La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

L’abbé Saey

Notre père et l’abbé Saey

Notre père et l’abbé Saey

M. l’abbé Henri Saey est décédé le 28 juillet 2006, à l’âge de 96 ans. Ce doyen du clergé de Montréal a été jusqu’au bout d’une fidélité exemplaire à notre Père, l’abbé de Nantes.

LE DÉSIR D’ÊTRE
UN SAINT PRÊTRE

Henri Saey, l’ainé d’une famille pauvre et très chrétienne de cinq enfants, est né le 7 avril 1910 à Montréal. Il fit d’excellentes études chez les Jésuites au collège Sainte-Marie, puis au Grand séminaire de Montréal où il fut le premier de son année pour la licence de théologie.

Il se prépara avec un grand zèle à la vie sacerdotale en prenant pour modèle le saint curé d’Ars. Pour lui, aucune crise d’identité du prêtre… Le prêtre, c’est celui qui donne la vie divine et prolonge l’œuvre du Christ pour sauver les âmes, il doit donc être imprégné de l’Évangile. Désireux de remplir saintement les charges de son sacerdoce, il étudiera particulièrement la spiritualité et la vie des saints.

Ordonné le 26 mai 1934 par Mgr Gauthier, archevêque de Montréal, il reçut comme première affectation, un poste de vicaire à la paroisse Saint-Irénée, paroisse pauvre du quartier Saint-Henri, le plus misérable de Montréal. Son zèle surprend un peu ses confrères, mais le jeune abbé ne renonce pas à son idéal, conforté en cela par le grand mouvement de renouveau spirituel lancé par le Père Lacouture, sj. Ce dernier faisait une critique en règle des mœurs du clergé de l’époque avec des accents prophétiques  : «  “ On me traite de fou, personne ne veut me croire, mais je vous le dis, même si je sais que c’est la dernière fois qu’il m’est permis de parler en public  : vos églises sont remplies  ; dans vingt-cinq ans, elles seront vides et serviront de salles à bingo  ! Les séminaires, les noviciats regorgent de sujets  ; dans vingt-cinq ans, tous vos séminaires et vos noviciats seront fermés  ! Parce que vous, prêtres, par paresse ou par négligence, vous aimez mieux fumer votre pipe sur la galerie et vous promener en Chrysler que d’aller enseigner le catéchisme dans les écoles. Dans vingt-cinq ans, toutes les portes des écoles vous seront fermées parce que vous, religieux et religieuses, au lieu de vivre évangéliquement vous vivez “ comme des païens ”  ! (Expression qui revenait souvent dans sa prédication.) Dans vingt-cinq ans, vous serez chassés des écoles et des hôpitaux  !  »

Sans être à proprement parlé un disciple du Père Lacouture, et sans en partager les excès et imprudences, celui-ci l’a profondément ancré dans sa volonté d’appliquer ses résolutions de séminaire  : “ J’ai trouvé là la confirmation de ce que m’avaient appris les Pères, les Docteurs, les Saints de notre Mère l’Église  ! ”

L'abbé Saey jeune prêtre

L’abbé Saey jeune prêtre.

En 1938, son évêque le décharge de sa fonction de vicaire à Saint-Irénée, et l’affecte à plein temps pour un apostolat qui s’est imposé à lui depuis quelques années, celui de la prédication de retraite aux itinérants et mendiants. Il les réunissait dans une église pendant trois jours et trois nuits pour leur prêcher l’Évangile, surtout le discours sur la montagne et les béatitudes. Tout le monde couchait donc sur place et se nourrissait de pain et d’eau. Des gens dévoués venaient aider, et les prédications, la messe, les cantiques, les confessions se succédaient avec bonheur pour le plus grand bien des pauvres. Les églises se remplissaient, et cela sans publicité. À Saint-Hyacinthe… 15 000 personnes l’écouteront  !

Parmi les jeunes filles qui se dévouaient auprès des pauvres durant les retraites, certaines s’enthousiasmèrent pour cette vie évangélique radicale prêchée par “ monsieur l’abbé ”. Ce sera l’origine d’une communauté qu’il fonde en 1942  : Les petites Samaritaines de Ville-Marie. Mais c’est aussi à ce moment là que l’archevêque de Montréal, Mgr Charbonneau, lui demande de cesser la prédication de ses retraites, car on l’assimile, bien à tort, au père Lacouture qui vient de recevoir des sanctions justifiées de Rome pour ses excès. L’archevêque lui redonne alors son poste de vicaire à Saint-Henri en précisant bien qu’il n’a rien à reprocher à sa prédication, et il lui permet de commencer l’œuvre des Samaritaines.

Leur temps se partageait entre une vie d’adoration silencieuse, de prière commune, et une vie de dévouement auprès des familles pauvres du quartier. Vivant dans des conditions de vie épouvantablement dures, elles furent jusqu’à quatre-vingt. Monsieur l’Abbé les dirigeait, en même temps qu’il effectuait ses fonctions de vicaire avec un zèle… inhabituel et dérangeant. À ses funérailles, l’évêque a raconté comment son curé avait dû le rappeler à l’ordre, lorsqu’il s’était aperçu que son vicaire se levait très tôt pour porter le Saint-Sacrement aux malades tout en respectant le jeûne eucharistique…

On lui reprochait de manquer de sagesse, de prudence, de faire preuve de zèle intempestif…. Les incompréhensions se muaient de plus en plus en persécutions, mais monsieur l’abbé poursuivait son chemin sans se troubler, car tel a toujours été le lot des fidèles disciples de Jésus. Cependant, un beau jour de 1953, il fut de nouveau convoqué à l’archevêché par Mgr Léger qui venait d’être nommé cardinal. L’entrevue fut très brève, le cardinal lui signifia qu’il devait cesser toute prédication, et qu’il aurait de ses nouvelles pour la suite. Le cardinal ne lui en donnera jamais plus. L’abbé Saey revint à Saint-Irénée, cessa toute prédication, mais il continua de diriger ses Samaritaines. La vie continua donc dans le dénuement, le dévouement, la prière et le sacrifice.

LA GRANDE ÉPREUVE DU CONCILE VATICAN II

L'abbé Saey

La grande épreuve de l’abbé Saey, celle dont il ne cessera plus de souffrir, ce fut le Concile et les bouleversements qui suivirent. Il voit se réaliser les prophéties du Père Lacouture mais cela ne le bouleverse pas moins, navré d’assister impuissant à la perte des âmes, de voir l’Église bafouée, Jésus et son Évangile trahis. C’est l’apostasie prédite par les Saintes Écritures qui s’impose à lui. Que faire  ?…

L’abbé Saey n’a pas été le seul prêtre au Canada à se poser cette question à ce moment-là. Mais parmi eux, aucun n’avait la sagesse, la science ou la vertu pour adopter une position équilibrée. Sans pour autant trouver lui-même la solution, il trouvait bien hasardeuse, périlleuse les solutions de ses confrères. Les uns étaient prêts à tout céder par obéissance, les autres s’érigeant en justes persécutés, résolus d’aller jusqu’au schisme. Il savait depuis toujours que la sainteté ne pouvait se vivre que dans l’Église et dans l’obéissance, aussi répugnait-il à tout ce qui sentait la rébellion. Il ne supporta jamais le schisme tout en refusant plus encore toutes les nouveautés entachées d’hérésies. Où était le juste milieu  ?

C’est alors qu’il reçut les Lettres à mes amis, et les analyses de l’abbé de Nantes lui parurent à la fois d’une grande science théologique et d’une grande sagesse. Il trouva chez notre Père ce qu’il cherchait  : la critique théologique la plus imparable des nouveautés, et en même temps un indéfectible attachement à l’Église et à l’autorité.

Le 16 octobre 1966, il lançait à notre Père un pathétique appel au secours  :

«  (…) Mon évêque, le cardinal Léger, tente ou autorise une expérience de nouvelle pastorale, ici, dans la paroisse. Il me loue du travail accompli chez les pauvres par moi et les Samaritaines. “ Mais, me dit-il, la pastorale a bien évoluée depuis vingt ans… la forme du témoignage chez les pauvres a changé… il faudrait donc réviser la formation et l’apostolat des Samaritaines, etc. ” Monsieur le curé Casey me dit qu’à moins de me renier et de tout abandonner du glorieux passé doctrinal et ascétique de l’Église, la situation devient pour moins absolument intenable. Je le sais. Il me suggère, et au plus tôt, de donner ma démission comme membre de cette équipe, et comme vicaire de Saint-Irénée. Qu’adviendra-t-il des Samaritaines en tant que groupe, travaillant ensemble… Et les bons chrétiens du quartier, déjà si désorientés par tout ce qui se passe ici, comme en France  ?

«  Que me direz-vous, vous, monsieur l’abbé de Nantes  ? (…)  »

Finalement, cela va aboutir non pas à une démission, mais à une demande de repos qui lui sera accordée… et à un voyage en France avec deux buts  : rencontrer l’abbé de Nantes et dire la messe à Ars.

Durant son absence, les pauvres ne le voyant plus à la paroisse, ont cru que l’abbé avait été chassé. Les prêtres de la paroisse y ont été de leurs commentaires désobligeants, les esprits se sont échauffés et la situation est devenue explosive… II le raconte à notre Père dans une lettre du 31 août 1967  :

«  Le cardinal m’a fait demander la semaine dernière. Il parait croire que je suis l’auteur de cette publicité, de ces articles, il exige de ma part, dans ces hebdos, une rectification. “ Sinon, dit-il, je la ferai moi-même  ! ” J’ai préparé une petite page et la lui ai envoyée pour qu’il l’expédie lui-même aux périodiques, s’il le juge à propos… Qu’adviendra-t-il maintenant  ? D’aucuns me conseillent fortement — ceci entre nous deux — de demander à son Éminence ad bonum pacismon excardination et l’installation des Samaritaines en dehors du pays même, car, dit-on, dans le Québec, c’est la fin du catholicisme, fin momentanée, du moins et encore  ?  !

«  Vos prières, alors cher confrère, et chers petits frères. Votre bénédiction et ma bien vive reconnaissance, encore et encore  ! Humblement en NS.  »

Notre Père le détournera, une fois de plus, des mauvais conseillers. L’abbé Saey ne sera plus vicaire à Saint-Irénée, mais il continuera de s’occuper des Samaritaines dans l’indifférence du cardinal Léger, et après la démission de celui-ci pour cause de scandale, avec l’accord tacite, bienveillant mais silencieux et lointain, de son successeur. Son œuvre se poursuivra avec une activité soutenue chez les pauvres, jusqu’à la fin des années 80, avant d’être paralysé par les règlements draconiens de notre État-Providence.

SOUTIEN ET PROTECTEUR DE LA CONTRE-RÉFORME AU CANADA

L'abbé Saey et l'abbé de Nantes

Lorsque notre Père est venu au Canada pour la première fois en 1974 et les années suivantes, il a toujours été reçu à Samarie. Il y disait la messe et faisait une ou deux conférences aux Samaritaines. S’il a décidé de faire une fondation au Canada, ce n’est pas sans l’aval et le soutien effectif de l’abbé Saey. De 1982 à 1989, il viendra chaque mois à la Maison Sainte-Thérèse pour confesser les frères, le sœurs et les amis qui le voudront. Et chaque fois que nous allions à Montréal, nous savions que nous pouvions nous présenter à Samarie.

Il a eu ce mérite immense de rester toujours fidèle à notre Père, surtout dans la période difficile des années 1988 à 1992, lorsqu’à la suite du schisme de Mgr Lefebvre, certains de nos amis communs, ne comprenant pas la vigoureuse condamnation du schisme par notre Père, cherchèrent, mais en vain, à dresser l’abbé Saey contre l’abbé de Nantes.

Sans faire d’éclats, en essayant de sauvegarder la charité autant qu’il le pouvait, l’abbé Saey est resté fidèle à la ligne de crête CRC  : Ni schisme, ni hérésie. En mai 2004, une lettre annonçait à nos soeurs qu’il dirait la messe «  aux sublimes intentions et pour la consolation du courageux et fidèle apôtre et défenseur de la Sainte Église Catholique, votre très cher Père, et pour moi, le plus ferme des soutiens de ma foi.  »

DEUX PRÊTRES INJUSTEMENT PERSÉCUTÉS

En 1996, il a beaucoup encouragé notre Père qui venait d’être chassé de la communauté par l’évêque de Troyes. En sa qualité de prêtre, de saint confrère, lui seul pouvait remplir cet office et consoler effectivement notre Père dans son agonie. Lorsque trois mois plus tard, Mgr Daucourt manquant à ses engagements, se posa la question d’un retour de notre Père, l’abbé Saey fut formel dans son conseil  : «  Il vous a donné un admirable exemple d’obéissance en septembre [en s’exilant dans un monastère suisse à la demande de Mgr Daucourt]. Mais là, c’est son devoir de sortir, de reprendre la tête de la Contre-Réforme catholique  ; c’est son charisme, il est défenseur de la foi, lui seul peut le faire.  »

En 2000, l’abbé Saey fut à son tour indignement sanctionné et chassé de Samarie. Il se soumit, comme d’habitude, trouva asile chez les petites Sœurs des Pauvres où il put tout de même, avec la permission du cardinal, s’occuper des Samaritaines. Il recevait beaucoup de visites car les âmes des pauvres ne l’avaient pas oublié. Les meilleurs des séminaristes de Montréal venaient aussi à lui, attirés par le Bon Pasteur… tandis que la communauté des Samaritaines préféra être dissoute plutôt que d’être reprise en mains et recyclée.

L'abbé Saey rend visite à notre Père

L’abbé Saey rend visite à notre Père
(Maison Sainte-Thérèse, septembre 2004)

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR L’ABBÉ SAEY
SUR L’ABBÉ DE NANTES

Mes chers amis,

Vous souhaitez le témoignage d’un prêtre de chez nous sur l’œuvre de l’abbé de Nantes, je ne me récuserai certainement pas. Tâche facile  ! Je n’ai eu depuis dix ans qu’à ouvrir les yeux, mes yeux de baptisé et d’oint du Seigneur. Ce qu’ils ont vu  ? tout simple  ! cet abbé de Nantes est prêtre, tout à fait prêtre, rien que prêtre  ; et l’œuvre du prêtre, sauver les âmes, se trouve précisément la sienne.

Dans l’autodémolition actuelle de notre Église, intérieurement advenue en suite de la tiédeur de ses fils, et extérieurement effectuée par ses chefs, par son Chef même, l’abbé de Nantes a rescapé, sauvé des milliers d’âmes. Devoir de reconnaissance envers lui, puis envers l’Auteur de tout bien, qui a si miséricordieusement fait don à l’Église et à nos cœurs, au sein de la plus sombre nuit de tous les temps, d’une telle lumière, d’un tel alter Christus. Eh bien, voici mon cœur  : ouvrez  ! lisez  ! Ce prêtre, cet alter Christus, cet autre Jésus, m’a gardé, il m’a fortifié, il m’a procuré des joies spirituelles indicibles. Vous préférez que je dise le Maître en lui, bien  ! Le Maître par lui, le Maître et lui, c’est tout un. L’abbé de Nantes, depuis longtemps, s’est laissé tout uniment et exclusivement imprégner de la divine mentalité de Jésus, de sa surnaturelle sagesse. Aussi, dès le premier contact avec cet homme de Dieu, et dans les milliers qui ont suivi, j’ai été consolé, ravi de ne rien trouver d’autre, absolument rien d’autre sur ses lèvres ou sous sa plume, que l’enseignement des Évangiles, des saints Pierre, Paul, Jacques, Jude et Jean, des saints Pères et docteurs de vingt siècles, des deux cent soixante-deux papes qui ont précédé sa sainteté Paul VI, un enseignement pur comme cristal, solide comme diamant, doux comme miel. Ailleurs, je veux dire chez tous les novateurs, chez ces pauvres clercs et laïcs, qui n’ont jamais vraiment perçu les choses de Dieu — choses pourtant inchangeables, inchangées, toujours nouvelles, toujours anciennes, parce qu’éternelles comme Lui — sans quoi ils ne chercheraient pas, ils ne s’épuiseraient pas à innover, à inventer. Ailleurs donc, chez tous les modernistes, progressistes, avant-gardistes, hiérarques ouverts, théologiens de pointe, je n’ai trouvé, et tous les malheureux qui les ont écoutés, lus, suivis, n’ont trouvé rien d’autre que doctrines d’hommes, théories erronées, desséchantes, vieilles hérésies naturalistes, insolentes, qui toutes dégoûtent de l’invisible, du devoir, et détournent d’êtres qu’il faudrait chérir et bénir avant tous autres. À qui irions-nous  ? au Maître qui a les paroles de vie, au Maître qui a les paroles de la vie éternelle.

Présentation de la Vierge Marie, 21 novembre 1973

L'abbé Saey rappelé à Dieu.

L’abbé Saey rappelé à Dieu, le 28 juillet 2006.
Précédent    -    Suivant