La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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MULIERIS DIGNITATEM
SUR LA DIGNITÉ ET LA VOCATION DE LA FEMME

Jean-Paul II

Ce «  document  », qui se veut une «  méditation  », est plutôt la transformation de fond en comble de l’édifice bâti par les siècles sur le fondement des Apôtres et des martyrs en l’honneur et pour le culte de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, et de la bienheureuse et Immaculée Marie, toujours Vierge, Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes. C’est un changement de propriétaires, par retour et dévolution de tous les honneurs et perfections de Jésus et de Marie, à l’ancien Adam et l’ancienne Ève, exaltés et adulés en la personne de tout homme et de toute femme, ou pour mieux dire, de l’Homme et de la Femme en soi. À cette prédication séductrice, chaque moi humain, fille d’Ève, fils d’Adam, glisse voluptueusement dans l’adoration et le culte de son être, de son sexe, à soi, en soi et pour soi  !

Il y a du gnosticisme dans cette œuvre, et particulièrement dans cette Lettre-ci. Je pense l’établir par un commentaire littéral de ce texte, qui culminera dans la dénonciation d’une contradiction flagrante, et d’ailleurs ancienne, ici réitérée, entre cette philosophie essentiellement germanique et nos divines Écritures comme aussi bien notre Tradition catholique constante. (…)

Les titres et sous-titres sont de moi, par souci de clarté, et pitié pour le lecteur  ! Le texte est reproduit sans modification, en respectant les nombreuses singularités typographiques voulues par l’Auteur pour mieux rendre toutes les nuances de sa pensée. Mes réflexions éventuelles seront insérées dans le texte pontifical entre crochets. (…)

I. “ MARIE DE NAZARETH ”, “ LA FEMME DE LA BIBLE ”,
L’IDÉAL DE TOUTES LES FEMMES.

Le premier chapitre opère la dévolution des perfections de la Vierge Marie, Mère de Dieu, considérée comme la plus haute expression de l’être féminin, à toute femme quelle qu’elle soit, de telle sorte qu’Elle révèle à toutes l’idéal auquel elles sont en droit d’aspirer, dont elles doivent être reconnues capables et dignes, la sublime vocation à laquelle elles sont prédestinées, toutes autant qu’elles sont.

Opérée d’une plume de dialecticien germanique, c’est l’inversion du réel par naturalisation du surnaturel, en vue de la surnaturalisation du naturel. La dignité éminente de la Mère de Dieu, ici dénommée “ Marie de Nazareth ”, étant attribuée en elle à l’essence de “ la femme ”, toute fille d’Ève se voit reconnaître une dignité “ extraordinaire ”… quasi divine  !

LA PLUS HAUTE ASPIRATION DE L’ÊTRE HUMAIN.

Voici d’abord la naturalisation du surnaturel, l’humanisation, la normalisation de l’Immaculée  :

«  3. Cet événement de l’Annonciation conduit au sommet de l’histoire de l’homme sur terre  », cette «  histoire spirituelle, telle qu’elle s’exprime à travers les diverses religions du monde comme une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine  », en un mot, «  comme les aspirations de l’esprit en recherche de Dieu  ». Abondantes citations de Vatican II à l’appui. (…)

Or, en ce «  sommet  » de l’histoire humaine universelle, «  la femme se trouve au cœur de cet événement salvifique  »  : «  Cet événement se réalise en elle [oui] et par elle [non]  !  » (…)

Une «  fille d’Israël, le peuple élu  », une femme, «  la “ femme ” de Nazareth  », atteint à une dignité vertigineuse, dépassant «  toutes les attentes de l’esprit humain  ». Ce recordmontre à toutes les femmes ce dont elles sont capables, ce à quoi elles sont appelées, toutes, en tout état physique ou moral, cultuel et culturel. Ce n’est plus la grâce qui descend du Ciel sur l’unique Immaculée, prédestinée à être la mère de Jésus, le Fils de Dieu… c’est la fille d’Israël, fille de Prométhée qui escalade les degrés du Ciel et du sommet de son Himalaya nazaréen fait signe à toutes ses sœurs de la rejoindre, conformément aux aspirations de leur être féminin, selon leur droit et leur vocation  !

L’ARCHÉTYPE DE LA DIGNITÉ DE LA FEMME.

Et maintenant voici la surnaturalisation du naturel, l’apothéose de la femme  :

«  4. (…) L’événement de Nazareth met en relief une forme d’union à Dieu qui ne peut appartenir qu’à la “ femme ”, à Marie  : l’union entre la mère et son fils. La Vierge de Nazareth devient en effet la Mère de Dieu.  »

L’unique, la sublime grâce de la Vierge Marie, cette “ union à Dieu ” qui lui vaut le titre incomparable de “ Theotokos ”  : Mère de Dieu, voilà que le Pape l’accorde à tous les êtres humains, mais éminemment, singulièrement, aux femmes à qui seules appartient cette forme d’union “ entre la mère et son fils ”…  ! Le privilège spirituel, surnaturel et saint de l’Immaculée est ainsi ravalé au niveau charnel, de la procréation sous son mode féminin de grossesse utérine  ! (…)

Sans doute l’énormité est-elle aussitôt corrigée par son contraire  : tout cela n’est qu’œuvre de pure grâce, et don de l’Esprit  ! Mais c’est quand même par la “ femme ”, par sa libre volonté, «  la libre volonté du “ moi ” personnel etféminin  »  ! le “ moi ” de Marie, le “ moi ” de la “ femme ” qui l’emporte sur tout dans le monde, et précisément sur le “ moi ” masculin. (…)

Le Pape insiste. Marie est “ Mère de Dieu ” en tant que “ femme ”. Donc toute femme en partage, en quelque sorte  ! l’aspiration, l’attente, donc le droit, la dignité, la grâce, la prédestination  :

«  La “ plénitude de grâce ” accordée à la Vierge de Nazareth en vue de sa qualité [?] de “ Theotokos ” signifie la plénitude de la perfection de “ ce qui est caractéristique de la femme ”, de “ ce qui est féminin ”. Nous nous trouvons ici, en un sens [!], au point central, à l’archétype de la dignité personnelle de la femme. (…) Marie – la femme de la Bible – est l’expression la plus accomplie de cette dignité et de cette vocation.  » (…)

Au nom de la Vierge Marie, c’est bien l’apothéose de la femme qu’entreprend cette Lettre apostolique.

II. L’HOMME ET LA FEMME, LIBRES ET ÉGAUX
“ COMME DES DIEUX ”.

Dans ce deuxième chapitre, le Pape n’aura aucune peine à persuader hommes et femmes de notre temps qu’ils sont tous “ à l’image et à la ressemblance ” des trois Personnes divines  : «  comme des dieux  !   », disait l’antique Serpent (Gn 3, 5). Jean-Paul II dit pareil pour établir le dogme essentiel, et gnostique, de son féminisme  : celui de l’égalité de l’homme et de la femme, comme “ un moi ” et “ un autre moi ”, autosuffisants, autonomes et autosatisfaits, qui de surcroît sont appelés à s’aimer et se donner l’un à l’autre dans une réciprocité sans nuages, selon leurs très accessoires différence et complémentarité sexuelles.

Pour aboutir à ces définitions et lois autolâtriques de l’homme et de la femme, le Pape utilise l’instrument délicat de l’analogie entre Dieu et nous, permettant d’attribuer à Dieu les perfections de ses créatures, en les poussant à l’absolu  ; et de nier qu’appartienne à Dieu aucune de nos imperfections à nous… Mais Jean-Paul II joue de cet instrument délicat à l’inverse de la normale  : Ce qu’il veut accorder à la créature, il prétend le trouver en Dieu, tandis que ce qu’il rejette de notre condition terrestre, il le nie arbitrairement de Dieu afin de le considérer en nous comme un manque, une dissemblance d’avec Dieu, un mal, qu’il nous faut combattre et extirper. Cette malice étant bien comprise, la démonstration de Jean-Paul II se révèle toute guidée par la passion féministe, égalitariste et libertaire qui l’habite, et non par la raison, ni par la foi.

DIEU LES CRÉA COMME LUI INDÉPENDANTS,
HOMMES ET FEMMES, ÉGAUX ET LIBRES.

Il suffit de lire. Je cite l’essentiel  :

«  6. Dans le contexte du “ commencement ” biblique où la vérité révélée sur l’homme comme “ image et ressemblance de Dieu ” constitue la base immuable de toute l’anthropologie chrétienne, l’homme et la femme sont appelés à l’existence, tous les deux à un degré égal, tous les deux créés à l’image de Dieu..   » (…) «  Dans la description de Genèse 2, 18-25, la femme est créée par Dieu “ à partir de la côte ” de l’homme, et elle est placée comme un autre “ moi ”, comme un interlocuteur [!] à côté de l’homme… Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l’on reconnaisse l’égalité essentielle de l’homme et de la femme du point de vue de l’humanité. Depuis le début, tous les deux sont des personnes, à la différence des autres êtres vivants du monde qui les entoure. La femme est un autre “ moi ” dans leur commune humanité.  » (…)

Le Pape a noté, en passant, l’origine de la femme, “ tirée de la côte  ” de l’homme. Mais de ces mots, il n’a rien retenu. Il oublie donc qu’Ève est d’Adam, et ainsi subjuguée dès l’origine par cette relation d’être, déjà pleine d’amour. Adam en tire autorité, Ève révérence et obéissance  ; d’où découle une morale chrétienne, humaine… Jean-Paul II n’en veut pas. Il l’ignore, il la fait oublier aux catholiques eux-mêmes, dans sa passion féministe de liberté, d’égalité, d’indépendance du moi par rapport à tout autre moi  ! Il veut même qu’il en soit ainsi de Dieu, pour que le Mystère de Dieu ne vienne pas en contradiction et en condamnation de son culte de l’Homme et de la Femme  ! (…)

Faute de connaître le b-a ba de la théologie trinitaire, le Pape reste incapable de dénouer les fils embrouillés de l’anthropologie rationnelle. Et de même qu’il imagine un Dieu, substance et personne unique, autosuffisant contradictoirement doublé de trois dieux, trois personnes s’aimant et se donnant l’une à l’autre en toute liberté, égalité et fraternité… De même il idolâtre un homme, une femme, c’est égal, d’une «  extraordinaire dignité  », autonomie, liberté et autosuffisance… contradictoirement collé à un autre “ moi ”, interlocuteur, partenaire, tout aussi autonome et suffisant que lui… collé par devoir  ? par amour  ? par don gratuit  : «  don désintéressé de lui-même  »…  ? Mais voulu par lui «  pour se trouver lui-même  »  ! Nous sommes en pleine logomachie. (…)

DIEU, PAS PLUS MASCULIN QUE FÉMININ.

Pour extirper définitivement cette idée (  !) d’une prétendue supériorité de l’homme sur la femme, d’un sexe sur l’autre, Jean-Paul II s’emploie donc à évacuer tout sexe, tant masculin que féminin, de la sphère du divin, du spirituel, pour réduire ainsi la sexualité et sa prétendue inégalité, à une différence seulement corporelle, charnelle, négligeable, méprisable. Ce serait amusant, si ce n’était blasphématoire. (…)

Il note que «  dans divers passages de l’Écriture Sainte (surtout dans l’Ancien Testament) nous trouvons des comparaisons qui attribuent à Dieu des qualités “ masculines ” ou “ féminines ”… des qualités aussi bien “ masculines ” que “ féminines. ”  » (8) (…) Remarquez qu’il n’y a aucune proportion entre cinq comparaisons dites “ féminines ”, complaisamment citées par le Pape, mais qui ne sont jamais que maternelles  ! et les cinq mille (comptez vous-même) dénominations hardiment masculines, viriles, partout employées jusqu’à exclure tout mot féminin (“ la Parole ” se voit substituer, exprès, “ le Verbe ”), pour invoquer Dieu et désigner chacun des trois “ Prosôpa ” (neutre grec  : personnes).

Ensuite, les cinq comparaisons de Dieu avec une mère, et celle de Jésus se comparant à la poule abritant ses poussins sous ses ailes  ! ne portent que sur des “ qualités ”, des vertus, sans rapport direct avec la distinction des sexes. (…) En revanche, le mâle et la femelle tirent leur différence non de qualités morales, ni de sentiments, pas même celui de l’amour dans ses diverses nuances et accentuations, mais d’un fait physique, anatomique, physiologique, psychique, éthique, et donc sémiotique, d’où résulte que l’un est “ acte ” et l’autre “ puissance ” dans leur nature sexuelle et leur comportement social, selon saint Thomas. En termes plus modernes  : l’homme est “ ACTION ”, initiative, force, pouvoir, autorité… à la ressemblance de Dieu  ! La femme est “ PASSION ”, accueil, douceur, soumission, dévouement, infériorité… à la dissemblance de Dieu, mais à la ressemblance de toute créature en présence de son Créateur. Et c’est là son signe, sa vocation  !

Les femmes modernes ne le veulent pas  ? Jean-Paul II non plus  ! Mais il n’est pas en leur pouvoir de changer l’ordre des sexes, encore moins l’ordre de la nature et la hiérarchie divine même  !

Car Dieu est Dieu et non déesse  ! (…) Tout théologien (catholique  !) sait  : Dieu a pour analogue le sexe masculin, chair et esprit, acte  ! Le sexe féminin symbolise avec la créature et ne trouve de fécondité et de salut que dans cette vocation de soumission, chair et esprit, pleine d’amour. (…)

III. L’INJUSTE INÉGALITÉ DES SEXES VIENT DU PÉCHÉ
ET DOIT DISPARAÎTRE AVEC LUI.

L’HOMME, SÉDUIT PAR LE “ DIABLE ”, PÉCHA,
ET PÉRIRENT LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

Le Pape a certes mentionné l’origine de la femme, «  à partir de la côte de l’homme  » (6), mais il n’y a voulu voir qu’une nouvelle attestation biblique de leur «  égalité essentielle du point de vue de l’humanité  ». Ainsi étaient-ils, «  au commencement  », libres, égaux et actifs «  partenaires  », associés à la même tâche, celle du peuplement du monde et de sa domination. Mais ils tombèrent de ce haut état…

9. «  Établi par Dieu dans un état de justice [cet état de stricte égalité !], l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu.  » C’est du moins le langage du Concile (G. S., n° 13). (…)

Est-ce la faute de l’homme, ou de la femme  ? Le Pape navigue entre les récifs du texte biblique et, citant saint Paul  : «  Cen’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme   » (1 Tim 2, 13-14), il conclut cependant  : «  Il n’y a pas de doute que, indépendamment de cette “ répartition des rôles ” dans la description biblique, ce premier péché est le péché de l’être humain, créé homme et femme par Dieu C’est aussi le “ péché des premiers parents  ”, auquel est lié son caractère héréditaire.  » (…)

Tout cela pour ne pas dire la vérité  : le péché originel est le péché d’Adam, comme chef de race. Car alors, Ève devrait être dite sujette  ! Ô égalitarisme, que d’erreurs on commet en ton nom  ! (…)

DANS LE PÉCHÉ S’ORIGINE LA DOMINATION
INJUSTE DE L’HOMME SUR LA FEMME.

DÉCHÉANCE DE LA FEMME, SUBJUGUÉE, DOMINÉE.

«  10. La description du Livre de la Genèse précise les conséquences du péché humain, comme elle montre aussi le déséquilibre introduit dans les rapports originels entre l’homme et la femme qui répondaient à la dignité de personne qu’avait chacun d’eux. (…) Quand donc nous lisons dans la description biblique les paroles adressées à la femme  : “ Le désir te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi ” (Gn 3, 16), nous découvrons une rupture et une menace constante affectant précisément cette “ unité des deux ” qui correspond à la dignité de l’image et de la ressemblance de Dieu en chacun d’eux. (…) Cette “ domination ” désigne la perturbation et la perte de stabilité de l’égalité fondamentale que possèdent l’homme et la femme dans l’“ unité des deux ”, et cela surtout au détriment de la femme, alors que seule l’égalité qui résulte de la dignité des deux en tant que personnes peut donner aux rapports réciproques le caractère d’une authentique “ communio personarum ” (…)

DÉCHÉANCE DE L’HOMME, DOMINATEUR ET POSSESSIF  !

«  L’union matrimoniale exige que soit respectée et perfectionnée la vraie personnalité des deux époux. La femme ne peut devenir un “ objet ” de “ domination ” et de “ possession ” de l’homme.   » (…)

SURMONTER, DÉPASSER L’HÉRITAGE DU PÉCHÉ,
C’EST UN DEVOIR POUR TOUT ÊTRE HUMAIN  !

10. «  La femme – comme l’homme aussi, du reste – doit donc envisager son épanouissement personnel, sa dignité et sa vocation, en fonction de ces ressources, selon la richesse de la féminité qu’elle a reçue le jour de la création et dont elle hérite comme une expression de l’“ image et ressemblance de Dieu ” qui lui est particulière. Ce n’est que dans ce sens que peut être surmonté aussi l’héritage du péché qui est suggéré par les paroles de la Bible  : “ Le désir te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi ”. Dépasser ce mauvais héritage est, de génération en génération, un devoir pour tout être humain, homme ou femme. En effet, dans tous les cas où l’homme est responsable de ce qui offense la dignité personnelle et la vocation de la femme, il agit contre sa propre dignité personnelle et contre sa vocation.  »

LA REVANCHE DE LA FEMME.

L’inégalité des sexes est certainement, selon Jean-Paul II, la pire injure faite au Créateur, la plus “ diabolique ” caricature et altération de l’ordre naturel voulu par Lui. Aussi la promesse du salut commence par l’annonce de l’émancipation de la femme, de la domination injuste, inacceptable, insupportable de l’homme. Et c’est la teneur essentielle de l’“ Annonciation de Nazareth ”   : l’émancipation de la femme sera la première vocation et gloire de “ Marie de Nazareth ”, la “ femme de la Bible ”. Ce sera «  la mission de la femme dans la lutte salvifique du rédempteur contre l’auteur du mal dans l’histoire humaine…  » (…) En Marie, la Femme éternelle redécouvre le caractère grandiose de sa féminité et prend conscience de la dignité extraordinaire de la Femme  ! (cf. n° 11)

IV. JÉSUS-CHRIST, APÔTRE DE L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME.

Il est vrai que Jésus manifeste à l’égard des femmes une bonté, une pudique réserve, une sollicitude qui contrastent avec la brutalité, le mépris affiché, le comportement discriminatoire de la société juive d’alors, en tout cas de la classe des pharisiens – auxquels le Pape se garde de faire la moindre allusion  ! Il est vrai aussi qu’il fait preuve d’une infinie compassion pour les pécheurs et pécheresses publics, frappés d’ostracisme, tandis qu’il confond les prétendus «  justes   », en démasquant héroïquement leur hypocrisie.

Mais, dépassant de beaucoup le message évangélique, en conséquence de sa conception philosophique a priori de l’égalité essentielle des sexes, et de sa détestation de toute idée de sujétion de la femme à l’homme comme à son chef, Jean-Paul II fait du Christ le premier apôtre de l’émancipation de la femme, l’ennemi de toute discrimination des sexes. Et il recompose l’Évangile en conséquence.

C’est aux dépens de la Vérité divine, comme aussi de toute morale et de tout ordre social. Aussi devons-nous redoubler d’attention pour discerner le vrai du faux, la sagesse du Christ pleine de la plus parfaite charité, de la folle adulation et du culte de la Femme qu’on lui prête, bien évidemment à tort.

JÉSUS JEAN-PAUL II, ADMIRATEUR DE LA FEMME.

«  12. (…) Dans tout l’enseignement de Jésus, et aussi dans son comportement, on ne trouve rien qui reflète la discrimination de la femme habituelle à son époque. Au contraire, ses paroles et ses actes expriment toujours le respect et l’honneur dus à la femme.  »

Voilà qui est vrai. Mais voici qui est de pur délire  :

«  Ces épisodes constituent un tableau d’ensemble très transparent. Le Christ est celui qui “ sait ce qu’il y a dans l’homme ” (cf. Jn 2, 25), dans l’homme et la femme. Il connaît la dignité de l’homme, sa valeur aux yeux de Dieu. Par son être même, le Christ confirme pour toujours cette valeur. Tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait a son accomplissement définitif dans le mystère pascal de la Rédemption. (…) Cette citation de l’Évangile fait dire à l’Apôtre Jean tout le contraire  ! de ce dont il témoigne sous la motion de l’Esprit-Saint  ! Voici le texte dans son contexte  :

«  Alors, beaucoup crurent en lui, en voyant les miracles qu’il accomplissait. Mais lui, Jésus, ne se fiait pas en eux, parce quil les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage sur personne  ; par lui-même, en effet, il savait ce qu’il y a dans l’homme.  » (Jn 2,23-25) (…)

«  L’attitude de Jésus à l’égard des femmes rencontrées sur son chemin au cours de son ministère messianique est le reflet de l’éternel dessein de Dieu qui, en créant chacune d’elles, la choisit et l’aime dans le Christ (cf. Ep 1, 1-5). C’est pourquoi chacune est cette “ seule créature sur terre que Dieu ait voulu pour elle-même ”. Chacune reçoit également en héritage, dès le commencement, la dignité de personne en tant que femme. Jésus de Nazareth confirme cette dignité, il la rappelle, la renouvelle, en fait une composante du message de l’Évangile et de la Rédemption pour lequel il est envoyé dans le monde. Il faut donc introduire dans la dimension du mystère pascal chacune des paroles ou chacun des gestes du Christ à l’égard des femmes. Tout s’explique bien ainsi.  »

Ce n’est plus l’Évangile, c’est le culte de l’homme wojtylien  ! La dignité de la personne, donc de la femme, est proclamée dans la stratosphère du droit, et la prédestination dont témoignerait le texte de l’Épître aux Éphésiens, n’est ni plus ni moins qu’un postulat anthroposophe, gnostique.

Déjà au chapitre précédent (n° 9 in fine), gazant les effets du péché originel, et marquant en surimpression provocante le caractère originel et ineffaçable de l’image et ressemblance divine en l’homme, le Pape avait cité ce même texte de l’Épître aux Éphésiens pour déclarer «  prédestinés à la dignité et à la vocation de “ fils de Dieu  ”  » tous les humains et chacun d’entre eux. Et de conclure catégoriquement  : «  L’enseignement biblique, dans son ensemble, nous permet de dire que la prédestination concerne toutes les personnes humaines, homme et femme, chacun et chacune sans exception.  »

Mais c’est absolument faux  ! Le texte allégué concerne explicitement les seuls juifs (Ep 1, 3-12), puis les seuls païens baptisés et confirmés dans l’Esprit-Saint (ibid., 13-14). Seulement, voilà  ! Pour notre Pape, tous les humains sont prédestinés, élus, sauvés et saints  ; aucun souci à avoir pour leur salut éternel dont il ne parle même plus. Le seul souci de Jésus, selon Jean-Paul II, est de promouvoir en ce monde l’égale, l’éminente, l’extraordinaire dignité de l’homme et de la femme, «  comme des dieux   » nés de la cuisse de Jupiter. (…)

L’ÉCLATANTE REVANCHE DES FEMMES

Jésus, selon Jean-Paul II, a si bien réussi son œuvre de relèvement de «  la position sociale des femmes  » que celles-ci lui en montrèrent une fidélité, un zèle, un dévouement en tous points supérieurs à ceux des hommes… Dans une telle optique, ce qui depuis toujours était apparu dans l’Église comme un don fait par le Créateur à la femme, en raison même de son humble condition et de sa vocation à l’amour et au dévouement, ici prend figure de revanche, au terme d’une révolution qui l’a portée au pinacle. (…) Voici partie la surenchère…

«  Ce sont avant tout les femmes qui se sont trouvées au pied de la croix. Parmi les Apôtres, seul Jean est resté fidèle. Par contre les femmes sont nombreuses […]. On voit qu’au cours de cette épreuve de la foi et de la fidélité, qui fut la plus dure, les femmes se montrèrent plus fortes que les Apôtres  : en ces moments de danger, celles qui “ aiment beaucoup ” réussissent à vaincre la peur.  »

Les saintes femmes, certes, sont admirables, et plus courageuses, plus fidèles que les Apôtres (mais enfin, c’est agaçant quand même, ce parti. pris, cette injustice  ! Qui osera dire qu’elles ne risquaient rien, elles  ! et qu’eux… risquaient la prison, la flagellation et la mort  !). Mais ce qui est répugnant, c’est que la sublime vertu de ces saintes soit portée, par l’Avocat du féminisme, au crédit de “ la femme ”, de toute femme  ! Comme une victoire sexiste. Horreur  ! (…)

V. LE CULTE DE JEAN-PAUL II POUR LA DÉESSE-MÈRE,
CRÉATRICE ET MATRIARCALE.

LA FEMME, DÉESSE CRÉATRICE.

À supposer que l’homme n’est qu’un prince consorts, un géniteur charnel, un inséminateur biologique… le temps d’un “ don réciproque ”, mais, halte-là  ! sans tentative de domination  ! de séduction  ! d’asservissement  ! Alors, il faudra bien reconnaître que, dans la “ procréation ”, la femme est principale et éminente “ créatrice ”  !

Ainsi Karol Wojtyla nous débite, en termes de théologie biblique, sa gnose anthroposophique.

D’abord, il affirme l’égalité des géniteurs  :

«  18. Cette vérité sur la personne ouvre aussi la voie à une pleine compréhension de la maternité de la femme. La maternité est le fruit de l’union matrimoniale d’un homme et d’une femme, de la “ connaissance ” biblique qui correspond à “ l’union des deux dans la chair ” (cf. Gn 2, 24) et réalise ainsi, de la part de la femme, un “ don de soi ” spécial, expression de l’amour nuptial dans lequel les époux s’unissent si étroitement qu’ils constituent “ une seule chair ”. La “ connaissance ” biblique ne se réalise selon la vérité de la personne que lorsque le don de soi réciproque n’est pas dévié par le désir de l’homme de devenir “ maître ” de son épouse (“ lui dominera sur toi ”) ni par le fait, chez la femme, d’en rester à ses propres instincts (“ le désir te portera vers ton mari ”, Gn 3, 16).  »

Ah  ! surtout que, dans l’extase de la chair, la femme ne perde pas le contrôle d’elle-même jusqu’à se soumettre à l’homme  ! et lui n’en profite pour se prétendre le maître  !

Puis, il gonfle le rôle de la femme, dans la procréation, jusqu’à le faire dominant…, participant du mystère divin de la génération éternelle  ! La “ femme-mère ”, figure de Dieu le Père  !  !  ! (…)

18. «  L’engendrement humain est commun à l’homme et à la femme. Et si la femme, inspirée par l’amour envers son mari, lui dit  : “ Je t’ai donné un fils ”, ses paroles signifient en même temps  : “ Voici notre fils ”. Pourtant, même si tous deux sont ensemble les parents de leur enfant, la maternité de la femme constitue un “ rôle ” particulier dans leur rôle commun de parents, et même le rôle le plus exigeant [!]. Être parents, même si cela concerne l’un et l’autre, cela se réalise beaucoup plus en la femme [!], spécialement dans la période prénatale. C’est la femme qui “ paie ” directement le prix de cet engendrement commun où se consomment littéralement les énergies de son corps et de son âme. Il faut donc que l’homme ait pleinement conscience de contracter une dette particulière envers la femme [!] dans leur fonction commune de parents. Aucun programme de “ parité des droits ” des femmes et des hommes n’est valable si cela n’est pas pris en compte d’une manière tout à fait centrale.  » (…)

«  On admet généralement que la femme est plus capable que l’homme d’attention à la personne humaine concrète, et que la maternité développe encore cette disposition. L’homme – même s’il prend toute sa part dans cette fonction des parents – se trouve toujours “ à l’extérieur ” du processus de la gestation et de la naissance de l’enfant, et, à bien des égards, il lui faut apprendre de la mère sa propre “ paternité ”.  »

Et cette déesse l’emporte, dans le Paradis de Wojtyla, sur tous les dieux de son Panthéon, car, malgré son “ apparente [sic !] passivité ”, la femme est créatrice  :

«  19. (…) La maternité de la femme dans son sens bio-physique montre une apparente passivité  : le processus de la formation d’une nouvelle vie “ se produit ” en elle, dans son organisme, cependant il se produit avec la profonde implication de cet organisme. En même temps la maternité, au sens personnel et éthique, manifeste une créativité très importante [!] de la femme, dont dépend pour une part essentielle l’humanité même du nouvel être humain [!]. Dans ce sens aussi, la maternité de la femme exprime un appel et un défi [!] particulier qui s’adressent à l’homme et à sa paternité.  »

Toute maternité est sainte  : (…)

Toute maternité donne «  aux fils et aux filles du genre humain   » de «  recevoir du Fils de Dieu le pouvoir de devenir “ enfants de Dieu ” (Jn 1, 12)  ». C’est un contresens, mais spécieux, mais malin  ! habituel à Karol Wojtyla, car il est écrit  : «  Le Verbe est venu dans le monde… et le monde ne l’a pas connu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à ceux qui l’ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu  : À ceux qui croient en son nom  », c’est-à-dire en son mystère de Fils de Dieu«  qui n’est pas né du sang ni d’un vouloir charnel, ni d’un vouloir humain, mais de Dieu.  » (Jn 1, 13-14)

Wojtyla naturalise le surnaturel, surnaturalise jusqu’à l’idolâtrer le naturel, le charnel, le sexe féminin. Il identifie la grâce avec la vie et l’Église avec l’humanité. Qui est donc Karol Wojtyla  ? Répondez vous-même.

Voici le blasphème, habile, subtil  ! d’autant plus pervers et pernicieux.

«  La maternité de toute femme, comprise à la lumière de l’Évangile, n’est pas seulement “ de chair et de sang ”  : en elle s’exprime la profonde “ écoute de la parole du Dieu vivant ” et la disponibilité à “ garder ” cette parole, qui est “ la parole de la vie éternelle ” (cf. Jn 6, 68). En effet, ce sont justement ceux qui naissent des mères terrestres, les fils et les filles du genre humain, qui reçoivent du Fils de Dieu le pouvoir de devenir “ enfants de Dieu ” (Jn 1, 12) [!]. La dimension de la Nouvelle Alliance dans le sang du Christ pénètre l’engendrement humain, en en faisant une réalité et une tâche des “ créatures nouvelles ” (2 Co 5, 17). Du point de vue de l’histoire de tout homme, la maternité de la femme est le premier seuil dont le franchissement est aussi la condition de “ la révélation des fils de Dieu ” (cf. Rm 8,19).  »

La déesse-mère donne la Vie véritable. Elle enfante le divin dans les hommes et les femmes tirés de son sein. Elle est créatrice ; par elle le divin s’incarne dans le monde. Mais, bien plus encore, elle est le principe de salut, par sa sacrée souffrance. Elle est rédemptrice. Son sang coule pour le salut de ses enfants, hommes et femmes sortis de son sein, purifiés par sa cruelle passion d’enfantement et tant de souffrances de sa maternité  ! (…)

La femme-mère ayant été copieusement encensée, voire adorée, au titre de sa collaboration créatrice à la divine génération éternelle, il convenait de célébrer également la femme-vierge, en lui reconnaissant une dignité égale ou peut-être supérieure, du fait de son entière exemption de toute subordination, même seulement “ bio-physique ”, à aucun homme. (cf. n° 20…)

VI. SOUS LE SIGNE DE L’ÉPOUX,
DIEU ÉGAL ET SERVITEUR DE LA FEMME.

Avançons encore dans la méditation du «  mystère de la femme   ». Bienheureusement seule et libre dans la vie, douée d’une fécondité créatrice, la femme est incomparable. Le Pape s’acharne à en affirmer l’égalité avec l’homme, mais c’est à tout coup en nous en démontrant la supériorité  ! Supérieure en tout à l’homme, serait-elle l’égale de Dieu  ? Oui  ! Enfin, oui et non… (…)

LA DIVINE RÉCIPROCITÉ DE L’AMOUR.

Que d’abord l’homme aime la femme, divinement  !

«  24. (…) Le texte (cf. Ep 5, 21-33) s’adresse aux époux, à des femmes et à des hommes concrets et il leur rappelle l’“ éthos ” de l’amour nuptial qui remonte à l’institution divine du mariage dès le “ commencement ”. À la véritable nature de cette institution répond l’exhortation “ maris, aimez vos femmes ”, aimez-les en raison de ce lien spécial et unique par lequel l’homme et la femme deviennent dans le mariage “ une seule chair ” (Gn 2, 24; Ep 5, 31). On trouve dans cet amour une affirmation fondamentale de la femme comme personne, affirmation grâce à laquelle la personnalité féminine peut se développer pleinement et s’enrichir [!]. C’est précisément ainsi qu’agit le Christ comme Époux de l’Église, voulant qu’elle soit “ resplendissante, sans tache ni ride ” (Ep 5,27). On peut dire que s’affirme ici pleinement ce qui constitue le “ style ” du Christ face à la femme [!]. Le mari devrait faire siens tous les éléments de ce style à l’égard de sa femme  ; et, analogiquement, c’est ce que devrait faire l’homme à l’égard de la femme dans toutes les situations. Ainsi tous deux, l’homme et la femme, vivent le “ don désintéressé de soi ”  !  »

Curieusement, le Pape a sauté par-dessus les versets précédents, qui pourtant commandent tout l’équilibre et le développement de ce magnifique petit traité de morale conjugale  :

«  Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ [il sera question successivement des maris et de leurs femmes, des parents et de leurs enfants, des maîtres et de leurs esclaves].

«  Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église, lui, le Sauveur du corps. Or, tout comme l’Église est soumise au Christ, les femmes aussi doivent l’être en tout à leurs maris.   »

C’est pourtant clair, c’est net, c’est incontournable, imparable. C’est la parole de Dieu  ! Eh bien, le Pape omet ce premier commandement, pour d’abord faire des maris les amants et les adulateurs de leurs femmes, comme le Christ lui-même l’aurait été envers son Église et plus généralement envers toute femme  : c’était «  son style… face à la femme   »  !

Quand il revient, ensuite, à ces premiers versets qui démentent, ruinent et anathématisent de plein fouet son féminisme contre nature et contre l’ordre chrétien, il trouvera mille moyens d’en embrouiller la clarté, d’en renverser le sens, d’en relativiser l’obligation, d’en annuler la Révélation. (…)

«  L’auteur de la Lettre aux Éphésiens ne voit aucune contradiction entre une exhortation ainsi formulée et la constatation que “ les femmes doivent se soumettre à leurs maris, comme au Seigneur  ; en effet, pour la femme, le mari est la tête ” (cf. 5, 22-23). L’auteur sait que cette attitude, si profondément enracinée dans les mœurs et la tradition religieuse du temps, doit être comprise et vécue d’une manière nouvelle, comme une “ soumission mutuelle dans la crainte du Christ ” (cf. Ep 5,21); d’autant plus que le mari est dit “ chef ” de la femme comme le Christ est chef de l’Église  ; il l’est pour “ se livrer pour elle ” (cf. Ep 5, 25); et se livrer pour elle c’est donner jusqu’à sa vie. Mais, tandis que dans la relation Christ-Église, la seule soumission est celle de l’Église, dans la relation mari-femme, la “ soumission ” n’est pas unilatérale, mais bien réciproque  !

«  Par rapport à l’ “ ancien ”, c’est là évidemment une “ nouveauté ”; c’est la nouveauté évangélique. (…)

Cette prétendue «  nouveauté évangélique   » n’est qu’une nouveauté wojtylienne. C’est un autre mensonge souverain-pontifical. En voici les tours et les détours  :

En attribuant à un «  auteur   » quelconque une épître canonique connue comme paulinienne, Jean-Paul II prétend se donner la liberté d’en relativiser et discuter ou même contredire la teneur. C’est en vain. Tout écrit canonique, quel qu’en soit l’auteur humain, est divinement inspiré et, comme tel, il constitue une Parole divine irréfragable et infaillible. Plus magistrale donc que Karol Wojtyla dans toute sa gloire.

L’enseignement de Dieu ne lui convenant pas, il en impute ce qui le gêne aux mœurs de l’époque et à une tradition que l’Évangile est venu abroger. Mais pour se donner pareille liberté, il n’hésite pas, par un mensonge insolent, à falsifier une citation prétendue littérale de son texte  : cette «   soumissionmutuelle   » (entre guillemets  !), d’ailleurs absurde, est de son invention  !

Karol Wojtyla croit alors triompher en donnant deux explications péremptoires. La première est que l’amour du Christ pour l’Église le conduit à se livrer, c’est-à-dire à s’oublier totalement pour elle, autant dire à se… soumettre à elle  ! La seconde, pure déraison et bon plaisir de prince, contredit la première  : il doit être entendu, dit-il, que, si la soumission est unilatérale entre le Christ et l’Église… elle doit être réciproque entre époux  ! Il se perd dans ses propres contradictions.

Croyant avoir convaincu son lecteur, qu’il trompe sciemment, le Pape poursuit sur sa lancée en étendant son étrange herméneutique aux autres textes sacrés qu’on pourrait lui objecter. Ce sont, décide-t-il, des accommodements de l’Église à un milieu lent à comprendre et à croire, qu’il fallait faire évoluer lentement. Et comme il a fallu des siècles à l’Église pour obtenir l’abolition de l’esclavage, il a fallu attendre jusqu’au présent pontificat pour enfin imposer à l’Église, en place du patriarcat archaïque, le «  partenariat   »caractérisant la «  relation homme-femme   » moderne. (…)

LA SYMBOLIQUE DISPARITÉ DES SACERDOCES  !

Jean-Paul II pense à tout, et de loin  ! Il nous a prévenus que tout n’était pas tout pareil, tout égal. Il a besoin de situer une inégalité qu’il ne peut contester au sein de la «  relation homme-femme  », comme il dit si élégamment, celle du prêtre aux fidèles, de telle manière qu’elle soit justifiée, au moins temporairement, et qu’ainsi se taisent les revendications en faveur du sacerdoce des femmes et de l’épiscopat féminin  !

Alors, voici… et je ne cache pas que cette justification de l’inégalité nous ramène pour un moment, un court moment, au bon sens, à la juste tradition, à la foi exactement catholique. Un peu de vérité, c’est bon  ! si fallacieux qu’en soit le contexte. (…) (cf. n° 25 et 26)

Mais à peine a-t-il rappelé ces grandes et fortes vérités, pour faire barrage à l’insolence féministe anglo-saxonne  !, que Karol Wojtyla entreprend de réconforter le sexe faible en lui reconnaissant derechef une dignité supérieure débouchant sur une vocation à nulle autre pareille… (cf. n° 27) (…)

Et voilà qui permet au Pape d’aller plus loin encore, et laissant les “ grandeurs de hiérarchie ” aux hommes, de proclamer la supériorité et l’excellence, dans les “ grandeurs de sainteté ”, les seules qui importent finalement à “ la femme ”  : Marie de Nazareth, les saintes femmes… et puis, toutes, toutes les femmes  ! (…)

VII. L’APOTHÉOSE CHARISMATIQUE DE LA FEMME.

Maintenant que nous en venons au terme de cette Lettre apostolique, il est temps pour Karol Wojtyla de nous introduire dans la “ chambre haute ” de son mysticisme féministe, et de nous révéler la Sainte Trinité de son gnosticisme  : C’est l’Esprit, la Femme et le Monde… En mettant cette leçon dans la bouche du “ Témoin fidèle ” et du “ Maître ” ,  Jésus-Christ, le Pape en réalité détrône le Seigneur de l’Église, il le prive de son rôle d’Époux et de Roi, comme aussi bien il détrône et écarte toute hiérarchie ecclésiastique dont il annule le triple pouvoir d’enseignement, de sanctification et de gouvernement que justice et coaction accompagnent. Tout cela serait un rappel, désastreux pour sa gnose, de la soumission de l’Église femme-épouse, aux Vicaires et Apôtres du Christ, hommes doués de tous pouvoirs sur elle  ! (…)

Voyons donc quelles sont ces vérités et ces valeurs dont le Christ reste encore, pour l’Église de Vatican II, le Témoin fidèle et le Maître…

“ LE PRIMAT DE L’AMOUR ”

LA FEMME, LIEU PREMIER DE L’AMOUR.

«  29. Dans la Lettre aux Éphésiens est mis en pleine lumière ce qui détermine la dignité de la femme au regard de Dieu, Créateur et Rédempteur, et aussi au regard de l’homme, de l’homme et de la femme.  » Pour une fois je souligne  : «  Conformément au dessein éternel de Dieu, la femme est celle en qui l’ordre de l’amour, dans le monde créé des personnes, trouve le lieu de son premier enracinement. (…)

«  Le passage de la Genèse, relu à la lumière du symbole sponsal de la Lettre aux Éphésiens, nous permet de saisir une vérité qui paraît tout à fait déterminante pour la question de la dignité de la femme et, par suite, également pour celle de sa vocation  : la dignité de la femme se mesure dans l’ordre de l’amour qui est essentiellement un ordre de justice et de charité.

«  Seule la personne peut aimer, et seule la personne peut être aimée. C’est là d’abord une affirmation d’ordre ontologique dont découle ensuite une affirmation de nature éthique. L’amour est une exigence ontologique et éthique de la personne. La personne doit être aimée [!], parce que seul l’amour correspond à ce qu’est la personne.  » (…)

Adieu, la foi qui vient du Christ  ! Adieu, l’espérance qui vient de l’Église et de ses sacrements  ! Adieu, parents  ! Adieu, mari  ! Voici la révélation gnostique suprême et définitive  : la femme est le lieu de l’amour, de par sa féminité. C’est Vénus, transposée en concepts slavo-germaniques, sans beauté païenne ni grâce chrétienne  ! Il faut s’y faire. C’est le monde moderne, son morose humanisme et son féminisme de bas étage. (…) La femme est idéalisée, son appartenance religieuse, sa situation morale, son état de grâce ou de péché devant Dieu, il n’en est jamais question nulle part dans cette Lettre “ apostolique  ”  ! Le Christ n’y est qu’un initiateur ancien à une gnose qui ignore et même refuse catégoriquement ces considérations d’un autre âge. C’est un paganisme postchrétien. C’est un humanisme d’expression chrétienne…

LA PROPHÉTESSE DE L’AMOUR.

(…) «  30. La dignité de la femme est intimement liée à l’amour qu’elle reçoit en raison même de sa féminité et, d’autre part, à l’amour qu’elle donne à son tour  : La femme ne peut se trouver elle-même si ce n’est en donnant son amour aux autres.  »

Dans cette place de deuxième personne de la Trinité gnostique, la Femme est nécessairement “ aimée ” de l’Amour, et elle le rayonne et communique aussi nécessairement… pour «  se trouver elle-même  », pour assouvir sa faim. Voici sa pire passion divinisée… et tout le reste de l’hymne que lui consacre le Pape n’est plus qu’un long blasphème, prenant dans la Bible tout ce qui chante les gloires et grâces incomparables de l’Immaculée Vierge Marie pour le servir à toutes les malheureuses filles d’Ève que leur féminité jette en plus de dangers et de déshonneurs qu’elle ne leur apporte, hors du Christ et de son Église, de vertus et de sainteté  ! (…)

DIEU COMPTE SUR LA FEMME POUR SAUVER LES HOMMES.

«  Si l’homme est confié par Dieu à la femme d’une manière spécifique, cela ne signifie-t-il pas que le Christ compte sur elle pour accomplir le “ sacerdoce royal ” (1 P 2; 9) qui est la richesse du don qu’il fait aux hommes  ? Cet héritage même, le Christ, unique grand prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, et l’Époux de l’Église, ne cesse de le remettre au Père par l’Esprit Saint, afin que Dieu soit “ tout en tous ” (1 Co 15, 26).  »

Telle est donc la Trinité wojtylienne. Le Christ n’y est qu’un initiateur  : la réalité seule accessible, seule vécue est, non de foi dogmatique ni d’espérance sacramentelle, mais d’Amour libre comme un feu, divin. C’est l’ESPRIT qui se donne, la FEMME qui le reçoit, les HOMMES qui en sont transfigurés et le monde à venir, engendré.

HYMNE D’HYPERDULIE À LA GLOIRE DE L’ÉTERNEL FÉMININ  !

Voici la conclusion de cette Lettre apostolique (…). Les honneurs et louanges à la Très Sainte Vierge Marie, l’Immaculée Mère de Dieu, que nos catéchismes appellent «  culte d’hyperdulie   », sont ici adressés à “ la Femme ”, à l’être féminin en soi, et en toutes les femmes, sans distinction de race ni de classe, mais non plus de religion ou d’irréligion, de mérite ou d’ignominie. À la femme, comme matrice de tous les biens humains et divins de notre monde.

Il me semble que ce dernier texte excède toute analyse possible, exorbite toute critique. Je laisse chacun se former une conviction ou, de guerre lasse, laisser ce papier lui tomber des mains… Je veux bien que le papier tombe des mains, mais que la foi catholique, la foi divine en la sainte Église catholique romaine, ne tombe pas avec lui  ! Voilà ma seule inquiétude et mon seul souci à la fin de cette éprouvante étude. (…)

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 248, nov. 1988, p. 3-4, 1-19

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