La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Flavius Josèphe

Josèphe, fils de Matthias, prêtre de haut rang né à Jérusalem la première année de Caligula (37-38), fut capturé en 67, lors de la guerre de Galilée, par Flavius Vespasien, alors général en chef, qui, devenu empereur, l’affranchit et se l’attacha. (…)

C’est alors que commença la carrière littéraire de cet obscur juif nanti d’une pension et logeant dans une maison qui appartenait à l’empereur  ! Tout cela cependant, non pas par traîtrise de “ collabo ”, comme une lecture superficielle de son œuvre l’a fait croire à beaucoup. André Paul a parfaitement caractérisé l’œuvre du “ vrai Josèphe ”  : «  Cette œuvre est celle d’un Juif authen­tique d’obédience pharisienne et, comme bien d’autres qui reprendront les rênes du judaïsme et de la judéité après 70, profondément hostile à la guerre contre Rome et donc à ceux qui la provoquèrent, la menèrent et la perdirent. Josèphe est contre la guerre car dans la guerre sa nation entière a bien failli se perdre en y laissant de toutes façons son Temple et sa terre.  » (…)

Théodore Reinach, dans son introduction au Contre Apion, traçait de Josèphe le portrait suivant  : «  Ce n’est ni un grand esprit, ni un grand caractère, mais un composé singulier de patriotisme juif, de culture hellénique et de vanité. Comme historien, il témoigne, en général, de peu de sens critique  ; il laisse subsister dans ses explications bien des contradictions, des renvois à des passages “ ultérieurs ”, mais inexistants, qui font peu d’honneur à son soin et à son attention  ; il ne professe aussi qu’un respect insuffisant pour la vérité, dès qu’elle ne cadre pas avec ses convictions nationales, son amour-propre ou même son intérêt du moment  ; n’oublions pas qu’il fut, comme on l’a dit, “ le premier des historiographes officiels ” et que tous ses ouvrages ont plus ou moins le caractère apologétique qui se manifeste tantôt par des exagérations, tantôt par des suppressions calculées.  » (…)

L’ŒUVRE ANTICHRIST DE JOSÈPHE

Pour toutes ces raisons, il ne faut pas s’étonner de voir Josèphe polémiquer sournoisement contre la prédication chrétienne qu’il connaît par le Nouveau Testament dont la rédaction est achevée et déjà répandue dans tout l’Empire, au moment où il écrit, vers 90. Un spécialiste de Flavius Josèphe, Étienne Nodet, a bien souligné comment  : «  Par des effets habiles de rhétorique, Josèphe donne à entendre que Jésus apparaît rapidement au début du règne de Tibère et en Judée, et Jean-Baptiste plutôt vers la fin et en Pérée.  » (…)

Ainsi, tout l’effort de Josèphe tend à nous faire croire que Jean-Baptiste est venu après Jésus, qu’il ne peut donc être son «  Précurseur  » (Mc 1, 7; Jn 1, 30), le précédant «  avec l’esprit et la puissance d’Élie  » (Lc 1, 17), «  témoin   » du Christ (Jn 1, 6-8, 19-34) et prophète du «  baptême dans l’Esprit-Saint  » (Mc 1, 8). (…)

Ce n’est pas tout  ! (…) «  La rédaction de la Guerre des Juifs permet à Josèphe d’exposer sa politique non pas pro-romaine mais, dans son pacifisme circonstanciel, fondamentalement pro-juive. Ainsi se trouvait-il en harmonie avec les maîtres palestiniens, soit en quelque sorte avec le magistère des juifs retranchés à Yamnia en vue de redéfinir et de relancer le judaïsme. De la sorte était-il prêt, du point de vue de l’éthique nationale surtout, pour entreprendre la rédaction des Antiquités juives. Il s’agit là de la Bible de Josèphe, rédigée dans le but de manifester l’immortelle identité de la nation juive.

«  Or, il y avait des chrétiens à Rome tandis que Josèphe y vivait et écrivait. Il y avait même un Pape, Clément, au rayonnement déjà grand hors de la capitale de l’empire. Aussi, notre écrivain, témoin de surcroît de la pauvreté culturelle de ses coreligionnaires, voulut-il, entre autres choses, quant au fond et quant à la forme, faire globalement pièce au capital social, doctrinal et littéraire déjà acquis par les chrétiens. (André Paul, Le judaïsme ancien et la Bible, Desclée, p. 151) (…)

Étienne Nodet, dans l’introduction de son ouvrage récent, La Bible de Josèphe, est parfaitement explicite. Pour écrire l’histoire des Juifs, Josèphe a recours à la Bible, évidemment, mais il la paraphrase plutôt qu’il ne la cite. Or, «  il est souvent impossible de reconstituer sa source avec précision, car sa paraphrase est souvent très lâche  ».

En effet, «  la paraphrase de Josèphe s’écarte dans de nombreux cas de toutes les formes bibliques que nous connaissons, bien qu’il déclare volontiers être fidèle à ses sources  : il ajoute des discours ou retranche des épisodes entiers, il réorganise sa matière et lui donne un style  ; il utilise des traditions homilétiques et exégétiques connues de son temps  ; il introduit des lois et coutumes plus ou moins éloignées de la lettre biblique  ».

Cette relecture de la Bible, antichrist, antichrétienne, est le ressort profond de l’œuvre de Josèphe comme l’a bien démontré André Paul  : «  Ce que l’on peut lire de plus étonnant et de plus vrai dans son œuvre, c’est l’affirmation de l’existence juive et des conditions de celle-ci, et ce dans la recherche précoce mais résolue de la différence entre l’identité juive et l’identité chrétienne.  »

Extraits de Bible, Archéologie, Histoire, Tome 2, p. 125-126;
Tome 3, p. 85

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