La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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10 FÉVRIER 2019

La première rencontre de Jésus et de ses apôtres

QUELLE tendresse, quelle douceur, quelle suavité dans les moindres gestes de Notre-Seigneur et tout particulièrement dans cette première rencontre de Notre Seigneur avec ses Apôtres  ! Nous avons tous eu des moments où nous avons été charmés par la douceur de notre prochain. Souvent, il faut bien le reconnaître, cette douceur, cette bienveillance sont quelque peu romantiques, et l’on jouit soi-même du plaisir que l’on trouve dans la fréquentation de gens sympathiques. La douceur de Notre-Seigneur et de la Vierge Marie, leur sympathie est d’un autre ordre. S’ils cherchent sans cesse à nous faire du bien, ce n’est évidemment pas pour jouir égoïstement du plaisir qu’il y a d’être généreux ou à se le faire dire  ; non, mais c’est toujours pour nous faire un bien réel, surnaturel, nous mener plus loin dans cette entreprise de notre salut.

Relisons ensemble cet évangile de saint Luc en nous mettant à la place des Apôtres, afin de bien nous imprégner et nous réjouir de la bonté de Notre-Seigneur.

«  Or il advint, comme la foule le serrait de près et écoutait la parole de Dieu, tandis que lui se tenait sur le bord du lac de Génésareth, qu’il vit deux petites barques arrêtées sur le bord du lac  ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Il monta dans l’une des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu de la terre  ; puis, s’étant assis, de la barque il enseignait les foules.   »

Ces foules sur le bord du lac, sont assises sur quelque ondulation, elles forment comme une espèce d’amphithéâtre tandis que Jésus, se trouve au centre sur une petite crique. Jésus voit deux petites barques et cela lui donne une idée, Il interpelle les pêcheurs qui lavaient leurs filets, leur demande de le monter dans une barque et de s’éloigner un peu de la terre. En étant sur le lac, sa voix portera mieux et toute la foule pourra l’entendre. Jésus et Pierre sont tous les deux dans la barque et Jésus parle, Simon écoute.

Quel choc, quelle stupéfaction  ! Comme les gardes de Jérusalem le seront bientôt, les premiers apôtres furent séduits par la parole de Jésus  : non vraiment, jamais personne n’avait parlé comme cet homme  ! Pierre et les autres ont tout de suite compris qu’ils se trouvaient en face d’un être d’une grande sagesse. Et pourtant, cet homme supérieur était en même temps si simple, si bienveillant, si visiblement plein de compassion et de sollicitude pour leurs travaux. Posons un regard réaliste sur leur vie de pauvre pêcheur du lac de Galilée. C’est la vie d’un travail dur, routinier où l’effort n’est pas toujours récompensé. C’était justement le cas ce jour-là… Ils avaient pêché toute une nuit sans rien prendre. Imaginez leur déception, leur lassitude… et puis voilà que sur ces entrefaites, ils rencontrent Jésus, cet être merveilleux.

Ces foules disposées en amphithéâtre au bord de la mer, et à quelque distance du rivage Jésus debout dans cette barque avec Simon et les fils de Zébédée assis à ses pieds qui le regardent et l’écoutent. Quel spectacle ravissant  ! Jésus dit des paroles à la fois simples et étranges. Simples, car il employait des comparaisons que les gens comprenaient. Mais le sens de ses paroles leur était caché, car Jésus leur annonçait la venue du Royaume de Dieu en paraboles.

«  Quand il eut cessé de parler, il dit à Simon  : “ Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche ”  ».

Pour Simon, Jésus est un intellectuel qui ne connaît rien à la pêche. Pourtant, Jésus a déjà acquis sur lui une telle autorité que subjugué par la sagesse de ses paroles et la majesté de son visage, il obéit.

«  Simon répondit  : “ Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. ” Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons, et leurs filets se rompaient. Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide. Ils vinrent, et l’on remplit les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.  »

Tout cela, ne l’oublions pas se déroule, sous les yeux de centaines, voire peut-être des milliers de personnes.

«  À cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant  : “ Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur  ! ” La frayeur en effet l’avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu’ils venaient de faire  ; pareillement Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon.  »

Cette frayeur c’est celle que la créature éprouve quand elle se voit en présence de Dieu, c’est celle qu’avait déjà éprouvée le prophète Isaïe  : «  Malheur à moi  ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures  : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers  !  » (Is 6, 5)

Mais Jésus rassure vite Simon  : «  “  Sois sans crainte  ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. ” Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.  »

Après cet acte de foi de Pierre et le miracle qui le récompensa, Jésus prononce des paroles annonciatrices d’un grand avenir… Elles se réaliseront à la lettre… Admirons, mes biens chers frères, la destinée de ces pauvres pêcheurs de Galilée. Avant leur rencontre avec Jésus, ils n’étaient rien  ; après cette rencontre les voici appelés à devenir les apôtres du Christ Sauveur du monde, c’est-à-dire la plus belle, la plus glorieuse des vocations… ils sont passés du rien au tout  !

Voilà le passage du saint de Dieu parmi les hommes. Cette pêche leur a été un signe, un événement dont ils méditeront sans cesse les moindres détails. Simon s’est précipité pour obéir à Jésus, d’une manière déraisonnable. Il savait, lui, l’homme du métier, qu’il n’y a pas de banc de poissons en plein jour. Néanmoins, avec foi et confiance, Pierre obéit et le miracle est si éclatant que tous comprennent que Jésus est un grand prophète. Pierre l’appelle “  Seigneur ” et il se sait indigne d’être en présence d’un tel homme. À ce moment, Jésus leur fait une prédiction et c’est un appel à le suivre. Ils le comprennent ainsi et ils quittent tout. C’est le commencement d’une grande histoire.

Lorsqu’on a connu de tels moments dans sa vie, c’est un véritable et inépuisable trésor de bonheur. Les Apôtres ont gardé ce trésor dans leur cœur, bien vivant. Puis sont arrivés les moments tristes, les moments terribles, la trahison de Saint Pierre. Quand il a trahi Jésus, Simon a beaucoup pleuré, et quand il l’a retrouvé ressuscité et bien vivant, il a craint que Jésus ne lui fasse reproche de tout cela.

Au dernier chapitre de l’Évangile de Saint Jean, on voit que, revenu dans les mêmes lieux  ; sur les bords du lac de Tibériade, Jésus ressuscité leur a fait faire les mêmes choses. Ce dut être extraordinairement émouvant pour eux. Jésus ressuscité a voulu leur fait revivre les moments si heureux de la Galilée pour leur dire  : «  je n’ai rien oublié, je suis toujours le même, toujours aussi bienveillant et, malgré la trahison, va se réaliser ce que je vous ai prédit au début de notre vie publique  : Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes  ». Alors, Saint Pierre a compris et ayant reçu le Saint-Esprit, à la Pentecôte, il entreprendra la grande pêche des hommes que les Papes, ses successeurs, devront continuer, génération après génération, jusqu’à la fin du monde…

Gardons en mémoire la douceur du Cœur de Jésus… Nous aussi nous sommes pécheurs, comme saint Pierre, c’est une raison de plus pour ne pas nous éloigner du Christ, mais de le recevoir dans la communion avec un vrai regret de nos fautes et la résolution de bien obéir à ses commandements ou à ses inspirations…

Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon des Vêpres du 19 juin 1994

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