La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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FILS DE L’ÉGLISE

IV. Vers un deuxième livre d’accusation (1978-1983)

DEPUIS le premier jour du concile Vatican II, l’abbé de Nantes se fait un devoir de critiquer les textes du Concile et demander qu’ils soient révisés, corrigés et, pour la plupart, il ose même dire… pour l’ensemble, rétractés par les mêmes Pères qui les ont promulgués, ou leurs successeurs, tant ils sont humainement aberrants et dogmatiquement hérétiques, subversifs, à en crier.

I. LA LIBERTÉ RELIGIEUSE, POINT FOCAL
DE NOTRE OPPOSITION DE CONTRE-RÉFORME CATHOLIQUE

Ce n’est pas seulement un exemple entre cent  : c’est le point focal, sur lequel porte l’appel au magistère solennel, infaillible, du Pape, dans les trois Livres d’accusation de 1973, 1983, 1993.

Le Concile déclare  : «  La personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.  » (Dignitatis humanæ, 1, 2)

Ce texte est tellement contraire à la doctrine de l’Église que soixante-dix opposants ont voté “ non ” jusqu’au bout. (…) Que «  nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience  », est une chose. (…) Cependant, cette liberté, tout intérieure, ne crée aucun droit objectif et social à agir selon sa conscience, en privé ou en public, aux dépens de l’Église et des États catholiques. (…)

C’est pourquoi, fort de sa foi catholique, l’abbé de Nantes a engagé sa vie, et donc son éternité, dans une opposition sans faille à ce dogme nouveau, qualifié de «  délire  » par les Papes du dix-neuvième siècle.

La cause de la ruine de l’Église montrée par avance, le 13 juillet 1917, à trois enfants innocents sous la figure d’une «  grande ville à moitié en ruine  », aujourd’hui constatée par tout le monde, est là. Il suffit d’ouvrir les yeux.

Elle échappe pourtant à tout le monde, par un aveuglement général auquel un seul homme a échappé par une grâce, une vocation extraordinaire. Comment est-il possible que tous ceux de sa génération aient participé à ce vent de folie  ? même un Albino Luciani, le futur Jean-Paul Ier  !

DU PÈRE CALLON AU PÈRE CONGAR

Consacrées de juin 1972 à octobre 1973 à commenter les rites du baptême, les Pages mystiques dévoilent tout le mystère de cette “ mise à part ”, pour ainsi dire dès le sein maternel, de Georges-Marie-Camille de Nantes recevant le baptême le 5 avril 1924  : «  J’avais deux jours à peine.  » Et la foi, «  qui ne m’a plus jamais quitté  », transfuse en l’âme du lecteur  : «  Jésus aussi vrai que moi, moi aussi vrai que Jésus  ! Joie.  » Toutes les erreurs de notre temps vont se heurter à cette foi cristalline, inaltérable comme un diamant.

Mémoires et RécitsLes Mémoires et Récits prennent le relais des Pages mystiques à partir de 1979. Ils sont eux-mêmes des pages mystiques en raison de la «  transparence du style qui pénètre de spiritualité les plus humbles choses  » (…)

Eh bien  ! dans le tome second des Mémoires et Récits, un épisode prouve que Georges de Nantes était marqué par la Providence pour engager la lutte contre les intrus qui dévorent l’Église et qui la mènent à toutes les apostasies. C’est le récit de son altercation avec le Père Callon, son professeur de théologie.

«  La grâce, écrivions-nous sous sa dictée, sans étonnement ni murmure, c’est Dieu en nous.  »

Objection  : «  Si la grâce est Dieu qui se donne, comme cela, mystérieusement, merveilleusement, à l’homme, si c’est l’Esprit-Saint, l’Amour, qui se pose en nous et nous sanctifie de sa seule Présence,… alors, cette grâce n’a pas de nom, elle est indiscernable, sans définition, ni nature, ni limites, ni conditions. Elle ne suppose rien en l’homme, elle ne trouve aucun obstacle qui l’arrête, elle ne demande aucune disposition ni effort particulier. Ainsi la question du “ salut des infidèles ” était-elle réglée d’un seul coup de cuiller à pot, l’Esprit-Saint survolait toutes nos frontières et ne faisait nulle différence de race, de classe, de religion ou de sexe, se donnant à tous gratuitement. Et le péché originel  ? Et le baptême  ? Et l’état de grâce, le péché, véniel ou mortel, et la confession  ? Il ne restait plus qu’un seul critère, c’était l’expérience intime du feu de l’Amour, de la paix et de la joie que dispense l’Esprit à qui il veut, avec une générosité qu’il n’appartient à nul homme de contrôler ni de soumettre à ses étroitesses. Divine Présence, ivresse du cœur, à cela pouvait se résumer la théologie de la grâce de Monsieur Callon, prétendument reçue des Pères grecs.  » (…)

Ainsi, tout jeune séminariste, Georges de Nantes instruisait contre le Père Callon, le problème théologique qui dominera le Concile vingt ans plus tard, et l’après-Concile, et se trouve maintenant codifié de manière hérétique dans le Nouveau Catéchisme de l’Église catholique (CEC, 1992). (…)

Il est vrai qu’il était seul, déjà. On nous l’a assez dit pour tenter de nous persuader qu’il était donc certainement dans l’erreur  ! Mais il n’est pas fou, et nous non plus, qui avons reçu la grâce de le comprendre et de le suivre. L’enseignement de saint Paul est clair  : en dehors de l’ordre surnaturel de la grâce, du baptême, de la prédestination de Dieu à laquelle nous devons être fidèles par notre foi, il n’y a que perdition.

Dès avant le concile, notre Père se dressait comme défenseur cette vérité, fondement de notre vie chrétienne. En 1950, il dénonça à Rome son contradicteur le plus notoire, le père Congar. (…) Il est mort en 1995, comblé d’honneurs, après avoir été nommé cardinal par le pape Jean-Paul II. Obstiné dans cette religion de l’homme inventée par lui. (…) Depuis l’encyclique Ecclesiam suam qui révéla au monde que le pape Paul VI était acquis au réformisme congarien, le parti réformiste l’emporta irrésistiblement, et il n’a plus cessé, depuis lors, de dominer, ne laissant pas le droit de parler, encore moins celui de gouverner, au «  petit reste  » (Is 4, 3) qu’ils persécutent, comme aux derniers temps de l’Ancien Testament, lorsque pharisiens et sadducéens opprimaient les «  pauvres de Yahweh  ».

Et pourtant, un signe du Ciel fut donné à ce «  petit troupeau  » afin qu’il ne «  craigne pas  », selon la recommandation de Notre-Seigneur, et qu’il “ tienne bon ”.

II. LA SAINTE FOI CATHOLIQUE DE JEAN-PAUL Ier

Élection de Jean-Paul Ier«  C’est étonnant, c’est merveilleux, écrivait l’abbé de Nantes au lendemain de l’élection du cardinal Luciani, Dieu, le Christ, l’Église reviennent au premier plan, par la grâce d’un nouveau pontificat. La foi inébranlable et l’extrême charité d’Albino Luciani, la joie souriante et calme de son espérance, ont fait ce miracle. L’Église a préféré un Pape intransigeant sur la foi, libéral envers les personnes, à un autre, libéral dans les idées avec les gens du dehors mais dur et cassant pour les gens de sa propre maison. Le Figaro insiste  : “ Il n’admet pas qu’on puisse transiger sur la foi et sur les exigences morales de l’Évangile. ”

«  Ses prédécesseurs l’auraient donc admis  ? Quant à l’Osservatore romano, il définit l’élu du Conclave en deux mots  : “ Son absolue fidélité au Pape et son catholicisme rigoureux. ” Aujourd’hui il reste la fidélité du Pape à lui-même, à son catholicisme rigoureux dans un cœur doux et humble.  » (CRC n° 133, septembre 1978) (…)

Mais justement  : «  Entre Jean-Paul Ier et nous, écrivait notre Père dans son éditorial d’octobre 1978, entre l’héritage de Jean et Paul qu’il déclarait assumer et notre ligue de Contre-Réforme, demeurait une contradiction irréductible sur des points de foi, précis, importants…  » comme la liberté religieuse et le culte de l’Homme. (…) «  Aussi nous disait-on en France et à Rome depuis quinze ans que nous nous trouvions engagés dans une voie sans issue.  »

«  Or l’issue, Jean-Paul Ier nous l’a rouverte. Par un simple mot, d’honnêteté, d’humilité. Le mot à lui seul défait l’hérésie, débloque l’impasse conciliaire. À lui seul ce mot justifierait le règne trop bref de ce Pontife sur le trône de saint Pierre, dans l’unanimité de l’Église se reconnaissant en lui. Avouant ses luttes intimes, lors du Concile, et la difficulté de se rallier aux thèses des novateurs, en particulier à leur théorie de la liberté religieuse, il avait eu cette confidence  :

«  “ La thèse qui me fut le plus difficile à accepter fut celle de la Liberté religieuse. Pendant des années j’avais enseigné la thèse que j’avais apprise au cours de droit public donné par le cardinal Ottaviani, selon laquelle seule la vérité avait des droits. J’ai étudié à fond le problème et, à la fin, je me suis convaincu que nous nous étions trompés. ” (ibid.)

«  La phrase avoue un désarroi, ce désarroi qui est encore le nôtre  », commentait l’abbé de Nantes  :

«  D’un coup, la franchise du Pape restaurait les vraies proportions du drame présent et le droit de tous d’être entendus, même après Vatican II, sans excommunication frauduleuse. (…) Avouer l’erreur possible, la tromperie dans un sens ou dans l’autre, c’est rendre la paix à l’Église en renvoyant ces questions difficiles au domaine des libres opinions, dans l’attente d’un Vatican III dogmatique ou de définitions infaillibles du Pape.  » (CRC n° 134, octobre 1978, p. 4)

Audience de Jean-Paul IerEn attendant, «  Jean-Paul Ier par ses discours simples et ses belles paraboles réchauffait, éclairait, libérait les cœurs et les esprits des fidèles. Il donnait sous cette forme bénigne, comme Jésus en Galilée, un enseignement évangélique très pur, un trésor de doctrine. Et ses ennemis, qui ne l’appréciaient pas, se moquaient déjà de son style vieillot et de sa naïveté villageoise.  » (CRC n° 134, octobre 1978, p. 3). (…)

La préoccupation majeure de Jean-Paul Ier était de restaurer l’unité dans l’Église. (…) L’abbé de Nantes rejoignait d’autant mieux ce souci du Saint-Père qu’il avait fondé la ligue de la Contre-Réforme catholique dans ce seul but. (…) Avec l’avènement de Jean-Paul Ier, tous les espoirs étaient permis. «  Pour l’union, pour la réconciliation nous sommes prêts ici à de grands sacrifices, étant sauves la foi, l’espérance et la charité.  »

Mais Dieu en avait disposé autrement  : «  Le Père que l’Église nous avait donné dans la joie universelle le 26 août au soir, trente-trois jours plus tard Dieu l’a rappelé soudainement à Lui, le 28 septembre, pour notre chagrin à tous et notre consternation. “ Dieu nous l’a donné, Dieu nous l’a repris, que son saint Nom soit béni. ” (Job 1, 21) Et pourtant, en l’apprenant au matin du 29 septembre, nous nous sommes sentis orphelins comme cela ne nous était pas arrivé depuis vingt ans.  » (CRC n° 134)

Et la lutte mortelle reprit vigueur. (…) Parallèlement à l’exclusion de Fatima, les dérobades et détournements de pouvoir vont se succéder pour exclure aussi la Contre-Réforme catholique.

III. UNE INFÂME EXCLUSION

L’abbé de Nantes tenta de donner une suite à la démarche entreprise par les bons offices du cardinal Marty et de Mgr Etchegaray en écrivant au cardinal Seper le 8 mars 1979  :

«  Je voudrais, pour rentrer dans l’obéissance intérieure et extérieure au Pape et à nos évêques, que me soient précisées leurs exigences dogmatiques et disciplinaires, sereinement distinguées des opinions et options particulières qui ne peuvent obliger au même titre, selon l’adage  : In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas, l’unité dans les choses essentielles, dans les options secondaires le pluralisme, toujours et en tout la charité.  » (…)

Notre Père joignait de nouveau à sa lettre le “ tract n° 2 ” sur “ La Paix de l’Église ” et qui résume en trois lois fondamentales du Royaume de Jésus-Christ les conditions de cette paix  :

1° Tout fidèle a le droit absolu de vivre sa religion traditionnellement.

2° Tout novateur qui prétend imposer sa doctrine et ses réformes en accusant la Tradition d’erreur ou de vice doit être condamné.

3° Les nouveautés qui s’introduisent et se répandent spontanément dans l’Église, en marge de la tradition mais non contre elle, peuvent jouir de privilèges dont le Magistère est juge.

Toute l’œuvre de l’abbé de Nantes est une “ vitrine ” de ce programme de pacification et de renaissance  : défense de la tradition par une étude approfondie, dans tous les domaines  ; attaque sans relâche de la nouveauté révolutionnaire introduite par le concile Vatican II  ; remise en chantier de toutes ces «  choses nouvelles  » qui, «  dans l’esprit de la meilleure tradition  », apporteront demain «  les énergies et les lumières neuves de l’Esprit-Saint pour notre temps  ».

C’est par là que son œuvre est gigantesque. Critiquer la nouveauté au nom de la tradition est finalement chose facile. Mais préparer Vatican III, restaurer le catéchisme, développer une nouvelle apologétique, forte de toutes les acquisitions de la science moderne… Refaire une théologie des sacrements, en particulier proposer une “ nouvelle Messe ” capable de rejeter aux oubliettes la pernicieuse Messe de Paul VI, élaborer une morale «  totale  »… c’est à dire une morale catholique et non pas “ laïque ”. (…)

Le tout à la lumière d’une connaissance approfondie des Grandes crises de l’Église (1975, t. VII de la CRC), qui situe l’abbé de Nantes in medio Ecclesiæ, au centre de l’Église, non pas dans un “ juste milieu ”, mais au centre, avec les Docteurs de l’Église. Aussi sera-t-il considéré comme le Docteur de l’Église au vingtième siècle, particulièrement dans son opposition au pape Jean-Paul II.

DE PAUL VI À JEAN-PAUL II

Jean-Paul IIIl apparut très vite qu’aucun apaisement n’était à espérer du pape Jean-Paul II. (…) Le fil des tractations était brisé, et toutes les tentatives faites pour le renouer, échouèrent  : «  Je n’existe plus pour Rome. (…)  » dira l’abbé de Nantes à ses lecteurs en juin 1980.

En mai 1981, pourtant, le 13 mai  ! la secrétairerie d’État répondait très officiellement à un correspondant particulier  :

«  En ce qui concerne l’abbé Georges de Nantes, la secrétairerie d’État vous rappelle que sa situation actuelle n’est pas due à un simple malentendu avec son évêque, comme vous semblez le croire, mais bien à des erreurs théologiques graves.  » (…)

Notre Père m’envoya à Rome pour obtenir, difficilement  ! un entretien avec qui de droit pour savoir quelles étaient les «  erreurs théologiques graves  » de l’abbé de Nantes. (…)

Mgr Re, troisième personnage de la secrétairerie d’État, me reçut. Tout en assumant la responsabilité de ladite lettre, écrite par un subordonné, il me déclara nettement ne connaître dans les écrits et dans l’enseignement de l’abbé de Nantes «  aucune erreur dogmatique, ou doctrinale, ou même simplement théologique. Néanmoins, on peut reprocher à l’abbé de Nantes, d’une manière beaucoup plus générale, une situation ecclésiale erronée.

Que voulez-vous dire  ? L’abbé de Nantes observe scrupuleusement la “  suspens a divinis ”. Quant à la “  disqualification ” d’août 1969, elle n’a aucune valeur canonique.

C’est vrai. Mais votre refus du Concile vous place dans une position ecclésiale erronée.

C’est bien toute la question  ! L’abbé de Nantes, lui, affirme que c’est le Concile qui place le Pape, et vous-même, Monseigneur, par la même occasion, en position ecclésiastique hérétique, schismatique et scandaleuse.  »

Pour ma part, je sortais plutôt découragé de cette audience. Mais notre Père s’empressa de publier et de commenter les aveux du prélat romain  :

«  Le principal, le suffisant est fait. (…) Mais alors, s’il est reconnu que je ne suis pas dans l’erreur, Celui que je contredis et combats, Celui auquel je m’oppose sur la foi et la morale, l’est donc, dans l’erreur, et jusqu’au cou  ! Si cela n’était, maintenant que j’ai obtenu la rétractation de la diffamation qui m’accablait, la réconciliation serait facile, immédiate.  »

NOUVELLE REMONTRANCE

Remise du Liber II à Rome, le 13 mai 1983.

À Rome le 13 mai 1983.

«  Las  ! blanchi par l’assesseur de la secrétairerie d’État, en échange de cette justice, je ne puis rien rétracter de mes désaccords, rien relâcher de mon opposition. Au contraire  ! Il faut bien que Celui, que ceux qui font erreurs sur erreurs, en matières dogmatiques et morales graves  ! sortent de leurs erreurs. Et qu’ils ne comptent sur aucun courtisan, sur aucun partisan pour le leur demander, pour le leur réclamer, mais sur nous, encore sur nous, et toujours sur nous, terrible charge, glorieuse tâche  ! Car “ nous ne pouvons pas ne pas parler ”.  » Parole de saint Pierre au Sanhédrin (Ac 4, 20)  !

D’où un deuxième livre d’accusation, porté à Rome le 13 mai 1983. Cette nouvelle remontrance répondait plus que jamais aux trois conditions de la paix de l’Église  :

La première condition, celle d’aimer et faire aimer la foi éternelle du peuple de Dieu, notre Père l’avait remplie avec une rare plénitude en développant “ Une mystique pour notre temps ”, recherche d’une «  voie ouverte  » vers l’union à Dieu et la vie mystique (…)  :

«  Or le chemin que nous avons choisi, c’est celui de la beauté.  »

«  De la grâce à la grâce, je veux dire, de la gracieuse beauté des êtres à la bonté toute gracieuse et gratuite de Dieu dont elle est le signe, c’est-à-dire la preuve et l’image, va notre chemin et c’est sur ce chemin que nous devons rencontrer le Christ, Parole de Dieu dans la chair, beauté humaine et Splendeur du Père, visage corporel de la Divinité.  »

Le sourire de Jean-Paul Ier répondit merveilleusement à cette quête de la “ grâce ”.

La seconde condition de la paix de l’Église est de se dresser contre les hérésies, schismes et scandales aggravés par Jean-Paul II, successeur de Paul VI et non pas de Jean-Paul Ier, parce que, précisément, il ferme l’accès à cette grâce. C’est l’objet du deuxième Liber accusationis. (…)

Pour la deuxième fois, l’abbé de Nantes accusait. Mais d’unLiber à l’autre, quelle différence  !

En effet, Paul VI était plus «  un homme cultivé qu’un penseur, un émotif non un intellectuel. (…)

«  Il n’avait pas l’envergure d’un hérésiarque… Je crois qu’il était tout juste un démagogue. Disciple convaincu de ces Français légers et vaniteux, les Maritain, Mounier, Congar, de Lubac, et l’immanquable Teilhard (…). Petits esprits progressistes, sans commune mesure avec les maîtres du modernisme germanique  ! Ces Allemands, heureusement, Paul VI ne les comprenait pas. Sa culture latine le rendait allergique à leur profond galimatias.  »

Tandis que Jean-Paul II, c’est autre chose  !

«  Car vous n’êtes plus catholique, vous n’êtes plus chrétien c’est tout un, quoique vous demeuriez de nom et de fait le Souverain Pontife de cette Église dont vous refusez profondément, intellectuellement et volontairement, la foi et l’unité. (…)

«  Ai-je un fait, un texte qui étaie pareilles accusations  ? J’en ai cinq cents, Très Saint Père. Et je n’en donnerai en hors-d’œuvre qu’un seul sur lequel je suis prêt à engager toute ma foi, toute ma vie. Sur lequel pourrait se juger toute la cause. C’est l’un de vos thèmes courants. Celui de la Royauté de Jésus-Christ, royauté qui n’est pas celle d’un Dieu fait homme, mais, pour Vous  ! celle de l’Homme que vous proclamez dieu. (…)  » (Liber accusationis secundus, 13 mai 1983, p. 3)

Dans un livre intitulé “ Dialogue avec André Frossard, N’ayez pas peur ”, pour répondre à une question de Frossard sur la politique tirée de l’Évangile, le Pape explique le dialogue de Pilate avec le Christ, quand celui-ci affirme  : «  Oui, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité.  »

Voici son explication  :

«  Le Christ est roi en ce sens qu’en lui, dans son témoignage rendu à la vérité, se manifeste la royauté de chaque être humain, expression du caractère transcendant de la personne. C’est cela l’héritage propre de l’Église.  » (…)

«  Ce blasphème est le point culminant de votre discours, affirme l’abbé de Nantes. Sacrilège, il dépossède Dieu de sa royauté pour la conférer à l’Homme, à cette idole que tout homme, tous les hommes de notre temps sont invités à adorer, honorer, choyer et servir en eux-mêmes, en lieu et place de l’Homme-Dieu, Jésus-Christ. (…)  »

Nous reconnaissons là ce qui était déjà l’objet de la première remontrance au pape Paul VI. Mais la nouveauté décisive est d’apprendre que «  le culte de l’homme  », «  notre nouvel humanisme  », comme disait Paul VI, fut introduit au Concile par Karol Wojtyla, et compris de lui seul comme une “ synthèse ” hégélienne entre le monde moderne et sa philosophie athée, d’une part, et la religion catholique d’un Pape consacré à la Sainte Vierge par sa devise «  Totus tuus  », d’autre part.

L’objet du deuxième livre d’accusation est de démonter cette mécanique infernale, en particulier par l’analyse d’une retraite donnée par Jean-Paul II lorsqu’il n’était encore que le cardinal Wojtyla, archevêque de Cracovie, en 1976, deux ans avant son élévation au trône pontifical. Le titre de cette retraite, “ Signe de contradiction ”, évoque la parole du vieillard Siméon à la Vierge Marie le jour de la Présentation  : «  Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël. Il doit être un signe en butte à la contradiction.  » (Lc 2, 34)

Pour Jean-Paul II, c’est le signe de la contradiction hégélienne entre thèse et antithèse, religion catholique et athéisme moderne. La “ synthèse ” qui surmonte cette contradiction, c’est la révélation apportée par le cardinal Wojtyla  : l’idée selon laquelle Dieu ne veut pas de cette royauté de l’homme, c’est cela le péché originel, la suggestion de Satan  ! Satan a suscité à l’origine un effroyable, un injuste malentendu, que Jean-Paul II dissipe.

En quoi consiste le malentendu  ? À imputer à crime ce qui est le plus naturel à l’homme, le plus normal. Car c’est un mensonge de Satan de nous faire croire que Dieu ne tolère pas que l’homme se fasse lui-même Dieu, alors qu’il en a l’incoercible désir. (…)

Tel est le «  nouvel humanisme  » proclamé par Paul VI dans son discours de clôture du Concile, mais introduit par Karol Wojtyla. Ainsi, selon Karol Wojtyla devenu Jean-Paul II, «  la “ Vérité ” dont témoigne Jésus devant Pilate, c’est ce que prêche le concile Vatican II, dont Jean-Paul II nous assure que c’est la foi… Mais le Concile, en cet endroit, c’était déjà lui  ! Donc la Parole de Dieu aujourd’hui est, sur parole de Karol Wojtyla, Parole de Wojtyla  ! Telle est concrètement la foi en l’homme aujourd’hui dans l’Église  : la foi de Jean-Paul II en Jean-Paul II. Il y a cercle  !  »

Comment briser le cercle  ? Par la patience des saints. (à suivre)

Frère Bruno de Jésus-Marie
Extrait de Il est ressuscité  ! n° 24, juillet 2004, p. 21-30

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