La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Qui sont les Esséniens  ?

Nous connaissions l’existence des esséniens par Flavius Josèphe, Philon d’Alexandrie, Pline l’Ancien. À la lumière des manuscrits de Qumrân, nous connaissons maintenant à fond leur doctrine. Ils nous apparaissent comme issus d’un mouvement de  » contre-réforme  » juive, né au début du deuxième siècle avant Jésus-Christ, d’une réaction des plus religieux des juifs, fidèles à la religion traditionnelle.

LES ORIGINES DE CE MOUVEMENT LÉGITIMISTE

Au cours de la période hellénistique, alors que les souverains séleucides dominent sur la Palestine, l’un d’eux, Antiochus Épiphane (175-164 av. J.-C.), «  s’exaltant et se glorifiant au-dessus de tout dieu  » (Daniel 11, 36), persécute les Juifs et prend même un décret interdisant leur culte. Les “ Assidéens ”, de l’hébreu hasîdîm, les “ pieux ”, les “ fidèles ”, réagissent. Dans la Bible, les livres des Maccabées racontent l’histoire de la réaction maccabéenne, du nom de Judas dit Maccabée, fils de Mattathias, qui en prend la tête (170 av. J.-C.) et fonde la dynastie des Asmonéens.

Sous Jonathan Maccabée (160-143), frère aîné de Juda, les hasîdîm se scindent en deux groupes antagonistes  : les pharisiens, dont le nom signifie «  séparés  », et les autres qui conservent le nom de «  pieux  », sous l’appellation d’esséniens. La raison de la rupture fut la nomination de Jonathan comme grand prêtre (1 Maccabées 10, 15-21) au détriment du prêtre légitime, de la famille des Oniades, de la classe de Yedaya, issu de Sadoq (octobre 152). Celui-ci, appelé “ Maître de Justice ” (môreh sèdèq), s’exila au désert avec un grand nombre de fidèles «  pour pratiquer la vérité et la justice et le droit et la charité affectueuse et la modestie de conduite l’un envers l’autre, pour garder la foi sur la terre avec un penchant ferme et un esprit contrit, et pour expier l’iniquité parmi ceux qui pratiquent le droit et subissent la détresse de l’épreuve  » (1QS VIII 2,4).

L’ESPRIT PROPHÉTIQUE DES “ PAUVRES DE YAHWEH ”

Vue aérienne du site de Qumrân où les esséniens établirent leur lieu saint.

Vue aérienne du site de Qumrân où les esséniens établirent leur lieu saint, substitut du Temple de Jérusalem.

«  Les “ saints ”, les “ pauvres ”, les “ humbles ”, comme les esséniens s’appelaient eux-mêmes, dispersés dans les villes et bourgades de Palestine, avaient pour centre religieux Qumrân. Leur chef et fondateur, le “ Maître de justice ” a compris que la voie dans laquelle se trouve engagé le peuple d’Israël conduit à la perdition, comme n’ont cessé de le clamer les prophètes.  »

C’est pourquoi il se présente comme le restaurateur de la Loi en Israël. Il fonde la Communauté de l’Alliance avec «  ceux qui sont sortis du pays de Juda et se sont exilés au pays de Damas  » (Écrit de Damas, VI 5), «  ceux qui sont entrés dans la Nouvelle Alliance au pays de Damas  » (VI 19).

Pourquoi sont-ils «  sortis du pays de Juda  »  ? À cause de l’apostasie qui régnait à Jérusalem. Pourquoi se sont-ils exilés au «  pays de Damas  »  ? Parce que le prophète Amos avait annoncé que Dieu châtierait Israël et déporterait ses habitants «  par-delà Damas  », mais qu’un petit «  reste  » reviendrait.

Les esséniens se sont approprié cette prophétie, au IIe siècle avant Jésus-Christ, quand la religion yahwiste faillit être anéantie par l’apostasie des juifs qui “ s’ouvraient au monde ” grec et abandonnaient la pratique de la Loi.

Piscine des Esséniens

Avant chaque repas, les esséniens se lavaient dans une des piscines munies d’escaliers.

Et pourquoi «  la Nouvelle Alliance  »  ? À cause de l’oracle du prophète Jérémie  : «  Voici venir des jours – oracle de Yahweh – où je conclurai avec la maison d’Israël (et la maison de Juda) une alliance nouvelle. Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte. Cette alliance – mon alliance  ! – c’est eux qui l’ont rompue. Alors, moi, je leur fis sentir ma maîtrise, oracle de Yahweh. Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, oracle de Yahweh. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à s’instruire mutuellement, se disant l’un à l’autre  : “ Ayez la connaissance de Yahweh  ! ” Mais ils me connaîtront tous, des plus petits jusqu’aux plus grands, – oracle de Yahweh –, parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché.  » (Jérémie 31, 31-34)

Jésus devait combler cette attente comme médiateur de cette «  nouvelle alliance  ». Mais c’est par son propre sang, «  sang purificateur plus éloquent que celui d’Abel  » (Épître aux Hébreux 12, 24), qu’il la scellerait  : «  Afin que, sa mort ayant eu lieu pour racheter les transgressions de la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage éternel promis.  » (9, 15)

L’ATTENTE DU MESSIE, FILS DE DAVID, FILS DE DIEU

Jésus est né «  au temps du roi Hérode  » (Mt 2, 1; Lc 1, 5), à Bethléem, en Judée.

Hérode le Grand avait pris le pouvoir à Jérusalem en 37 avant Jésus-Christ, sous la tutelle romaine. En 31, la vallée du Jourdain fut secouée par un fort tremblement de terre qui provoqua l’abandon partiel de Qumrân. Mais cet exil dans le désert de Juda ne s’imposait plus comme au temps de la persécution, car nous savons par Flavius Josèphe qu’Hérode était favorable aux esséniens. L’archéologie révèle qu’il perça pour eux une porte dans le mur de Jérusalem, la “ Porte des esséniens ” qui donnait accès à un quartier essénien à l’intérieur de la ville sur la colline ouest, au sud de l’actuelle abbaye de la Dormition.

Vaste cimetière à Qumrân

Dans l’attente de la Résurrection. À Qumrân, un vaste cimetière à l’est des bâtiments réunit environ 1100 tombes.

Cependant les esséniens pouvaient difficilement mettre leur espérance dans la dynastie hérodienne, d’origine iduméenne. Pourtant «  tout atteste chez eux la nostalgie du Temple de Dieu, le respect pour la ville sainte  ; s’ils refusent de pactiser avec ceux qui actuellement y règnent, leurs espoirs sont tournés vers le Temple nouveau et la Jérusalem nouvelle qui demeurent le centre de leurs pensées et de leur cœur  ».

Aussi voit-on l’attente du Messie fils de David atteindre une sorte de paroxysme dans les commentaires d’Écriture que leur graphie permet de dater de l’époque de la naissance et de l’enfance du Christ. L’annonce de «  l’avènement du roi juste  » et justicier prophétisé par Isaïe 11, 1-5; la promesse de Natân à David  : «  Et quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai ta royauté  » (2 Samuel 7,12); les bénédictions patriarcales (Genèse 49, 10), tous ces saints Écrits sont l’objet d’une lecture assidue et fervente comme l’attestent des fragments de la grotte 4 récemment déchiffrés. Méditant sur les psaumes 2 et 110 où le roi messie reçoit le titre de «  Fils de Dieu  »  : «  Tu es mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré  » (Ps 2, 7), les esséniens attendaient «  un autre dernier roi  » appelé «  Seigneur  »  :

«  Il sera dit le fils de Dieu
et le fils du Très-Haut on l’appellera.  »

Ces textes, véritables archives du courant le plus pur du judaïsme palestinien au temps de la naissance du Christ, montrent que les juifs étaient prêts, au sein de la fervente communauté essénienne, à recevoir la révélation que l’ange Gabriel fit à Marie  : «  Lui Il sera grand, Il sera appelé Fils du Très-Haut, il régnera à jamais et son règne n’aura pas de fin, Il sera appelé fils de Dieu.  » (cf. Luc 1, 32-35)

La découverte des manuscrits de Qumrân nous révèle donc ce que furent en toute vérité les racines juive du christianisme  : non pas le judaïsme rabbinique rené à Yabné, 20 ans après la destruction de Jérusalem, et qui exclura les chrétiens de la Synagogue, mais la religion des pauvres d’Israël. Ce judaïsme essénien, dans la logique de sa fidélité à l’ancienne Alliance, devint chrétien, serviteur de la nouvelle et éternelle Alliance. (…) Ce n’est donc pas la Guerre juive (66-73) qui a fait disparaître les esséniens comme secte. C’est leur « adjonction au Seigneur » à partir du jour de la Pentecôte. (…) S’ils étaient donc oublié depuis dix-neuf siècles, c’est parce qu’ils avaient été absorbés par la jeune Église, embrasés par le feu de l’amour allumé par le Sacré-Cœur de Jésus, Fils de Dieu fait homme, et de son Auxiliatrice, la Vierge Marie, Colombe Immaculée du Divin Paraclet.

frère Bruno Bonnet-Eymard
Extraits de Bible, Archéologie, Histoire, Tome 1
et de Il est ressuscité  ! n° 7, février 2003, p. 3-12

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