La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La vie de Jésus mieux comprise
grâce aux manuscrits de Qumrân

Les manuscrits de Qumrân, comme nous l’avons vu, jettent un flot de lumières sur l’ensemble de la Révélation. Grâce à eux des événements du Nouveau Testament sont mieux compris, en voici quelques exemples saisissants.

I. LE 25 DÉCEMBRE DE L’AN 1, JÉSUS NAQUIT À BETHLÉEM

La Nativité de Lebrun

En 1995, le savant israélien Shemaryahu Talmon a publié une étude sur le calendrier liturgique découvert dans la grotte 4 de Qumrân (4Q321). Il y trouva incontestablement les dates du service au Temple que les prêtres assuraient, à tour de rôle, encore au temps de la naissance de saint Jean-Baptiste et de Jésus. Selon ce document, copié sur parchemin entre les années 50 et 25 av. J.-C., donc contemporain d’Élisabeth et de Zacharie, la famille des Abiyya à laquelle ils appartenaient (Lc 1, 5; cf. 1 Ch 24,10) voyait son tour revenir deux fois l’an, du 8 au 14 du troisième mois du calendrier essénien, et du 24 au 30 du huitième mois. Cette seconde période tombe vers la fin de notre mois de septembre, confirmant le bien-fondé de la tradition byzantine immémoriale qui fête la “Conception de Jean” le 23 septembre.

Or ce fut, comme l’écrit saint Luc, le «  sixième mois  » de la conception de Jean que l’ange Gabriel apparut à la Vierge Marie. À compter du 23 septembre, le “sixième mois” tombe très exactement le 25 mars, en la fête de l’Annonciation. Dès lors, Jésus est bien né le 25 décembre, neuf mois plus tard. Noël n’est donc pas «  la consécration religieuse et cultuelle d’un évènement cosmique, le solstice d’hiver qui marque la régression de la nuit  ». Non  ! le 25 décembre est l’anniversaire de la naissance du Christ, tout simplement… Une fois de plus la tradition séculaire de l’Église se trouve en parfait accord avec les plus incontournables découvertes scientifiques.

II. JÉSUS ET SES «  FRÈRES  »

Selon les Évangiles (Mt 13, 55 et parallèles), Jésus avait en effet quatre «  frères  »  : Jacques (ou Jacob), Joseph (ou José), Simon et Jude (ou Juda). Jacques, «  frère de Jésus  » ou «  frère du Seigneur  » est également cité dans les Actes des Apôtres et par saint Paul comme chef de l’Église de Jérusalem. C’est lui qui a été mis à mort par les juifs en 62 après Jésus-Christ.

Le débat porte sur le sens du mot «  frère  ». Les protestants l’entendent au sens strict de frère de sang. À force de colloques œcuméniques, les catholiques ne savent plus très bien si la Sainte Vierge est physiquement vierge. (…)

Qumrân renouvelle entièrement la question. Jusqu’au concile Vatican II, l’Église catholique romaine répondait aux protestants que frère signifiait cousin. D’un point de vue purement exégétique, ça n’était pas absolument satisfaisant. Mais la foi en la Virginité perpétuelle de Marie, avant, pendant et après la naissance de Jésus, la foi en Marie toujours Vierge, demeurait “ non négociable ”  : mille difficultés ne font pas un doute touchant cette vérité qui n’a jamais nécessité une définition dogmatique pour s’imposer, tellement elle fait corps avec la foi en l’Incarnation du Verbe, hors de laquelle il n’y a point de salut pour le monde.

Depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte, la clef de l’énigme est beaucoup plus simple. (…) En effet, les esséniens formaient une communauté dont les membres s’appelaient «  frères  », selon la terminologie courante en Israël (Ex 2, 11; 4, 18; Dt 1, 16. 28 et passim) mais dans un sens plus étroit. Sont «  frères  » ceux qui sont entrés dans l’alliance des prêtres fidèles, «  les fils de Sadoq  » et «  les hommes de leur alliance  », liés par une sorte d’engagement réciproque à observer la Loi en commun  : «  Ils se réprimanderont l’un l’autre dans la vérité et l’humilité et la charité affectueuse à l’égard de chacun, prescrit la Règle de la communauté. Que l’on ne parle point à son frère avec colère ou en grondant.  » (5, 25)

Or, Jésus ne dit pas autre chose  : «  Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres  : “ Tu ne tueras point  ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal. ” Eh bien  ! moi je vous dis  : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal  ; mais s’il dit à son frère  : “ Raca  ! ” il en répondra au Sanhédrin  ; et s’il lui dit  : “ Renégat  ! ” il en répondra dans la géhenne de feu.  » (Mt 5, 21-22)

Dans le rouleau des Hymnes, le Maître de justice se compare à un père  : «  Tu m’as placé comme un père pour les fils de la grâce.  » Ailleurs, c’est Dieu lui-même qui est appelé «  un père pour les fils de la vérité  » que sont les membres de la Communauté. Jésus ne parle pas autrement  : «  Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère.  » (Mc 3, 35). (…)

Que les «  frères de Jésus   » désigne les «  frères  » esséniens, se trouve aussi corroboré par le fait que les «  frères de Jésus  » n’apparaissent qu’au début de la vie publique du Sauveur, et comme un groupe distinct de celui des disciples. D’ailleurs, l’expression est absente des récits évangéliques de l’enfance du Christ, ce qui prouve bien qu’il ne s’agit pas là d’une fraternité charnelle.

Une fois de plus, les manuscrits de Qumrân viennent en renfort de la tradition catholique et confirment la vérité de ses dogmes de foi, celui de la virginité perpétuelle de Marie en l’occurrence.

III. LES ÉVÉNEMENTS DE LA PASSION EN TOUTE VÉRITÉ

Les études de l’exégète française Annie Jaubert ont jeté une lumière nouvelle sur le judaïsme ancien du temps de Jean-Baptiste et de Jésus. En 1957, elle découvrait que la coutume des premiers chrétiens de jeûner le mercredi et le Vendredi, trouvait son fondement dans la dualité de calendrier qui partageait le judaïsme du temps de Jésus en deux partis ennemis, les pharisiens et les esséniens, et de fil en aiguille elle en vint à proposer une nouvelle chronologie de la Passion.

QUERELLES DE CALENDRIER, QUERELLES DE RELIGION

D’après les fragments découverts dans la grotte n° 4, on est maintenant sûr que les esséniens ne suivaient pas le calendrier légal des autorités de Jérusalem mais bien plutôt l’ancien calendrier (sacerdotal). Selon ce comput, les fêtes liturgiques tombent toujours, d’année en année, le même jour de la semaine  :

Calendrier juif au temps de Jésus

Comme on peut le constater sur ce tableau, les jours de la semaine mis en relief par le calendrier essénien sont mercredi, vendredi, dimanche, avec prépondérance du mercredi comme étant le jour de la Pâque.

Or le plus étonnant et ce qui va mettre Annie Jaubert sur la piste d’une vérité voilée depuis des siècles, c’est que cette dualité de calendriers se retrouve aussi aux origines du christianisme lui-même  : dans la grande querelle qui agita l’Église pendant la seconde moitié du IIe siècle au sujet de la date de Pâques, entre les “quartodécimans” et l’Église romaine. Les premiers étaient ainsi appelés parce qu’ils célébraient Pâques le quatorzième jour du mois de Nisân, comme les juifs, quel que fût le jour de la semaine où il tombait. Tandis que les autres Églises célébraient Pâques le dimanche après le 14 Nisân. Grâce à l’intervention de saint Irénée, l’Église évita le schisme et l’usage romain prévalut.

«  Seule la référence aux deux calendriers juifs permet de comprendre les racines profondes de la querelle pascale et de remonter des deux côtés aux temps apostoliques.  » D’un côté, les quartodécimans remontent à la Pâque “ légale ” qui tomba un samedi, l’année de la mort du Christ. De l’autre côté, la Pâque romaine à date fixe remonte au mercredi des esséniens, date fixe de la Pâque juive selon leur calendrier, transportée au dimanche, anniversaire de la résurrection du Christ. Il faut même dire que «  l’origine de la Pâque romaine à la date fixe annuelle du dimanche […] est incompréhensible en dehors d’une référence au calendrier sacerdotal ancien.  » (…)

La découverte d’Annie Jaubert jette une lumière éblouissante  : «  Car il faut admettre, conclut-elle, une continuité liturgique non pas seulement entre le calendrier sacerdotal ancien et “ certains ” milieux judéo-chrétiens, mais entre ce calendrier et la totalité de la liturgie chrétienne primitive.  » Il ne faut pas oublier, en effet, l’importance accordée par la tradition primitive au jeûne du mercredi, dont la première attestation se lit dans la Didachè,un écrit chrétien rédigé en grec, daté de la première génération apostolique.

En effet, Jésus ayant dit à ses disciples de ne pas jeûner à la manière des «  hypocrites   » (Mt 6, 16), on lisait dans la Didachè  : «  Que vos jeûnes n’aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites. Ils jeûnent en effet le lundi et le jeudi  ; pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi.  » (8, 1) «  Ainsi, commente Annie Jaubert, le plus ancien “ calendrier ” chrétien se caractérise par une opposition de jours de la semaine avec les “ hypocrites ”, les pharisiens  ! Les jours chrétiens sont le mercredi et le vendredi. Il faut ajouter le dimanche, attesté dans le Nouveau Testament lui-même comme le jour du Seigneur (Ap 1, 10) et jour de synaxe (Ac 20, 7). Mercredi, vendredi, dimanche, tels sont les jours liturgiques de la communauté chrétienne primitive, tels étaient aussi ceux du calendrier sacerdotal ancien, en opposition avec ceux du calendrier officiel. Il est difficile de ne pas voir là une continuité liturgique.  » (…)

Comment dès lors, aurait-il été possible que les Évangiles racontant la vie de Jésus ne gardent aucune trace de ce conflit tellement déterminant  ?

UNE NOUVELLE CHRONOLOGIE DE LA PASSION

Après la découverte et l’étude des manuscrits de Qumrân, nous savons en effet que c’est dans ce milieu essénien ou de sensibilité essénienne que Jésus vécu, qu’il recruta ses disciples. Il suivait donc le calendrier essénien, et c’est ce comput que relatèrent les Évangiles synoptiques. Jésus mangea donc la pâque le mardi soir (mercredi pour les juifs), fut arrêté tout aussitôt après puis après un douloureux labeur de prison il fut crucifié le Vendredi saint, à l’heure même où dans le Temple les prêtres qui suivaient le calendrier légal immolaient l’agneau pascal. C’est cette dernière correspondance qui émut saint Jean et qu’il transcrivit dans son évangile en utilisant le calendrier légal pour trame de son récit.

Au-delà des discordances apparentes entre les synoptiques et saint Jean quant à la chronologie des jours de la Passion, Annie Jaubert démontrait l’harmonie qui existait entre les quatre Évangélistes. (…)

La découverte du calendrier de Qumrân renouvelle donc entièrement notre connaissance de la Passion du Seigneur, dont on voyait difficilement comment faire tenir tous les événements, les multiples comparutions devant Anne, Caïphe, Pilate, Hérode, retour à Pilate, dans la seule fin de la nuit du Jeudi saint au Vendredi saint  ! Mais tout devient clair si les événements se déroulent dans l’espace des deux journées du Mercredi saint et du Jeudi saint. (…)

“ L’harmonisation ” entre les quatre évangélistes, illustrée par ce tableau des événements de la Passion, n’est pas seulement «  interne  » aux Évangiles  : Elle prend appui 1° sur leurs antécédents juifs, 2° sur leurs prolongements chrétiens  ; elle est de plus fondée sur le roc d’une incontournable vérité historique.

Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion

La découverte des manuscrits de Qumrân rend donc un beau témoignage à l’Église qui a gardé intact le dépôt des Saintes Écritures. Elle se trouve ainsi confortée dans la vérité et à même de mettre en œuvre une prodigieuse et conquérante renaissance catholique à l’heure du Triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

frère Bruno Bonnet-Eymard
Extraits de Bible, Archéologie, Histoire, Tome 1 et 3
et de Il est ressuscité  ! n° 7, février 2003, p. 3-12

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