La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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24 FÉVRIER 2019

La modification évangélique

NOUS avons vu dimanche dernier comment le discours des Béatitudes vient renverser la sagesse naturelle des Juifs, l’idée tout humaine du bonheur sur terre. Après avoir enseigné la Charte de son Royaume, Jésus nous montre aujourd’hui dans le chapitre 6e de saint Luc, ce qu’il faut faire pour devenir les élus de son Cœur, pour être proclamés «  fils du Très-Haut  » et obtenir la grande récompense du bonheur éternel qui nous a été préparé de toute éternité par notre Père du Ciel.

«  Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament.  » La perspective de la vie terrestre pour Jésus est très différente de la perspective d’un homme moderne. L’homme moderne ne fait de mal à personne, il demande seulement qu’on lui laisse la paix. Donnant, donnant, ainsi la vie est vivable et on n’a pas besoin de pardonner parce que personne ne fait de mal  ; on n’a pas besoin de la grâce de Dieu, on n’a pas besoin de faire effort. Cela va tout seul et on va forcément au Ciel, évidemment  !

Non  ! Notre-Seigneur ne voit pas les choses de cette manière. Pourquoi  ? Parce qu’il pense qu’on ne peut pas être honnête ni fidèle à sa vocation de fils de Dieu dans cette société détraquée de tous les temps qui est la conséquence du péché originel. Notre-Seigneur voulant tirer de ce peuple de fils d’Adam et d’Ève, des élus pour le Ciel, cela n’ira pas sans casse. Il n’est pas venu mettre la paix sur la terre, mais la guerre. Il y aura la guerre dans les familles, dans les sociétés politiques, la guerre entre les religions vraies et fausses

Notre-Seigneur le permet parce qu’Il veut tirer de nos cœurs un mérite, une vertu, un trésor que nous n’aurions pas été capables d’arracher de nos cœurs sans ces difficultés providentielles qui nous incitent au pardon des injures. En effet, si nous voulons être des témoins du Christ, si nous voulons faire de notre vie une attestation de la Vérité de Jésus, de la vertu qu’il nous a enseignée, comment voulez-vous que les gens ne soient pas envieux et ne vous considèrent pas comme un reproche vivant à leur manière de vivre et de penser  ?

C’est tout l’enseignement du Livre de la Sagesse  : le Juste catalyse contre lui toutes les méchancetés des gens. Jésus, Marie, Joseph à Nazareth étaient l’objet de jalousies, d’envie, de mépris  ; ils catalysaient la haine des Nazaréens, puisqu’on a voulu tuer Jésus. Alors, que faut-il faire  ? Eh bien, quand nous sommes détestés, quand nous sommes victimes d’injustice, de quelque manière que ce soit, morale ou matérielle, réjouissons-nous en pensant au discours des béatitudes  : «   Heureux serez-vous quand les hommes vous haïront, quand ils proscriront votre nom comme infâme à cause du Fils de l’Homme. Réjouissez-vous ce jour-là et exultez de joie, car votre récompense sera grande dans le Ciel.   »

Nous devons écouter l’enseignement si fort de Notre-Seigneur que je m’adresse à moi-même, comme une admonestation à bien faire, parce qu’il est impossible de prêcher ces vérités sans commencer par prendre une bonne leçon.

Jésus sait bien que ses disciples seront diffamés, persécutés, haïs et pourtant il nous dit aujourd’hui  : «   Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament  ». Au moment de notre mort, il faudra que nous puissions être dans cet état-là, de dire  : «  Seigneur, j’ai pardonné à ceux qui m’ont fait du mal  ; je les ai aimés et j’ai prié pour eux.  » Et si nous ne l’avons pas fait, il faudra le regretter pour être dans cet état avant de paraître devant notre juste Juge, de peur qu’il nous dise, comme le Roi à son serviteur  : «  Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en aura-t-on, car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on  ?  » C’est le tableau de notre société moderne. Tout est tellement bien réglé qu’on n’a jamais rien à se reprocher, et on n’est pas aimé en retour puisqu’on n’a rien fait d’une manière coûteuse.

Au contraire  : «   Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament, et votre récompense alors sera grande et vous serez les fils du Très-Haut, car Il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants. Donnez et on vous donnera. C’est de la mesure que vous mesurez pour les autres qu’il vous sera mesuré en retour.   »

Notre vocation de créature n’est pas de nous enrichir et de bien manger, de bien dormir en attendant la mort, mais de fils d’Adam et d’Ève, de pécheurs que nous sommes, de devenir à la fin de notre vie vraiment fils de Dieu, fils du Très-Haut, amis et compagnons de Jésus-Christ, de son Père et du Saint-Esprit.

Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon du 13 octobre 1991

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