La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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REDEMPTORIS MISSIO
L’UNANIMISME GNOSTIQUE DU PAPE JEAN-PAUL II
Extraits significatifs et commentaire théologique

AVANT-PROPOS

Jean-Paul II en Papouasie

L‘encyclique Redemptoris Missio, signée par le Pape le 7 décembre 1990 pour le XXVe anniversaire du décret du concile Vatican II Ad Gentes, sur l’activité missionnaire de l’Église, (…) est construite sur le même modèle que Redemptor hominis. Deux religions, deux discours se mêlent et s’entremêlent tout au long, l’un fait l’éloge et prend la défense des missions lointaines, tandis que l’autre promeut un christianisme gnostique intégral.

Pour faire évoluer notre religion traditionnelle, de son dogme, de ses sacrements, de sa loi morale et de ses rites sacrés, pleins de sainteté et de vitalité, sans toutefois en rien perdre  ! à la nouvelle religion de sa création, Jean-Paul II avance selon ses maîtres germaniques, Kant, Feuerbach, Hegel et Marx, par thèse, antithèse dialectique et synthèse. Durant ses huit chapitres, la juxtaposition continuelle de notre religion et de la religion postconciliaire, en contradiction irréductible de thèse et d’antithèse, nous donnera le tournis. Cependant, pour ceux qui en feront l’effort, la synthèse existentielle de toutes ces contradictions fera apparaître enfin une vision fascinante d’une religion mondialiste unifiée. (…)

Note. Nous adopterons les caractères droits ou italiques habituels pour notre commentaire  ; les caractères “ gras ” pour le texte pontifical, “ droits ”, pour ce qui nous paraît classique, “ italiques ”, pour ce qui nous paraît insolite voire même carrément… inquiétant.

INTRODUCTION

QUE RENAISSENT LES MISSIONS DE JADIS…

Après avoir rappelé le devoir évangélique de l’évangélisation, le pape avoue que la mission ad gentes est en crise par suite de “ difficultés internes et externes ”. C’est d’autant plus grave que «  dans l’histoire de l’Église, en effet, le dynamisme missionnaire a toujours été un signe de vitalité, de même que son affaiblissement est le signe d’une crise de la foi.   »

Voilà qui semblerait condamner nos Églises d’Occident, engagées dans tant de “ réformes de structures ” dès ladite Libération de 1944, et depuis le Concile, l’Église universelle qui décida de suivre un si fâcheux et catastrophique exemple pour le plus grand dommage des missions  ! Mais non, cela n’est pas du tout dans la pensée du Pape qui conclut vaillamment  :

Je voudrais inviter l’Église à renouveler son engagement missionnaire, poursuivant ainsi l’enseignement de mes prédécesseurs [dont il ne sera plus question ensuite, pas plus que de personne d’autre, du passé ; seuls se trouvant sans cesse cités Paul VI, 29 fois, Vatican II, 105 fois, et Jean-Paul II, 71 fois].

Là-dessus, débute l’autre discours, d’un esprit antithétique, faisant déjà de cette courte introduction une synthèse de contradictoires. (…)

MAIS SELON VATICAN II, PAR LE DIALOGUE ET L’INTERRELIGION

2. Les fruits missionnaires du Concile sont déjà abondants, le Pape les énumère. Tous sont ambigus, certains inquiètent  : Une insertion plus profonde des communautés chrétiennes dans la vie des peuples, l’engagement au dialogue et à la collaboration avec les membres d’autres Églises chrétiennes et d’autres religions. Et s’il y a crise, ce n’est qu’une crise de croissance, une mue normale d’une grande œuvre qui en est encore à ses débuts [ah !]. En fait, c’est le passage dialectique de la thèse missionnaire antique à sa contradiction historique, l’antithèse d’une missiologie renouvelée, reconnue par le Concile, et qui a pour caractère révolutionnaire son ouverture vraiment universelle. Le Pape s’explique et c’est là l’important, et le décisif pour le redépart de la mission ad gentes  : Il faut assurer les non-chrétiens et, en particulier, les pouvoirs publics des pays vers lesquels s’oriente l’activité missionnaire, que celle-ci a pour fin unique de servir l’homme en lui révélant l’amour de Dieu [pour lui]qui s’est manifesté en Jésus-Christ.

Voilà bien l’antithèse de l’œuvre missionnaire de l’Église depuis sa fondation par Notre-Seigneur Jésus-Christ, disant  :“ ALLEZ PAR LE MONDE ENTIER PROCLAMEZ LA BONNE NOUVELLE À TOUTE LA CRÉATION. CELUI QUI CROIRA ET SERA BAPTISÉ, SERA SAUVÉ  ; CELUI QUI NE CROIRA PAS SERA CONDAMNÉ. ” (Mc 16, 15-16) (…)

1re PARTIE  : HÉTÉRODOXIE (Chap. 1 à 3)

Chapitre I  : JÉSUS-CHRIST, L’UNIQUE SAUVEUR

5. En remontant aux origines de l’Église, nous voyons clairement affirmé que le Christ est l’unique Sauveur de tous, celui qui est en mesure de révéler Dieu et de conduire à Dieu. (…) Le salut ne peut venir que de Jésus-Christ.

Le Pape en fait la longue démonstration par saint Paul et saint Jean, pour en tirer cette leçon dogmatique indiscutable. (…)

Contre les modernistes, il précise qu’on ne peut pas séparer Jésus du Christ, ni parler d’un “ Jésus de l’histoire ” qui serait différent du “ Christ de la foi ”. L’Église connaît et confesse Jésus comme “ le Christ, le Fils du Dieu vivant ”… C’est précisément ce caractère unique du Christ qui lui confère une portée absolue et universelle [une “ portée ” ?] par laquelle, étant dans l’histoire, il est le centre et la fin de l’histoire elle-même  : “ Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin ” (Ap 22, 13).

Sur ces fortes paroles, reparaît l’antithèse, hétérodoxe. (…)

TOUT HOMME, QUELQUE SOIT SA RELIGION,
EST UNI AU CHRIST POUR TOUJOURS

La thèse traditionnelle est que seuls sont unis au Christ les baptisés de foi catholique, au moins baptisés du baptême de désir. L’antithèse est présentée en termes contradictoires par Jean-Paul II ici même  :

À cause des changements de l’époque moderne et de la diffusion de nouvelles conceptions théologiques, certains s’interrogent  : la mission auprès des non-chrétiens est-elle encore actuelle  ? N’est-elle pas remplacée par le dialogue inter-religieux  ? La promotion humaine n’est-elle pas un objectif suffisant  ? Le respect de la conscience et de la liberté n’exclut-il pas toute proposition de conversion  ? Ne peut-on faire son salut dans n’importe quelle religion  ? Alors pourquoi la mission  ?

Présentation très habile des deux thèses apparemment (et de fait  !) irréconciliables. Eh bien  ! lui, Jean-Paul II, en sait l’accord plus profond. C’est la synthèse, à laquelle toute l’Église au moment du Concile, faute de lumières, aspirait. Et c’est déjà Karol Wojtyla, jeune évêque, qui l’initia. Il leur enseigna donc cette vérité cachée, cette gnose, avec une autorité sans rivale, hélas au Concile et aujourd’hui souveraine  :

6. S’il est normal et utile de prendre en considération les divers aspects du mystère du Christ [ceux qui dictent, à des partis opposés, la thèse et l’antithèse que l’on sait], il ne faut jamais perdre de vue son unité  : Alors que nous découvrons peu à peu et que nous mettons en valeur les dons de toutes sortes [remarquez ce langage de gnostique et grand initié], surtout les richesses spirituelles, dont Dieu a fait bénéficier tous les peuples, il ne faut pas les disjoindre de Jésus-Christ qui est au centre du plan du salut. Comme “ par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme ”; “ nous devons tenir que l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au Mystère pascal ” [citation cette fois du Concile, Gaudium et spes, n° 22].

En ces deux textes tient tout le secret, l’essentiel, de la gnose wojtylienne. (…) Il résulte qu’il faut certes des missions, mais qu’elles ne s’imposent pas aux hommes comme une nécessité contraignante pour leur salut ni même pour leur bonne vie terrestre. Mais dans «  un monde fortement sécularisé  » où l’ «  on se bat pour l’homme, certes, mais pour un homme mutilé, ramené à sa seule dimension horizontale  », la mission sera de leur rappeler qu’ils sont déjà, en quelque sorte, fils de Dieu. Quelque soit leur religion, ils ont déjà tout l’essentiel, l’union au Christ, et pour toujours  ! (…)

Une telle gnose se heurte à tout l’Évangile (…), mais il est vrai qu’un tel laxisme blanchit l’Église conciliaire de toute culpabilité dans la décadence des missions, l’apostasie générale de l’Église et la chute du monde.

Chapitre II  : LE ROYAUME DE DIEU

(…) Si le Pape rappelle cette évidence du lien intime du Christ au Royaume de Dieu, c’est que de nos jours les évidences elles-mêmes sont contestées. (…)

18. Le Royaume de Dieu n’est pas un concept, une doctrine, un programme que l’on puisse librement élaborer, mais il est avant tout une Personne qui a le visage et le nom de Jésus de Nazareth, image du Dieu invisible.

De même, on ne peut disjoindre le Royaume et l’Église [ici, je dois faire appel aux italiques pour signaler une invasion subreptice de l’antithèse en plein cœur de la thèse classique…]. Certes, l’Église n’est pas à elle-même sa propre fin [!], car elle est ordonnée au Royaume de Dieu [elle est le Royaume de Dieu !]dont elle est le germe, signe et instrument. Mais alors qu’elle est distincte du Christ et du Royaume, l’Église est unie indissociablement à l’un et à l’autre, (…) tout entière du Christ, dans le Christ et pour le Christ, tout entière également [également ?!] des hommes, parmi les hommes et pour les hommes. Monstruosité que va développer l’antithèse, au numéro 20.

LE ROYAUME COMMENCE DANS L’HUMANITÉ ENTIÈRE

12. Le Pape nous donne du “ Royaume de Dieu ” une représentation en partie double. Dès l’Ancien Testament  : Dieu a choisi et constitué un peuple pour révéler et mettre en œuvre son plan d’amour. Mais, en même temps, Dieu est créateuret père de tous les hommes [créateur, oui ! Père, c’est absolument faux]. (…) On voit dans cette imagination gnostique, se préfigurer l’autre Royaume de Dieu, du Nouveau Testament, lui aussi à double vitesse  : celle de l’Église, correspondant à l’Israël antique, et celle des religions du monde, faisant suite aux “ nations ” des temps bibliques  ! (…)

20. Jean-Paul II nous découvre “ le Royaume déjà commencé dans l’humanité entière ”, voici sa synthèse cléricalo-maçonnique  :

L’Église est aussi au service de Dieu quand elle répand dans le monde les “ valeurs évangéliques ” [à savoir : “ paix, justice, fraternité, attention aux autres ”] qui sont l’expression du Royaume et aident les hommes à accueillir le plan de Dieu. Il est donc vrai que la réalité commencée du Royaume de Dieu peut se trouver également [sic] au-delà des limites de l’Église, dans l’humanité entière, dans la mesure où celle-ci vit les “ valeurs évangéliques ” et s’ouvre à l’action de l’Esprit qui souffle où il veut et comme il veut [on n’en finira donc jamais de l’abus de cette parole du Christ, la retournant en arme meurtrière contre l’Église et ses missions !] (cf. Jn 3, 8); mais il faut ajouter aussitôt [un pas en arrière, après cette scandaleuse, suffocante avancée] que cette dimension temporelle du Royaume est incomplète, si elle ne s’articule pas avec le Règne du Christ, présent dans l’Église et destiné à la plénitude eschatologique. Encore faudrait-il préciser ce que signifie ce mot d’articulation, bien fait pour rassurer les catholiques et leurs chers missionnaires sans troubler les gnostiques dans leur universalisme christique. Mais la suite n’est pas plus catholique (…)  :

L’Église contribue [elle n’est pas la seule !]à ce chemin de conversion au projet de Dieu [langage si fallacieusement chrétien qu’on y respire le souffle du diable]par son témoignage et par ses activités, comme le dialogue, la promotion humaine, l’engagement pour la justice et la paix [le Pape met les bouchées doubles, vraiment !], l’éducation et le soin des malades, l’assistance aux pauvres et aux petits, mais voilà, pour finir, un retour au spirituel qui redonnera confiance et courage aux naïfs, croyant retrouver là le langage catholique  :s’en tenant toujours [!] fermement [!] au primat de la transcendance [?] et de la spiritualité [?], prémices du salut eschatologique [?]… au jour où le Christ “ remettra la royauté à Dieu le Père ” et où “ Dieu sera tout en tous ” (cf. 1 Co 15, 24-28).

Ainsi est bien établi par le Pape ce Royaume pour lequel l’Église est invitée à développer un effort missionnaire sans précédent, il est déjà ensemencé dans toute l’humanité et tend vers la plénitude de la divinisation intégrale à venir.

Chapitre III  : L’ESPRIT-SAINT, PROTAGONISTE DE LA MISSION

Le Pape nous a montré avec prolixité, selon les Écritures, mais amputées de leurs arêtes vives, le rôle de l’Esprit-Saint, “ Protagoniste de la mission de l’Église ” jusqu’aux extrémités de la terre (21-27). (…) Dans son optique, tout se passe sans guerre, sans haines, sans refus, sans conséquences fâcheuses. Ses missions sont des bergeries sans loups ravisseurs ni méchants pasteurs, ni tueries, ni enfer. (…) C’est généreux, mais Jean-Paul II sait que pour imposer sa synthèse il doit faire des choix, il fournit par exemple la référence de la finale de Marc 16, 15-18, la cite par morceaux, mais en omettant le capital verset 16  : «  CELUI QUI CROIRA ET SERA BAPTISÉ SERA SAUVÉ, CELUI QUI NE CROIRA PAS SERA CONDAMNÉ.  »

L’ESPRIT-SAINT, ÂME DE L’HUMANITÉ
EN TOUTES SES CULTURES ET SES RELIGIONS

En recourant aux dires du seul concile Vatican II et de ses propres enseignements (18 références, en l’absence d’aucune autre autorité), Jean-Paul II va nous montrer l’œuvre combien plus vaste et merveilleuse du même Esprit dans le monde extérieur à l’Église. Ce n’est plus la thèse catholique. C’est la synthèse gnostique, insinuée par lui, jeune archevêque de Cracovie, au Concile, et triomphante maintenant que, Vicaire du Christ, il se réclame du Concile pour la proclamer avec autorité  :

28. L’Esprit se manifeste, reconnaît-il, d’une manière particulièredans l’Église et dans ses membres  ; cependant sa présence et son action sont universelles, sans limites d’espace et de temps. Le Concile Vatican II rappelle l’œuvre de l’Esprit dans le cœur de tout homme, par les “ semences du Verbe ” [ce mot, d’origine johannique, puis patristique, mériterait d’être expliqué ; mais la gnose wojtylienne, lui donne une densité exagérée], dans les actions même religieuses [c’est des cultes de toutes sortes de fausses religions qu’il est ici question !], comme aussi dans les efforts de l’activité humaine qui tendent vers la vérité, vers le bien, vers Dieu.

En est-il qui tendent vers l’erreur, le crime et l’impiété, vers Satan  ? Le Pape se refuse même à imaginer pareilles questions, pareils soupçons, attentatoires à la dignité de l’homme et au respect que l’on doit à tout peuple et à toute Personne  !

Alors, voici imaginé ce règne de l’Esprit divin à travers toute l’humanité. (…)

29.Ainsi l’Esprit, qui “ souffle où il veut ” (Jn 3, 8) et qui “ était déjà à l’œuvre avant la glorification du Christ ”; lui qui “ remplit le monde et qui, tenant unies toutes choses, a connaissance de chaque mot (Sg 1, 7), nous invite à élargir notre regard pour contempler son action présente en tout temps et en tout lieu. Moi-même, j’ai souvent renouvelé cette invitation et cela m’a guidé dans mes rencontres avec les peuples les plus divers. Les rapports de l’Église avec les autres religions sont inspirés par un double respect  : “ Respect pour l’homme dans sa quête de réponses aux questions les plus profondes de sa vie, et respect pour l’action de l’Esprit dans l’homme ”. La rencontre interreligieuse d’Assise, si l’on écarte toute interprétation équivoque [!], a été l’occasion de redire ma conviction que “ toute prière authentique est suscitée par l’Esprit Saint, qui est mystérieusement présent dans le cœur de tout homme ”.

Suit une démonstration guère convaincante de Jean-Paul II, pour rapprocher cet Esprit universel, à l’œuvre avec une naissance souveraine en toutes religions pour le salut de tous, avec le Paraclet, Esprit Saint de notre Église catholique. (…) Mais il ne peut finalement s’empêcher de nous imposer sa vision gnostique, inquiétante car ostensiblement hors des frontières et de la foi de l’Église  :

L’Église doit affronter aujourd’hui d’autres défis, en avançant vers de nouvelles frontières tant pour la première mission ad gentes que pour la nouvelle évangélisation de peuples qui ont déjà reçu l’annonce du Christ.

2e PARTIE  : HÉTÉROPRAXIE (Chap. 4 à 8)

Après avoir dit, bien et mal, la doctrine de l’Église sur les missions catholiques auprès des païens, le Pape en vient à préciser, bien et mal, la mise en pratique de cette doctrine. (…)

Chapitre IV  : LES HORIZONS IMMENSES ET LES DIFFICULTÉS DE LA MISSION

34. (…) L’activité missionnaire spécifique, ou mission ad gentes… a pour caractère propre d’être une annonce du Christ et de son Évangile, d’édification de l’Église locale et de promotion des valeurs du Royaume. (…)

35. Les difficultés externes semblent insurmontables et pourraient décourager s’il s’agissait d’une œuvre purement humaine. Certains pays interdisent aux missionnaires d’entrer chez eux  ; d’autres interdisent non seulement l’évangélisation mais aussi les conversions et même le culte chrétien. (…)

Les difficultés internes ne manquent pas pour le peuple de Dieu  ; ce sont même les plus douloureuses. (…) Mais l’un des motifs les plus graves du manque d’intérêt pour l’engagement missionnaire est une mentalité marquée par l’indifférentisme, malheureusement très répandue parmi les chrétiens, souvent fondée sur des conceptions théologiques inexactes et imprégnée d’un relativisme religieux qui porte à considérer que “ toutes les religions se valent ”. Nous pouvons ajouter – ainsi que le disait le même Pontife [Paul VI] – qu’il existe aussi “ des alibis qui peuvent nous détourner de l’évangélisation. Les plus insidieux sont certainement ceux pour lesquels on prétend trouver appui dans tel ou tel enseignement du Concile ”.

Jean-Paul II ne semble pas du tout comprendre ni même imaginer que tant de difficultés puissent venir de puissances ennemies, de pouvoirs humains infestés par elles, extérieurs et intérieurs à l’Église, que pourtant elle courtise, elle “ épouse ” même  ! se rendant complice et responsable, Elle, de cet effondrement de l’œuvre divine… Au contraire, il passe tranquillement son chemin. (…) Nous ne sommes pas nous-mêmes les protagonistes de la mission [à condition de ne pas être ses antagonistes dans son agonie postconciliaire !] (…) et, quand nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir [ah ! c’est justement l’illusion, l’imposture, la forfaiture de le prétendre ici et maintenant !], nous devons dire “ Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire ” (Lc 17, 10). (…) C’est trop de contentement de soi, c’est trop de malice et d’aveuglement. (…) La seconde partie de ce chapitre, relevant de la deuxième encyclique, le fera bien voir…

MISSIONS CULTURELLES POUR ARÉOPAGES MODERNES

37. Le Pape nous donne l’exemple de l’Apôtre des Gentils  : Paul, après avoir prêché dans de nombreux endroits, parvient à Athènes et se rend à l’Aréopage où il annonce l’Évangile en utilisant un langage adapté et compréhensible à tous (cf. Ac 17, 22-31). Tout le monde sait qu’une telle méthode, accommodant au maximum l’Évangile, non à tout le peuple, comme dit Jean-Paul II, mais pour une fois  ! à l’orgueilleuse raison des philosophes de l’époque, d’ailleurs décadents, subit là un fiasco instructif. Saint Luc, en le racontant, montre que l’Apôtre en tira la leçon et ne recommença plus jamais, ni à Corinthe ni ailleurs, son erreur de l’aréopage d’Athènes. Et il ne voulut plus savoir parmi nous “ que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ” (cf. I Cor 2, 2).

Jean-Paul II, au contraire, voit dans cette affaire de l’aréopage d’Athènes un modèle d’adaptation, d’inculturation, d’ouverture de l’Église au monde, donc la voie du changement de méthode, de la mission classique catholique à sa nouvelle approche d’une humanité déjà imprégnée de grâce et de valeurs évangéliques. L’incompréhension est, à ce coup, totale et définitive, entre missionnaires d’hier et de toujours, et “ experts en humanité ” d’aujourd’hui. (…)

Devant ces derniers s’ouvre le vaste champ d’apostolat des aréopages des temps modernes  : le monde de la communication, (…) l‘engagement pour la paix, le développement et la libération des peuples, les droits de l’homme et des peuples, surtout ceux des minorités, la promotion de la femme et de l’enfant, la sauvegarde de la création, autant de domaines à éclairer par la lumière de l’Évangile. En outre, il faut rappeler le très vaste aréopage de la culture, de la recherche scientifique, des rapports internationaux qui favorisent le dialogue et conduisent à de nouveaux projets de vie. (…)

Aux nouveaux missionnaires, le Concile Vatican II, Paul VI, et Jean-Paul II adressent cette recommandation suprême  : fidélité au Christ et promotion de la liberté humaine. Elle est contradictoire à la vérité majeure de l’Évangile selon laquelle Juifs et Gentils sont tous esclaves du diable et par lui du péché et de la mort, loin d’être libres  ! C’est en les convertissant à son esclavage d’amour et de sainteté, selon saint Paul et saint Jean que Jésus les libère  ! Ainsi les missionnaires vont briser les chaînes des malheureux païens en leur administrant le baptême.

Pour Jean-Paul II au contraire, les hommes sont libres, de plein droit, partout heureux et fiers de leur liberté, ou au moins de sa revendication révolutionnaire. Les missionnaires donc doivent absolument respecter cette liberté, et d’ailleurs l’invoquer à leur profit comme au profit égal de toutes les opinions et les religions. (…) Jean-Paul II ne semble pas voir la relation de cause à effet entre cette doctrine libertaire et les “ difficultés internes ” de la mission qu’il décrit justement, et il persévère donc dans un aveuglement sans égal. (…)

39. (…) L’Église s’adresse à l’homme dans l’entier respect de sa liberté  : la mission ne restreint pas sa liberté, mais elle la favorise. L’Église propose, elle n’impose rien  : elle respecte les personnes et les cultures, et elle s’arrête devant l’autel de la conscience.

Une seule question  : Dieu, le Juge des vivants et des morts, s’arrêtera-t-il à ce seuil  ? Respectera-t-il la culture maçonnique et les religions idolâtriques  ? Si oui, alors votre Dieu n’est plus le Dieu de Jésus-Christ qui a dit  : «  Celui qui ne croira pas sera condamné  » (Mc 16, 16), et votre fameuse liberté de l’homme auquel votre Église n’imposerait rien mais proposerait seulement sa quincaillerie, est un beau leurre, un prestige de Satan. Mais si Dieu passe ce seuil, alors vous trahissez Dieu par vos discours mensongers et vous êtes, en pleine conscience, les pourvoyeurs de l’enfer.

Chapitre V  : LES VOIES DE LA MISSION

Tout ce chapitre relève de l’antithèse du diable, sauf les numéros 44 à 48 qui constituent une belle défense de la thèse du bon Dieu. Le Pape y vante et y déclare excellente la manière des missions catholiques traditionnelles, à savoir  : de prêcher la foi, baptiser ceux qui croient et fonder des Églises locales pour y accueillir et garder les nouvelles brebis du Christ dans de véritables et saintes communautés catholiques romaines. C’est beau, c’est simple, c’est vrai et c’est émouvant. (…)

LES ÉTRANGES BOURBIERS DE LA MISSION MODERNE

Malheureusement, ce premier discours, et il fallait s’y attendre, est littéralement noyé dans un enseignement contraire et même, contradictoire. Contraire, quand le Pape préfère le témoignage de vie (42-43) à la prédication de la vérité et l’appel au baptême  ; et de même l’engagement œcuménique (50) à la mission catholique indépendante, en opposition et polémique avec les missions protestantes, dangereuses concurrentes, autant qu’avec leurs nouvelles ennemies communes, les sectes. Contradictoire, quand le Pape préconise avec enthousiasme le dialogue avec les frères d’autres religions (55-57), puis la promotion et l’éducation des consciences pour le développement de tout l’homme et de tous les hommes, en lien avec les organisations internationales et les responsables des grandes religions, grâce à une conversion commune [!]au développement intégral ouvert sur l’Absolu.

Tout cela est si ample et si urgent sous la plume du Pape, que le travail missionnaire catholique s’y trouve débordé, enfoui, perdu, comme la cathédrale Saint-Patrick à New York disparaît dans la forêt des gratte-ciel de Manhattan, à jamais supplantée par l’édifice de l’ONU. C’est l’un ou l’autre, et personne ne contestera que c’est la nouvelle méthode qui, dans l’esprit et la volonté du Pape, doit supplanter l’ancienne.

Il faut donc lire ces textes qui exposent, sans plus aucune réserve, la mise en œuvre, la praxis, de la theoria qui est la gnose de Karol Wojtyla devenue celle de l’Église conciliaire. Je vais les mettre sous vos yeux, avec leurs titres officiels. Je les trouve ignobles, apostats, antichrists. (…)

a) La première forme d’évangélisation est le témoignage de vie.

Le témoignage évangélique auquel le monde est le plus sensible est celui de l’attention aux personnes et de la charité envers les pauvres, les petits et ceux qui souffrent. La gratuité de cette attitude et de ces actions, qui contrastent profondément avec l’égoïsme présent en l’homme, suscite des interrogations précises qui orientent vers Dieu et vers l’Évangile. De même, l’engagement pour la paix, la justice, les droits de l’homme, la promotion de la personne humaine est un témoignage évangélique dans la mesure où il est une marque d’attention aux personnes et où il tend vers le développement intégral de l’homme. (…)

Le témoignage des Apôtres était un témoignage de vérité portant sur la résurrection du Christ, sur ses autres œuvres et sa doctrine toutes divines. La vocation et la charge des missionnaires est de s’en faire les hérauts. Et non pas de s’essayer à ce pharisaïque “ témoignage de vie ” qui devait sauver le monde par l’Action catholique spécialisée des années 30; et ce qu’on en a vu, c’est la ruine de nos institutions d’Église et la décomposition de nos pays de Chrétienté maintenant catalogués “ pays de mission ”  !

b) L’engagement missionnaire doit être œcuménique.

L’activité œcuménique et le témoignage concordant rendu à Jésus-Christ par des chrétiens appartenant à différentes Églises et communautés ecclésiales ont déjà porté des fruits abondants. Mais il est toujours plus urgent qu’ils collaborent et témoignent ensemble, en ce temps où des sectes chrétiennes et parachrétiennes sèment la confusion par leur action. L’expansion de ces sectes constitue une menace pour l’Église catholique et pour toutes les communautés ecclésiales avec lesquelles elle poursuit un dialogue. Partout où cela est possible, et suivant les conditions locales, la réponse des chrétiens pourra aussi être œcuménique.

Odieuse stratégie, hypocrisie indécente que cette apparente réconciliation entre Églises rivales, la vraie, l’Unique, la sainte  ! donnant la main à ses déjections hérétiques et schismatiques pour concurrencer les sectes et pour racoler les païens  ! Le Pape s’imaginerait-il que pareille comédie sera bénie de Dieu, non certes  ! Mais il pense qu’elle peut réussir, à sa parole, même sans bénédiction d’un Dieu par trop réactionnaire  ! (…) Mais le Jugement de Dieu viendra sur nous, et je crains qu’il ne soit terrible pour tous ceux qui “ auront préféré les honneurs qui viennent des hommes à la gloire qui vient de Dieu ” (Jn 12, 43) et qui, ce faisant, auront perdu contre Dieu ce qu’ils avaient prétendu garder et faire fructifier sans Lui. (…)

c) Le dialogue avec les frères d’autres religions.

Je vous préviens que nous atteignons avec ce long texte, particulièrement dense et explicite, au record de l’ignoble. Et ne vous contentez pas de conclure à la contradiction perpétuelle d’un esprit désorganisé  ! Ce n’est pas une accumulation de propositions incompatibles, logiquement, les unes avec les autres. C’est la synthèse dialectique, hégélienne, marxiste, de la thèse catholique classique et de l’antithèse moderno-progressiste actuelle, surmontée par le rare génie d’un penseur initié aux plus vastes visions gnostiques de notre temps. C’est une prévision d’une évolution d’ensemble des religions vers leur fusion définitive en “ royaume eschatologique ”. Et la prévision, preuve que je ne m’abuse pas, se fera bientôt vision et prophétie. Voici cette troisième tentation de Satan  :

55. Le dialogue inter-religieux fait partie de la mission évangélisatrice de l’Église [historiquement, théologiquement, c’est mentir. La controverse, oui ! le “ dialogue ”, non]. Entendu comme méthode et comme moyen en vue d’une connaissance et d’un enrichissement réciproques [réciproques ? ai-je la berlue ? Il a dit : “ réciproques ” !],il ne s’oppose pas à la mission ad gentes, au contraire [!],il lui est spécialement lié et il en est une expression [autant de mots, autant de mensonges]. Car cette mission a pour destinataires les hommes qui ne connaissent pas le Christ ni son Évangile et qui, en grande majorité, appartiennent à d’autres religions. Dieu appelle à lui toutes les nations dans le Christ  ; il veut leur communiquer la plénitude de sa révélation et de son amour.

Tout cela est tellement vrai que nous retrouvons confiance au menteur de l’instant précédent  ; et ainsi espère-t-il nous piéger au mensonge suivant. Il [Dieu] ne manque pas non plus, poursuit-il hypocritement, de manifester sa présence de beaucoup de manières, non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles [nous y revoilà !] dont les religions sont une expression principale et essentielle [horrible mensonge], bien qu’elles comportent [comme dit le Concile] “ des lacunes, des insuffisances et des erreurs ” [la concessive autorise une nouvelle avancée brutale dans l’hérésie]. Le Concile et les enseignements ultérieurs [le Pape ne peut invoquer aucun enseignement antérieur !] du magistère ont amplement souligné tout cela [cette montagne de mensonges…], maintenant toujours avec fermeté que le salut vient du Christ et que le dialogue ne dispense pas de l’Évangélisation. On nous balade du oui au non, et du non auoui quand même, et pourtant non, pour qu’enfin nous partagions la conviction gnostique de la présence dynamique du Christ et de son Esprit dans toute l’humanité et particulièrement dans toutes ses religions, ses mythologies et ses cultes. (…)

d) Promouvoir le développement en éduquant les consciences.

58. (…) L’Église éduque les consciences en révélant aux peuples le Dieu qu’ils cherchent sans le connaître, en leur révélant la grandeur de l’homme créé à l’image de Dieu et aimé par lui, en leur révélant l’égalité de tous les hommes comme fils de Dieu, leur empire sur la création qui est mise à leur service, leur devoir de s’engager pour le développement de tout l’homme et de tous les hommes. (…) Cette éducation des consciences varie selon les hémisphères. La contribution de l’Église et de l’évangélisation au développement des peuples ne concerne pas seulement l’hémisphère sud pour y combattre la misère matérielle et le sous-développement, mais également l’hémisphère nord exposé à la misère morale et spirituelle engendrée par le “ sur-développement ”. (…)

Ainsi se révèle clairement ce qui nous était demeuré caché par les initiés, à savoir la différence antinomique entre la “ nouvelle évangélisation ” ou “ réévangélisation ”, conçue comme un décapage de l’hémisphère nord de ses lèpres capitalistes, son non-sens religieux et sa non-valeur humaine, et l’activité missionnaire “ ad gentes ”, tout orientée vers la reconnaissance de la dignité spirituelle et l’amélioration des conditions de vie des peuples pauvres de biens et de liberté, mais riches de sens religieux et de valeur, de l’hémisphère sud. Afin que tous soient un, de ceux qui sont frères et d’ailleurs tous fils de Dieu. (…)

Voilà le grand programme du MASDU à venir. Mais lui, Karol Wojtyla, est vraiment le premier de tous les papes de l’histoire à avoir osé fonder ce “ Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle ” sur une métaphysique de type hégélien. C’est une transposition, ou une sublimation onirique, de la théologie catholique, dans le sens plus que millénaire de la gnose des grands initiés, où les mystères divins se libèrent de leurs cadres chrétiens et catholiques, pour se révéler universels. Ce qui est dit de l’Église est secrètement accordé à l’humanité entière, ce qui est attribué aux chrétiens en vertu de leur foi et de leur baptême est comme déjà possédé, incognito, à l’état de “ semences du Verbe ” par tout homme religieux, ou de “ semences évangéliques ” en toute âme de bonne volonté préoccupée du bien de ses semblables et du progrès de l’humanité.

De toutes les gnoses, c’est la plus puissante, parce qu’elle reprend à son compte pour les englober dans sa vision fumeuse tous les dogmes de et tous les rites de notre Église en même temps qu’elle les insère dans une conception générale de l’univers en évolution vers une harmonie générale et parfaite.

“ Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le resté vous sera donné par surcroît ”, la parole du Christ maintenant travaille pour l’antéchrist, contre Jésus qui l’a prononcée et l’Église qui en a vécu pendant deux mille ans… Désormais, le Royaume de Dieu c’est ce que Jésus considérait comme superflu, ce que saint Paul estimait “ de la balayure ”, et le Dieu qui en assure la pleine réalisation vit dans l’homme, en tout homme et en tous les hommes, suprêmement dans le meilleur des hommes qui est indubitablement, en ces temps qui nous conduisent au troisième millénaire, Jean-Paul II lui-même dont Jean-Baptiste Montini fut le précurseur. (…)

CHAPITRES VI, VII, VIII et CONCLUSION

Les chapitres VI, VII et VIII sont de remplissage. La “ première encyclique ” s’y est étoffée, enrichie de bonnes choses, encourageantes pour les missionnaires, les catéchistes des pays de mission, de fidélité et de vertus héroïques  ; et la seconde, l’“ encyclique du diable ” aussi y a gagné des éloges de la missiologie nouvelle et de ses adeptes, des “ mouvements ecclésiaux  ”, des charismatiques et des laïcs engagés… C’est ainsi que le chapitre VI fera un admirable éloge des missionnaires ad gentes, religieux et religieuses ad vitam… Mais aujourd’hui ce sont aussi les chrétiens laïcs qui doivent participer à la nouvelle évangélisation et à la mission. Jean-Paul II voulant tout de même faire naître parmi eux des vocations missionnaires, il fait miroiter aux jeunes une perspective de carrière valorisante  : “ Ils auront une vie fascinante. ” Il aurait du leur promettre une vie crucifiante avec le bonheur d’entraîner les païens hors de la voie large qui les mènerait sans eux à l’enfer, et de les conduire avec eux au salut éternel. (…) Mais Jean-Paul II ne parle jamais du Ciel ni de l’enfer ni du salut des âmes, mais il donne le change, dans son dernier chapitre, en exigeant rien de moins que la sainteté.

Cette exigence n’est pas seulement exagérée, mais elle est erronée, elle est fausse. Oui, elle tombe à côté de la plaque  ! Le missionnaire n’a pas à être un saint dont le contact seul suffirait à faire brûler d’amour pour Dieu. Non  ! Le missionnaire a choisi un métier, une profession, une entreprise, un travail, à faire évidemment le plus vertueusement possible, et même, s’il en a la grâce, saintement, mais sa fonction, son devoir, c’est la prédication de l’Évangile qui produit dans les intelligences le choc de la vérité et opère, si Dieu le veut et si l’âme y consent, la foi par sa vertu propre de vérité. Le missionnaire qui la porte peut être un pauvre type, et les missionnaires pour la plupart, pas les recyclés, mais les anciens, se disaient des pauvres types, se jugeaient infiniment inférieurs à leurs brillants, savants, éloquents confrères de la mère-patrie. Mais ils savaient qu’avec le crucifix de leur profession à la main, et l’enseignement de leur catéchisme dans la langue du pays, ils pouvaient marcher, les conversions s’ensuivraient. (…)

«  DIEU PRÉPARE UN NOUVEAU PRINTEMPS DE L’ÉVANGILE POUR L’AN 2000  »

Dans le magma lassant (…) de ces trois derniers chapitres, deux textes font exception. Ce sont deux véritables prophéties, visions certaines d’un avenir grandiose. Authentiques, selon le jargon actuel, pour dire que leur texte en est bien garanti par la signature de leur auteur, certes  ! Authentiquement inspirés   ? Il se peut. Mais de quel Esprit supérieur  ? De Dieu ou du diable  ? Seules les règles pour le discernement des esprits nous seront d’un réel secours pour trancher ce dilemme affreux. Ces prophéties, les voici  :

86. (…) Alors que nous sommes proches du troisième millénaire de la Rédemption, Dieu est en train de préparer pour le christianisme [terme le plus vague, qui va bien au-delà des Églises diverses, et qui s’étend incognito à toute l’humanité] un grand printemps que l’on voit poindre.

Voilà l’oracle, et voici sa justification laborieuse  :

En effet, que ce soit dans le monde non chrétien ou dans le monde de chrétienté ancienne [à égalité, les païens, les chrétiens !], les peuples ont tendance à se rapprocher progressivement des idéaux[sic !] et des valeurs évangéliques [sic !], tendances que l’Église s’efforce de favoriser [c’est un instinct divin dans l’homme !]. Aujourd’hui se manifeste parmi les peuples une nouvelle convergence à l’égard de ces valeurs  : le refus de la violence et de la guerre [ah ! la belle saleté de fausse valeur !], le respect de la personne humaine et de ses droits, la soif de liberté, de justice et de fraternité, la tendance à surmonter les racismes [blancs] et les nationalismes [civilisés],l’affirmation de la dignité de la femme et sa valorisation.

Remarquez que tout cela n’a rien de surnaturel, de chrétien ni de catholique. En revanche, cela est maçonnique et appartient au vocabulaire anthroposophique sur lequel les grandes puissances occultes de notre “ nouvel âge mondial ” cherchent à établir leur hégémonie politique et financière. (…)

POUR LA RÉGÉNÉRATION DES HOMMES

92. (…) À la veille du troisième millénaire, toute l’Église est invitée à vivre plus intensément le mystère du Christ, en collaborant dans l’action de grâce à l’œuvre du salut. Elle le fait avec Marie et comme Marie, sa mère et son modèle. Marie est le modèle de l’amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Église, travaillent à la régénération des hommes [sic !]. C’est pourquoi, “ soutenue par la présence du Christ, l’Église marche au cours du temps vers la consommation des siècles et va à la rencontre du Seigneur qui vient  ; mais sur ce chemin, elle progresse en suivant l’itinéraire accompli par la Vierge Marie ” [le Pape se cite lui-même, dans Redemptoris Mater].

C’est à la “ médiation de Marie, tout orientée vers le Christ et tendue vers la révélation de sa puissance salvifique ”, que je confie l’Église et en particulier ceux qui se consacrent à la mise en œuvre du précepte missionnaire dans le monde d’aujourd’hui. De même que le Christ envoya ses Apôtres au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, ainsi, renouvelant le même commandement, je vous envoie à tous ma Bénédiction apostolique au nom de la Trinité Sainte. Amen.

Ce texte est magnifique. Il baigne, comme l’Évangile, dans une lumière qui n’est pas de la terre.“ Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ”, disait Jésus. Guidépar l’Esprit, moi aussi je vous envoie, dit équivalemment Jean-Paul II, et tout paraît recommencer en cet Avent comme aux premiers jours de l’Église, et pour un événement bien plus important que le premier, la régénération de l’humanité. C’est le mot clef, le mot de passe de cet oracle, de l’encyclique, du pontificat tout entier, c’est le secret gnostique de Karol Wojtyla, créé et mis au monde, conduit par l’Esprit et élu Pape pour cette œuvre dont il voitl’aube se lever, d’une nouvelle ère, missionnaire qui demain sera le plein jour,radieux et riche de fruits, de la régénération des hommes, de tout l’homme et de tous les hommes.

Car telle est, aux approches du troisième millénaire, la tendance des deux mondes, l’ancien, le chrétien, et le nouveau, non chrétien, à se rapprocher des idéaux et des valeurs évangéliques, tendances que l’Église s’efforce de favoriser, qui ont pour fin un monde de paix, de dignité et d’égalité, de fraternité universelle, le royaume de Dieu eschatologique.

On sent soudain le froid nous glacer à la saisie de l’évidence que c’est là un discours de Satan, et que nos vieilles images de l’Ascension et de la Pentecôte, des Apôtres et de Marie Mère de Dieu, ici seulement connue comme Mère de Jésus, sont collées sur des idées maçonniques et des valeurs modernes qui n’ont rien que de terrestre, d’humain, de prométhéen. C’est l’Unanimisme wojtylien, pour lequel le Christ et Bélial, la cité de Dieu et la cité de l’Homme, la grande Babylone et la nouvelle Jérusalem ne sont qu’une seule et même humanité en marche vers l’Internationale qui demain, si nous relevons le défi, sera le genre humain.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 272, avril 1991, p. 3-22

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