La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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109. Une liberté théorique

Le libéralisme économique, ou capitalisme libéral, est né de deux subversions modernes, menées la première contre Dieu, la seconde contre les rois. Mais il constitue une troisième, menée cette fois contre les communautés humaines. Il est anti-écologique.

1. C’est la pratique, peinte plus tard en théorie scientifique, d’une vie sociale sans loi divine positive qui en oriente, règle, adoucisse les mécanismes brutaux, et sans autorité politique qui soumette les intérêts particuliers aux nécessités majeures du bien commun, qui leur conserve aussi un certain équilibre et une stabilité indispensables, une justice supérieure. Alors la puissance sociale matérielle, et surtout financière, développe tous ses effets sans entrave. La recherche du plus grand profit et du rendement, la domination du marché, l’accaparement des biens, et par eux, du pouvoir et des honneurs, et jusqu’à l’achat des consciences, l’emportent sur toute autre considération.

Telle est la civilisation matérialiste, ou plutôt tel est le triomphe sur la civilisation chrétienne de la vieille conception talmudique de l’existence, devenue le fondement de la société anglo-saxonne, calviniste et puritaine  : la richesse signe de bénédiction  !

2. Pareille théorie de la vie en société serait déjà proprement inhumaine. Appeler des millions, des milliards d’hommes, émancipés de toute contrainte, affranchis de toute retenue morale, à organiser et mener leur vie comme ils l’entendent, guidés par leur seul intérêt matériel immédiat, constitue le plus insensé manifeste de révolution sociale. Pareille frénésie de liberté économique implique une négation radicale de tous les facteurs naturels d’équilibre écologique, faute desquels l’homme devient un loup pour l’homme  ! Toute prudence familiale, communautaire, corporative sera bannie des rapports individuels en même temps que tout ordre politique et que toute mystique de charité fraternelle.

3. La pratique de ce libéralisme est plus monstrueuse encore. Car elle fait apparaître, en dehors et au-dessus des milliards d’individus, libérés de toute loi et bien plutôt dépouillés de toute protection en vertu du Système, une classe possédante, plus puissante, que ce Système autorise à s’enrichir toujours davantage, à dominer l’économie et à s’établir en solides dynasties, en coalitions, en sociétés multinationales, elle seule profitant des cadres sociaux, des forces et des prudences écologiques qu’elle conserve pour elle et qu’elle refuse aux autres, aux pauvres, pour garantir sa seule prospérité  ! Car telle est la malice cachée du système libéral capitaliste.

Mais prudence de caste qui se maintient dans une théorie et un climat d’imprudence générale, cette écologie familiale dynastique qui se fortifie de la dissolution sociale universelle finit par être elle-même contaminée par l’anarchie qu’elle prêche. Et la ploutocratie, ayant par système décomposé la société, trouvera dans son système même sa propre perte.

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