La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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FILS DE L’ÉGLISE

V. L’humiliation de Dieu et la patience des saints (1983-1987)

EN 1970, (…) notre Père assignait trois causes à «  l’épouvantable dissolution de l’Église  »  : 1° Le modernisme, «  doctrine et parti, que dénonça et condamna saint Pie X  »; 2° «  La complicité criminelle que le Pape et les évêques accordent à la secte moderniste  »; enfin, 3° «  le manque de sainteté du peuple chrétien (…)  ».

«  C’est pourquoi, après avoir dénoncé les entreprises des modernistes et la complicité du Pape et des évêques, nous devons nous en prendre à nous-mêmes, nous religieux et religieuses, prêtres et fidèles, de ce que nous ne sommes pas des saints, ou de ce que nous n’avons pas mérité par nos prières, nos œuvres de pénitence et de miséricorde, notre bonne conduite, que Dieu suscite encore parmi nous une réaction salvatrice.  » (CRC n° 38, novembre 1970)

I. LE MODERNISME PONTIFICAL, HUMILIATION DE DIEU

Depuis l’avènement de Jean-Paul II, les deux premières causes de «  l’épouvantable dissolution de l’Église  » n’en font plus qu’une. (…)

Élection de Jean-Paul IIEn étudiant attentivement la vie de Karol Wojtyla, ses idées, sa théologie, notre Père montrait que celui-ci s’était employé toute sa vie à la création intellectuelle d’une dialectique humaniste et chrétienne, et à sa mise en pratique dans une pastorale révolutionnaire qui lui valut d’être élevé au souverain pontificat, d’où il enseigne son humanisme séculier, et en pousse la réalisation dans tous les domaines et à tous les niveaux de l’Église. (…)

Le pape Jean-Paul II enseigne tout autre chose que la vraie religion, «  cet admirable et véritable échange de la divinité avec l’humanité, qui commence sur terre pour aller à son comble dans la Vie éternelle  ». Au culte d’adoration entière et exclusive à Dieu, notre Créateur et notre Père, à l’adhésion de foi et d’amour donnée au Verbe, Fils de Dieu fait homme, notre Seigneur et notre Sauveur, le pape Jean-Paul II substitue le culte de l’homme. Il l’a dit lui-même en France en 1980. Il suffit de le citer pour en être épouvanté  :

«  La dimension fondamentale qui est capable de bouleverser jusque dans leurs fondements les systèmes qui structurent l’ensemble de l’humanité, et de libérer l’existence humaine individuelle et collective des menaces qui pèsent sur elle, c’est l’homme, l’homme dans son intégralité, l’homme qui vit en même temps dans la sphère des valeurs matérielles et dans celle des valeurs spirituelles. Le respect des droits inaliénables de l’homme est la base de tout.

«  Cet homme est unique, complet et indivisible. Dans le domaine culturel, l’homme est toujours le fait premier   : l’homme est le fait primordial et fondamental de la culture… C’est en pensant à toutes les cultures que je veux dire ici, à Paris, au siège de l’Unesco, avec respect et admiration   : “ Voici l’homme   !  ”  » (Livre d’accusation n° 2, p. 69)

C’est la parole de Pilate présentant Jésus à la foule après l’avoir fait flagellé. Ainsi, dans l’humanisme de Jean-Paul II, l’homme «  unique, complet et indivisible  » a pris la place de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, en raison d’une philosophie condamnée par saint Pie X dans l’encyclique Pascendi Dominici gregis. (…)

En effet, «  la première tête de cette hydre de Satan que saint Pie X entreprend de vaincre est celle du philosophe agnostique. (…)  »

Or, la philosophie de Karol Wojtyla «  ne se distingue en rien de la philosophie humaniste moderne  ». Car Jean-Paul II fait profession de «  rejoindre “ l’homme qui se fait dieu ” non pas seulement par bonté ou par flatterie, comme Paul VI, mais par une intime identité de conceptions philosophiques avec les penseurs athées de ce temps et par approbation de leurs plus surprenantes audaces dialectiques.  »

Jean-Paul II disait à André Frossard  : «  (…) Nous aurions du mal à vivre dans un monde d’“ avant Copernic ”, d’“ avant Einstein ”,… et même d’“ avant Kant ”.  »

Avant Kant, toute la science européenne obéissait d’instinct au premier principe de la scolastique, selon lequel l’homme tire toutes ses idées, et donc ses jugements et sa science, de la connaissance de l’univers sensible. (…) Kant renverse les rôles en déclarant que la science de l’homme est le reflet de sa propre intelligence et non pas le reflet des choses… et de l’intelligence de Dieu qui les a créées. (…)

Jusqu’au concile Vatican II, l’Église catholique refusa fermement ce transfert du monde objectif et de l’Être divin à l’homme, cette «  relativité généralisée  » en vertu de laquelle le seul principe absolu est que tout est relatif à l’homme.

Tout le Livre d’accusation numéro 2 est une terrifiante démonstration (…) de la formidable hérésie de Jean-Paul II, «  Pape philosophe  », imbu de philosophie kantienne. C’est plus qu’une hérésie, c’est une apostasie en trois temps trois mouvements, singerie diabolique des étapes historiques du mystère de la Rédemption  :

Un Vendredi saint spéculatif, fruit d’une philosophie qui aboutit à l’anéantissement de la religion. Au théocentrisme “ obsédant ”, le pape Jean-Paul II ne cesse de substituer un anthropocentrisme conscient et délibéré, celui-là même des athées, des agnostiques, des hégéliens et marxistes au milieu desquels il faut vivre désormais, selon lui. (…)

«  Ce “  Vendredi saint spéculatif ” aura mis des années à se traduire dans la réforme de la vie chrétienne, des habitudes de piété et finalement des croyances, réforme devant aboutir à leur dissolution totale, à leur dépérissement naturel. Le processus, enclenché lors du Concile, est bien avancé.  »

Un Samedi saint dialectique  : au lendemain d’un Vendredi saint déicide, Jean-Paul II décide de rejoindre les “ assassins de la foi ”, et de descendre jusqu’aux enfers pour dialoguer avec eux. (…) C’est la confrontation de l’humanisme athée à la religion catholique. (…)

Pâque idéaliste, ou l’émergence d’une “ autre transcendance ”, n’est pas du tout un retour de l’Ancien Dieu, Créateur, (…) Sauveur, Législateur et Juge à venir . Tout ce “ théisme ” est tombé sous les coups de l’athéisme, de l’agnosticisme, (…) et ne reviendra pas.

Il s’agit donc d’un nouveau Dieu que la “ foi ” de Jean-Paul II lui révèle dans l’homme en voie de création de sa propre et singulière et sublime histoire  : «  Un Dieu nouménal pour un Pape phénoménal  ». L’expression est géniale. Elle prouve que l’abbé de Nantes a pénétré à fond la pensée de Jean-Paul II, mieux que tous ses adorateurs et thuriféraires célébrant «  un Pape hors du commun  ».

Ayant rejeté le “ Dieu théiste ”, qui est le vrai Dieu de notre foi catholique, le Législateur et Juge des vivants et des morts, au profit du Dieu de la conscience et de l’avenir, tout d’admiration et d’amour pour l’homme, le Pape prêche un Dieu sans vie, sans visage, sans parole, sans aucune consistante existence. C’est un “ noumène ”, selon l’expression d’Emmanuel Kant.

Et que reste-t-il  ? Il ne reste plus que la morale de Kant, “ l’impératif catégorique ” d’un Pape moralisateur.

Parce que Jean-Paul II pense avoir atteint, lui, le premier, le seul, à la «  synthèse  » qui doit résulter dialectiquement des «  contradictions  » des étapes antérieures du christianisme et de l’athéisme affrontés, il dit oui au monde moderne et à sa philosophie athée, et en même temps oui à Dieu, à l’Église et à Marie  ! Par «  l’immanence vitale  » condamnée par saint Pie X, mais que lui importe  ? il rétablit, il ressuscite  ! au plus profond de la conscience et dans la vie vécue de chaque être humain, la religion que le modernisme exclut de la réalité physique et historique. (…)

La scandaleuse réunion interreligieuse d’Assise est venue vérifier de manière éclatante cette analyse, trois ans plus tard, en 1986. Pour qui avait parfaitement compris la pensée de Jean-Paul II, il n’y avait là rien d’étonnant  : (…)

«  Splendidement absente des domaines séculiers de la philosophie naturelle ou de la sociologie, la foi moderniste est en revanche partout présente comme la création spontanée et universelle du sentiment humain le plus profond. Ainsi use-t-elle des dogmes et des rites des diverses religions comme des symboles et des instruments de sa vie la plus profonde, toujours à la recherche de formes plus parfaites.  »

II. LA PATIENCE DES SAINTS

Pourtant, nous attendons, en mettant notre confiance dans le Cœur Immaculé de Marie, la résurrection, la vraie  ! Nous l’attendons après le Vendredi saint “ spéculatif ” et le Samedi saint “ dialectique ” qui ont bel et bien conduit l’Église au tombeau. (…)

LE GÉNIE D’UN DOCTEUR DE L’ÉGLISE

Conférence de l'abbé de NantesL’abbé de Nantes ne s’est pas contenté de critiquer, d’accuser le pape Jean-Paul II de tomber sous le coup de la condamnation de saint Pie X. Il a positivement renouvelé l’apologétique scientifique en commençant par une réfutation en règle de la philosophie de Kant, puis en passant en revue le large éventail des sciences modernes  : “ Pour en finir avec Einstein ” en cosmologie, avec Monod en biologie, avec Darwin en biogenèse, avec Konrad Lorenz, avec Teilhard, avec Freud, avec Marx.

Conclusion absolument géniale de cette série d’études dont une seule aurait suffi à remplir une vie  : «  C’est parce qu’ils sont athées que la science des humanistes modernes est folle, qu’elle doit l’être presque nécessairement.  » (…)

«  Savoir raison garder, quelle entreprise  ! Dans ce labeur, on découvre vite avec une immense surprise combien les savants les plus rigoureux dans leurs observations et leurs calculs, et les plus honnêtes, peuvent être enclins au rêve spiritualiste, au mythe panthéiste dès lors que ceux-ci empruntent pour survêtements des concepts scientifiques.

«  Non, la science moderne n’est pas pure, n’est pas libre, n’est pas loyale comme elle en donne tant l’apparence. Non, ce n’est pas la science qui par ses découvertes sensationnelles, a congédié Dieu comme une notion inutile. C’est la négation de Dieu qui a violenté la raison  » et qui a «  contraint toute science de se dévoyer et d’échafauder maintes constructions fabuleuses, hors du sens commun. Pourquoi  ? Pour se passer de l’invisible. C’est Dieu qui manque à la science, plus que la science ne manque à Dieu…  » (CRC n° 168, août 1981, p. 7)

C’est dire que Karol Wojtyla s’est totalement fourvoyé, tant au point de vue de la science que de la philosophie et de la foi, pour une raison bien simple à comprendre  :

«  La révélation divine dont nous sommes les dépositaires ne fonde pas une théorie scientifique, ni elle ne sort de quelque système du monde. C’est d’un autre ordre. Certes, la science et la religion sont en l’homme, dans le monde et dans l’histoire, mais c’est à peu près leur seul point de rencontre.  » (CRC n° 158, p. 7)

LA CHARITÉ D’UN FILS DE L’ÉGLISE

Dans l’éditorial cité plus haut, après avoir reconnu que nous n’avions pas encore mérité «  que Dieu suscitât parmi nous une réaction salvatrice  », oubliant simplement qu’il en constituait une à lui tout seul, et la CRC avec lui,… notre Père continuait  :

«  (…) Travaillons d’abord à notre propre conversion et nous jetterons sur l’épouvantable situation de l’Église un regard neuf. (…) Dès lors que nous prenons le parti de nous sanctifier nous-mêmes, nous nous retrouvons dans la barque, en train de ramer fraternellement avec tous les autres, peut-être plus que les autres, mais pour notre salut à tous. Jésus ne nous a-t-il pas prédit   : “ C’est par votre patience que vous sauverez vos âmes ”  ?  » (CRC n° 38, 19, p. 1-2) (…)

«  Le péché de la foule, qui était auparavant tiède ou médiocre, est de suivre ses pasteurs parce qu’ils la rendent mauvaise. Le péché du petit nombre des bons est de se dresser contre les autres, comme des parfaits, au lieu de chercher au milieu des autres à devenir meilleurs. Nous entrons là dans un domaine spirituel aux nuances infinies, parce que tout se joue d’abord à l’intime de nos âmes, dans l’incessant affrontement du Bon Esprit et du Mauvais, capable de se déguiser en Ange de Lumière et de nous tenter par l’apparence du plus que parfait   !  » (…)

«  Ce qui me guide en tout cela, ce n’est ni mon caprice ni mes passions, c’est la seule et sainte doctrine catholique. Je n’admettrai jamais de placer la question ailleurs et de discuter d’autre chose que de cela. La tactique, la réussite, l’efficacité, l’union, la charité même sont des masques odieux hors de la Vérité catholique. Il faut d’abord être dans le vrai pour être bon et faire le bien.  »

Soutenu par cette longue patience, notre Père se rendit à Rome trois ans plus tard, avec soixante-dix délégués de la Ligue de Contre-Réforme catholique, pour déposer un “ Libelle d’accusation ” contre Paul VI, puis de nouveau en 1983 contre Jean-Paul II.

Sa demande d’audience adressée à ce dernier n’ayant obtenu aucune réponse, notre Père ne se départit pas de “ la patience des saints ”. Il écrivit de nouveau au Saint-Père sans détour  :

«  Je vous accuse publiquement d’hérésie, de schisme et de scandale. Comment pourriez-vous, par vos bureaux, éviter de répondre soit en vous justifiant, soit en vous accusant, devant votre peuple, devant votre conscience même et devant votre Dieu   ?

«  La popularité étrange dont vous jouissez en ce monde, aussi vaine et passagère, aussi orchestrée et suspecte qu’elle soit, Vous persuade et persuade vos admirateurs que Vous êtes au-dessus de toute critique comme de toute loi. Ce n’est pas vrai.

«  Il faut bien que quelqu’un se lève dans la sainte assemblée pour Vous le dire. (…)  » (Lettre à Jean-Paul II du 25 mars 1983; citée in CRC n° 189, mai 1983, p. 8-10)

Le jour de Pâques, 3 avril 1983, notre Père fit une confidence à nos amis  :

«  Pendant de longues années, mon Dieu   ! presque vingt ans, oui, vingt ans   ! je n’ai mené cette lutte contre la réforme de l’Église qu’à la lumière de notre foi commune. (…) La foi, la foi seule suffisait pour nos tous à fonder cette entreprise, à justifier ce combat, unique il faut le dire dans les annales de l’Église. Probablement cette fois la chose est plus terrible. À l’automne dernier, j’en étais remué, pour ne pas employer les grands mots d’accablé, d’écrasé. La foi suffisait encore, et je ne demandais rien au Père pour continuer ce travail.

«  Je ne dis pas que j’ai eu quelque vision ou révélation, cela n’est pas dans la manière de Dieu à mon endroit. Mais une grâce que je ne peux considérer comme m’ayant été donnée pour moi seul. (…)

«  Qu’est donc cet envahissement de l’Esprit-Saint   ? Une paix, une joie, une force sans cause humaine, constante, invariable, inaccessible aux fluctuations de la vie quotidienne, facilités, difficultés, faveur ou défaveur des êtres dont tout dépend pour nous. C’est aussi une communication de certitude   : en suivant cette ligne, nous faisons ce que Dieu veut. (…) Je sais maintenant de Dieu que notre démarche est utile à l’Église, elle s’inscrit dans son histoire, elle fait corps avec le mystère de la croissance du Règne du très Unique et Immaculé Cœur de Jésus et de Marie dans le monde, croissance qui se fait rapide en ce siècle, mais à rebours de ce qu’on en croit et en dit communément. À l’opposé  !

«  Par ce don divin, (…) l’œuvre que je dirige s’est détachée de moi. Dieu la poursuit, par vous   ! par nous ; il la mène selon ses desseins de toute-puissance et de miséricorde tandis que nous n’avons qu’à nous y laisser conduire, mener, agir, le cœur désormais libre de toute crainte, l’imagination de toute frayeur, la pensée de tout doute, n’ayant plus d’autre occupation intérieure que de Lui plaire, notre âme seule à Seul avec Lui, et de Le servir aussi bien dans nos travaux ordinaires et sans importance, que dans des entreprises qui peuvent sembler à bon droit gigantesques mais qui, dès lors, ne sont plus de nous mais de Lui.  » (Lettre à nos amis n° 46, du 3 avril 1983)

Depuis lors, l’abbé de Nantes ne s’est plus départi de cette sérénité.

Bien sûr, il ne fut pas plus entendu en 1983 qu’en 1973, «  mais que nous n’ayons été ni écoutés ni condamnés, témoignera par le silence de l’Église sainte, infaillible, qu’elle reconnut en nous les témoins de son indéfectible Vérité et, plus tard, c’est à ce silence et cette secrète bienveillance maternelle qu’on reconnaîtra sa fidélité sans défaillance à son seul Époux et Seigneur, Jésus-Christ.  » (Livre d’accusation n° 2, p. 135) (…)

Mgr HamerLe 13 mai 1983, Mgr Hamer dit à notre Père, alors que nous étions dans son bureau du Saint-Office pour lui remettre le livre d’accusation contre Jean-Paul II  :

«  Vos erreurs, vous les connaissez très bien.

Je ne les connais pas. Je vous demande de me les indiquer précisément. (…)

Comme Mgr Hamer refusa de les lui indiquer sous prétexte qu’il les avait déjà reconnu, notre Père se leva, et déclara, en présence des cinq témoins présents, et en désignant, derrière Mgr Hamer, un grand crucifix qui pendait au mur  :

«  Au nom du Christ crucifié, au nom de mon Dieu qui sera notre Juge, je dis, Excellence, que vous êtes un menteur.  »

Et se tournant vers le secrétaire  :

«  Notez, s’il vous plaît, Mgr Jarry   : “ Excellence, vous êtes un menteur, un menteur   ! ” Je n’ai rien à ajouter.  »

Et nous quittâmes le parloir. (…) (CRC n° 190, juin 1983, p. 15)

III. L’APPEL AU JUGEMENT DE DIEU
OU LES TROIS CAILLOUX DE DAVID CONTRE GOLIATH

Comme notre Père l’avait déjà dit de ses accusations contre Paul VI, il pouvait redire de celles portées contre Jean-Paul II qu’elles étaient «  justifiées puisque, connues de tous, publiées à des milliers d’exemplaires, elles n’ont trouvé aucun théologien sur la terre pour en débattre publiquement, aucune autorité dans l’Église pour en faire l’objet d’une condamnation dogmatique, bref personne pour en défendre le Pape.  » (CRC n° 190, juin 1983, p. 4)

Aussi, prévoyant en 1983 que les autorités renouvelleraient leur forfaiture de 1973, notre Père avait-il envisagé dès le mois d’avril un ultime recours  : (…)

«  Alors, il nous restera le grand, l’ultime moyen qui est d’en appeler à la Toute-Puissance du véritable et éternel Chef et Pontife de l’Église sainte, et d’invoquer contre un Pape prévaricateur le Nom de Jésus-Christ, juste Juge des vivants et des morts.  » (CRC n° 188, avril 1983, p. 14) (…)

Notre Père écrivit au cardinal Decourtray, archevêque de Lyon, primat des Gaules, le 25 août 1986, vingtième anniversaire de sa suspense  :

«  Ai-je tort   ? Avons-nous tort, nous tous qui demeurons des témoins d’hier et d’avant-hier, contre l’Église du Concile et de l’après-Concile   ? (…) Pourquoi ne pas nous le dire avec toute la force de l’Autorité divine que vos hautes charges vous confèrent, pour terminer cette division et nous ramener dans l’unité de la foi catholique, apostolique et romaine   ?  » (…)

Notre Père précise qu’il demande au Pape de prononcer l’anathème suivant  :«  Si quelqu’un dit que la liberté sociale en matière de religion est un droit naturel de l’homme, qu’il soit anathème   !  » Puis il enchaîne  :

«  (…) C’est aujourd’hui le temps de la Vérité à dire et à vivre, avant que ne vienne le temps de la Justice à entendre et à souffrir. Encore une fois, Éminence, persuadez le Très Saint Père de parler en Docteur infaillible et invincible de la foi catholique et nous baiserons les mains de votre Grandeur avec les sentiments de la plus vive gratitude.  » (…)

Le cardinal répondit qu’il avait «  quelque peine à croire qu’un tel acte aurait l’effet escompté. Mais je transmettrai votre lettre au Saint-Siège.  »

L’a-t-il fait  ? Nul ne le sait. Silence radio du Vatican.

Alors, tel David, notre Père prend un deuxième “ caillou ” dans sa gibecière et le lance à Mgr Vilnet, président de la Conférence épiscopale française, le 11 octobre 1986, anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II  : (…)

«  Excellence, je vous invite tous et vous provoque à vous justifier de nos accusations, et si vous le pouvez, à confondre vos accusateurs, publiquement, dans une controverse sans aucun ménagement pour quiconque, n’ayant en intention que la manifestation de la vérité. Vous dites la détenir   ? Montrez-le, prouvez-le   !  »

Suivait une proposition détaillée des possibilités de rencontre, «  à la télévision nationale  »ou à notre «  réunion annuelle de La Contre-Réforme Catholique, salle de la Mutualité  », peu importe  ! Pourvu que la vérité de l’Esprit-Saint soit manifestée, au terme d’un duel équitable, «  aux immenses conséquences  », comme on en trouve souvent dans l’histoire de l’Église. (…)

Mgr Vilnet fit le mort, mais les évêques de France demandèrent, en catimini, à un jésuite, le Père Sesboüé, de leur présenter une étude sur ce thème  :

«  La doctrine de la liberté religieuse est-elle contraire à la révélation chrétienne et à la tradition de l’Église   ?  » (CRC n° 227, novembre 1986, p. 4 et n° 228, p. 14)

Apprenant cela, notre Père écrivit  :

«  Il faut être né jésuite ou le devenir pour exécuter pareille commande   ! (…) Il est tellement évident que “ la doctrine de la liberté religieuse ”, maçonnique dans ses origines et dans son essence, est “ contraire à la révélation chrétienne et à la tradition catholique ”, qu’il lui était seulement demandé de réussir la gageure d’un demi-mensonge. Qu’il parvienne au moins à établir qu’elle n’est pas contraire, et ce serait déjà beau   ! Car il était inconvenant de demander au Père Sesboüé d’établir que la liberté religieuse découle, comme eau de source, de l’Écriture sainte et de la Tradition. Impossible, vraiment   !  »

Réunion interreligieuse d'Assise, le 27 octobre 1986.

Réunion interreligieuse d’Assise,
le 27 octobre 1986.

Restait à lancer un troisième caillou, en écrivant au cardinal Lustiger, le 11 novembre 1986. Entre-deux, il y avait eu la mise en pratique du “ dogme ” de la liberté religieuse, ce «  jour noir de ce 27 octobre où le Pape avait rassemblé les grandes religions pour la paix à Assise   !  »

«  Je vois qu’il ne nous reste plus que l’appel direct et immédiat au Jugement de Dieu […] avec vous. Oui, Éminence   ! Avec vous…  » Et de proposer que, dans l’année qui allait courir du 8 décembre 1986 au 8 décembre 1987, «  celui qui erre soit frappé par Dieu de mort, et que l’autre soit épargné.  »

Avec, pour champions de cette ordalie  :

«  Comme tenant de la foi catholique romaine immuable, et rejetant sa contradiction conciliaire et pontificale récente, moi, Georges de Nantes, prêtre de la sainte Église.

«  Comme garant de la doctrine nouvelle de la liberté de religion considérée comme un droit naturel de l’homme en société, et en conséquence de toutes les autres nouveautés des décrets et déclarations du Concile relatifs à l’œcuménisme, aux religions non chrétiennes, à l’ouverture au monde, Votre Éminence, le cardinal Jean-Marie Lustiger. (…)  »

Notre Père ne reçut, en retour, pas le moindre accusé de réception, sinon celui de la poste… Ce qui revenait, de la part de Lustiger, à se déclarer battu par forfait.

Le choix de Dieu, de Mgr LustigerBien plus, loin d’en appeler à Dieu, il prétendit rendre lui-même le jugement dans un livre publié à trois jours de l’expiration de cette “ année de la foi ”, sous le titre Le choix de Dieu. C’était la réponse du Seigneur  !

«  Je n’aurais jamais supposé ce que je viens d’apprendre, et de bonne source   : Que le cardinal Lustiger très soucieux de mon ordalie, pensa prendre les devants, avoir le dessus, et tout l’an s’acharna à rédiger et vite publier, se substituant lui-même au Juge, la Réponse du Seigneur, oui, oui   ! le “ Choix de Dieu ”, juste pour faire un éclat dans la presse, à la télévision, partout le 8 décembre   ! C’est moi, dit-il, que Dieu a choisi, et de Nantes est exclu. (…)  »

Et pour faire bonne mesure, le 9 décembre, à l’audience du mercredi, le pape Jean-Paul II condamnait, mine de rien, l’abbé de Nantes, en disant  : «  Jésus ne fait jamais de miracle pour punir quelqu’un, même coupable ; il s’y refuse aussi pour sa gloire ou pour sa propre défense.  » (CRC n° 240, février 1988, p. 2) (…)

Jean-Paul II condamnait-t-il «  la dureté de saint Pierre – ou plutôt de Dieu même, de Jésus-Christ décidant leur mort   ! – à l’égard d’Ananie et de Saphire (Ac 5), celle de saint Paul envers le magicien Élymas (Ac 13) et à l’encontre de l’incestueux de Corinthe qu’il “ livre à Satan ” avec le concours de toute l’assemblée des fidèles et “ avec la puissance de notre Seigneur Jésus ” (1 Co 5), pour ne parler que des ordalies ou anathèmes corporels et non des spirituels, innombrables, incessants   ?  »

Dans ce cas, «  l’allocution de Jean-Paul II le 9 décembre constitue, soit une nouvelle révélation concernant la vérité de Jésus, soit la révélation d’un nouveau Jésus qui n’est pas celui de l’histoire et de la tradition ecclésiastique. Dans les deux cas la foi catholique est violée, adultérée par Jean-Paul II, et cela encore est pour nous une réponse du Seigneur provoquant notre adversaire à manifester, pour nous nuire, son antichrisme foncier.  » (CRC n° 240, février 1988, p. 2)

CONCLUSION  : PATIENCE…

«  Ainsi rien n’est fini. Nous sommes renvoyés à notre combat par Dieu même. Il a laissé parler, agir, triompher encore nos adversaires.  » (Lettre à la Phalange, n° 16, 1er janvier 1988)

«  Et depuis, c’est la foi nue. Je veux dire   : c’est le simple acte intellectuel par lequel chacun voit l’opposition entre le Credo et la nouvelle religion que les autorités de l’Église lui substituent, qui nous fait tenir à la CRC. (…)

«  Il m’est donc absolument clair que Dieu Tout-Puissant n’a pas voulu répondre à mon, à notre Appel, parce qu’Il était déjà trop évidemment insulté, blasphémé, et sa Sainte Mère également, pour se sentir enclin à donner des signes surérogatoires à cette “ génération perverse et adultère ”.  » (Inédit) (…)

Frère Bruno de Jésus-Marie
Extraits de Il est ressuscité  ! n° 28, novembre 2004, p. 3-12

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