La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Notre-Dame de Pontmain

T ANDIS que le monde sombre dans les ténèbres, par les crimes des hommes et les catastrophes qu’ils provoquent, soit en conséquence de leurs propres délires, soit en justes châtiments d’un Dieu qu’ils blasphèment  ; et l’accélération de cette chute est telle que tous ont comme horizon crépusculaire, l’enfer ici-bas, déjà  ! en attente de l’Autre, éternel  ! les chemins hauts du Ciel où nous courons sont de plus en plus lumineux. (…) Ce sont des fêtes liturgiques, des révélations retrouvées, des apparitions reviviscentes, des figures prophétiques qui jaillissent de la nuit, inattendues ou oubliées, comme des maisons encore ouvertes, ou endormies, soudain balayées par nos phares sur l’autoroute, qui nous indiquent la bonne direction et nous réconfortent. (…)

LE DIALOGUE DE PONTMAIN

La maison Guidecoq et l'église de Pontmain.

La maison Guidecoq et l’église, devant laquelle toute la paroisse se trouve rassemblée le soir du 17 janvier 1871.

Ainsi de la fête de Notre-Dame de Pontmain, dont des amis nous firent don du récit de l’apparition écrit par leur arrière-grand-père, lui-même, avec quelques autres, témoins sinon directs de l’apparition, du moins de l’ensemble des événements qui s’ensuivirent. Édité en 1923, introuvable aujourd’hui, ce récit complet et scrupuleusement exact, enrichi de commentaires intelligents et pieux, vient en renfort indispensable à la cassette, dont on ne se lasse pas, qui nous fait entendre le vieux curé de Pontmain raconter avec une juste et bouleversante onction le “ dialogue ” des enfants Barbedette avec la bonne Vierge tout au long de cette soirée d’hiver, merveilleuse et pure, annonciatrice de la paix.

«  N’est-ce pas un paradoxe de désigner sous ce titre une Apparition dans laquelle la très Sainte Vierge n’a pas prononcé une parole  ?  » se demandent les auteurs. «  Cependant, l’apparition du 17 janvier 1871 est un merveilleux dialogue entre le ciel et la terre, entre la Reine de France et son cher peuple resté foncièrement bon et fidèle, mais trahi et trompé par des gouvernements sectaires.  »

L'abbé Michel Guérin

L’abbé Michel Guérin

En effet, depuis quarante ans ce peuple a perdu son roi légitime et, d’usurpations en républiques deuxième puis troisième, le voilà de nouveau envahi. Après le désastre de Sedan (2 septembre 1870), la “ guerre à outrance ” décrétée par le “ Gouvernement de la Défense nationale ” qui a proclamé la déchéance de Napoléon III, ne peut rien contre l’avance allemande. À partir du 27 décembre, Paris est investi et bombardé, l’armée de la Loire est en déroute  ; l’armée de l’Ouest est battue au Mans le 13 janvier. Elle se replie en désordre sur Laval. Le pays est à bout. Et l’hiver sévit, rigoureux.

À cinquante kilomètres au nord-ouest de Laval, en bordure de la Normandie et de la Bretagne, Pontmain est un petit hameau d’une quinzaine de maisons, moins de cent habitants. Répondant à la “ levée en masse ”, trente-huit hommes en sont partis depuis le 23 septembre. Leur curé, l’abbé Guérin, les avait préparés par la confession et la communion. Après la messe qu’il célébra pour eux le jour du départ, il les avait bénis, consacrés à la Sainte Vierge, et leur avait promis qu’ils reviendraient tous  ; mais, depuis plusieurs jours, on était sans nouvelles de la plupart d’entre eux.

LA VIERGE AU SOURIRE

C’est alors que paraît dans le Ciel ce que Mgr Wicart, évêque de Laval, dans sa «  Lettre pastorale portant jugement sur l’Apparition qui a eu lieu à Pontmain le 17 janvier 1871  », appelle «  ce splendide tableau avec ses aspects changeants, ses phases multiples et si variées, avec cette multitude de circonstances toutes également extraordinaires, se succédant dans un ordre merveilleux et, par une coïncidence plus merveilleuse encore, répondant au sens des prières chantées par la foule sur l’ordre du pasteur de la paroisse et sous la direction des sœurs institutrices  !  »

Notre-Dame de PontmainCette ordonnance des cérémonies ne peut être l’œuvre de l’imagination des enfants. Tel est l’argument de l’acquiescement épiscopal au fait surnaturel. Dès lors, nous devons tenir chaque attitude de Marie, le moindre de ses gestes, pour une révélation. Ainsi, lorsque fut achevée la miraculeuse inscription en lettres d’or sur la blanche banderole  :

MAIS PRIEZ MES ENFANTS
DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS  !
rond

ponctué d’un point “ gros comme un soleil ”, au dire des enfants, ceux-ci s’écrièrent  : «  Voilà qu’elle rit  !  »

Onchanta alors l’Inviolata. Aussitôt les enfants annoncèrent que de nouvelles lettres apparaissaient sur le même écriteau blanc, mais sur une seconde ligne. Au moment où l’on finissait de chanter  :O Mater alma Christi, carissima   ! «  Ô douce et bien-aimée Mère du Christ  », les voyants avaient épelé lettre par lettre ces mots  :

MON FILS …

Il y eut dans la petite foule un frémissement, une émotion indicible… «  C’est bien la Sainte Vierge  », dirent les enfants. «  C’est Elle  !  », répéta la foule.

«  Et ce n’est pas tout, écrivent nos auteurs  : au chant de l’Inviolata succéda immédiatement celui duSalve Regina. Pendant que le peuple de France chante sa Reine, Elle lui continue son Message  ; quand il arrive à ce passage de l’antienne  : “ Oh, de grâce, vous, notre Avocate, abaissez vers nous vos regards miséricordieux ”, l’inscription est complète  :

MON FILS SE LAISSE TOUCHER

Voyants de Pontmain«  Pendant qu’une invisible main traçait les lettres, les enfants les avaient épelées une à une  ; c’était à qui nommerait plus vite un nouveau caractère, formerait un nouveau mot. Les assistants avaient harcelé de leurs questions les petits privilégiés, et eux, sans se lasser, sans jamais hésiter, relisaient cent fois chaque partie de l’inscription  ; puis la promesse et la réponse tout entière. Maintenant les questions se taisaient  ; la foi était dans tous les cœurs, avec l’amour et la reconnaissance aussi, et chacun repassait en silence l’ineffable manifestation que, seuls, les enfants voyaient de leurs yeux de chair  !  »

Sur l’ordre du vénérable curé, sœur Marie-Édouard entonnaMère de l’Espérance. Alors la Sainte Vierge éleva les mains qu’elle avait tenu abaissées et étendues, et scanda le chant par le gracieux mouvement de ses doigts en souriant aux enfants qui ne se tenaient plus de joie  : «  Voilà qu’elle rit, voilà qu’elle rit  !  » Et ils sautaient de joie, battant des mains et répétant  : «  Oh  ! qu’elle est belle  ! Oh  ! qu’elle est belle  !  »

C’est ici qu’il nous faut comprendre la raison de cette allégresse, afin d’acclamer à notre tour Notre-Dame de Pontmain «  comme la Libératrice de la France et la Mandataire du Sacré-Cœur, comme notre Vierge nationale par excellence  ». Que dit en effet le premier couplet de ce cantique  ?

Nous le savons par cœur, puisque nous l’avons inscrit dans notre carnet de chants (E 73)  :

Souvenez-vous, Marie,
Qu’un de nos souverains
Remit notre patrie
En vos augustes mains.

C’est donc l’évocation de la consécration, par le roi Louis XIII, de la France au Cœur Immaculé de Marie, qui illumine ce visage divin au soir du 17 janvier 1871. Ce sourire, c’est la révélation du Cœur de Marie  :

«  Je renonce à peindre davantage la belle Dame qui nous regardait et nous souriait comme une mère, dira Joseph Barbedette. Elle semblait plus heureuse de nous voir que nous ne l’étions de la contempler.  »

LE LABARUM DE PONTMAIN

Et c’est ainsi que, de jour en jour, la lumière et le secours implorés (…) se firent lentement ressentir à mesure que nous découvrions les faits de l’un et de l’autre pèlerinage. Ainsi partis, nous étendîmes notre vue au souvenir pieusement conservé de beaucoup d’autres repères, qu’il nous reste à rallumer seulement pour en être éclairésa giorno et prodigieusement assurés de voler c’est le mot exact à notre but et l’atteindre invinciblement. Tant de liens  !

Tenez  ! ce même 17 janvier 1871, dans Paris assiégé, les fidèles se rassemblaient en foule à Notre-Dame des Victoires. Le curé Amodru annonça  :

«  Nous allons tous publiquement et solennellement supplier la Très Sainte Vierge de nous venir en aide, et nous ne franchirons pas le seuil de ce saint temple consacré à sa gloire sans lui avoir non moins solennellement promis de lui offrir un cœur d’argent, qui apprendra aux générations futures qu’aujourd’hui, entre huit heures et neuf heures du soir, tout un peuple s’est prosterné aux pieds de Notre-Dame des Victoires et a été sauvé par elle  !  »

«  entre huit heures et neuf heures du soir  »  ? Ô divine inspiration  ! C’était précisément l’heure où, à cent lieues de là, terrible comme une armée rangée en bataille, Notre-Dame arrêtait les Prussiens. Le 17 janvier, ils étaient aux portes de Laval où refluaient les mobiles de Chanzy en déroute. Dans la nuit du 17 au 18, ce sont eux qui tournèrent bride et battirent en retraite  !

Or, «  cherchez bien dans l’histoire… une autre inscription dans le ciel. Vous n’en trouverez qu’une seule  : “ In hoc signo vinces ”, que Constantin lut aux environs de Chalon-sur-Saône, quand il marchait de Trèves sur Rome pour combattre le tyran Maxence.  » (Notre Reine, p. 84)

LA SAINTE RELIGION DE NOS PÈRES

Voyez maintenant tous ces curés aimés de la Vierge Marie, comme ils se ressemblent  : le curé d’Ars, l’abbé des Genettes, le Père Emmanuel, convertisseur du Mesnil-Saint-Loup; et le Père Chevrier, et don Bosco  ! l’abbé Peyramale, curé de sainte Bernadette à Lourdes, et le bon abbé Guérin, curé de Pontmain… Celui-là n’est guère connu, et pourtant quel exemple  ! Il voulait surtout faire aimer et prier la Sainte Vierge. Il établit donc la confrérie du Cœur Immaculé et celle de Notre-Dame du Mont-Carmel. Et sa piété passa dans l’âme de ses paroissiens, qui venaient nombreux, chaque dimanche après les vêpres, réciter publiquement le chapelet au pied de la statue de Marie, devant laquelle il tenait à allumer, lui-même, quatre bougies. Nos auteurs font remarquer que la Sainte Vierge a rendu un singulier témoignage à ce bon pasteur en l’attendant pour commencer les «  diverses phases de son Apparition  »  ! Lui empruntant l’ovale bleu, et les bougies qu’elle fait allumer par une étoile au moment où elle présente aux adorations de la foule l’image de son Jésus tout sanglant, «  comme pour demander à ses fidèles des hommages de réparation envers le Sauveur, crucifié de nouveau par les profanations secrètes et les apostasies publiques  ».

Voici les voyants maintenant  : sainte Catherine Labouré en tête qui, de Reuilly, le 17 janvier 1871 vers 7 heures du soir, fut divinement avertie de l’apparition de Pontmain, tandis que ses compagnes et leurs jeunes ouvrières s’exclamaient devant la teinte extraordinaire du ciel “ plein de mystère, comme enveloppé d’un voile de crêpe léger ”; les enfants de Pontmain, et ceux de La Salette sans doute, et Bernadette de Lourdes, et les trois messagers de la Vierge Marie à Fatima, tous de même humilité, virginité, piété  ; auxquels on ajoutera sainte Thérèse de Lisieux, guérie par le sourire de Notre-Dame des Victoires elle-même (et non par sa statue), et plus récemment en 1946, les enfants de l’Ile-Bouchard. Mais non pas les trop grands “ enfants ”, adolescents fumeurs et désobéissants de Medjugorje  !

C’est maintenant entre villages, paroisses et peuple pauvre de Pontmain et de Fatima, que nous trouvons une ressemblance foncière, ici et là comme un terreau favorable à l’éclosion de tout plein de belles fleurs de sainteté. De là à comparer les Apparitions  ! si différentes que de premier abord on n’y avait jamais songé. Mais, en y revenant on leur trouve des points communs de première importance, et puis des petites manières des deux apparitions, comme propres à une seule et même personne. À partir d’un certain moment, c’est l’essentiel de Pontmain qui crie sa ressemblance figurative avec Fatima, comme si la première préparait, annonçait la seconde, et que la seconde venait achever normalement les promesses de la première.

Voyons cela et soyons attentifs, tellement la réussite de notre préparation à notre pèlerinage qui durera, lui aussi, le temps d’une veillée, dépend de cette intelligence intime des pensées de la Vierge Marie, accomplissant en toutes ces stations le grand Dessein de notre Dieu et Père adoré.

UN GRAND SIGNE DANS LE CIEL

À Fatima, Notre-Dame n’a jamais “ ri ”. À Pontmain elle est gaie, joyeuse avec les enfants. Cependant, elle montra aussi une indicible tristesse lorsque s’éleva le chant

Mon doux Jésus, enfin voici le temps
De pardonner à nos cœurs pénitents  ;
Nous n’offenserons jamais plus
Votre bonté suprême
Ô bon Jésus  !

Notre-Dame de PontmainLa mystérieuse inscription avait disparu. La Vierge avait saisi avec force un grand Crucifix sanglant et le tenait devant sa poitrine, l’inclinant légèrement en avant pour le présenter à l’adoration de son peuple, pendant qu’une étoile entrait dans l’ovale bleu et allumait les quatre bougies comme, à la grand-messe, les céroféraires allument quatre cierges pour accueillir Jésus au Saint-Sacrement, au moment de la consécration.

«  La corédemptrice du genre humain avait les yeux fixés sur la sainte image qu’elle tenait à pleines mains  ; ses paupières tremblaient comme celles d’une personne qui retient ses larmes, et ses lèvres priaient. Ô bonheur  ! Marie disait à voix basse leParce Domine que chantaient les Français. Elle articulait si nettement que, quoiqu’ils n’entendissent pas, les enfants voyaient, non seulement le mouvement des lèvres, mais les dents, petites et blanches, que ce mouvement découvrait.  » On se croirait déjà en présence de Notre-Dame de Fatima, suppliant «  que l’on n’offense pas davantage Dieu, Notre-Seigneur, car Il est déjà trop offensé  !  »

Enfin, au chant de l’Ave maris Stella, le Crucifix sanglant disparut. Marie reprit la pose de la Médaille miraculeuse, tandis que deux petites croix blanches et nues parurent “ piquées ” sur ses épaules, disaient les enfants. Joseph Barbedette, devenu le R.P. Barbedette, dira que l’on comprendrait plus tard le sens prophétique de ces croix  : voilà qui annonce le “ secret ” de Fatima. Jadis, les Croisés portaient de semblables croix, “ piquées ” ainsi  : voilà qui annonce notre croisade eucharistique et mariale. Victorieuse, car la blancheur est couleur de joie et de victoire (Apocalypse 2, 17; 3, 4-5; 6, 11; 7, 9 et 13-14; 19, 8).

Quand le grand voile blanc monta pour cacher définitivement la vision, Marie souriait encore, signe «  d’un triomphe complet pour l’Église et pour la France  », comme le comprirent nos auteurs dès 1923, et comme nous le promet aujourd’hui le dernier mot du secret de Fatima  :

«  À la fin mon Cœur Immaculé triomphera  ».

En terminant, je vais vous dire une pensée qui m’est venue, entre le 2 février, fête de la Présentation de Jésus au Temple, et sa solennité, le dimanche suivant 4 février. À lire et relire l’Évangile de saint Luc (au chapitre II, mais jusqu’à la fin) j’ai fini par voir dans le vieillard Siméon comme une ressemblance de vocation avec l’abbé des Genettes. L’un comme l’autre sortent de l’ombre, et sans aucune élévation d’honneur mondain ni ecclésiastique, ils délivrent leur oracle, ils inaugurent par quelques paroles immortelles une ère nouvelle, et puis ils disparaissent. Le rapprochement des deux personnages et des deux vocations paraîtra sans doute léger, ou forcé en vue d’une thèse à étayer… sans doute.

Mais au personnage de Siméon s’ajoute celui de la prophétesse Anne qui, vue notre fixation sur les événements de Fatima et les suites encore présentes et à venir, nous donne à rapprocher cette sainte femme, toute vouée à la prière et témoignant de la venue du “ Christ du Seigneur ”, de la voyante de Fatima, sœur Marie-Lucie du Cœur Immaculé, toute vouée au dessein divin de glorification de la Vierge au Cœur Immaculé, couronnée dans le secret du presbytère d’Ars, et du cœur de son saint curé, continué dans la splendeur des apparitions de la rue du Bac, et au-delà laissant un sillage de lumière et de dévotion, de Lourdes à Fatima, en passant par Pontmain.

MAIS PRIEZ MES ENFANTS
DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS  !
rond
MON FILS SE LAISSE TOUCHER

Abbé Georges de Nantes
Extraits de lalettre à la Phalange n° 56,
publiée en éditorial de la CRC n° 320 de février-mars 1996.

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