La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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2 AVRIL 2017

Jésus est le Maître de la vie et de la mort

Résurrection de Lazare par Colin d’Amiens

EN ce 5e dimanche de Carême, l’Église nous donne à méditer cet événement capital de la résurrection de Lazare, très étudié par saint Jean qui témoigne de la connaissance que Jésus a de l’avenir des hommes après la mort. Jésus de Nazareth qui est le Fils de Dieu, venu sur la terre pour nous sauver, est l’homme unique qui sait ce qu’il y a après la mort. C’est prodigieux, cela devrait être dans tous les manuels de sociologie religieuse. Dans aucune religion, nous n’avons quelque chose de semblable. Jésus parle d’expérience de la vie future dont il a une parfaite connaissance.

Déjà, au chapitre sixième, Notre Seigneur en annonçant la sainte Eucharistie nous a dit que «  celui qui mange de ce Pain vivra éternellement  ». Il promet que ceux qui mangeront ce Pain descendu du Ciel ne mourront plus, que leurs corps ressusciteront. Avec l’événement de la résurrection de Lazare, nous allons voir que Jésus, comme il le dira à Marthe, est véritablement «  la Résurrection et la Vie. Que celui qui croit en Lui, fut-il mort vivra éternellement.  »

«  Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, du village de Marie et de Marthe sa sœur. Marie était celle qui devait oindre d’huile parfumée le Seigneur et lui essuyer les pieds avec ses cheveux. Les deux sœurs envoyèrent donc dire à Jésus  : “ Seigneur, celui que tu aimes, est malade. ” Ayant entendu cela, Jésus dit  : “ Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu afin que le Fils de Dieu en soit glorifié.  ”  » Stupéfaction des Apôtres, cela veut dire  : il est malade, mais Jésus va le guérir de sa maladie, d’une guérison un peu plus spectaculaire que les autres qui va être l’occasion pour le Christ de manifester la puissance, la gloire de Dieu en lui.

«  Or, Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait  ; alors seulement, il dit aux disciples  : “ Allons de nouveau en Judée. ” Les disciples lui disent  : “ Rabbi, tout à l’heure, les juifs voulaient te lapider et tu vas de nouveau là-bas.  ”  »

Nous sommes dans un moment tout à fait tragique, c’est le retour à Jérusalem où Jésus est menacé de mort par les Juifs et les Apôtres craignent pour sa vie et la leur. «  Jésus répondit  : “ N’y a-t-il pas douze heures de jour  ? Si quelqu’un marche durant le jour, il ne se heurte pas parce qu’il voit la lumière de ce monde  ; mais s’il marche durant la nuit, il se heurte, parce que la lumière n’est pas en lui  ”.  »

Toujours très symbolique et difficile à interpréter, cette parole veut dire  : Puisque je dois mourir à Jérusalem, j’y mourrai, mais quand ce sera l’heure des ténèbres. Pour l’instant, c’est l’heure du jour, allons sans crainte. Puis, il ajouta  : “ Lazare notre ami s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. ” Les disciples dirent donc  : “  Seigneur, s’il dort, il guérira. ”  »

«  Or, Jésus avait parlé de sa mort en disant qu’il dormait, mais eux se figurèrent qu’il parlait du repos du sommeil.  » Ce qui est clair, c’est que Jésus considère la mort physique comme un sommeil. Voilà pourquoi, on dira  : «   Ceux qui se sont endormis.   » Saint Paul, dans les Corinthiens parle de la mort en termes de dormition, on le dira aussi de la Sainte Vierge.

«  Jésus leur dit donc ouvertement  : Lazare est mort.  » Il leur explique  : oui, de votre point de vue, Lazare est mort, «  et je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons vers lui  !  » Il dit  : je l’ai fait exprès, c’est l’ordre de mon Père, je me réjouis que mon Père ait voulu que cette guérison-là aille jusqu’à guérir un homme que j’ai laissé mourir parce que la gloire sera plus grande et que peut-être vous, les Apôtres, vous croirez.

«  Alors Thomas, nommé Didyme, dit aux autres disciples  : “ Allons, nous aussi, pour mourir avec Lui  !  ”  » Ça, c’est la phrase de sa vie  ! Il l’a oubliée mais c’est beau quand même  ! Cela prouve que les choses étaient graves. Il faut savoir que le délai légal au bout duquel la mort était reconnue, en ce temps où il n’y avait pas toutes les connaissances médicales, était de trois jours.

«  Or, Béthanie était près de Jérusalem à quinze stades environ. Beaucoup de Juifs étaient venus auprès de Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Marthe, lorsqu’elle eut appris que Jésus venait, alla à sa rencontre tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit donc à Jésus  : “  Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Maintenant encore, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous l’accordera.  ”  »

Voilà la différence entre le désir des gens de voir leur mort ressusciter ou leur malade reprendre vie, et puis la confiance surnaturelle en Jésus, pleine de sagesse. «  Jésus lui dit  : Votre frère ressuscitera, Marthe lui dit  : “ Je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection au dernier jour.  ”  » Marthe ne pense pas qu’il va ressusciter tout de suite, elle récite son catéchisme  : «  Oui, Seigneur, maintenant je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, je suis parmi les Juifs pieux qui croient à la résurrection.  » Il s’agit de bien autre chose  ! «  Jésus lui dit  : “ Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas pour toujours.  ”  »

Cela veut dire  : de toute manière, il est dans la vie quant à l’essentiel de son être. «  Le crois-tu  ? Elle lui dit  : “ Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu qui vient dans le monde. ” Ayant parlé ainsi, elle s’en alla et appela sa sœur Marie en secret, disant  : “ Le Maître est là et il t’appelle. ” Lorsque celle-ci l’eut appris, elle se leva aussitôt et alla auprès de Lui. Jésus n’était pas encore entré au village mais il était toujours au lieu où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient donc avec elle dans la maison et qui la consolaient, voyant que Marie s’était levée promptement et était sortie, la suivirent, conjecturant qu’elle allait au tombeau pour s’y lamenter. Lorsque Marie fut arrivée au lieu où était Jésus, en le voyant, elle tomba à ses pieds en lui disant  : “ Seigneur si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort  ! ” Jésus donc, quand il la vit se lamenter et quand il vit les Juifs venus avec elle se lamenter, frémit en son esprit et se troubla.   »

Fallait-il qu’il l’aime  ! Parce que Jésus connaît le choc de la mort d’un ami, dans une famille aimée, quel Cœur il a  ! Il frémit en face de cette mort qui est le châtiment du péché et porte en elle-même son épouvante. «  Il se troubla et dit  : “ Où l’avez-vous mis  ? ” Ils lui dirent  : “ Seigneur  : Venez et voyez. ” Et Jésus pleura. Les Juifs dirent alors  : “ Voyez comme Il l’aimait  ! ” Mais quelques-uns d’entre eux dirent  : “ Ne pouvait-Il pas, Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, faire aussi que celui-ci ne mourût point.  ”  »

Jésus a eu un choc, mais un choc spirituel. Il pense à toute cette humanité condamnée à la mort par le péché originel. Il n’est pas du tout à pleurer Lazare parce que Lazare a disparu pour toujours. Les Juifs l’interprètent comme cela, toujours à tort, ils ne sont pas au niveau voulu.

«  Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même – c’est de scandale contre leur incrédulité – s’approche du tombeau.  » C’était un caveau, un tombeau dans la terre – et non pas aérien, dans une grotte comme le sien le sera bientôt – et une pierre était placée dessus. «  Jésus dit  : “ Ôtez la pierre  ! ” Marthe, la sœur du mort, lui dit  : “ Seigneur, il sent déjà, car il est mort depuis quatre jours.  ”  » Les quatre jours deviennent un élément tout à fait considérable dans la preuve de la résurrection, comme les trois jours pour Jésus. Mais il y a quatre jours et déjà il sent parce que lui va à sa corruption, pas comme le Christ. «   Jésus lui dit  : “ Ne t’ai-je pas dit que si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu  ?  ”  » Non pas  : tu verrais la vie de ton frère, mais  : tu verrais la gloire de Dieu, c’est-à-dire une manifestation étonnante de la puissance divine.

«  On ôta donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit  : “ Père, je vous rends grâce de ce que Vous m’avez exaucé. Pour moi, je sais bien que vous m’exaucez toujours mais à cause de la foule qui est à l’entour, je l’ai dit pour qu’ils croient que c’est bien vous qui m’avez envoyé.  ”  » Donc, il annonce que 1e miracle est à sa disposition avant même de le faire pour que la foule sache que c’est bien lui, Jésus, qui a reçu toute la puissance du Père. «  Ayant ainsi parlé, il cria d’une voix forte  : “ Lazare, viens dehors  ! ” Le mort sortit, lié de bandelettes aux pieds et aux mains – nous savons ce que c’est puisque nous les retrouvons autour des poignets et des pieds du Christ – et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit alors  : “ Déliez-le et laissez-le aller.  ”  »

Frère Bruno a bien expliqué que ce n’est pas son visage qu’il faut lire, mais le mot grec veut dire son aspect, sa silhouette et que le suaire n’est pas simplement sur le visage. C’est le grand suaire qui s’appelle soudara. Il n’y a qu’à voir ces femmes voilées, un voile qui leur descend jusqu’aux pieds à partir de la tête, c’est exactement les dimensions du Saint Suaire.

Ce récit évangélique est l’exposition la plus saisissante donnée par Notre-Seigneur de ce qui nous attend après le passage de la mort  : nous ressusciterons avec Lui. Mais il faudra d’abord qu’il connaisse les jours de sa Passion et ressuscite. Qu’il passe en premier pour que nous sachions comment les choses se passeront pour nous à notre tour. C’est ce que nous verrons bientôt en revivant les événements tragiques de la Semaine sainte.

Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon du 8 mars 1992

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