La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’abbé Yves-Marie Joseph Bouchet

L'abbé Bouchet«  Je vais mourir, et j’offre ma vie pour le cher abbé de Nantes et pour la CRC.   » Ce sont les dernières paroles du serviteur de Dieu et prêtre de Jésus-Christ Yves-Marie-Joseph Bouchet, qu’il prononça distinctement le vendredi 21 septembre 1984. Le jour même il rendait son âme très pure et très humble à son doux Sauveur.

Né le 8 avril 1911 à Dinan, sixième et dernier enfant d’une famille catholique et d’Action Française, il était baptisé le jour même en l’église Saint-Sauveur. À cinq ans, sa mère le prit sur ses genoux et lui demanda  : «  Tu ne voudrais pas être prêtre, mon petit Yves  ? J’ai dit oui, nous racontait-il avec un sourire bienheureux, et je ne l’ai jamais regretté.   » (…)

Ordonné prêtre le 14 Juillet 1935 à Saint-Brieuc, il est nommé professeur au Collège des Cordeliers, de Dinan, là même où il a été élevé. Il enseigne l’anglais, mais aussi toute autre matière, selon les nécessités du moment, avec une égale compétence. Même la sténodactylo  ! selon une ingénieuse méthode de son invention. Car il a tous les talents. Il est peintre, bon peintre, et musicien. Déjà pour les scouts de Dinan, c’est le parfait aumônier  : confesseur inlassable et conteur inépuisable, le soir à la veillée.

Pendant dix ans, il est éloigné de sa chère cité, oh  ! de quatre kilomètres à peine. Comme recteur de Trélivan et d’Ancaleuc, deux très pauvres paroisses où il se dépense de 1949 à 1959. Son modèle  : l’abbé Sarto, qui sera saint Pie X, canonisé par Pie XII en 1954, dont il raconte les miracles dans son bulletin paroissial. (…)

1959  : Retour à Dinan dont il ne bougera plus. Aumônier de l’Hôpital, que les sœurs de saint Thomas de Villeneuve desservent jusqu’au jour où elles devront quitter, en suite du Concile, faute de recrutement. (…)

Au plus fort des débats postconciliaires touchant la réforme de la liturgie, personne ne trouve mauvais qu’il persévère, lui, dans la tradition, avec l’amour et la régularité d’un moine bénédictin, et célèbre «  la messe de mon ordination   », comme il disait avec un sourire entendu, empreint de fermeté, décourageant toute velléité adverse.

Oblat bénédictin  : c’était le secret de cette âme limpide, toujours gaie. Il vivait au rythme des heures de l’office monastique, récité ponctuellement de jour et de nuit. Vint pourtant une période de tristesse et d’angoisse, pour lui, quand il apprit que, tour à tour, Solesmes, Fontgombault, puis l’Opus sacerdotale renonçaient à batailler et se rendaient au culte nouveau. Déception sur déception, qui le minaient. Jusqu’à ce qu’il découvre la CRC. Très précisément, il y adhéra avec vigueur et bonheur le jour où il apprit que d’autres confrères commençaient de déclarer follement la nouvelle messe «  invalide  ». Alors, il reconnut la «  ligne de crête  » tenue par l’abbé de Nantes pour la seule «  sagesse surnaturelle  », et il n’en bougera plus envers et contre toutes les sollicitations de l’un et l’autre parti qui ne cesseront de le presser de se joindre à eux.

Il surabonde de tous biens en cette ultime étape de sa vie. D’abord, une parfaite amitié sacerdotale qui ne connaîtra pas le moindre dissentiment. L’abbé Bouchet goûtait auprès de son cher abbé de Nantes, toute la sagesse de saint Benoît, Pax et Bonum, en même temps que les clartés de l’Action Française, Vérité et Justice.

Avec la joyeuse ardeur et l’humble docilité d’un vrai disciple, il lit la CRC crayon en main, il écoute toutes les cassettes. En retour, notre Père lui marque les égards et l’affection d’un jeune prêtre pour un confrère vénéré, et il lui manifeste une entière confiance, l’appelant à exercer son ministère auprès de nous et de nos jeunes, avec ces pouvoirs de juridiction dont lui-même est privé, ici, par sa «  suspense   », mais dont aucun évêque à Saint-Brieuc n’aurait songé à priver le saint abbé Bouchet.

C’est ainsi que pendant cinq ans nous l’eûmes pour aumônier dans nos camps d’été, où, si je compte bien, des centaines de jeunes gens et de jeunes filles de tous âges et de toutes conditions passèrent à son confessionnal. Quelle aubaine, quelle Providence pour nous, les frères, chargés de la lourde responsabilité de l’éducation de ces jeunes, en nos temps impossibles  !

Il nous procura deux biens. D’abord celui de nous faciliter partout le contact avec le clergé local, par une cordialité si chaleureuse, avec un sens si vrai de la fraternité sacerdotale, qu’elle désarmait les pires préventions et nous évita en cent rencontres l’éclat orageux et l’excommunication pratique dont nous sommes partout menacés dès que nous déclinons notre identité.

Le second bien fut de reconquérir toute cette jeunesse à la pratique du sacrement de pénitence, guérissant les allergies contractées au choc de la nouvelle pastorale. Après des réflexions du genre  : «  C’est tout ce que tu as à me dire  ? Mais c’est pas un péché  ! Tu reviendras quand tu auras tué père et mère  !   » il fallait beaucoup d’insistance pour les y faire revenir… L’abbé Bouchet y réussissait merveilleusement. Et après avoir rendu à ces âmes juvéniles la grâce sanctifiante, il leur révélait la beauté, la saveur de la liturgie traditionnelle. (…)

Frappé l’an dernier d’une hémiplégie, heureusement vite enrayée, il en garda une grande faiblesse en même temps qu’il en ressentit une éprouvante appréhension de la mort, qui l’étonna lui-même. Il voulait vivre… pour nous, pour le cortège de Jeanne d’Arc  ! pour nos camps  ! Rassemblant toutes ses forces, il accompagna encore, les uns en partie, le premier et le dernier entièrement, nos quatre camps de cet été. «  Pas question de faire faux bond aux frères  !  » (…) Son dernier sermon fut pour appeler ses enfants au combat  : «  Phalange, au combat  !  » leur cria-t-il presque comme un dernier appel, pathétique, à l’héroïsme, à la sainteté.

Rentré à Dinan, il fut hospitalisé, mais, durant une intervention chirurgicale, hélas nécessaire, il tomba dans le coma. Il en sortit pourtant et sut que la fin approchait. «  Je vais mourir  », disait-il calmement. Il reçut les derniers sacrements d’un père eudiste [le père Hamon] qui était de ses amis intimes, et, par téléphone  ! la bénédiction de notre Père, l’abbé de Nantes, son ami et frère dans le sacerdoce, dont il venait de réécouter les sermons sur le Ciel, murmurant que si c’était cela le Ciel, il n’avait plus peur et voulait y aller sans retard.

frère Bruno de Jésus
Extraits de la CRC n° 204, sept.-oct. 1984, p. 2-3

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