La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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8 OCTOBRE 2017

Vignerons homicides, d’hier et d’aujourd’hui

L’ÉVANGILE de ce dimanche répond à une question capitale  : Qui a tué le Seigneur  ? La vérité historique recouvre un mystère  : celui du peuple de Dieu choisi pour préparer les voies du Messie et le donner aux nations, qui, au lieu de faire pénitence pour s’en rendre digne et être sauvé par Lui, l’a rejeté. Voyons comment ce mystère d’iniquité est encore à l’œuvre aujourd’hui.

Tout l’Ancien Testament témoigne de l’infidélité constante du peuple juif, rebelle à son Dieu. Pourquoi  ? Parce que chacun avait son vice  : l’amour de l’argent, les dissensions et rivalités, les ressentiments et jalousies. Ceux qui vivent dans la hantise du “ qu’en-dira-t-on  ? ” tels les parents de l’aveugle-né, prêts à tous les reniements plutôt que d’être mal vus des autorités de la Synagogue, alors même qu’ils sont redevables à Jésus d’un miracle éclatant en faveur de leur fils.

Alors, nous commençons à comprendre pourquoi ce peuple fut déicide. Après avoir été émerveillé, impressionné, il a eu peur des puissants et il a compris que son intérêt était de tourner la page et d’oublier Jésus. De là à manifester contre lui, il n’y avait qu’un pas, vite franchi. Qu’il meure donc, et qu’on n’en parle plus  ! Notre-Seigneur, lui, sait ce qui l’attend. Il fait face à tous ces puissants, à ces pharisiens qui détiennent le pouvoir du savoir, comme aux sadducéens qui détiennent le savoir du pouvoir.

Dès le début, entre Jésus et eux, c’est la guerre. Ce ne sont pas des malentendus. C’est une opposition d’esprit à esprit. Jésus burinera un portrait du pharisien qui a traversé les siècles jusqu’à nous. Ce n’est pas une caricature. C’est l’horrible fonds du personnage mis en pleine lumière, afin qu’il ne soit plus possible à quiconque d’être à ce point infatué de soi-même, menteur sur soi, hypocrite et ami de l’argent, et de se dire ami de Dieu  : «  Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites… Serpents  ! Race de vipères  ! Comment échapperez-vous à la condamnation de la géhenne  ?   »

Ils ne le lui pardonneront pas, n’hésitant pas à s’allier à leurs pires ennemis pour Le mettre à mort.

Comment comprendre qu’un grand prêtre de Jérusalem, assisté des lumières de Dieu, au point de prophétiser qu’il fallait que le Christ meure pour le salut de tout le peuple, se soit fait lui-même son assassin  ? Voici la réponse  : «  Maintenant, vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne pénètre pas en vous… et cela Abraham ne l’eut pas fait  : Vous faites les œuvres de votre père  !  » De qui parle-t-il  ? Les assistants retiennent leur souffle, et la réponse arrive, brûlante  : «  Vous avez le diable pour père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez réaliser. Celui-là était homicide dès le commencement… ami et père du mensonge.   » Alors, «  ils prirent des pierres pour les lui jeter  ; mais Jésus se déroba et sortit du temple   ».

La parabole des vignerons homicides résume toute l’histoire sainte  : «  Un homme planta une vigne et l’entoura d’un mur de clôture et creusa un pressoir et bâtit une tour.  » L’allégorie est transparente.

«  Il la confia à des vignerons et partit pour l’étranger. Et, au temps voulu, il envoya vers les vignerons un serviteur pour qu’il reçût des vignerons une part des fruits de la vigne. Et s’étant saisis de lui, ils le battirent et le renvoyèrent les mains vides. De nouveau, il leur envoya un autre serviteur  : celui-là aussi, ils le frappèrent à la tête et le couvrirent d’outrages. Et il en envoya un autre  : celui-là, ils le tuèrent  ; puis beaucoup d’autres  : ils battirent les uns, tuèrent les autres.  »

Tout au long de son histoire, ce peuple n’a cessé de se rebeller contre les envoyés de Dieu. Mais voici la révélation du Cœur de Dieu  : «  Il lui restait encore quelqu’un, un fils bien-aimé  ; il le leur envoya le dernier, en se disant  : Ils respecteront mon fils. Mais ces vignerons se dirent entre eux  : “ Celui-ci est l’héritier  ; venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous. ” Et le saisissant, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.  »

Depuis le début, pharisiens et sadducéens se sentaient visés. Les voilà clairement démasqués au moment où ils complotent de tuer Jésus. Ayant consommé leur crime, ce qui est grave, c’est qu’ils ont refusé de le reconnaître, et qu’ils refusent de le reconnaître jusqu’à ce jour.

Quel drame formidable  ! et vous voulez qu’on fasse la paix, le dialogue entre juifs et chrétiens  ? Il faut dire la vérité pour leur salut, comme pour le nôtre car l’histoire sainte se poursuit, et c’est dans l’Épître aux Romains que son dénouement nous est révélé. Si la mise à l’écart des juifs, la destruction de Jérusalem, la malédiction du peuple juif, a été l’occasion d’une réconciliation pour le monde, c’est-à-dire du retour des païens au vrai Dieu, que sera le retour des juifs au sein de l’Église, leur conversion totale, sinon une résurrection d’entre les morts  ?

Saint Paul s’adresse à nous les païens qui avons tellement bien couru dans la voie chrétienne. Mais à notre tour nous avons abandonné la foi au Christ pour lui préférer le culte de l’Homme. Nous sommes bien plus coupables que les juifs, nous qui sommes coupables d’apostasie, après vingt siècles de civilisation chrétienne.

Saint Paul a vu, su cela, et il nous dit  : Prenez garde, car si l’orgueil des juifs les a fait choir de la vérité pour donner aux païens libre passage pour entrer dans l’Église, sachez qu’à la fin des temps, c’est le mouvement inverse qui s’opérera. Vous ferez comme les juifs du temps de Jésus, vous vous enorgueillirez, vous deviendrez pire qu’eux. Vous renoncerez à Jésus-Christ, vous le tuerez à votre tour en tuant ses envoyés, ses représentants  ! Devenus apostats vous serez chassé du royaume de Dieu, et ce sera alors le moment choisi par Dieu pour faire rentrer les juifs. Nous attendons donc le retour, la conversion des juifs et quand ils reviendront, nous leur ouvrirons grands les bras comme à des frères aînés  !

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la retraite  : Qui a tué le Seigneur  ? (S 94)
et Il est ressuscité  ! n° 32, mars 2005, p. 10 à 14

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