La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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6 JANVIER 2019 – ÉPIPHANIE

L’Épiphanie soutient notre foi aujourd’hui

L’ÉPIPHANIE est un événement historique et un mystère qui nous invite à adorer en Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la fois Dieu, Roi, Prêtre et Victime. De la part de Dieu, c’est comme un défi à la raison orgueilleuse des hommes, enténébrée par le péché originel, qui ne croit plus aux signes, aux miracles, aux prophéties comme à toutes les bontés et beautés de l’Évangile. C’est un vrai mérite de croire encore, aujourd’hui  !

Mais nous ne sommes pas les premiers dans ce cas. Nous avons entendu dans notre première lecture un extrait du chapitre 60 d’Isaïe, il date de l’an 530-535 avant Jésus-Christ. Le temple de Jérusalem était en ruine, le peuple juif avait été emmené en captivité à Babylone pour un exil dont les prophètes avaient annoncé qu’il durerait 70 ans. À Babylone, le petit peuple gémissait dans l’attente de la réalisation des prophéties, car il ne voyait rien venir. Il pleurait en chantant les psaumes et se désolait de vivre loin de Dieu sur une terre étrangère parmi les idoles des païens.

Alors un prophète s’est dressé en reprenant le nom d’Isaïe, mais c’était 200 ans après la mort de ce prophète. En l’an 535, ce nouvel Isaïe, que les savants appellent encore le Deutéro-Isaïe, va prophétiser et annoncer aux juifs exilés qu’ils reviendraient bientôt à Jérusalem, que le temple serait reconstruit, que leur peuple deviendrait prospère et qu’il se développerait jusqu’à ce qu’arrive le Messie, le Roi qui devait venir et sauver non seulement Jérusalem, mais le monde entier.

Prodigieuses et inconcevables prophéties, mais elles vont se réaliser. Cyrus l’empereur de Perse va envahir le royaume des Chaldéens, s’emparer de la ville de Babylone et délivrer les juifs. Cyrus leur accorda la liberté religieuse parce que leur religion était spirituelle, celle d’un Dieu invisible et créateur de toutes choses. Cyrus trouvait dans ce peuple d’Israël la vérité à laquelle il aspirait…

Les juifs sont donc rentrés chez eux, mais ils ont trouvé Jérusalem dans un terrible état. Cependant, ils l’ont rebâtie. Mais ils ont commencé à reconstruire leurs maisons avant de rebâtir le temple et Dieu les a châtiés par des années de sécheresse. Un prophète est venu leur dire  : commencez par rebâtir le temple de Dieu et vous verrez. Ils l’ont fait et ils ont connu des années, des siècles de prospérité. Dieu premier servi  ! Mais ce n’était pas encore le temps du Messie.

Dieu les a fait attendre 530 ans, mais quand Jésus est venu, il a trouvé encore des gens fidèles qui l’ont reconnu  ; d’autres avaient perdu la foi ou bien s’étaient fait une religion à leurs caprices, comme les pharisiens, mais ils ont été châtiés par la chute de Jérusalem en l’an 70.

Jésus-Christ a annoncé sa bonne nouvelle, celle du pardon de Dieu, de la miséricorde de Dieu pour le genre humain. Quand il est ressuscité après être mort en Croix et qu’il s’est élevé dans les Cieux, les apôtres ont cru que l’humanité allait se convertir, l’Esprit-Saint faisait d’ailleurs tant et de si prodigieux miracles qu’on pouvait croire, que de fait, le royaume de Dieu allait s’établir sur la terre. Mais ils ont très vite appris, comme le disait Saint Paul à ses premiers chrétiens, qu’il leur fallait passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu. Pour les aider à patienter, ils avaient dans l’Évangile des événements capitaux comme la visite des mages à la crèche dans cette maison où Saint Joseph avait trouvé à loger la Vierge Marie et l’Enfant-Jésus au lendemain de la Nativité.

Des rois mages sont venus du fin fond de l’Asie, avertis par une étoile bizarre qui n’était pas une comète, mais un astre qui dévorait pour ainsi dire la nuit, et les guidait même en plein jour. Ils l’ont suivi en faisant confiance aux Saintes Écritures, car ils savaient que Balaam le païen avait prophétisé qu’une étoile annoncerait la venue du Messie d’Israël  : «  Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève issu d’Israël...  » (cf. Nb 23, 17) Aussi avaient-ils pris de l’or, de l’encens et de la myrrhe, comme cadeaux significatifs pour ce roi qui venait de naître.

L’Église a très vite fait du récit de cet événement l’équivalent, le complément de la fête de la Nativité du Seigneur. Au jour de Noël, Jésus s’était révélé aux simples, aux bergers, aux pieux, aux pauvres d’Israël  ; mais pour l’Épiphanie, sa manifestation, Jésus a convoqué des quatre coins de l’univers des sages et des savants pour annoncer que son Royaume serait universel et que les païens eux-mêmes entreraient dans la nouvelle et éternelle alliance.

L’Église se réjouit beaucoup en cette fête de l’Épiphanie, car elle y voit la réalisation des prophéties d’Isaïe qui annonçaient le Royaume de Dieu à venir en faisant allusion aux gens qui viendraient du plus loin avec leurs chameaux pour adorer le Sauveur. Ces textes sont pour l’Église une certitude qui fonde et réconforte son espérance. C’est pourquoi, de siècle en siècle, elle n’a cessé de fêter Jésus dans l’humilité et la pauvreté de sa crèche à Noël, comme aussi de célébrer, lors de l’Épiphanie, la gloire à venir de ce divin enfant Jésus, le Roi des peuples, objet de l’admiration des nations.

Quand j’étais séminariste et que je lisais ces textes, je me disais  : il n’y a pas de doute, Isaïe a prophétisé 500 ans avant la venue de Jésus et Jésus est venu. Les mages sont venus à la crèche, ce n’est pas une légende, on n’a jamais cru que c’était une légende. Il faut dire avec l’Église que ce texte est absolument vénérable, qu’il est inspiré par le Saint-Esprit. Il faut y croire à la lettre, c’est un événement historique, pas un mythe ni une histoire pour dire que… Les mages sont venus et ils ont vraiment offert de l’or, de l’encens, de la myrrhe. Saint Matthieu le raconte, il l’a su par la Sainte Vierge et la Sainte Vierge ne ment pas. Ces mages sont la petite avant-garde de tous ces peuples qui vont se réunir pour adorer Jésus.

Ce qu’Isaïe annonçait n’était qu’une petite lumière pour soutenir notre espérance, le Royaume du Christ n’est pas encore venu parfaitement, nous l’attendons et nous pensons qu’il est tout proche comme le Sacré-Cœur nous l’a dit à Paray-le-Monial  : «  Je règnerai malgré mes ennemis  » ou bien comme Notre-Dame de Fatima nous en assure d’une manière inconditionnelle  : «  À la fin mon cœur Immaculé triomphera.  »

Abbé Georges de Nantes
Extraits du Sermon du 12 janvier 1997

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