La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

NOTRE-DAME DU LAUS

Notre-Dame du Laus

Notre-Dame du Laus  :
Statue du maître-autel de la chapelle de Bon-Rencontre offerte par Honoré Pela en 1716.

LE sanctuaire de Notre Dame du Laus, fondé en 1665 est situé au cœur des Alpes du Sud, dans le diocèse de Gap. C’est dans un cadre féérique de collines et de villages surplombant la petite vallée de la Vance que ce sont déroulés de 1664 à 1718 les événements surnaturels qui ont donné naissance à ce pèlerinage et dont l’héroïne est une bergère  : Benoîte Rencurel.

LA VÉNÉRABLE BENOÎTE RENCUREL

Benoîte est née le 17 septembre 1647 à Saint-Étienne-d’Avançon qui à l’époque faisait partie du l’archidiocèse d’Embrun. Orpheline de son père à l’âge de sept ans, sa mère la plaça comme bergère lorsqu’elle eut douze ans, pour garder les troupeaux dans la montagne. Dans sa petite enfance, elle entendit un sermon de son curé montrant comment la Mère de Jésus était «  toute miséricordieuse  », c’est-à-dire compatissante pour pardonner aux pécheurs et les convertir. Bouleversée par cette révélation, elle, pourtant innocente et pure, se sentit profondément attirée vers la Vierge Marie et éprouva un grand désir de la voir, dès cette terre, et de se mettre à son service.

Un jour, alors qu’elle gardait son troupeau sur un petit sommet près d’un ancien ermitage bénédictin sous le patronage de saint Maurice, celui-ci lui apparut, lui donna à boire de l’eau du puits et lui dit d’aller dans le vallon au-dessus de son village. C’était au début du mois de mai 1664. Le lendemain, elle lui obéit et elle vit la Sainte Vierge qui tenait par la main un Enfant d’une beauté extraordinaire  ! La céleste rencontre se renouvela tous les jours, pendant quatre mois, jusqu’au vendredi 29 août.

Déjà, quand Benoîte avait trois ou quatre ans, un mercredi des Cendres 1651 ou 1652, «  une belle Dame inconnue  » était passée au village et avait trouvé les enfants en train de se barbouiller le visage de boue, pour faire comme monsieur le Curé qui leur avait imposé les Cendres. S’approchant de Benoîte, la “ belle Dame ” lui avait lavé le visage et la bouche à la fontaine, et avait recommandé à tous d’être bien sages  ; elle était disparue.

Quelques années plus tard, Benoîte avait huit ans, une grande Dame passa au village, quêtant du pain dans les maisons où étaient morts des enfants. Elle en ramassa un plein panier qu’elle porta à un pauvre du village connu pour sa piété, et elle lui demanda de dire tous les jours les Psaumes de la pénitence et les Litanies des saints. Les fillettes du village avaient suivi cette Dame, qui leur offrit de prendre un morceau de pain et, pendant qu’elles se servaient, était disparue. (…)

Saint-Étienne le Laus

L’église de Saint-Étienne le Laus, où Benoîte fut baptisée, fit sa première communion et entendit un sermon de son curé lui donnant l’envie de voir la Sainte Vierge… désir exaucé peu de temps après au vallon des Fours, à deux kilomètres de là. Le chœur et la première travée existaient au dix-septième siècle.

Quatre ans plus tard, Benoîte et sa jeune sœur conduisaient un âne chargé de 4 grands sacs de blé. Presque arrivé au moulin, l’âne tomba. C’est alors qu’une belle Dame s’approcha des fillettes et les aida à relever l’animal. Comme la nuit tombait, elle leur conseilla d’aller au village voisin chez un homme qui les recevrait. Ce qu’elles firent…

Un jour, que sa mère l’avait envoyée chercher de l’herbe à Valserres, à quelques kilomètres de Saint-Étienne, elle entra dans l’église paroissiale et y passa toute la journée en prière. Soudain, elle s’aperçut que la nuit tombait et se mit à pleurer  : elle n’avait pas d’herbe à rapporter  ! Mais à la porte de l’église, elle trouva son sac plein d’herbe et lié par une corde.

Pauvre, généreuse, attentive à la misère des autres, au point qu’un jour, elle partagea le pain que lui avait donné une veuve chez qui elle travaillait entre les enfants de cette veuve, disant qu’elle mangerait la semaine suivante chez un autre maître.

Un dernier fait surnaturel pour nous faire une idée des vertus de Benoite avant les apparitions  : elle avait environ treize ans, alors qu’elle gardait ses moutons auprès d’une source, des muletiers lui coururent après. Pour préserver sa pureté, elle n’hésita pas à s’engager sur un terrain marécageux qu’elle traversa sans encombre tandis que ses poursuivants enfonçaient jusqu’aux genoux. (…)

LA CHAPELLE DE BON-RENCONTRE

Monument de Pindreau

Un groupe sculpté (1926), représente la Sainte Vierge et Benoîte, à Pindreau où Marie dit à Benoîte qu’elle la verrait désormais au Laus.

C’est ainsi qu’au début du mois de mai 1664, Benoîte mena son troupeau sur le flanc de la montagne du Laus, de l’autre côté de l’Avance, face à Saint-Étienne et, soudain, «   la très-digne Mère de Dieu luy parut éclatante comme un soleil. 

«   Quand vous voudrez me voir, désormais, vous le pourrez dans la chapelle qui est au lieu du Laus. Et d’où sortiront de bonnes odeurs.  »

Puis elle disparut.

«   Le lendemain, elle s’en fut au lieu-dit, cherchant et sentant à toutes les portes des maisons pour trouver la chapelle où elle sentira de bonnes odeurs. À l’une d’elles, à demi ouverte, elle sent l’odeur de parfum et aperçoit la Divine Marie sur l’autel dénudé, du côté droit de l’autel  ; Elle luy dit qu’elle l’avait bien cherchée, mais qu’il ne fallait pas pleurer  ; qu’elle luy avoit pourtant fait plaisir de ne s’impatienter pas.  »

Les pèlerins aussi sentiront les parfums, les bonnes odeurs, autour ou à proximité du Laus, dans la chapelle, et même sur la personne de Benoîte. Ces parfums provoquent une joie spirituelle et une impression profonde. Et même des conversions.

Entrant donc dans la chapelle d’où sortaient les bonnes odeurs de la Vierge Marie présente sur l’autel, «   Benoîte prosternée à genoux voyant l’autel tout nud, luy dit  : Ma très honorée Dame, agréerez-vous que je fende mon tablier pour le mettre soubs vos pieds  ; il est tout blanc. Marie luy dit que non, qu’elle le garde  ; que dans peu il n’y manquera rien, ny nappes, ny ornemens  ; qu’elle y veut faire bâtir une église à l’honneur de son très cher Fils et d’elle, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront, qui sera de la largeur et longueur qu’elle doit estre, et comme elle veut  ; que c’est là où elle la verra très souvent.  » (…)

Désormais, pendant un an, Benoîte, laissant ses moutons au bas de la pente, monte tous les jours de Saint-Étienne à la chapelle du Laus, la chapelle de Bon-Rencontre autrement dit  : de l’Annonciation. Elle y reste deux à trois heures, jusqu’à ce que Marie la congédie.

La nouvelle de l’événement commença à se répandre pendant l’hiver. Et le printemps 1665 voit le premier ébranlement des foules vers le vallon. Des processions ont lieu, dont l’une partira d’un village situé à sept lieues du Laus (30 km), marqué par la guérison d’un estropié. (…)

Le 3 mai 1665, on compte déjà trente-cinq processions. À partir de juin 1665, les guérisons miraculeuses font l’objet de procès-verbaux. Du 28 juin au 8 septembre  : dix-huit guérisons de fièvres, de maux de jambes, de malformations, de phtisie…

La chapelle de Bon-Rencontre.

La chapelle de Bon-Rencontre.
Elle est abritée aujourd’hui par la basilique.

CATHERINE VIAL

Depuis le 7 septembre, une jeune femme âgée de vingt-deux ans, Catherine Vial, est présente au Laus. Elle est atteinte d’une rétraction des nerfs aux jambes depuis six ans. Son infirmité est bien connue dans la région de Gap. Son mari, voyant qu’elle était incurable, voulait obtenir l’annulation de son mariage. La jeune femme commença une neuvaine au Laus, près de la chapelle. La nuit, elle couchait chez un habitant du Laus. Sur la minuit au neuvième jour, elle poussa un cri  : Loué soit Dieu, loué soit Dieu  ! J’ay estendu mes jambes. Elle demanda de la lumière et son livre de prières pour rendre grâces à Dieu. Elle était guérie  !

L’origine divine de la dévotion du Laus était confirmée de façon éclatante par cette guérison miraculeuse qui fut reconnue tout de suite par le vicaire général, venu pour enquêter sur les événements.

Le Col de l'Ange

Au col de l’Ange, une colonne marque le miracle d’un ange illuminant toute la vallée pour éclairer le chemin de Benoîte.

Un an à peine après l’apparition où Notre-Dame avait indiqué à Benoîte l’endroit de ses futurs bienfaits, la dévotion était vraiment reconnue, le culte était organisé avec deux prêtres attachés au pèlerinage qui ne cessera plus de se développer, sous la direction de la Sainte Vierge en personne faisant connaître ses volontés par sa messagère, à commencer pour la construction de l’église. (…)

Benoîte habite toujours Saint-Étienne d’Avançon. Elle monte chaque jour au Laus pour y parler aux pèlerins mais surtout à la Sainte Vierge qui lui donne ses ordres. Elle n’est plus en service comme bergère, mais prise par sa mission pour accueillir les pèlerins. Elle ne rechigne pas pour autant au travail. Elle abattait le travail de quatre hommes, écrit un témoin  : à aider aux champs, à faire la lessive, de gros travaux. Ses nuits se réduisaient à deux ou trois heures, le reste du temps étant occupé à la prière.

«   La bonne mère a dit très-souvent à Benoîte que les prières que l’on faisait à Jésus ne luy estoient point agréables quand on se chagrinait et qu’on estoit fasché  ; qu’elles perdoient leur force avec le chagrin.  »

Pour former Benoîte à cette égalité d’humeur, la Sainte Vierge, en bonne maîtresse des novices, s’absente parfois. Remplacée par son bon ange. Benoîte préfère – et de beaucoup  ! – voir Marie plutôt que l’ange. Elle dira un jour  :

«   La consolation de voir la Vierge une seule fois est bien plus grande que si elle voyait tous les anges du Paradis  : il faut l’éprouver pour le comprendre  ».

Mais son ange l’accompagne désormais, et lui prête main-forte et secours dans les périls. Une nuit, il tient un flambeau illuminant toute la vallée pour montrer à Benoîte son chemin. Ou simplement, il lui ouvre la porte de l’église Saint-Étienne lorsqu’elle va prier, quand ses maîtres étaient couchés. Sinon, elle reste à prier au seuil de la porte de l’église. (…) Elle prie pour la conversion des pécheurs, qui est la grâce particulière de ce pèlerinage. Benoîte en est l’instrument. Elle lit dans les consciences. (…)

Un jour, la Vierge reprocha à Benoîte d’avoir manqué de fermeté dans une réponse à des huguenots qui lui demandaient si elle croyait qu’ils puissent se sauver dans leur religion. Elle a répondu qu’elle ne savait pas  ! Comme punition  : elle ne verra plus la Sainte Vierge pendant un mois  !

Inutile de vous dire que cette histoire est censurée de la prédication, au Laus, depuis le concile Vatican II. Ce qui suffit à condamner ledit Concile.

LA FONDATION DU PÈLERINAGE

Dans la “  Biographie documentée ” proposée à la Congrégation romaine pour la cause des Saints par le Père Combal sur “  la fondatrice du sanctuaire de Notre-Dame du Laus ” (2e édition, Rome 1998), on lit ce portrait de “  Benoîte Rencurel, laïque du tiers ordre de saint Dominique ” (1647-1718), par Jean Peytieu, le chapelain du pèlerinage, à son évêque, Mgr de Genlis, nouvellement nommé à Embrun  :

«   Il y a sept ans et quelques mois que la Mère de Dieu favorise cette bergère de ses douces visites sans qu’on aye remarqué que des faveurs si extraordinaires ayent eu quelques mauvais succès.

«   Elle a continué dans la bonté de mœurs qu’elle avoit, et l’a augmentée  ; elle a continué dans sa pauvreté, et ne s’est point enrichie  ; elle a continué dans sa simplicité, et n’a jamais pareu ou double ou dissimulée  !…  » (…)

«   Seroit-il possible qu’un avancement visible dans la perfection sans aucun guide ordinaire, qu’une vertu si connue, sans maître, fût l’ouvrage du démon  ?  »

Que s’est-il passé pendant ces «   sept ans  »  ? Benoîte Rencurel, au vallon des Fours, a rencontré, pendant quatre mois, la “  Damoiselle ” dont elle apprend l’identité le 29 août 1664. (…)

Puis, pendant un an, jusqu’à la fin août 1665, elle voit la Sainte Vierge presque chaque jour, et la nouvelle s’en répand pendant l’hiver, à la veillée. Le printemps 1665 voit le premier ébranlement des foules vers le vallon. Premières guérisons miraculeuses. Première enquête officielle de l’Église, menée par Antoine Lambert, vicaire général d’Embrun, dont dépend le Laus, qui autorisera la construction de l’Église (1666-1669).

La présence de Marie se manifeste par des signes sensibles, visibles, tangibles  : des guérisons et des parfums. Benoîte reste constante, décidée et simple face à l’attitude réservée et ferme des enquêteurs. Ils ordonnent à Benoîte de demander un miracle. Elle obéit et est exaucée sur-le-champ  ! (…)

Le Laus est un lieu de conversion, et Benoîte en est l’instrument. C’est la Sainte Vierge qui veille entièrement sur le pèlerinage du Laus. Elle dirige Benoîte, lui donne avis et conseils. (…)

Vingt-deux interventions de Notre-Dame sont ainsi répertoriées. (…) Les visites de Marie sont accompagnées de parfums. Non seulement Benoîte sent les bonnes odeurs, mais encore «   son corps et tout ce qu’elle porte sent parfaitement ces célestes odeurs  ». (…)

Le site du Laus

Le site du Laus.

Après le départ d’Antoine Lambert, qui avait mené la première enquête, l’arrivée du nouvel archevêque d’Embrun, Mgr Charles Brulart de Genlis va donner lieu à la grande enquête d’Embrun, menée par le nouveau vicaire général, Jean Javelly, du 25 mai au 6 juin 1670.

Benoîte est amenée à Embrun, accompagnée de sa mère, le dimanche 25 mai. L’enquête se déroule à l’archevêché chez Jean Javelly. Benoîte observe un jeûne impressionnant du 25 mai au 6 juin avec le vicaire général pour témoin qui y voit une grâce particulière. (…)

«  “  Mais ce qui les convainct de la vérité de ses apparitions, c’est qu’elle est toujours plus ferme et plus constante, parlant toujours de très-bon sens, sans se couper jamais  : quand ils usoient de répétitions et qu’on sautoit d’un discours à l’autre, elle leur disait qu’elle avait déjà respondu à telle et telle demande  ; d’autres fois, que les demandes qu’on luy faisait, n’estaient pas au sujet du Laus et de ses apparitions  ; de sorte qu’on estait charmé de l’entendre raisonner si bien pour une idiote et simple fille, et qu’on ne savait plus que luy dire quelle ne respondît sur-le-champ. ”  »

«  Jean Javelly a demandé à Benoîte Rencurel, malgré la fin des interrogatoires, de rester à Embrun jusqu’à la Fête-Dieu, le jeudi 5 juin 1670. Il insiste sur la beauté de cette fête en la cathédrale d’Embrun. La Servante de Dieu y est présente et est véritablement saisie dès que l’orgue retentit. Elle voit la Vierge  : “  habillée en Reyne, couronne sur la teste, tout esclatante de lumière ”.  »

Puis elle quitte Embrun le vendredi 6 juin et remonte au Laus, à pied  ! Il s’agit d’un voyage de huit heures environ mené énergiquement, à la mesure de cette paysanne, avide de revenir sur sa terre. Le Laus est l’essentiel de sa vie et le lieu de sa mission. Quelle mission  ?

LE COMBAT CONTRE LE DIABLE

Que vient faire la Sainte Vierge au Laus, au dix-septième siècle  ? Elle vient livrer bataille au diable, une bataille dont l’enjeu est Benoîte, parce que le diable sait qu’ «   elle est la cause que je perds tant d’âmes  », crie-t-il avec rage. Comme il a fait avec Jésus au désert, il transporte Benoîte, physiquement, il la prend par les jambes et la jette sur ses épaules comme un sac de blé. Quelquefois, les démons s’y mettent à plusieurs, la tiennent sous les genoux et sous les bras, à la renverse, la face contre le ciel. Ils l’emmènent hors de sa chambre, la pincent à travers ses vêtements. Ils la martyrisent.

(…) La surprenant dans son sommeil pendant la nuit, le diable la transporte au sommet d’une montagne et la jette du haut des rochers, après l’avoir battue et fait mine de l’étrangler et de la tuer. Elle se relève toute contusionnée, parfois blessée, les yeux rougis, le pouce fendu, les doigts écrasés, le corps couvert de cicatrices. Au petit matin, elle revient par elle-même ou guidée par l’ange. Et reprend sa mission, dans la journée, avec une vitalité enjouée et une grande maîtrise d’elle-même. (…)

Parfois, elle n’est pas seulement emmenée au-dehors, mais malmenée dans sa chambre. Des griffes la saisissent aux épaules et l’étouffent. Elle est battue et traînée sur le sol. Ils singent aussi les parfums de la Vierge Marie par une senteur effroyable, d’une puanteur extrême. (…)

C’est une lutte non pas contre la chair et le sang, mais contre des démons vrais, réels, qui tentent de faire échec à la grâce du pèlerinage qui se manifeste parfois par des odeurs suaves, et par de nombreuses guérisons, près d’une centaine depuis le début du pèlerinage. Quatre-vingt-quatorze sont enregistrées sur les manuscrits, sans compter toutes les autres. Beaucoup de ces guérisons sont obtenues par l’onction de l’huile de la lampe du sanctuaire. (…)

La chapelle du Précieux-Sang

La chapelle du Précieux-Sang

Les prêtres confesseurs sont témoins de conversions étonnantes. (…) Mais il faut que Benoîte en paie le prix. À partir de 1669, attirée par une odeur suave qui surpasse de beaucoup celle de Marie, elle commence à se rendre régulièrement pieds nus, hiver comme été, les mercredi, vendredi et samedi, ses trois jours de jeûne hebdomadaire, à la croix d’Avançon, pour y passer de longues heures de prière. (…) C’est là que, dès 1669, Benoîte a ses premières visions du Christ crucifié, en attendant celle de juillet 1673, qui va inaugurer les souffrances du vendredi. Un témoin raconte  :

«  Jésus lui est apparu deux fois tout sanglant à la croix, lui disant  : “ Ce que vous me voyez souffrir n’est pas ce que je souffre à présent, mais c’est pour vous faire voir ce que j’ai souffert pour les pécheurs et l’amour que j’ai eu pour eux. ” La croix, l’autre fois était toute sanglante, les anges étaient à genoux au pied de la croix, lui disant beaucoup de choses des souffrances de Jésus. Si cette vision eût duré plus longtemps, cette bonne fille serait morte de douleur…  »

Mais souvent, il y avait aussi des démons en forme de loups qui poussaient des hurlements horribles et jetaient de grandes flammes de feu pour la détourner de ses voyages, faisant tout ce qu’ils pouvaient pour l’intimider et l’empêcher d’y aller la nuit, voyant le fruit qu’elle y fait.

«  Benoîte sait leur intention  ; mais malgré eux, elle y va toujours à ses heures ordinaires, se moquant d’eux en chemin, à la croix et dans sa chambre.  »

Un vendredi de juillet 1673, «  Benoîte moissonnait avec plusieurs autres personnes et en présence de quelques étrangers, dans une terre qui était à la chapelle, lorsque, par un mouvement qui était de l’Esprit Divin, elle vit notre Divin Sauveur tout ensanglanté qui lui dit  : “ Ma fille, je me fais voir dans cet état, afin que vous participiez aux douleurs de ma passion. ” Et ce qui est merveilleux, c’est que depuis elle était crucifiée tous les vendredis  : son corps étendu en forme de croix, ses pieds l’un sur l’autre, ses doigts tant soit peu fermés et rétrécis aussi, moins pliables qu’une barre de fer.  »

L’année suivante, en 1674, «  Benoîte, sentant une bonne odeur dans sa chambre, est inspirée d’aller à la Croix. Elle y voit Jésus attaché et tout sanglant comme il était au calvaire  : un ange était au pied de la croix, qui lui dit  : “  Voilà ce qu’a souffert votre Père et le mien. Ne voudriez-vous pas souffrir pour l’amour de lui  ? ”  »

Croix-reliquaire

Reliquaire contenant la Croix où Benoîte a vu Jésus crucifié, situé dans la chapelle du Précieux-Sang.

Pendant neuf ans de 1673 à 1677, puis de 1679 à 1684, elle porte ainsi les stigmates de la Passion de Notre-Seigneur  ; elle les reçoit toutes les semaines, le jeudi à 4 heures de l’après-midi, jusqu’au samedi à 9 heures du matin. (…)

Un jour de l’année 1678, la divine Marie apparaît à Benoîte le jour de la fête de sainte Barbe, entre deux saintes dont l’une portait une couronne éclatante, et l’autre une couronne d’épines. La Mère de Dieu lui dit  :

«   Ma fille, si vous voulez une couronne dans le Ciel, il en faut porter une d’épines sur la terre.  » (…)

LA CONVERSION DES PÉCHEURS

Un jour, son ange la fait prier pour le Roi, en danger d’être empoisonné, et lui annonce une «   grande guerre  » (succession d’Espagne, 1701-1713) entraînant beaucoup de misère dans le peuple, causée par «   les péchés des peuples  » et «   la grande impiété  ».

Au seizième siècle, les guerres de religion entre catholiques et calvinistes avaient dévasté la région de Gap. Au dix-septième siècle, le séjour fréquent des armées royales, allant combattre en Italie et logeant chez l’habitant, aggravait l’extrême pauvreté matérielle et spirituelle des paroisses.

Benoîte va faire des soldats du Roi les messagers de la grâce du Laus à travers le royaume de France.

Les 12 et 13 septembre 1684, dix compagnies d’infanterie du régiment de Touraine arrivent à Gap, pour n’en repartir que les 25 et 26 février suivants. Ce régiment, commandé par le colonel Dusson s’installe comme en terrain conquis.

Le nouvel évêque de Gap, Jean-Bénigne d’Hervé, venait d’être nommé par le Roi le 13 mai 1684.

Aussitôt arrivé à Gap le 8 octobre, il s’entend avec le colonel du régiment cantonné à Gap pour organiser une Mission suivie d’une retraite pour les troupes en quartier d’hiver, au mois de décembre. La suite de l’histoire est un véritable conte de Noël.

M. Peytieu, un chapelain du Laus, décrit alors l’arrivée de la troupe, qui eut lieu probablement le 8 décembre.

«  Ces pauvres soldats furent si touchés de ce saint lieu qu’ils firent résolution d’y venir les uns après les autres, faire leurs confessions générales et ils ont si bien profité des grâces à Notre-Dame du Laus, qu’ils ont quitté jurements et blasphèmes, et autres vices d’habitude, jusque à se rendre la plupart hommes d’oraison. Beaucoup d’entre eux à la veille de leur départ, sont venus même la nuit remercier la très digne Mère de Dieu des faveurs spirituelles qu’Elle leur avait obtenues.  » (…)

Ainsi se vérifie ce qu’écrit Pierre Gaillard, confesseur de Benoîte, vicaire général de Gap, conseiller et aumônier du Roi  :

«   Combien qui ont ouï une infinité de sermons de prédicateurs fort pathétiques et persuasifs, qui ne les ont point touchés  ! Ils le sont de quelques paroles que leur dit un confesseur en ce saint lieu, se convertissant entièrement, quittant leurs mauvaises habitudes  ; ils vivent par la suite en chrétiens réguliers, bien mieux qu’auparavant comme nous l’avons su ensuite de plusieurs. D’où vient ce prompt changement qui se fait en un instant  ?

«   D’une grâce victorieuse et efficace qu’ils reçoivent en ce saint lieu, et qui triomphe de leur volonté sans les contraindre. Les attraits de cette grâce sont si puissants qu’elle porte la douceur dans le cœur, les sanglots et les soupirs sur les lèvres, les larmes aux yeux  ; ils sont pris d’une si vive douleur d’avoir offensé Dieu qu’ils ont de la peine à l’énoncer. Joie et tristesse qui produisent un même effet  : la conversion.  »

LES DERNIÈRES ANNÉES ET LA MORT DE LA BERGÈRE

Benoîte Rencurel

Portrait véritable de Benoîte peint en 1688.

Au début de l’été 1718, Benoîte tombe malade. Le démon s’acharne sur elle. Le jour de la Pentecôte, elle est battue et traînée pendant quatre heures dans tous les recoins de sa chambre. L’abbé Royère qui se dévoua au Laus les cinq dernières années de la vie de Benoîte raconte ses derniers moments  :

«  Elle souffrit dans sa dernière maladie, jour et nuit, un martyre continuel. Sa patience l’a accompagnée jusqu’à sa mort  : nous lui avons vu les bras cassés, les jambes brisées, plusieurs fois meurtries de coups  ; enfin, l’enfer s’était déchaîné contre elle…

«  Elle se mit au lit le jour de la Saint André, le 30 novembre 1718 et reçut le saint viatique le jour de Noël après avoir demandé pardon deux fois à tous. Le 28 décembre, elle reçut les derniers sacrements et en fut toute consolée. Je m’approchais d’elle et lui fit prononcer plusieurs fois les noms de Jésus et Marie. Je lui prêtais le crucifix qu’elle prenait entre ses mains, tenant sa bouche collée contre les pieds de son divin Époux. Nous nous réunîmes pour dire nos offices, en attendant de revenir avec elle toute la nuit  ; mais Dieu en ordonna autrement. Sur les huit heures du soir, elle dit adieu à tout le monde et demanda qu’on allumât son cierge. Elle dit  : «  la mort vient comme un larron sans crier gare  » et demanda à sa cousine de dire les litanies de l’Enfant-Jésus. Et tout aussitôt levant les yeux au Ciel, entre les bras de ses nièces, elle décéda joyeusement.  »

Le 2 septembre 1871, le bienheureux Pape Pie IX ratifiait la décision de la Sacré Congrégation des rites d’introduire la cause de Benoîte Rencurel. Benoît XVI a reconnu l’héroïcité de ses vertus et l’a déclarée «  vénérable  » le 3 avril 2009.

Extrait de Il est ressuscité  ! tome 12, n° 113, janvier 2012, p. 15-24.

 Pour en savoir plus >
Précédent    -    Suivant