La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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112. L’imprudence du capitalisme libéral

La vie humaine sur terre est réglée divinement et naturellement par de secrètes harmonies qu’il est prudent de connaître et de respecter. Ou alors Dieu punit l’impie, la nature se venge de l’imprudent, la société se rebelle contre le faux frère et l’exclut. Le libéralisme devait connaître cet effet de boomerang. L’idée de liberté, lancée par le capitalisme contre tout autre pouvoir, revient le frapper à son tour. La force vitale de la société traditionnelle était l’intérêt familial prudemment ménagé. Le libéralisme lui a substitué la libre recherche individuelle du profit maximum dans un marché sans contrainte où l’argent décide absolument de tout. Mais «  que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme   », et sa vie même  ?

1. Les bienfaits du capitalisme libéral sont évidents. Ce sont  : l’accroissement fantastique de la production des biens matériels et le perfectionnement constant des moyens de production  ; l’augmentation du volume et de la mobilité du capital d’investissement  ; le progrès inouï des mécanismes du marché, et, en fin de course, la satisfaction croissante des besoins individuels, même amplifiés et diversifiés jusqu’au déraisonnable. C’est une performance.

Le plus remarquable et le plus hautement revendiqué par les économistes libéraux tient dans «  l’information et la régulation automatiques de l’activité économique par le marché libre   », faisant de cette création du libéralisme «  une institution hautement désirable   » (Aftalion).

2. Les méfaits du libéralisme économique sont pourtant fort graves. Ils tiennent essentiellement dans la destruction systématique des autres éléments régulateurs de la vie sociale ou dans leur dégradante assimilation à sa loi de profit, et dans la corruption interne de son propre modèle de société, sa «  décomposition   » inéluctable (Schumpeter).

On le critique à tort des «  crises  » sévères qu’il rencontre dans son progrès sans cesse accéléré. Cependant, ces crises ne proviennent que de déséquilibres passagers, dits «  facteurs endogènes   », entre production et consommation, offre et demande, moyens et fins. Le système les a jusqu’à ce jour surmontées, malgré l’écrasante médiocrité de ses dirigeants et de ses penseurs appointés.

L’imprudence capitaliste impardonnable est ailleurs  : dans son aveugle obstination à détruire toutes les forces qui ne sont pas d’argent et à écraser, exploiter, consumer toutes les faiblesses dont il se croit le maître. Les grandes crises qui bloqueront le système et provoqueront l’effondrement du monde capitaliste proviendront de causes extérieures, de «  chocs exogènes   » que nul ne veut prévoir, faute d’y pourvoir  : la revanche des esclaves contre l’Argent.

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