La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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12 NOVEMBRE 2017

Vivre dans l’ardente attente du retour du Christ

Vierges sages et vierges folles, église Saint-Pierre-et-Paul, Eguisheim

LE Christ a beaucoup insisté sur la certitude de son retour sur terre, à la fin des temps. Il reviendra à un moment où plus personne, dans le monde ni même dans l’Église, ne songera à cet avènement. C’est dire si notre époque correspond bien à ces temps calamiteux. Saint Matthieu, réaliste et soucieux de voir les chrétiens bien comprendre la pensée de Notre-Seigneur, va préciser les conditions à remplir pour que cette attente du Christ et notre rencontre avec lui se passent au mieux. Au discours qui annonce la ruine de Jérusalem et l’avènement manifeste du Règne messianique dans l’Église, il va donc joindre plusieurs paraboles qui concernent la fin dernière des individus, c’est-à-dire ce jour et cette heure de notre mort qui sera celle du face à Face de chaque baptisé avec son Dieu.

La parabole des Vierges sages et des vierges folles, que l’Église nous donne à méditer aujourd’hui, préfigure les âmes chrétiennes qui de génération en génération, doivent vivre sur terre dans l’attente de leur véritable Époux Jésus-Christ. Pourquoi y a-t-il des vierges folles  ? Qui sont les vierges sages  ? Qui sont les vierges folles  ? Comment savoir si nous sommes de l’un ou l’autre groupe  ? Comment se fait-il que les vierges sages n’aient pas eu un mouvement de pitié, de charité pour les vierges folles  ?

Comme nous imaginons d’un côté la splendeur, la chaleur, le bonheur de ce repas de noces qui commence, elles sont là, toutes autour de l’Époux, pour lequel elles ont veillé si tard dans la nuit. Mais enfin, certaines n’ont pas veillé au-delà de l’âge de treize ans, comme la jeune martyre sainte Agnès, d’autres sont allées jusqu’à une extrême vieillesse, comme sainte Geneviève. Enfin, toutes ces vierges, toutes ces âmes fidèles, vigilantes, sont réunies dans la lumière de ce banquet qui commence  ; mais voici que d’autres âmes arrivent en retard et frappent  : «   Seigneur, ouvrez-nous  ! – Mais il répondit  : “ En vérité, je vous le dis  ; Je ne vous connais pas  !   » Contraste effroyable  ! Est-ce que la charité ne peut pas jeter un pont par-dessus cet abîme de détresse  ?

La parabole est émanée de la bouche du Christ  ! Il nous faut la respecter. Il ne faut même pas soupçonner de sentiment désagréable ou imparfait dans les vierges sages. Il ne faut pas soupçonner de sentiment généreux et de sentiment d’amour dans les vierges folles, parce que ce serait une injustice alors pour l’Époux de leur dire cette parole brutale  : «   Je ne vous ai jamais connues.  » Peut-être me direz-vous que c’est le besoin de la parabole d’ériger en contraste saisissant l’un et l’autre groupe  ? Celui des élus et celui des damnés  ? Oui, mais le contraste est vrai, en fait, puisqu’il y aura des élus et qu’il y aura des damnés  !

Qu’est-ce qui meut ces vierges sages et qui les retient de partager leur huile avec les vierges folles  ? L’amour  ! L’amour de l’Époux, le sens de leur vocation. On ne peut pas donner le moindre retard à sa vocation  ! Il faut accomplir l’œuvre essentielle qui est celle de la louange de gloire. Il faut que l’Époux trouve autour de lui, quand il arrive, des vierges, leurs lampes allumées, pour lui faire cortège  ! L’amour du Christ nous presse, nous bouscule  ! dit saint Paul. Elles n’ont pas eu le temps de penser à autre chose. Les Vierges sages couraient déjà, elles arrangeaient leurs lampes, elles se précipitaient. Vite  ! Puisque l’Époux arrive, on est pris d’un saisissement. Il faut aller, partir à sa rencontre  ! Les vierges folles moins prévoyantes, plus oublieuses de leur Seigneur, n’ont pas songé à se munir d’huile en quantité suffisante. Elles se reprennent, crient, demandent de l’huile, mais elles ne sont pas entendues  ! Pourquoi n’avaient-elles pas pris suffisamment d’huile pour le chemin  ? Elles n’étaient visiblement pas pressées de revoir leur Seigneur, et celui-ci tardant, elles s’étaient finalement habituées à vivre sans lui… Comment ne pas penser à notre Église conciliaire, tellement absorbée par ses grands projets de renouveau, de “ tournant missionnaire ” qu’elle n’entend plus les appels, les plaintes du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie…

Par cette figure de l’huile de leur lampe, la leçon profonde de cette parabole est que l’on ne peut pas donner sa vie éternelle pour celle du prochain. Chacun d’entre nous a été appelé par l’Époux, au jour de ses Noces. C’est notre âme qu’il a choisie, qu’Il veut, qu’Il nous commande d’amener à la vie éternelle. Les Vierges sages ne pouvaient donc pas avoir l’inspiration de donner leur huile aux autres et de prendre le risque d’un retard au banquet des Noces où le Christ les attendait avec impatience. C’est donc chacun d’entre nous qui doit garder sa lampe allumée, sa foi tout éveillée, son espérance ranimant jour après jour son courage, et sa charité revêtant toutes ses actions de la plus exquise dilection. C’est ainsi que le Christ aime à nous voir, qu’il nous bénit, lui qui a désiré prendre en notre âme sa complaisance pour cette gloire qu’Il attend de nous-mêmes.

Évidemment nous voulons tous être des Vierges sages, des pratiquants, mais encore faut-il encore maintenant réaliser dans la patience cette longue fidélité nocturne, et nous trouver avec un cœur plein de flammes d’ardeur, d’amour et de fidélité, au moment où l’Époux nous saisira  !

Désirons déjà, par notre bonne volonté, par notre élan, par notre ferveur spirituelle, notre désir au moins de fidélité, être connu de l’Époux pour que, même si nous sommes un peu en retard, il ne nous dise pas cette parole effroyable  : «   Je ne vous ai jamais connu  ! Je ne vous connais point  !  » Ah  ! Seigneur, non  ! Vous m’avez connu, vous me connaissez aujourd’hui  ! Que, par votre grâce, vous me connaissiez encore au jour de notre mort, afin que j’entre avec ce cortège dans cette salle de noces si merveilleuse, qui est le Ciel où l’on sera toujours auprès de vous, cœur à Cœur, avec les saints et les saintes, que nous avons déjà tellement aimés et avec lesquels nous ferons une société si bienheureuse  !

Abbé Georges de Nantes
Extraits des sermon du 21 janvier 1980 et du 21 janvier 1984

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