La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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111. La science économique… n’est pas innocente

Tant que les libres échanges et contrats se sont effectués au sein de vivantes communautés naturelles, ils sont demeurés civilisés, empiriquement modérés par la prudence écologique, la justice morale, la charité chrétienne. La mesure de la valeur, les lois de l’échange, les mécanismes de la concurrence, les conditions du profit maximum sont restés peu connus, une telle étude n’ayant d’autre intérêt que théorique. Au contraire, depuis que le libéralisme isole le marché et le prive de toute règle extérieure, son libre jeu est devenu l’objet d’une science très mensongère dite «  économique  ». Aristote, lui, n’y voyait qu’une science secondaire, la «  chrématistique   », science de la production et de l’échange des biens matériels dans la Cité. Comme il avait raison  !

1. La «   science économique   » moderne est donc la connaissance systématique et pratique des mécanismes du marché, spontanément institués, relancés, développés et automatiquement réglés par la libre rencontre et confrontation des intérêts individuels dans une société non bloquée, non protégée, ouverte par principe à toute initiative. Ainsi se trouvent à tout instant réciproquement informés, mesurés, équilibrés les divers opérateurs de la vie économique, le capital et le travail, la production et la consommation. La société libérale se trouve en autogestion spontanée. La science économique s’applique à en connaître les mécanismes.

2. En réalité, cette science des mécanismes du marché n’est utile qu’à la classe possédante qui, seule, a la liberté effective d’entrer ou non dans ce jeu du marché et d’orienter la partie à sa convenance. Le consommateur a besoin d’acheter tel produit et tout de suite  ; le commerçant, l’ouvrier, le paysan ont besoin de trouver pour tel travail qui est le leur, un salaire ou profit immédiat. Et le rentier, les intérêts du capital dont il vit. Tous sont contraints par le besoin et liés au caractère particulier de leur apport. Ils arrivent au libre marché en condition de demandeurs. Le financier au contraire, avec sa «  fortune anonyme et vagabonde   » (Duc Philippe d’Orléans, 1899), n’est contraint par aucune nécessité de temps ni lié par aucune forme d’emploi. Il règne sur le marché et la connaissance de ses mécanismes lui permet de gagner à tout coup.

Aussi la science économique s’est-elle mise à son service exclusif, jusqu’à ce que les États s’en mêlent. Elle le renseigne sur les voies du profit maximum de l’argent fluide dans un marché non protégé. De telle sorte qu’enfin la grande banque dirige tout le jeu et conduit selon son intérêt la concentration des capitaux, la production industrielle, le commerce et jusqu’à la consommation des biens  ! Cette science qu’on prétend orientée vers la plus grande prospérité générale, en fait est l’instrument d’accélération du processus fatal par lequel l’argent domine toute la vie économique, «  libérée  » de toute autre contrainte, et l’asservit aux lois de son profit. C’est une philanthropie très particulière.

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