La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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LABOREM EXERCENS
UNE ENCYCLIQUE MARXISTE

L’encyclique Laborem Exercens introduit des doctrines nouvelles qui furent réprouvées par le Pape Pie XII, mais hélas avalisées par les Pères du Concile Vatican II, et notamment par le cardinal Wojtyla. Exposées dans une encyclique, ces théories d’un christianisme progressiste deviennent un enseignement authentique du Magistère, capable de se substituer dans bien des esprits au Magistère ordinaire de l’Église, de soi infaillible.

I. THÉORIE DU MARXISME CATHOLIQUE  :
L’HOMME SE FAIT DIEU PAR LE TRAVAIL

Jean-Paul II

(…) L’homme se définit par le travail, qui est sa raison d’être et dont la fin est la domination de la terre en laquelle il trouve sa dignité, sa ressemblance au Créateur, en un mot sa divinisation. Il s’agit de l’homme «  fait à l’image, à la ressemblance de Dieu lui-même, dans l’univers visible et établi dans celui-ci pour dominer la terre, l’homme est donc dès le commencement appelé au travail… Le travail porte la marque particulière de l’homme et de l’humanité… et cette marque détermine sa qualification intérieure, elle constitue en un certain sens sa nature même.  » (Intr.) (…)

Malgré cet “ en un certain sens ”, dont Jean-Paul II a coutume d’atténuer ses affirmations les plus stupéfiantes (…), voilà un discours que Marx aurait apprécié, lui qui écrivait dans Économie et philosophie  : «  Pour l’homme socialiste, l’histoire dite universelle n’est rien d’autre que la génération de l’homme par le travail humain, rien d’autre que le devenir de la nature par l’homme  ; c’est pour lui la preuve évidente et irréfutable de sa génération par lui-même, du processus de sa genèse.   »

Avec Jean-Paul II, le communisme chrétien est autorisé. Le travail, «  dimension fondamentale de l’existence humaine   »  ? Non  ! «  Par laquelle la vie de l’homme est construite chaque jour  »  ? Non  ! «  Où elle puise sa dignité spécifique  » (1)  ? Non, non et non  ! «  S’il est vrai que l’homme se nourrit du pain gagné par le travail de ses mains, c’est-à-dire non seulement du pain quotidien, mais aussi du pain de la science et du progrès, de la civilisation et de la culture  »… Non, non et non à ce démarquage sacrilège de la parole de Jésus-Christ  : «  L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.  » (Mt 4, 4)

UNE MORALE CONCILIAIRE ET ANTHROPOCENTRIQUE

Voici cette anthropologie théorique, catholique communiste, que Jean-Paul II propose comme la pensée de l’Église (quelle forfaiture  !) (…), cette sublime Révélation des desseins éternels, des destins humains transcendants, c’est le marxisme chrétien  :

«  L’expression “ dominez la terre ” a une portée immense.   » (n° 4) (…)

«  L’homme doit soumettre la terre, il doit la dominer parce que, comme “ image de Dieu ”, il est une personne, c’est-à-dire un sujet, un sujet capable d’agir d’une façon programmée et rationnelle, capable de se décider lui-même et tendant à se réaliser lui-même. C’est en tant que personne que l’homme est sujet du travail. C’est en tant que personne qu’il travaille, qu’il accomplit diverses actions appartenant au processus du travail  ; et ces actions, indépendamment de leur processus objectif, doivent toutes servir à la réalisation de son humanité, à l’accomplissement de la vocation qui lui est propre en raison de son humanité, à l’accomplissement de la vocation qui lui est propre en raison de son humanité même  : celle d’être une personne. Les principales vérités sur ce thème ont été rappelées dernièrement par le Concile Vatican II dans la Constitution Gaudium et Spes, en particulier par le chapitre I consacré à la vocation de l’homme.  » (n° 6b)

Ces principales vérités, à l’époque nous n’y avions vu que mensonges. (…) «  Que pense l’Église de l’homme  ?  » Eh bien  ! à Vatican II elle le juche sur un trône  : «  Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point  : tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet  » (Gaudium et Spes, 12). (…)

À cet humanisme philosophique, Jean-Paul II ajoute seulement un badigeon marxiste, nietzschéen et teilhardien  : c’est par le travail que l’homme s’accomplit, car «  le travail est la voie qui conduit l’homme à réaliser la domination qui lui est propre sur le monde visible en soumettant la terre  » (n° 9). Telle est «  l’intention fondamentale et primordiale de Dieu par rapport à l’homme qu’ “ il créa à sa ressemblance, à son image ”, intention qui n’a pas été rétractée ni effacée.  »

Ainsi le travail est un bien de l’homme, «  digne de lui, c’est-à-dire qu’il correspond à la dignité de l’homme, un bien qui exprime la dignité de l’homme et qui l’accroît… Car, par le travail, non seulement l’homme transforme la nature en l’adaptant à ses propres besoins, mais encore il se réalise lui-même, comme homme et même, en un certain sens, il devient plus homme.  » (n° 9) (…) Engels ne disait pas autre chose dans sa “ Dialectique de la nature ”  : «  Le travail (…)est la condition fondamentale première de toute vie humaine, et il l’est à un point tel que, dans un certain sens, il nous faut dire  : le travail a créé l’homme lui-même.   » (…)

Tel est, pour Jean-Paul II, le but de la vie  : par le travail, croître en puissance dominatrice, donc en dignité. (…) C’est mettre la vocation de l’homme, sa dignité, sa ressemblance avec Dieu (son union avec Lui  ? sa religion  ?) dans une opération naturelle, étrangère au bien ou au mal moral, à la loi divine révélée comme à toute foi religieuse.

C’est au nom d’une telle profession de foi dans le travail que Jean-Paul II va plaider pour l’instauration d’un «  ordre social du travail, qui permette à l’homme de devenir plus homme  ». (…) Plaidoirie pour les uns, les travailleurs, réquisitoire pour les autres, les capitalistes.

II. PRAXIS MARXISTE CATHOLIQUE
LUTTE DES CLASSES ET PARADIS DES TRAVAILLEURS

LE TRAVAIL EST TOUT.

Le travail est tellement le tout de la vie humaine que le Pape le met au fondement de la vie familiale, il en est même sa raison et sa fin…

«  Le travail est le fondement [Erreur prodigieuse de soumettre la vie d’amour à cette grandeur du travail ! car enfin c’est l’amour qui fait le foyer, le travail ne vient uniquement que comme un moyen de faire vivre la famille. Nous sommes dans des valeurs humaines.] sur lequel s’édifie la vie familiale, qui est un droit naturel et une vocation pour l’homme. Ces deux sphères de valeurs l’une liée au travail, l’autre dérivant du caractère familial de la vie humaine doivent s’unir et s’influencer de façon correcte. Le travail est, d’une certaine manière, la condition [tout de même] qui rend possible la fondation d’une famille, puisque celle-ci exige les moyens de subsistance que l’homme acquiert normalement par le travail. Le travail et l’ardeur au travail conditionnent aussi tout le processus d’éducation dans la famille…  » (n° 10a) On a de nouveau les pieds sur terre  : c’est la vie de famille dans l’amour et le dévouement  ; le père travaille pour gagner de l’argent, qu’on vive bien, et il en économise pour assurer l’éducation des enfants, etc. Je suis ravi, mais pas pour longtemps, car pour le Pape, le but de cette éducation familiale c’est que chacun devienne “ homme ” par le travail  ?  ! «  Chacun “ devient homme ”, entre autres, par le travail, et que ce fait de devenir homme exprime justement le but principal de tout le processus éducatif. (…) Car la famille est à la fois une communauté rendue possible par le travail et la première école interne de travail pour tout homme.  » CQFD

Le travail fonde et fait vivre la famille pour qu’on puisse éduquer les enfants à quoi  ? à travailler  ! Affreux cercle vicieux qui évoque la vie des pauvres familles réduites en esclavage par le capitalisme sauvage du XIXe siècle et le communisme du XXe. À force de vouloir s’ouvrir à ce monde issu de la Révolution française, on en vient à oublier la sagesse et la douceur de vivre des temps de chrétienté où Dieu était premier servi et les hommes heureux de vivre sous le joug suave et léger de la loi évangélique…

En faisant de la nation la «  grande incarnation historique et sociale du travail de toutes les générations  » (n° 10c), le Pape passe sous silence le rôle fondateur et civilisateur de l’Église. Qui a fondé et civilisé la Pologne  ? En 966 le roi Mieszko se convertit et place son pays sous la protection du Saint-Siège. Et la Russie  ? En 988, le roi saint Vladimir se fait baptiser avec tout son peuple, tel Clovis, roi des francs en 496, etc.

LE CAPITALISME, MATÉRIALISME ÉCONOMIQUE, N’EST RIEN.

Dans le conflit qui oppose le monde du capital et le monde du travail, autrement dit le libéralisme et le marxisme, le Pape prend parti. Puisque le travail c’est l’homme même, tandis que le capital n’est que matière, le marxisme a le bénéfice de la bonne intention et la sympathie du Pape. Il s’en suit une virulente réprobation du capitalisme accusé d’avoir inauguré l’erreur intrinsèquement perverse de la «  pensée matérialiste et “ économiste ”  » (cf. n° 7) selon laquelle l’homme n’est qu’un instrument de production et donc d’accroissement des biens matériels tandis que le capital serait le «  fondement, le facteur et le but de la production  ».

«  L’erreur du capitalisme primitif peut se répéter partout où l’homme est en quelque sorte traité de la même façon que l’ensemble des moyens matériels de production, comme un instrument et non selon la vraie dignité de son travail, c’est-à-dire comme sujet et auteur, et par là même comme véritable but de tout le Processus de production.  » (…)

Le travail est alors «  compris et traité comme une espèce de “ marchandise ” que le travailleur – et spécialement l’ouvrier de l’industrie – vend à l’employeur, lequel est en même temps le possesseur du capital, c’est-à-dire de l’ensemble des instruments de travail et des moyens qui rendent possible la production.  » (n° 7c)

Puisque le pape tient par définition arbitraire le capital pour exclusivement matériel, sous-humain, le capitalisme devient un matérialisme intégral, pratique plus que spéculatif, et donc le plus abject des systèmes. (n°13c) (…) Étant historiquement la cause première d’un matérialisme “ non humaniste ”, le pape considère avec bienveillance la réaction légitime du matérialisme dialectique, même s’il reconnaît que ce dernier a échoué dans sa promotion de l’homme  :

«  Il semble pourtant que, dans le cadre des considérations présentes, pour le problème fondamental du travail humain et, en particulier, pour cette séparation et cette opposition entre “ travail ” et “ capital ”, comme entre deux facteurs de la production envisagés dans la même perspective “ économiste ” dont nous avons parlé, l’ “ économisme ” ait eu une importance décisive et ait influé sur cette manière non humaniste de poser le problème, avant le système philosophique matérialiste. (n° 13d) [Le péché vient du capitalisme, d’accord, mais quelle est l’origine de ce capitalisme sauvage, par quelle religion, par quel système de pensées ce système “ non-humaniste ” s’est-il répandu dans le monde ? Le pape ne le dira pas. Dommage.] Néanmoins, il est évident que le matérialisme, même sous sa forme dialectique, n’est pas en état de fournir à la réflexion sur le travail humain des bases suffisantes et définitives pour que le primat de l’homme sur l’instrument-capital, le primat de la personne sur la chose, puisse trouver en lui une vérification adéquate et irréfutable et un véritable soutien. [Le marxisme n’est évidemment pas la solution parfaite, on ne peut attendre de lui qu’il affirme le primat de la personne sur la chose.] Même dans le matérialisme dialectique, l’homme n’est pas d’abord sujet du travail et cause efficiente du processus de production, mais il reste traité et compris en dépendance de ce qui est matériel, comme une sorte de “ résultante ” des rapports économiques et des rapports de production qui prédominent à une époque donnée.  » (n° 13d)

Les “ mêmes ” de ce texte sont extraordinaires. Ils sous-entendent que même si le marxisme n’est pas la solution parfaite, il accorde à l’homme beaucoup plus que le capitalisme.

LE CAPITAL EST ASSUJETTI AU TRAVAIL

Après cette néantisation dialectique du capital, le Pape peut conclure que «  l’homme est le vrai sujet efficace du travail, le Capital est seulement et exclusivement un instrument subordonné.  » Cela se tire du primat de l’homme par rapport aux choses, à supposer que le travail est homme et que le capital n’est que chose. Cela ne viendra jamais à l’esprit du Pape que le Capital puisse être aussi humain. Je ne suis pas capitaliste, mais cette présentation est par trop simpliste, elle diabolise tous les gens qui ayant fait quelques économies ont le droit, tout de même, de vivre de leurs économies. Le capitaliste, celui qui a un peu d’argent et le fait fructifier, n’est pas un monstre, ni non plus le travailleur un ange, un saint. Au lieu de les opposer dialectiquement comme le bien absolu face au mal absolu, il faudrait savoir faire justice entre les deux en les ramenant l’un et l’autre à la même règle de l’équité, ce qu’on toujours fait les papes. (…)

LES VÉRITÉS ABSENTES DE CETTE ENCYCLIQUE

Mais Jean-Paul II raisonne comme un homme qui a vécu dans une société communiste, il ne connaît l’histoire qu’à travers la grille d’analyse marxiste  : il y a les capitalistes qui exploitaient les travailleurs, et ces derniers se sont spontanément regroupés au XIXe siècle pour faire la révolution  : ils ont eu raison  ! (cf n° 8a et 11, 11a) (…)

Voici maintenant la vérité sur cette lutte des classes, son origine. Il est fort regrettable qu’en 1892 Léon XIII, dans son encyclique Rerum Novarum, ait traité de la question sociale sans remonter à la cause première du malheur des ouvriers. Tous les papes, saint Pie X excepté, feront la même impasse avec pour conséquence de rendre la Doctrine sociale de l’Église absurde et inefficace.

Ce sont des monstruosités, des idoles contre lesquelles les hommes d’Église ne veulent plus combattre alors qu’elles sont rouges du sang de tant d’innocents. Il est donc grand temps donc de se départir de cette philosophie rationaliste du XVIIIe siècle et de sa fausse définition d’un homme abstrait, sans Dieu ni prochain, comme aussi de la Révolution de 1789 et de ses Droits de l’homme, car brisant une merveilleuse civilisation chrétienne, elles ont produit dans la société des désordres épouvantables. Le matérialisme, nom philosophique du vice et de l’égoïsme, et le laïcisme, nom philosophique de l’orgueil de l’homme voulant s’émanciper de la douce loi du Christ, ont enfanté deux systèmes ennemis  : le libéralisme capitaliste et le socialisme. (…)

Le capitalisme qu’il faut haïr, c’est celui d’une oligarchie féroce, impie, que la Révolution a libéré de toute entrave religieuse et politique en renversant le trône et l’autel. Il faut avoir pitié des masses de pauvres exploités, mais il faut haïr tout autant que les grands capitalistes, le socialisme de ces meneurs populaires, ambitieux, sans Dieu ni maîtres qui vont finalement conduire au Goulag des peuples entiers. S’il avait voulu être juste et vrai, le Pape Jean-Paul II aurait dû dénoncer le capitalo-socialisme, seule et même iniquité aux deux faces également injustes et impies, campé sur les ruines de la Monarchie française et de l’Église romaine. Il aurait dû aussi dénoncer, comme saint Pie X dans sa Lettre sur le Sillon, ce monstrueux assemblage de révolution satanique et de religion dévoyée qui, sous le nom de libéralisme catholique ou de Démocratie chrétienne, a jeté la Doctrine sociale, les institutions et les œuvres de l’Église dans la sujétion et l’écrasement de l’État matérialiste et athée, puissance de Satan… (…)

TRAVAIL ET PROPRIÉTÉ

Les dialectiques que le Pape va développer ensuite sur la propriété et le travail, pour aboutir finalement à persuader l’ouvrier qu’il est le «  patron des créatures  », sont indécentes. Ces acrobaties d’intellectuel déconnecté de la réalité, mais d’une habileté consommée, n’en désorienteront pas moins le lecteur catholique. (…)

Certes Jean-Paul II reprend la doctrine traditionnelle de l’Église, selon laquelle les propriétaires du capital ont droit à la propriété, «  même [on ferait une étude intéressante de ces “ même ”…] des moyens de production  », cela contre la théorie marxiste, trop absolue. Mais il se retourne contre le «  dogme  » (  ?  !) capitaliste selon lequel le droit de propriété est un droit absolu  ! Le pape le déclare relatif, car «  la propriété est soumise au travail.  » C’est démontré, que diantre  ! puisqu’elle est chose et que le travail est homme  !  !  ! Elle ne peut être en aucun cas cause de litige (13a), elle doit donc être socialisée. C’est la condamnation du capitalisme par essence et du marxisme par circonstance, dans la mesure où sa socialisation est étatisation et remise de la puissance économique aux accapareurs du pouvoir politique, autre forme d’oppression capitaliste…

Là-dessus le Pape prône, en pleine utopie (conciliaire) et rêve slave, des corps intermédiaires où la «  subjectivité  » de la société elle-même serait respectée (cf n° 15); et où le socialisme serait personnaliste, et la solidarité unanimiste. Que dire, qu’objecter à un rêve  ?  ?  ? Poursuivons-le…

LE TRAVAILLEUR EST ROI, L’ÉTAT EST SA PROVIDENCE
ET LE PATRON, SA VACHE À LAIT

Le travailleur trouve dans le travail «  une source de droits dans le vaste ensemble des droits de l’homme.  » Droits vis-à-vis de qui  ? de l’employeur, pardi  ! (cf n° 16 à 20)

Le Pape soupçonne le système général de la société mondiale de méchanceté vis-à-vis du travailleur. C’est une grosse machine toute puissante et inépuisable, capitalisatrice de richesses. Elle doit donc tout au travailleur qu’elle exploite. Voilà pourquoi il préconise, au chapitre de l’employeur indirect, une nouvelle organisation économique mondiale.

Les devoirs de l’employeur sont innombrables… Il doit agir contre le chômage  ; organiser une «  planification globale, rationnelle et adéquate  », tant nationale qu’internationale (cf n° 18 ). Le but de tous ces devoirs est de donner aux travailleurs, dont les droits sont égaux, partout dans le monde et sans discrimination. Jean-Paul II devient menaçant, rappelant comme Populorum Progessio que les inégalités sont des injustices qui provoquent de soi la violence révolutionnaire  : gare à vous  ! (…)

Après une évocation, en cinq lignes, des antiques corporations (cf n° 20 b), le Pape fait la promotion du syndicalisme horizontal (de combat) et des organisations patronales, en précisant les limites du champ de bataille. La lutte devra être ordonnée au bien commun (n° 20 b à e), sans passions ni ambitions politiciennes… [cher ange…] et non pas bien sûr pour “ avoir plus ” mais pour “ être plus ” (20f). Le Pape nous fait ainsi une description idyllique du syndicalisme de classe. L’employeur doit enfin reconnaître le droit de grève auquel le Pape met tout de même des limites.

Les travailleurs agricoles, les handicapés, les immigrés ont droit à leur tour à une litanie de «  On doit tout faire pour que…  » bien caractéristique de cette mentalité primitive où un «  on  » transcendant, omnipotent, se trouve sommé par la conscience universelle de tout faire pour que tout aille bien pour l’homme, à savoir le travailleur, car il a droit au travail, «  sa dignité d’homme et de sujets du travail le requiert.  ». Ce manichéisme révolutionnaire est stupéfiant. (…)

LA RELIGION DU TRAVAIL

Un dernier chapitre traite de la spiritualité du travail en se référant à Vatican II. Le Pape nous explique que le travail n’est rien moins que divin. Puisque Dieu a travaillé en faisant le monde, la vocation de l’homme est donc de l’imiter en travaillant, et en se reposant aussi en fin de semaine (pourquoi ne pas dire tout simplement le dimanche  ?). Le propre fils de Dieu appartenant lui-même au monde du travail, il se trouve dans le bon camp, du bon côté de la barricade…

Le travailleur, partenaire de Dieu, travaille lui aussi à la rédemption de l’humanité et au progrès de la dignité humaine… Et c’est ainsi, selon le Vicaire du Christ, que le Royaume de Dieu progresse…

«  Grâce au travail, doivent se multiplier sur la terre non seulement “ les fruits de notre activité ” mais aussi “ la dignité de l’homme, la communion fraternelle et la liberté ” [Gaudium et Spes, 39]. Puisse le chrétien qui se tient à l’écoute de la parole du Dieu vivant et qui unit le travail à la prière savoir quelle place son travail tient non seulement dans le progrès terrestre, mais aussi dans le développement du Royaume de Dieu auquel nous sommes tous appelés par la puissance de l’Esprit Saint et par la parole de l’Évangile  !  » (n° 27)

Mon Dieu, mon Dieu, que nous sommes loin des Béatitudes évangéliques…

Au terme de cette encyclique, le fidèle catholique se retrouve totalement désorienté, moralement et politiquement. C’est à tort ou avec exagération que son petit catéchisme lui enseignait qu’il a été créé par Dieu et pour Dieu, afin de le connaître, l’aimer, le servir comme un père et mériter ainsi le bonheur éternel du Ciel. C’est à tort qu’il considérait comme supérieure à toute autre activité humaine l’œuvre surnaturelle opérant par grâce la sanctification des hommes et leur salut éternel…

Jean-Paul II lui révèle sa dignité et l’investit d’une vocation “ Kolossale ”, car par son humble travail humain de chaque jour, il n’est rien moins que partenaire du Créateur et du Rédempteur. Il passe du statut de créature à celui de petit Dieu créateur, belle promotion  !…

Ce bon catholique, qui aimait la tranquillité de l’ordre, fera son examen de conscience, puis il s’en ira militer dans les partis de gauche pour faire la guerre au capitalisme…. Et voilà comment un Pape répand au sein même de l’Église les erreurs de la Russie, sans qu’aucun prophète ne crie  : «  Au feu, au feu, au feu dans la maison de Dieu  !   » (Saint Louis Marie Grignion de Montfort)

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 171, novembre 1981, p. 1-2
et de la conférence A 27bis, congrès d’octobre 1981

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