La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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28 MAI 2017 – ASCENSION

La Bienheureuse Vierge Marie,
Mère du Bel Amour

EN ce jour de l’Ascension de Notre Seigneur, il est bon de penser à la Sainte Vierge. Nous allons essayer d’appliquer notre cœur à comparer ce que nous savons d’Elle pour comprendre avec admiration quels furent ses sentiments et voir comment Elle nous donne l’exemple de l’imitation de Jésus, pour parvenir à sa suite au bonheur du Ciel.

Disons d’abord que la Vierge Marie, qui est le Trône de la Sagesse, la Mère de la Sagesse, est bien placée pour comprendre l’émotion qui a saisi son Fils le jour de l’Ascension, au moment où il a été introduit dans le sein de son Père céleste dont Il procède de toute éternité, pour y jouir d’une béatitude et d’une gloire qui seront non seulement celles du Fils de Dieu, mais aussi celles du Chef du Corps mystique de l’Église.

Alors, la Vierge Marie admire et se réjouit immensément parce que c’est la chair de sa chair, le sang de son sang, c’est son Fils bien-aimé qui a été admis dans le séjour de Dieu, dans le sein de Dieu. Donc, s’il y a une personne sur la terre qui a compris les moindres vibrations du Cœur de Jésus en ce grand jour de l’Ascension qui a mis un terme à sa carrière humaine, à sa carrière terrestre pour l’introduire dans la divinité, c’est bien la Vierge Marie.

Admirons les sentiments de son Cœur Immaculé et voyons comment Elle a imité Jésus, comment Elle a vécu dans ce temps de l’Ascension selon la parole de saint Paul aux Colossiens  : Si vous êtes ressuscitée avec le Christ [et Dieu sait si Elle l’était, Elle qui était l’Immaculée], si par toute votre angoisse et votre tristesse, vous étiez comme morte avec Lui, vous ressuscitez maintenant, vous êtes vivante avec Lui qui vous apparaît, vous vous réjouissez  ; cherchez les choses d’en haut, le Christ est assis à la droite de Dieu. Savourez les choses d’en haut et non pas les choses de la terre.

Ah  ! Comme Elle le savait, Elle, qui vivait comme une exilée perpétuelle, comme n’étant plus de la terre déjà. Elle n’était retenue à la terre que par le sacrifice, par le renoncement, par l’obéissance à son Fils, pour continuer la mission qu’Il lui laissait d’être Mère de nombreux autres enfants, d’une multitude de frères.

Rappelons-nous que lorsque Notre-Seigneur nous a annoncé qu’Il s’en allait vers son Père, Il nous donna le commandement nouveau de la charité. Non  ! Ce n’était pas nouveau, l’amour est la chose la plus naturelle qui soit, mais sachant qu’Il s’en allait dans le Ciel et que nos cœurs allaient s’élever avec Lui, comme disait saint Paul, Il nous demanda une chose nouvelle  : Celle de vivre ensemble dans l’amour mutuel, comme un Corps mystique, mais surnaturel, déjà spirituel, déjà monté aux Cieux. «  Je vous demande de vous aimer les uns les autres comme moi, je vous ai aimés. C’est ainsi que je vous demande de vous aimer les uns les autres.  »

Cela veut dire  : avant, vous vous aimiez d’une manière terrestre comme des êtres naturels. Vous vous aimiez comme des hommes peuvent s’aimer les uns les autres, dans la chair et selon la chair, dans le monde et selon les principes du monde. Mais maintenant que vous m’avez dans le Ciel, que je suis monté au Ciel et que vos cœurs me suivent, je vous apprends un nouveau mode d’aimer, et la Vierge Marie en est le modèle. Elle reste le modèle pour aimer ses frères.

Le commandement nouveau que Jésus a enseigné à ses apôtres au moment de les quitter, Elle, Elle va leur en donner l’exemple, Elle va leur en donner la pratique. Et cette charité est marquée d’un double signe, celui de la chasteté, chacun selon son état, bien entendu, mais de la chasteté qui cherche dans l’amour la vie spirituelle, qui aime dans le corps, mais selon Dieu, selon Jésus ressuscité. C’est un amour spirituel parce que l’esprit vivifie. Ce qu’on cherche dans l’amour, même dans l’amour charnel, c’est toujours l’union des cœurs et l’union des esprits. On y parvient mal, Jésus nous apprend comment maintenant y parvenir, si nous sommes déjà dans le Ciel, si nous vivons déjà à la droite du Père, si nous savourons les biens du Ciel.

La Vierge Marie a dispensé aux apôtres et à l’Église primitive, soyons-en persuadés, une grande affection, une grande sensibilité, une grande tendresse, une grande charité, bien réelle, bien humaine. Elle était là, présente au milieu des apôtres, et comme son sourire, sa bienveillance, son doux visage devaient être sans cesse pour eux une nourriture, un breuvage, un réconfort, mais – inutile de le dire  ! – cet amour était parfaitement chaste, parfaitement oublieux de lui-même, parfaitement généreux. Je dirais  : déjà céleste.

C’est la première marque de l’amour que Dieu nous demande  : la Vierge Marie est invoquée parfois sous le titre du «  Bel Amour  », c’est bien de cela qu’il s’agit. Comment une créature peut-Elle mieux aimer que si déjà son cœur est dans le Ciel  ? Et que, partout, cet amour qu’Elle déploie vis-à-vis de ses frères, Elle les entraîne à sa suite, Elle les élève avec Elle dans le séjour où est déjà son Fils  ?

La deuxième marque de cet amour que Jésus veut implanter, instaurer parmi nous  : c’est la générosité jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. La Vierge Marie donnait sa vie chaque jour pour ceux qu’Elle aimait, car enfin, si Elle n’avait pas eu cet amour de ses frères, son âme l’aurait emportée dans la véhémence de son amour du Christ à sa suite. Si Elle a vécu encore de longues années dans l’Église, on peut dire que c’était un amour perpétuellement sacrifié. Perpétuellement, Elle sacrifiait sa vraie vie qui était d’être auprès de son Fils dans le Ciel, Elle prolongeait son exil, Elle prolongeait pour ainsi dire sa mort, car vivre ici-bas pour les saints, pour les grands mystiques, c’est une mort. Leur vie est dans le Christ.

Alors, Elle restait là et chaque jour nouveau, Elle dispensait un amour qui était au plus profond de son Cœur, un amour sacrifié. Que cela soit notre modèle  !

Disons pour conclure que si nous voulons préparer notre ascension à la suite du Christ, il faut d’abord penser à cette ascension avec le même frémissement, le même enthousiasme, avec la même admiration immense, stupéfaite que la Vierge Marie a eue en voyant Jésus monter au Ciel. Et deuxièmement, si nous voulons vivre dans ce climat de ressuscité et de monté aux Cieux, c’est Elle qu’il nous faut invoquer pour qu’Elle mette dans nos cœurs le Bel Amour qui est un amour chaste et sacrifié.

Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon du 5 avril 1985

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