La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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22 MAI 2016

Nos relations avec les trois Personnes divines

Saint-Esprit, Gloire du Bernin

Ô Père, comme dans le sein de votre Fils Jésus-Christ mon rédempteur et l’époux de mon âme je me sens votre enfant  ! J’oublie que je suis votre créature quand purifiée de l’eau de son Côté et enivrée de son Sang il m’unit si profondément à Lui que je participe à sa naissance éternelle  ; car Il me montre alors comment, avant l’univers et avant les siècles, je me trouvais enfantée mystérieusement dans ce doux Verbe éternel qui déjà me donnait de Vous la vie, le mouvement et l’être  ! Ô Père, je me sens votre enfant par toutes les fibres de mon être et j’aspire au jour où je reviendrai les yeux ouverts, et le cœur  ! à ma source première. Ô Fils, je suis votre disciple, votre frère, par la sagesse et la bonté que vous me montrez mais, dans le secret, mon âme vous est davantage une épouse par la communication très intime que vous daignez lui faire des mystères infinis de votre Face. Dans le Ciel je sais qu’il ira plus loin, tellement plus loin, ce mariage mystique, que nous serons comme deux âmes en une seule chair, Toi et moi dans l’étreinte indicible de ta divinité répandue en nous tous à jamais. Ô Esprit-Saint, comment cela serait-il possible sans vos délicates et combien mystérieuses opérations en cette pauvre créature devenue votre demeure et le lieu de vos purifications et sanctifications  ? C’est là mon troisième secret, et je crois le dernier parce que, de tout son mouvement, il revient aux deux autres et referme mon espace et mon temps éternel sur Vous, ô Père, ô Fils, qui me le donnez.

Ô Don Vivant, ô Souffle émané de mon Père et mon Époux, combien votre révélation m’est d’abord cruelle par son feu jeté là, qui dévore mes ronces, inextricables broussailles  ! Vous m’êtes connu d’abord comme un grand incendie, en moi, calcinant tout ce que je possédais, ce que je croyais avoir de plus précieux. Et moi je ne savais pas que je Vous aimerais, flamme de feu qui ronflait de colère sainte, s’attaquant tour à tour à mon sens égaré, à mon imagination folle, à ma raison, à mon cœur orgueilleux, flamme intelligente qui pénétrait jusqu’aux replis les plus secrets me faisant souffrir mille morts. Je ne savais pas que je Vous aimais, tant je Vous souffrais. Il m’aidait de penser que Celui qui l’avait allumée en moi et l’activait pour mordre et dévorer davantage, était mon Père et mon Époux ne faisant qu’un, en cette lutte et ce brûlant baiser spirituel. Tu étais, tu es le bonheur et la gloire, le rayon mortifiant et la puissance vivifiante de mon Époux et de mon Père, respiration en moi terrible de Celui qui m’aime et souffle sur mon cœur embrasé pour en faire jaillir encore l’Amour.

Tel est, ou tel sera mon purgatoire. Mais la suavité de la blessure est aussi vive que sa souffrance est aiguë car ces flammes bénies, m’assaillant et me pénétrant davantage, sont l’aveu chéri de tes Volontés, ô Époux, et l’opération de ta Puissance, ô Père. Les voilà devenues plus moi-même que moi. Leurs belles et hautes lances dorées ne sont pas ma propre vertu mais Quelqu’un en moi qui prend mon parti contre moi, qui m’est une âme nouvelle, un esprit ami, mon Avocat, mon Confident, mon Conseiller, mon Donné, Esprit du Père et du Fils adoré, Amour passé en moi, devenu moi, du Père et de l’Époux communiqué. Oh  ! que j’aime, Esprit-Saint de Dieu, que tu manifestes en moi ta présence, même par la morsure du remords, la haine du péché, le mépris destructeur de mes immenses ignominies, l’horreur. Tes flammes et flammèches lèchent sans cesse les façades de mon orgueil et dévorent tous leurs faux-semblants de grandeur humaine. Je souffre. Mais leur ardeur m’est douce comme un regard de compassion de la Vierge parfaite, Marie, baignant mes yeux, et le geste caressant de sa main maternelle guérissant mes plaies.

Vous êtes, ô Paraclet, outre mon purgatoire déjà l’ultime espérance de la vie éternelle quand, sur mon sol mis à nu, vous commencez de construire une demeure sainte, un Temple à la louange de gloire de votre Trinité bienheureuse. Oserai-je dire le plus profond de cette joie qui déjà m’émerveille et doit croître de siècle en siècle dans les millénaires éternels  ? C’est une beauté formée en moi, devenue doucement apparente. Ce feu que je sentais douloureusement destructeur était-il donc secrètement recréateur de formes oubliées et inventeur même, dans son brasier, de perfections inconnues  ? Quand par fortune les yeux de mon regard intérieur aperçoivent quelque vertu, quelque charme, quelque figure de nouveauté qui me surprend, ces dons royaux déposés pendant la nuit, ces merveilles dessinées par un artiste que je ne sais pas, ce cristal limpide sorti de l’incendie, me sont les preuves de ta Présence, les œuvres inimaginables de ton Amour prodigieux, ô Esprit de Dieu envoyé aux hommes, Sanctificateur éternel  ! Et j’éprouve ce mouvement de stupeur et de pudique joie, pour ces beautés qui ne sont pas de moi et n’en sont que plus émouvantes, qu’eut Naaman le lépreux remontant du Jourdain, quand il vit sa chair saine et lisse comme celle d’un petit enfant.

Mais j’ai mal expliqué ce regard comme si, de moi-même, je le jetais sur moi-même et, m’émerveillant de mes vertus, je me persuadais qu’un Dieu était tout occupé de moi. Oh, qu’un tel retour sur soi serait peu convenable à l’âme sanctifiée par Vous, Esprit-Saint de Dieu, et par trop contraire à la pureté d’une vie céleste. Tout se passe, pour mieux dire, sous le regard et dans le seul regard de mon Époux et Père. C’est dans le feu dévorant de ce regard que tu me brûles de crainte et d’amour, ô Paraclet, flamme comme jaillie de la concentration au centre de mon âme des durs rayons de ce Soleil  ! Et à d’autres moments, dans les yeux de mon Époux et de mon Père je vois peintes ces beautés que tu formes en moi, et la douceur de leurs regards amoureux me persuade que ton œuvre leur agrée pour mon bonheur. Je ne connais pas en moi ces charmes nouveaux, je les aperçois dans les yeux de mon divin Époux, et c’en est assez pour mon ravissement. Quand enfin je reviens à moi, c’est sans plus rien connaître que Toi, Esprit-Saint, âme de mon âme, amour sans visage, Ardeur unique qui ne cesse de me disposer à faire retour glorieusement au Père et au Fils dont tu procèdes et à qui tu veux réunir toute créature.

Mais je suis impuissant à dire en termes charnels ce commerce spirituel, cette union, cette habitation de l’Esprit en l’esprit, du Cœur de Dieu au cœur de notre être sensible. Souffle de l’air qui sculpte le rocher, flamme qui investit le sable et le change en cristal, eau qui féconde la terre, Esprit-Saint  ! je me livre à tes opérations divines transformantes pour l’éternité.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la Page Mystique n° 106, Mon ultime secret, février 1978.

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