et si blasphématoire, si suicidaire qui plus est et subversif de tout l’ordre humain et de tout l’ordre chrétien  ; pour tout dire en un mot, si ANTICHRIST, qu’on lit, qu’on relit et, dans la plupart des cas, on poursuit sa lecture en se persuadant qu’on a mal compris, qu’il doit y avoir un autre sens aux mots que l’on a lus, et que ce n’est pas possible. Que c’est trop affreux pour être vrai. Il faudrait conclure, de fait, que le Pape est antichrist, que l’Antichrist aujourd’hui est le Vicaire du Christ sur la terre  !

Il est des erreurs si manifestes qu’elles ne peuvent être que des tromperies, et des tromperies si bien agencées, si bien calculées qu’elles découragent la critique. Assurément celle-ci en est une.

DIEU SEUL EST SAINT, SEUL LE CHRIST EST ROI

Compulsons la Bible, il faudra bien chercher ces trois ou quatre versets que vous citez sans cesse, parmi des dizaines de milliers d’autres pour y trouver une quelconque glorification de l’homme comme d’un dieu et d’un roi, dominateur de l’univers et maître de lui-même  ! Il n’est pas question de transcendance dans l’Ancien Testament, mais de Splendeur et de Gloire, de Majesté, quand il s’agit des perfections disons essentielles de JE SUIS, et de Sainteté quand il s’agit des perfections qui, dans la vie humaine, ressortissent de la morale. Vous dites  : tout homme est transcendant, la Bible répond  : Dieu seul est Saint. Saint, Saint, Saint est le Seigneur.

Et c’est Dieu aussi qui est Roi, c’est de son Royaume à venir que parlent les prophètes et les scribes inspirés, c’est lui que chantent les psaumes. Il n’y a point de roi de la terre qui tienne devant Lui sauf celui-là seul qu’Il accepta tout d’abord, Saül, puis celui qu’Il se choisit, David, dont il fit comme son fils, lui donnant ainsi qu’à sa lignée de régner dans Sion et dans Jérusalem sur son peuple saint à jamais. C’est dans sa descendance que paraîtra le Roi des rois et Seigneur des seigneurs auquel est promis l’empire universel et éternel, le Messie, fils de David et fils de Dieu, Jésus-Christ.

Que l’homme soit quelque part déclaré roi et transcendant c’est-à-dire saint, par Jésus dans l’Évangile, voilà ce que personne n’osera soutenir, et que nul vrai chrétien n’admettra jamais. Il n’est évidemment pas question d’une excellence ou supériorité de l’homme en général, ou de l’homme quelconque, philosophique, morale ou politique. Quel énorme anachronisme que de supposer dans l’esprit du Seigneur et des Apôtres, dans la mentalité et le langage des hommes de leur temps, pareille prétention  ! Ni humanisme séculier ni démocratie même chrétienne n’étaient concevables en ce temps-là  !

Il faut vraiment ne jamais lire l’Évangile ou vouloir délibérément le falsifier, pour oublier que Dieu le Père y est toujours le Saint, le Seigneur et maître de toutes choses, le Roi et le Père de famille… Que son Fils est le Messie fils de David et, en vertu de cette double filiation, le Roi d’Israël auquel est d’ailleurs promise la domination sur les nations… Que les prophètes, avant lui, et les Apôtres qu’il s’est choisis pour successeurs, sont les serviteurs promis à partager sa gloire et sa puissance dans son Royaume à venir… Qu’enfin sont “ saints ” et participent même à son sacerdoce, à son prophétisme, à sa royauté, ses fidèles devenus, par la foi en sa divinité, fils de Dieu par adoption et membres du Corps mystique dont il est la Tête.

C’est ainsi que dans cette fameuse comparution devant Pilate dont vous tirez argument pour votre théorie, théorie de franc-maçon plus que de bon chrétien, il est question de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de Lui seul et d’aucun autre homme que ce soit, et il en est question comme “ Roi des Juifs ” et non comme représentant idéal d’une collection de rois, tous transcendants, tous libres, égaux et fraternels. Si vous objectez que précisément Jésus récuse ce titre politique de “ Roi des Juifs ”, il faudra vous répondre qu’il l’accepte au contraire, mais qu’il le sublime et l’universalise, se faisant Roi comme Dieu est roi, comme il était annoncé que son messie, le “ Fils de l’Homme ”, le serait, Roi spirituel, Roi universel, Roi éternel, méritant et exigeant de tous les hommes une entière sujétion de l’âme et du corps, de la vie intime et de la vie sociale, et en particulier de la vie politique, juive aussi bien que romaine, antique aussi bien que moderne.

Et ceux qui rejetèrent sa royauté parce qu’ils ne voulurent pas que le Fils du Grand Roi règne sur eux (Lc 19, 14), ceux qui prétendirent, dans leur insoumission aveugle et insensée, n’avoir d’autre roi que César (Jn 19, 15) encoururent justement la malédiction divine.

C’est ainsi, comment aurait-elle pu autrement  ? que l’Église a toujours lu, compris, commenté et enseigné la Royauté de Jésus-Christ conjointe à la Royauté de son Dieu et Père, en l’unité d’un même Esprit. Et c’est précisément pour faire obstacle à toute contestation de cette Royauté, comme s’il prévoyait la vôtre, Très Saint Père, que votre prédécesseur, le pape Pie XI écrivit cette admirable encyclique Quas primas, le 11 décembre 1925, qui est la proclamation nouvelle et exultante de l’“ empire souverain et absolu ” du Christ-Roi “ sur tout l’univers créé ”, sur tout peuple, toute personne, tout ordre et tout pouvoir spirituel ou temporel. Comment ne l’auriez-vous jamais lue  ? Et comment, l’ayant lue, oseriez-vous ne pas la recevoir  ?

ET TOUT EST SOUMIS À LA LOI DU CHRIST-ROI

Vous proclamez, comme une chose évidente, comme l’enseignement clair et sûr de l’Évangile retrouvé par le concile Vatican Il  ! que Jésus est roi parce qu’il est homme, comme un quelconque individu humain l’est et le doit être. Et qu’il réclame les honneurs et les égards dus à cette royauté commune, non pour lui-même, pour Lui seul, mais d’abord pour tout homme et pour tous les hommes. Telle aurait été sa mission, au service de l’humanité, la vérité dont il aurait été le prophète, le culte auquel enfin il se serait sacrifié. Jésus, martyr de l’humanité, défenseur de la dignité, de la souveraineté, de la transcendance et de l’inviolabilité de l’Homme. Et c’est de cette foi en l’homme, de ce culte de l’Homme, de cette passion pour l’homme que son Église aurait hérité et repris claire conscience au concile Vatican II. C’est cet humanisme qui dominera donc votre pontificat…  !

Pour cela, vous avez séparé radicalement votre christianisme… évangélo-conciliaire, de la politique, c’est-à-dire de tout l’ordre temporel de la vie des hommes en société. Vous l’avez séparé aussi, plus par omission que par négation, de tout l’ordre surnaturel de la religion, de sa foi et de son culte. Pour concentrer votre christianisme dans un humanisme anonyme, pluraliste et universel, de substance historiquement maçonnique. Et vous avez fixé l’œuvre de cet humanisme, tout entière, dans la militance révolutionnaire pour le respect et le service de l’Homme transcendant et roi.

Pie XI procède de manière diamétralement opposée. Sachant que Dieu seul est Saint, que Dieu seul est Roi, il montre que Notre-Seigneur Jésus-Christ, lui et lui seul évidemment, participe comme Homme à la plénitude de cette Sainteté royale et de cette sainte Royauté de Dieu. Même si vous n’avez jamais lu cette Encyclique, vous avez dû réciter pendant un quart de siècle au moins ses passages essentiels dans votre bréviaire, pour la fête du Christ-Roi.

C’est la contradiction totale de votre humanisme prétendu chrétien. Lisez plutôt cet appel aux nations par lequel débute l’Encyclique  :

«  Les causes profondes des calamités qui accablent l’humanité et avec lesquelles celle-ci est en lutte, les voici. Non seulement ce déchaînement de malheurs a envahi l’univers parce que la plupart des hommes ont banni Jésus-Christ et sa loi très sainte de leurs coutumes et de leur vie particulière comme de la société familiale et de l’État, mais encore l’espoir d’une paix durable entre les peuples ne brillera jamais tant que les individus et les États s’obstineront à rejeter l’autorité de notre Sauveur. C’est pourquoi Nous avons averti qu’il fallait chercher la paix du Christ dans le règne du Christ, et Nous avons promis d’y contribuer de tout Notre pouvoir  : dans le règne du Christ, disions-nous, car pour aider à rétablir solidement la paix, il ne Nous apparaissait pas de moyen plus efficace que la restauration du règne de Notre-Seigneur…  »

Célébrant quarante ans plus tard ce saint enseignement 20Texte cité et commentaires dans la Lettre à mes amis, no 219, 11 déc. 1965., j’osai commenter  :

«  Les chrétiens, énervés par les propagandes politiciennes, croient trouver, ici ou là, l’Homme fort qui les délivrera des maux dont ils soufflent. Nos théologiens imaginent, eux, “ l’Esprit ” ou “ le Christ ” incarné dans toute la masse humaine, y répandant des puissances infinies de perfectionnement. Certains se prennent à eux tout seuls pour des génies sauveurs  ; d’autres attribuent une telle vocation messianique à leur race, à leur classe, à leur parti… On a trop dit que le Christ habite en tout homme et que l’humanité en son entier est le peuple de Dieu en marche vers un radieux avenir terrestre. Cet optimisme éloigne de la foi et, parce qu’il est fondé sur des chimères, aggrave notre destin.

«  En vérité, un seul Homme est le Christ-Roi, le Messie-Sauveur, parce qu’“ en lui habite la plénitude de la divinité ” (Col. 2, 9) et qu’il nous a rachetés par sa sainte Croix. Là est le principe de notre foi, le fondement de notre espérance, la source ardente de notre charité  : nous acclamons cet enfant dans sa crèche parce qu’il est, pour les milliards d’hommes, “ le Conseiller merveilleux, le Dieu fort, le Père éternel, le Prince de la paix ” (Is. 9, 5), “ dont la vérité devait instruire les hommes ignorants, la sainteté justifier les pécheurs, la force soutenir les faibles ” (préface de l’Avent). Ainsi parle d’ailleurs le Vicaire du Christ (Pie XI et non pas vous, hélas  !)  :

«  La souveraine excellence qui élève le Christ au-dessus de toutes les créatures lui fit donner dans son sens plénier le titre de roi, en vertu d’un usage antique et commun. C’est ainsi qu’il est appelé le roi des intelligences humaines, non pas tant pour la pénétration de son esprit et l’étendue de sa science que parce qu’il est la Vérité et qu’il est nécessaire aux hommes de puiser près de lui la vérité et de la recevoir avec soumission  ; Roi des volontés humaines, parce que non seulement à la sainteté de la volonté divine répondent en lui une intégrité et une obéissance absolument parfaites de la volonté humaine, mais c’est encore son impulsion, ce sont ses inspirations, qui suggèrent à notre libre arbitre les sentiments qui nous enflamment aux plus nobles actions. Enfin, le Christ est reconnu comme le Roi des cœurs à cause de son incommensurable charité et de sa bienfaisante douceur qui attire les âmes  ; car, jusqu’ici, il n’y eut aucun homme qui fut aimé et il n’y aura jamais aucun homme à être aimé par l’univers entier comme le fut et le sera Jésus-Christ.  »

«  Mais, poursuivais-je, — et c’était trois jours après la clôture de ce maudit Concile qui avait entendu le Pape d’alors proclamer place Saint-Pierre «  le culte de l’Homme  »  ! — mais le Docteur Infaillible insiste  : cette suprématie universelle, cette royauté éternelle, Jésus-Christ la reçoit de son Père en tant qu’Homme et non seulement comme Verbe de Dieu  : «  Le Christ ne doit pas seulement être adoré comme Dieu par les anges et les hommes, mais encore les anges et les hommes doivent obéir avec soumission à la puissance de cet Homme.  » Il ne peut donc plus s’agir d’un quelconque déisme ou d’un panthéisme dont le Christ ne serait que le mythe symbolique comme Krishna ou Horus (R. Guénon, Le Théosophisme, p. 192). C’est Jésus de Nazareth qui possède le «  pouvoir royal  » et qui a reçu «  puissance sur toutes les créatures  » de telle sorte que tous nos intérêts, tout notre avenir, tout notre bonheur terrestre autant qu’éternel, nous sont dispensés par Lui, dans la mesure de notre fidélité et selon les volontés de sa grâce.

«  Certains veulent instituer la paix de la Cité humaine sur un Pacte mutuel, sur un Serment par lequel tous les peuples s’accorderaient pour leur plus grand bien. Ils se trompent, car un tel Pouvoir salutaire n’appartient pas aux hommes. D’autres proposent, pour atteindre à la même félicité terrestre, d’honorer Dieu dans nos consciences et selon les formes diverses des religions. Ils se trompent plus encore, car le Vrai Dieu a horreur de cette liberté religieuse et de ces simulacres. Il a donné tous pouvoirs à son Fils Jésus-Christ et c’est en Lui Seul que se trouve désormais le salut du monde. Ne cherchez plus Dieu dans un ciel sans visage et sans voix, ni dans vos idoles, ni dans vos consciences obscures, ni dans les masses humaines  : la Voie, la Vérité, la Vie pour le monde sont en ce Jésus que l’Église vous propose à connaître, adorer, aimer et servir fidèlement. Tout lui appartient de ce monde et du monde à venir. “ Il faut le croire de foi catholique  : le Christ Jésus a certes été donné comme un Rédempteur qui a droit à la confiance des hommes, mais aussi comme un législateur auquel ils doivent obéissance ”. 21Lettre à mes amis no 219, ibid.  »

Voilà qui renvoie votre humanisme et toutes ses luttes pour l’homme aux ténèbres des hérésies ou plutôt de l’apostasie moderne. Mais la suite de l’encyclique revient sur cette indifférence calculée aux choses politiques que vous distinguez et séparez absolument de la religion, afin de les mieux congédier l’une et l’autre, oui  ! la politique comme n’étant rien, la religion comme chose trop haute, au profit de votre humanisme qui prend toute la place. Pie XI, lui, avec toute la Tradition, soumet toutes les choses humaines, et principalement les pouvoirs temporels à l’autorité royale de Jésus-Christ qui lui-même tient toute sa puissance et sa gloire de son Père…

LA PAIX DU CHRIST PAR LE RÈGNE DU CHRIST

Pie XI énumère les trois domaines où s’exerce la souveraineté de Notre Seigneur et Christ Roi. Ce passage a été, à dessein, retenu dans les lectures du bréviaire. «  Le pouvoir du Législateur, auquel on doit obéir… Le pouvoir judiciaire, qui lui fut attribué par son Père… Le pouvoir exécutif enfin doit lui être attribué, puisqu’il est nécessaire que tous obéissent à son commandement, et cela sous la menace faite aux pécheurs rebelles de supplices que personne ne peut éviter.  »

Or, pour achever de rendre inexcusable et véritablement criminelle votre explication humaniste, naturaliste et d’ailleurs absurde du “ dialogue ” de Jésus avec Pilate, cette encyclique de Pie XI, ces lectures mêmes du bréviaire, l’expliquent de manière autre, évidemment catholique, lumineuse et persuasive. À savoir que le Christ, déjà Roi souverain en vertu de sa seule Incarnation, l’est de manière nouvelle et spécifique «  comme Rédempteur, s’étant acquis l’Église par son sang, et comme Prêtre, s’étant offert et s’offrant perpétuellement en qualité de victime pour le péché… Ainsi sa dignité royale elle-même s’adapte et participe à la nature de l’une et de l’autre fonction.  »

Le pape Pie XI en déduit que le Royaume de Jésus-Christ est spirituel, surnaturel, cultuel et non pas terrestre, ni militaire, ni philosophique, ni culturel. Mais cependant, mais encore, que cette supériorité n’exclut pas son extension à toute la vie temporelle. Et là, si j’osais une expression sportive pour le sportif que vous êtes, j’oserais dire que vous êtes battu à plate couture. Car Pie XI, prévoyant pour ainsi dire votre refus de la souveraineté du Christ sur le domaine politique, ajoute avec une auguste véhémence  :

«  Et pourtant celui-là se tromperait honteusement (sic) qui refuserait au Christ-Homme toute souveraineté sur les choses civiles, quelles qu’elles soient, puisqu’il a reçu du Père un droit si absolu sur les créatures que tout est soumis à son bon vouloir… La royauté de notre Rédempteur embrasse donc tous les hommes.  »

Il est vrai, «  durant sa vie terrestre, il s’est complètement abstenu d’exercer cette autorité et, comme auparavant il avait gagné la possession et la direction des affaires humaines, il les abandonna alors et les abandonne encore à leurs possesseurs. Vérité magnifiquement exprimée par ces vers  : Il ne ravit pas les trônes de la terre, lui qui en donne au ciel…  »

Cependant, continuais-je, «  Jésus-Christ ayant laissé leurs empires aux princes de la terre ne leur en a pas moins justement réclamé l’hommage religieux, comme de vassaux à leur suzerain, et comme d’intendants fidèles à celui à qui tout appartient… Mais ainsi rangés sous l’obédience du Christ-Roi, les Princes chrétiens peuvent tout espérer de sa puissance et de sa bénignité  ! Pie XI l’expliquait en termes magnifiques, capables de réveiller encore aujourd’hui notre espérance parmi tant de périls terrifiants qui menacent l’humanité.  »

Puis, pour que toute l’Église, fidèle à ce dogme, remplie de cette espérance, s’en imprègne et les proclame à la face des impies comme la Bonne Nouvelle, l’Évangile perpétuel, il instituait cette fête du Christ-Roi et ordonnait que chaque année, la célébrant, tous «  renouvellent la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.  » Il en expliquait la raison par cette magnifique leçon qui pourrait paraître, d’avance, la justification de notre ACCUSATION portée contre votre humanisme apostat, et votre CONDAMNATION en même temps que le programme de la renaissance catholique à laquelle nous avons pour notre part voué tous nos efforts et notre vie même  :

«  Si Nous ordonnons au catholicisme entier de vénérer le Christ-Roi, Nous pourvoirons par le fait même aux besoins des temps actuels et Nous opposerons un remède souverain à la peste qui infeste la société humaine… En effet, la peste de notre temps, c’est le laïcisme, ses erreurs et ses tentatives impies. Ce fléau, Vénérables Frères, vous savez qu’il n’a pas mûri en un jour  ; depuis longtemps il couvait au profond des sociétés. On commença par nier le pouvoir du Christ sur toutes les nations  ; on dénia à l’Église un droit dérivé du droit du Christ lui-même, celui d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de diriger les peuples, de les conduire à la béatitude éternelle. Alors la religion du Christ fut peu à peu traitée d’égale avec les faux cultes, et placée avec une choquante inconvenance sur le même niveau  ; puis elle fut soumise au pouvoir civil et presque livrée à l’arbitraire des princes et des magistrats  ; certains allèrent jusqu’a prôner la substitution d’une religion naturelle, d’un sentiment naturel, à la religion divine.  »

Aucun de ces reproches qui n’atteigne de plein fouet votre laïcisme prétendu évangélique et indubitablement conciliaire  ! Le salut des âmes, le bien humain des pauvres peuples, choses auxquelles vous vous montrez indifférent, n’ayant en tête que cette chimère de la royauté universelle de l’Homme, la paix et la prospérité légitime auxquelles aspirent les nations, dépendent de votre conversion à la Royauté universelle du Sacré-Cœur de Jésus et j’ajoute avec toute l’Église, à celle du Cœur Immaculé de Marie, selon les exultantes espérances de vos prédécesseurs  :

«  Si le royaume du Christ comprenait de fait tous ceux qu’il embrasse de droit, pourquoi désespérerions-nous de cette paix qu’apporta sur terre le Roi pacifique, celui qui vint réconcilier toutes choses, qui vint non pour être servi mais pour servir, et qui, étant le Maître de tous, s’est donné en modèle d’humilité et a fait de cette vertu une loi capitale, connexe au précepte de la charité, celui enfin qui a dit  : Mon joug est doux et mon fardeau léger. Oh  ! quelle félicité goûterions-nous si tous les hommes, les familles et les sociétés se laissaient gouverner par le Christ  ! Pour nous servir des paroles que Notre prédécesseur Léon XIII adressait il y a vingt-cinq ans à tous les évêques, “ Il sera possible de guérir tant de blessures, tout droit reprendra la vigueur de son autorité ancienne, les richesses de la paix reviendront, les glaives tomberont et les armes glisseront des mains, le jour où tous les hommes accepteront volontiers l’empire du Christ et se soumettront à lui, le jour ou toute langue proclamera que le Seigneur Jésus-Christ est dans la Gloire de Dieu le Père ”.  »

Hélas, nous n’en sommes pas là. «  Il appartiendrait aux catholiques de préparer et de hâter par leur action ce retour à Jésus-Christ, gémit le pape Pie XI, mais un bien grand nombre d’entre eux ne semblent pas tenir dans la vie sociale leur place normale ni posséder l’autorité qui convient à ceux qui portent le flambeau de la vérité. Il faut peut-être attribuer ce désavantage à la lenteur et à la timidité des bons qui s’abstiennent de résister ou résistent avec mollesse  : les adversaires de l’Église en retirent nécessairement un surcroît de témérité et d’audace. Au contraire, que les fidèles comprennent tous qu’il faut lutter avec courage et toujours sous les drapeaux du Christ-Roi. Que le feu de l’apostolat les embrase, qu’ils travaillent à réconcilier avec leur Seigneur les âmes éloignées de lui ou ignorantes, et qu’ils s’efforcent de sauvegarder ses droits.  »

En attendant, «  qu’on célèbre publiquement, avec magnificence, le Christ-Roi, pour que l’éclat de ces fêtes parvienne à tous les peuples, que leur triomphe compense l’injurieux silence de tant d’assemblées humaines, que la puissance de telles démonstrations enfin persuade les uns et force les autres à reconnaître le Souverain Empire de Jésus-Christ, pour le salut de tout l’univers.  » La célébration universelle de telles fêtes n’est-elle pas très nécessaire, remarque Pie XI, «  pour condamner et pour réparer en un sens la défection que le laïcisme a causée, entraînant de si pénibles malheurs pour la société  ? En effet, plus les réunions internationales et les assemblées nationales accablent d’un indigne silence le nom très doux de notre Rédempteur, plus il faut l’acclamer et faire connaître les droits de la dignité et de la puissance royale de Jésus-Christ.  »

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