La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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17 FÉVRIER 2019

Examen de conscience à la lumière des béatitudes

“ Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvres ”

Bienheureux les modestes, bienheureux ceux qui ne donnent pas l’impression de tout savoir, de tout comprendre, de tout dominer, de tout écraser. C’est pour eux qu’est le Royaume des Cieux, les modestes, les humbles, ceux qui parlent avec douceur. Pensons à la vie des parents de sainte Bernadette ou à celle du saint frère André…

“ Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre. ”

Évidemment, la terre, c’est le Ciel, c’est la Terre Promise, c’est la terre de l’au-delà. Mais dès ici-bas le doux, par sa modestie, son humilité, attire la sympathie des autres… C’est tellement apaisant de vivre avec un homme doux, avec une femme douce. Notre cœur est en repos, en confiance avec des gens doux.

L’humilité et la douceur ont été tellement choyées par Jésus, tellement vantées dans l’Écriture Sainte. La douceur s’oppose à l’aigreur, mais pas à la colère, car il y a des doux qui n’hésitent pas à se mettre en colère quand l’honneur de Dieu, de la Vierge Marie ou de l’Église est en cause. Ils ont raison, le doux n’est pas un faible, mais un fort. Saint Jean de Brébeuf, qui était une force de la nature, était réputé pour sa douceur… et jusque dans son effroyable martyre, c’est sa douceur qui étonna le plus ses bourreaux… Imitons-le dans les petites, mais parfois cruelles, contrariétés de la vie.

“ Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. ”

J’ai toujours pensé que cela voulait dire que Jésus en personne essuierait un jour les larmes de leurs yeux. Mais dès ici-bas, celui qui pleure parce qu’il n’en peut plus, trouve toujours un consolateur. Voir pleurer quelqu’un suscite la sympathie, la compassion  ; on cherche à le consoler, à sécher ses larmes. Quand, on est sous le coup d’une épreuve cruelle, il faut laisser couler ses larmes, elles ne sont jamais un ennui pour les autres, mais un moyen pour eux de nous exprimer leur amitié, leur charité. Nous avons tous fait l’expérience de cette béatitude… Ne serait-ce que de se faire consoler par sa maman d’un gros chagrin… Redevenons des petits enfants et le Bon Dieu agira de même envers nous…

“ Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. ”

Cette béatitude n’est pas un appel à la lutte des classes, à la revendication des pauvres qui exigent une répartition équitable des richesses au nom des Droits de l’Homme. Non. Il s’agit tout simplement d’être juste selon Dieu, de faire sa volonté avec enthousiasme. Ceux qui ont une âme de juste voient ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui fait plaisir au Bon Dieu et ce qui lui déplaît. Ils aiment faire le bien, et se dévouent avec alacrité au service des autres, dans leur paroisse, dans leur famille. Ces gens donnent aux autres le bon exemple d’un inlassable et joyeux dévouement. Nos paroisses tiennent encore grâce à des gens comme cela…

“ Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. ”

Celui qui est miséricordieux, c’est celui qui a pitié des faiblesses des autres, qui comprend, qui excuse, qui pardonne, même quand le crime est flagrant, quand le péché est épouvantable. Le miséricordieux se met dans la peau du pauvre pécheur, et il s’imagine lui-même commettant la faute, car il se sait faible et pécheur. Au lieu de repousser l’autre comme un misérable personnage, il l’excuse tant et si bien qu’il se fait pour lui une âme fraternelle. C’est la miséricorde. Les miséricordieux sont des gens très estimables. Ils sont une source de santé morale et spirituelle dans une famille, dans une communauté, dans une paroisse. Si les miséricordieux sont bienheureux, bienheureux aussi ceux qui ont la chance de vivre dans la douce compagnie de gens miséricordieux…

“ Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. ”

Que sont les cœurs purs  ? Si nous voulons savoir ce qu’est la parfaite pureté, ne considérons pas des êtres médiocres, mais allons à ce qu’il y a de plus parfaitement pur  : la Vierge Immaculée, saint Joseph et éminemment l’Enfant-Jésus. Imiter la Sainte Famille  ! Ils adoraient Dieu dans toute sa création et voyaient les créatures dans la sagesse de Dieu, dans la beauté de Dieu, ils comprenaient la raison d’être que Dieu leur avait donnée et ils les respectaient. Cette pureté de la Sainte Famille a été vécue à un degré moindre certes, mais tellement éminent cependant par tant de saintes familles chrétiennes… Qu’ils étaient aimables ces bons chrétiens qui s’aimaient en Dieu et pour Dieu, et ce faisant ils se dévouaient du matin jusqu’au soir dans la fidélité à leurs épouses, et à leurs nombreux enfants…

“ Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés les fils de Dieu. ”

Les pacifiques, ce sont ceux qui mettent la paix entre les gens, qui éteignent les rancunes. Celui qui est pacifique a appris le moyen de désarmer les autres et de faire régner un peu un climat de paix dans une famille ou dans une paroisse. Il y a des familles où la vie est un enfer  ; il y a des familles où la vie est douce, paisible et c’est un avant-goût du Ciel.

C’est la mise en œuvre de la charité fraternelle. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus insistait beaucoup, à la fin de sa vie, sur la charité fraternelle. Elle montrait à ses sœurs comment on y manquait si souvent dans les petites choses de la vie quotidienne. Elle expliquait à ses sœurs qu’elles devaient être charitables, et par conséquent pacifiques, accepter de souffrir les petites contrariétés, désagréments de chaque jour pour plaire à Dieu qui nous a donné, comme unique commandement, de nous aimer les uns les autres comme il nous aimé. Que Dieu nous fasse cette grâce d’avoir part à cette béatitude à l’imitation de saint Joseph et de la Vierge Marie.

“ Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car c’est pour eux qu’est le Royaume des cieux. ”

La justice, c’est la sainte volonté de Dieu et le juste est celui qui s’y conforme. Il y a deux degrés, me semble-t-il, dans cette béatitude  :

1) C’est une allusion au Livre de la Sagesse qui nous montre que le juste, en faisant son possible pour plaire à Dieu et pratiquer la vertu, s’attire toutes les railleries, les moqueries, les animosités de son entourage moins pieux que lui. Qui de vous n’a pas fait l’expérience de cette opposition pénible lors des réunions de famille. Mais il faut porter avec allégresse ce genre de souffrance et prier pour ceux qui nous exercent afin que ce pardon leur mérite une grâce de conversion…

2) Oui, vous serez bienheureux quand on vous persécutera, à cause de moi dit Jésus. C’est le martyre. On est alors persécuté à cause de notre témoignage en faveur de Jésus-Christ, à cause de notre Foi, qui est un obstacle à telle hérésie, tel schisme ou tel scandale. On est alors choisi par Notre-Seigneur pour verser notre sang, ou le sang de notre cœur du moins, dans l’ignominie, dans la honte, les mépris, les procès, les prisons, comme cela est arrivé à tant de confesseurs de la foi. Telle est la bonne voie du salut, c’est la meilleure et c’est celle des martyrs. Jésus les proclame bienheureux, mais pourquoi le sont-ils dès ici-bas alors qu’ils souffrent mort et passion  ?

Les saints, engagés dans la voie de la persécution, sont extérieurement malheureux, mais dans la même mesure, ils ont au-dedans d’eux cette lumière du Christ qui les persuade que ces tourments qui les affligent sont infiniment agréables à Jésus, et du coup ils leur deviennent infiniment agréables à eux aussi. «   Il n’y a pas de plus grande joie que de souffrir pour votre amour, ô Jésus   », disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. C’est la béatitude de la persécution. “  Réjouissez-vous alors et soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les Cieux.  ” J’ajoute  : et dès ce monde. “ Votre récompense est grande ” parce qu’on ne peut pas se figurer à quel point les saints martyrs, ceux qui souffrent pour la vérité, pour le bien, la justice sont agréables aux autres, ils attisent en eux l’amour et les entraînent à leur suite… Pensez aux premiers chrétiens qui allaient au martyre en chantant… Maintenant ils sont au Ciel…

C’est comme cela que nous sortirons de l’immense apostasie où nous sommes maintenant. Plus que par des flots d’encre imprimés, c’est par le sang, des larmes et cette configuration enthousiaste au Christ d’un petit nombre d’âmes victimes que l’on sortira de l’immense apostasie où nous nous enfonçons.

Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon du 14 novembre 1992

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