La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly, PDF & Email

6 JANVIER 2017 – ÉPIPHANIE

Le Sauveur et libérateur du monde

Adoration des mages, Notre-Dame de Paris

POUR bien comprendre l’Épiphanie, il faut, paradoxalement, comprendre ce qu’est une religion médiocre, ce sera ma première partie.

C’est de croire d’abord que notre religion n’est qu’un ensemble de prières, de sacrements qui ne changent rien à notre condition terrestre, bien évidemment, mais grâce auxquels nous aurons le droit d’aller au Ciel. Elle est cantonnée au domaine intime de l’âme et n’a rien à voir avec la politique, avec la guerre ou la paix, avec le chômage, les difficultés familiales. On va voir le docteur, on va voir le psychiatre, on choisit un parti, etc., on va voir ailleurs, mais la religion, c’est pour sauver l’âme.

Alors, la terre est une vallée de larmes, on y souffre, on est vaincu perpétuellement par les adversaires, c’est comme ça  ! Mais, en l’acceptant, on mérite un jour d’aller au Ciel. Ici, c’est la croix, plus tard, ce sera la gloire.

Il paraît que c’est la vraie religion… Mais quand arrivent les jeunes générations et parmi elles des gens un peu entreprenants, des apôtres au cœur brûlant et auxquels il manque peut-être un peu de sagesse, ils trouvent que c’est une religion médiocre. Ils se précipitent alors dans ce qu’on appelle des «  théologies de la libération  ». Ces théories sont nées dans le cœur de jeunes gens insatisfaits d’une religion qui ne s’occupait plus du tout de la terre. Le malheur, c’est que ces jeunes gens, ces jeunes prêtres, ces jeunes religieux, à partir du moment où ils sont tenaillés par l’idée qu’il y a des gens qui souffrent et sont exploités, ils ne trouvent plus, dans cette liturgie en latin et en grégorien, rien qui les mobilise pour la tâche qui les occupe. Ils ont l’impression que les gens, en allant à l’église, sont démobilisés, détournés des tâches humaines, et que, pour l’amour de Dieu, on les détourne de l’amour du prochain. C’est alors qu’ils tournent le dos à la religion pour entrer en politique. J’ai connu dans ma propre génération de séminaristes et de prêtres cette opposition de deux religions médiocres se faisant face dans une même incompréhension parce que dans la même imperfection, le même oubli de l’essentiel. Les vieux prêtres et évêques qui ne s’occupent pas de politique, de sociologie, de décolonisation d’un côté, et de l’autre, les jeunes prêtres qui, dans un malentendu total, opposent à ce mépris des valeurs humaines, une idolâtrie des valeurs humaines et un mépris de la religion.

Mais comment résoudre ce dilemme à la lumière du mystère de l’Épiphanie  ?

La religion parfaite se trouve dans les Saintes Écritures, dans la liturgie de l’Église   : à savoir que, contrairement à ce que disaient les uns et les autres, c’est en Dieu envoyant son Fils Jésus-Christ, en l’Église fondée par Jésus-Christ que nous allons trouver la solution, l’issue, c’est-à-dire le Royaume de Dieu qui est à la fois le salut personnel des âmes, mais qui est aussi la Rédemption générale de toute l’humanité.

Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice. Allez jusqu’au bout de la vertu que vous dicte la prière  ; imitez le Christ, comprenez le Christ  ! Il est venu en ce monde et dans son Épiphanie, Il nous annonce son règne universel. Ayez confiance dans ce règne, acquérez les vertus nécessaires, prêchez la vertu, répandez la Foi, l’Espérance et la Charité et le reste vous sera donné par surcroît.

– Mais depuis que nos évêques et que nos curés enseignent cette doctrine, ils n’ont rien changé à la situation politique  !

– Vous croyez qu’ils enseignaient cette doctrine  ? S’ils l’avaient enseignée, les fruits seraient venus. Si les fruits ne sont pas venus, c’est qu’ils n’enseignaient plus depuis longtemps cette doctrine évangélique  ! Ils manquaient de foi en la grâce, en l’énergie divine qui, non seulement sauve les âmes, mais transforme la société. Oui bien sûr, on a prêché l’Évangile, mais on a fait en même temps l’apologie de la démocratie et du socialisme ou bien l’on a respecté le capitalisme… En faisant ainsi obstacle à la grâce de Dieu, il ne faut pas s’attendre à ce que le Christ règne.

Or nous voulons glorifier le Christ et honorer le Christ, le traiter de Pantocrator, c’est-à-dire de Tout-Puissant, de Roi universel. Pour qu’Il règne, il faut que de nouveau se prêche la vérité intégrale, car c’est seulement ainsi que les âmes se sauveront et que la société changera.

On ne peut pas être un mystique ou un grand apôtre sans être un combattant acharné contre les mauvais pasteurs. Il faut voir les brutalités, les duretés de jugement d’un Père de Foucauld quand il voyait que par la faute de certains pasteurs, leur lâcheté et incurie, les âmes se perdaient et que la société n’était pas christianisée et ne changeait pas.

C’est dans ce but religieux que nous cherchons le salut temporel des sociétés. Je le dis  ! On nous dit  : «   Vous faites de la politique  !   » Bien sûr  ! Nous faisons de la politique. Pourquoi  ? Parce qu’elle appartient aussi au Christ. Mais c’est dans le Cœur de Jésus-Christ que nous trouvons les lumières et les forces de notre politique, car il la faut changer, cette société, car le Christ doit régner sur tout.

C’est ce que préfigure le mystère de l’Épiphanie. Nous croyons à la manifestation du Dieu fait homme incarné en puissance. Nous le voyons déjà. Alors, pour nous, ces trois Mages qui viennent à une crèche ce ne sont pas trois bonshommes quelconques. Vus à travers saint Matthieu, ce sont les préfigurations de tout ce que les prophètes annoncent pour l’avenir. Ce sont des êtres qui sont manipulés et conduits par Dieu à coups de miracles.

Nous sommes sûrs que le Christ, dans sa crèche, tout faible qu’il soit, représentait à ce moment-là pour l’avenir de l’humanité tout entière, les trois milliards d’hommes d’aujourd’hui, la force qui allait, comme un levain, transformer toute la pâte.

Et nous, parce que nous n’avons pas été mal instruits, nous savons bien que c’est cela qui a eu lieu. Je pardonne à tous ces jeunes prêtres qui sont tombés dans le communisme, la révolution, qui ont perdu la foi, parce qu’on leur avait appris une histoire fausse, falsifiée.

Si vous faites maintenant l’histoire du monde sans parler de l’œuvre catholique, évidemment, le Christ vous paraîtra du folklore. Mais nous, à qui on a enseigné l’histoire juste, nous la voyons comme un «  sentier lumineux  » pour reprendre le mot que des communistes du Pérou ont revendiqué pour faire des cruautés inouïes, affreuse chose  !

Pour nous, le sentier lumineux, le voici  : Il est né dans une crèche, Il a été adoré par quelques pauvres bergers, par trois rois mages. Laissez faire quelques dizaines d’années et le Christianisme est implanté dans tout l’Empire romain. Et le christianisme, dans tout l’Empire romain, adoucit l’esclavage, adoucit les mœurs. Laissez passer quelques siècles d’horribles invasions barbares, vous avez la civilisation gallo-romaine. Il n’y a plus d’esclaves. Les hommes respirent en toute liberté  ; la prospérité, l’ordre règnent en Gaule, jusqu’aux frontières du monde civilisé. C’est l’œuvre de qui  ? De ce bébé dans sa crèche. C’est l’Épiphanie.

C’est l’œuvre des grands évêques. Ce sont les grands évêques qui, en christianisant les barbares, nous ont évité de voir notre civilisation anéantie par les Goths, les Wisigoths, etc. Ces grands évêques prêchaient leur Christ et par le Christ, les vertus du Christ et de la Vierge. Ils adoucissaient les mœurs et transformaient, assimilaient les barbares. D’où mille ans de civilisation qu’on appelle d’un mot ridicule  : le Moyen-Âge. C’est l’âge le plus important.

Il est de coutume d’interrompre le Moyen-Âge pour parler de la Renaissance, mais il faut voir que c’est encore une bouffée extraordinaire de civilisation humaine sous la Loi du Christ. C’est encore le Christ qui donne aux hommes d’inventer toutes ces formes merveilleuses de civilisation, d’architecture, de peinture, de musique… C’est toujours le Christ qui est là, même quand les hommes tombent dans le paganisme. Ce paganisme est une sorte d’excroissance, c’est une espèce de surabondance d’un génie, mais qui reste un génie chrétien. Ce sont les peuples chrétiens qui ont ainsi devancé de mille ans, mille cinq cents, deux mille ans, les autres peuples de la planète croupissant dans des religions qui étaient des religions misérables, les tenant dans la barbarie, la sauvagerie.

Lorsque nous arrivons à l’époque classique, à cette merveille des XVIIe, XVIIIe siècles, pourquoi y a-t-il problème  ? Parce que les hommes se sont révoltés contre le Christ, et que depuis deux cents ans de Révolution, nous vivons l’espèce de vérification, de démonstration par l’absurde de tout ce que je viens de vous dire. Les hommes ont tourné le dos à la source de leur vie, ils ne se sont plus retrouvés qu’entre eux-mêmes, s’excitant les uns contre les autres, les bourgeois ont persécuté les ouvriers, c’est absolument vrai. Les ouvriers se sont révoltés contre les bourgeois. Les races ont commencé à se faire la guerre et nous sommes maintenant dans le plus grand désarroi.

Nous, ici, sommes sages, heureux, mais pas nombreux hélas, parce que le monde ne comprend plus toutes ces choses et même dans l’Église, si peu de gens les comprennent. Nous sommes heureux parce que nous sommes devant la crèche. Cette fête terminée, demain nous reprendrons notre travail apostolique. Ce ne sera pas pour dire  : «  Tout est perdu  ! La fin du monde vient  !  »

La solution, nous la tenons  : la solution, c’est le Christ  ! «  Demain comme hier et comme aujourd’hui, c’est le Christ  !  » Le Christ, éternellement, c’est la vie de notre société. Donc, nous avons demain et après-demain à travailler en politique, en sociologie, en économie, en médecine, en psychiatrie, parce que nous savons bien que, dans un certain temps, le Christ rayonnera de nouveau et ce seront des centaines de millions d’hommes qui auront besoin de solutions, de solutions inspirées par l’Évangile, solutions qui viendront dans l’Église de l’œuvre du Saint-Esprit. Ce seront des solutions politiques que, déjà, nous connaissons bien, et des solutions sociales. Mais tout cela, c’est à nous à le passer à ce monde qui va venir et qui en aura besoin.

Nous rayonnons de joie à la pensée qu’un jour, les milliards d’hommes qui peuplent la planète chanteront le Christ d’une même voix, mais en même temps, nous sommes écrasés par l’énormité de la tâche à accomplir, car il faudra donner à ces milliards d’hommes des instruments de civilisation. Il faudra puiser dans le Cœur du Christ, et travailler pour transformer cela en doctrine politique, sociale, économique. Quel travail  ! Et l’informatique jouera son rôle, l’avion à réaction jouera son rôle et toutes les découvertes de l’homme d’aujourd’hui joueront leur rôle. Nous ne sommes pas des passéistes. C’est l’avenir que nous préparons, mais cet avenir vient du passé, il ne vient pas d’un autre lieu que de la crèche de Noël.

Demain, de vrais apôtres se lèveront par grâce, par l’amour de Dieu et dans l’amour de Dieu. Ils feront aimer la religion, cette religion qui est le don du Christ, cette religion par laquelle nous baignons dans l’amour du Christ. Ils feront aimer la religion  ; par elle, la vertu  ; par la vertu, les institutions de salut. C’est tellement clair  ! Quand on aime le Christ, quand on aime sa religion, quand on devient vraiment vertueux, on cesse d’être capitaliste ou socialiste, on cesse d’être démocrate et révolutionnaire, on accepte l’autorité qui est la mère de l’ordre et de l’ordre qui enfante la justice et la paix. C’est cela qu’il faudrait faire aimer aux hommes, mais on ne le fera jamais aimer si on ne commence pas par leur faire aimer Jésus. L’homme est orgueilleux, vindicatif, égoïste, anarchiste du plus profond de lui-même. Ce ne sont pas des théories ou des partis qui le changeront. C’est le Cœur du Christ et de sa Sainte Mère.

Et leur ayant fait aimer l’autorité, par l’autorité l’ordre, et par l’ordre, la justice et la paix, alors refleurira une chrétienté merveilleuse. Quand nous lisons certains livres qui nous parlent du passé, de la chrétienté du passé, où les êtres humains, chacun individuellement, les familles avaient des vertus poussées à un degré de perfection qui nous sidère, nous nous disons  : pourquoi ne serait-ce pas demain  ?

Le Christ est toujours aussi fort. La société de demain sera une merveille, cent mille fois plus belle que la société d’autrefois. C’est cela que Dieu veut pour son Fils et pour sa Sainte Mère  : cette explosion de vertu, de gloire humaine, de civilisation, de beauté sous tous les rapports, de perfection. Voilà ce que Dieu veut pour son Fils et voilà ce à quoi nous sommes appelés, chacun dans notre condition, tel est l’enseignement plein d’espérance que nous livre cette fête de l’Épiphanie.

Abbé Georges de Nantes
Extraits du Sermon des vêpres de l’Épiphanie 1985 (S 77)

Précédent    -    Suivant