La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Motu proprio Ad tuendam fidem

Jean-Paul II

Le 9 mai 1998 (…), Jean-Paul II signait le motu proprio “ Ad tuendam fidem  ”   : «  Pour défendre la foi   ». (…) Le ton employé par le Pape est de commandement, circonstance inhabituelle dans les documents pontificaux contemporains, débordants de tolérance et riches en circonlocutions iréniques. Et cela dès l’introduction  : «  Pour défendre la foide l’Église catholique contre les erreurs qui surgissent de la part de certains fidèles, surtout de ceux qui se consacrent expressément aux disciplines de la sacrée théologie…  ». Le reste du document est à l’avenant, créant des sanctions pour ceux qui enfreindraient ses dispositions, ordonnant l’insertion d’un nouveau canon dans les codes de droit canonique latin et oriental, prescrivant sa publication et son entrée en vigueur immédiates, «  nonobstant toutes dispositions contraires  ». Quiconque oserait passer outre s’en devrait un jour repentir, en ce monde ou en l’autre.

UN DOCUMENT CAPITAL, SAUVEUR

Ce document, qui fait partie désormais du droit de l’Église, traite des trois catégories d’enseignements du magistère catholique comprises dans la profession de foi que l’Église exige des théologiens et des fidèles engagés dans ses œuvres. (…)

Les trois degrés du Magistère ecclésiastique

Voici les trois catégories juridiques contenant les enseignements catholiques tels qu’ils sont désormais définis et classés par le Code de droit canonique. Les modifications introduites par le motu proprio “ Ad tuendam fidem ” sont soulignées en caractères gras italiques  :

1. PREMIÈRE CATÉGORIE  : LES DOGMES.

* à croire (de foi divine et catholique),

* proclamés divinement révélés,

* donc  : infaillibles

Can. 750 § 1. On doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, c’est-à-dire dans l’unique dépôt de la foi confié à l’Église, et qui est en même temps proposé comme divinement révélé par le magistère solennel de l’Église ou par son magistère ordinaire et universel, à savoir ce qui est manifesté par la commune adhésion des fidèles sous la conduite du magistère sacré  ; tous sont donc tenus d’éviter toute doctrine contraire.

2. DEUXIÈME CATÉGORIE  : LES VÉRITÉS CATHOLIQUES.

* à tenir définitivement (de foi ecclésiastique),

* déclarées connexes à la Révélation,

* de ce fait  : infaillibles

Can. 750 § 2. On doit aussi accueillir et garder fermement toutes et chacune des doctrines que le magistère de l’Église propose de façon définitive sur la foi et les mœurs, à savoir celles qui sont nécessaires pour garder et exposer fidèlement ce même dépôt de la foi. S’oppose donc à la doctrine de l’Église catholique celui qui nie de telles propositions devant être tenues de façon définitive.

3. TROISIÈME CATÉGORIE  : LES PROPOSITIONS ou ORIENTATIONS du MAGISTÈRE AUTHENTIQUE.

* à recevoir avec une “ soumission religieuse  ” On disait autrefois, et c’était plus réaliste  : “ un assentiment pieux ”.

* quoique incertaines et non définitives,

* de ce fait  : non infaillibles

Can. 752. Ce n’est pas vraiment un assentiment de foi, mais néanmoins une soumission religieuse de l’intelligence et de la volonté qu’il faut accorder à une doctrine que le Pontife Suprême ou le Collège des Évêques énonce en matière de foi ou de mœurs, même s’ils n’ont pas eu l’intention de la proclamer par un acte décisif  ; les fidèles veilleront donc à éviter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine.

Jusqu’à présent, le Code ne faisait qu’une distinction bipartite, entre les vérités révélées, infaillibles, là haut sur leur piédestal, et le reste, tout le reste, mélangé pêle-mêle dans une catégorie hétérogène. À partir du motu proprio, une promotion décisive et salutaire est établie  : les vérités définitives ,connexes aux dogmes, se dégagent elles aussi de cette catégorie résiduelle, acquérant leur note propre de certitude garantie. (…) Parmi ces vérités connexes à la Révélation et qui ne peuvent plus être remises en question, se rangent, par exemple, l’impossibilité pour les femmes d’accéder au Sacerdoce, et aussi l’invalidité des ordinations anglicanes. Que voilà un salutaire et nécessaire coup de barre  !… (…)

Il apparaît alors très clairement, et c’est là un acquis décisive et définitive du motu proprio que les nouveautés conciliaires, et notamment la principale d’entre elles  : la déclaration sur la Liberté religieuse, sont bien évidemment un enseignement du Magistère authentique mais que celui-ci n’a pas voulu proclamer d’une manière infaillible. (…) Ainsi “ disqualifiées ”, laissées à découvert, ces nouveautés devront enfin être examinées une à une pour y déceler bien des erreurs et horreurs, et les rejeter hors des trois catégories honnêtes de la foi catholique. Cet ultime tri reste à faire, entre les nouveautés compatibles avec le dépôt de la foi, et celles qui le contredisent effrontément. (…)

Même si jamais cette loi devait être fallacieusement invoquée pour faire passer les nouveautés conciliaires dans une catégorie infaillible, ce serait en violation de la loi elle-même, c’est-à-dire qu’il y aurait nécessairement quelque part une faille juridique, qu’il serait alors possible et légitime à tout fidèle de déceler et de dénoncer. (…) Mais encore faut-il bien connaître les conditions sine qua non que le magistère ordinaire et universel doit réunir pour pouvoir enseigner comme révélée ou comme définitive une doctrine, infailliblement. Ces conditions ne diminuent en rien l’étendue très vaste de ce magistère, que l’Église exerce tous les jours, non seulement à Rome mais dans chaque diocèse, dans chaque paroisse.

a. Que cela ait été enseigné toujours et partout. La particularité de ce magistère est de ne rien être d’autre que l’expression de la doctrine constante et universelle de l’Église, et cela ne dépend pas de l’autorité qui délivre son enseignement (Pape, évêque, curé ou dame catéchiste), mais de la fidélité objective de ses dires avec ce que l’Église a, toujours et partout, tenu pour vérité révélée ou découlant immédiatement de la Révélation divine. Ce que toute l’Église enseignante, moralement unanime, propose depuis toujours comme vrai, sans contestation ni discussion, est infaillible.

b. Que cela ait été cru toujours et partout. Ce que tous les fidèles de l’Église enseignée croient et pratiquent ensemble, d’âge en âge, unanimement, est infaillible. Pourquoi  ? Parce que si toute l’Église, même à un seul instant de son histoire, était tout entière dans l’erreur, fût-ce sur un seul point dogmatique ou moral, les Puissances de l’enfer l’auraient emporté à l’encontre des promesses du Christ.

c. Que cela soit proposé comme divinement révélé ou comme intimement connexe au dépôt de la foi. Il est nécessaire que cet enseignement soit donné comme appartenant directement ou indirectement à la Révélation, de telle façon qu’il soit toujours possible de remonter la filière d’une doctrine pour la retrouver explicitement ou au moins implicitement dans le depositum fidei.

d. Que cela soit dûment prouvé et manifestement établi. Derrière les enseignements du Magistère en général, il y a toujours une intelligence qui en établit la connexité avec la foi, une autorité qui les impose ou qui les rappelle à l’attention des fidèles. Cela est normal. Avec, toutefois, une distinction importante  : lorsqu’il s’agit d’un enseignement défini par un acte du magistère extraordinaire, il doit être suivi par théologiens et fidèles sans autre contrôle que la vérification des conditions extrinsèques de l’infaillibilité (conditions de pure forme, contenues dans la définition de Vatican I); mais lorsqu’il s’agit des propositions que l’on prétend nanties de la garantie du magistère ordinaire et universel, les fidèles – et particulièrement les théologiens – ont un droit de regard également sur les conditions intrinsèques de l’enseignement (et la forme et le contenu des doctrines). Si les conditions nécessaires font défaut, la contestation peut et doit être soulevée, pour faire obstacle aux enseignements ainsi proposés. Dans cet esprit, le droit canonique établit une présomption favorable à la faillibilité d’une doctrine, tant que le contraire n’est pas «  manifestement établi  » (can. 749 § 3). (…)

UN OUTIL CANONIQUE AU SERVICE
DE LA CONTRE-RÉFORME CATHOLIQUE

Le motu proprio pourra s’avérer l’instrument ad hoc et indispensable pour faire le tri entre les diverses doctrines, entre le vrai et le faux, le bien et le mal, déjà canoniquement situés. L’Église possède donc désormais l’outil canonique qui lui permettra de se libérer d’un fatras de nouveautés nuisibles qui menacent aujourd’hui son existence même, et elle pourra guérir et renaître. (…)

Il semble bien que le Pape veuille aujourd’hui freiner l’avance de tous ceux qui le dépassent sur sa gauche, mais il ne le peut, faute des instruments appropriés, du fait que le Concile a renoncé à l’Inquisition, à l’Index, aux condamnations, aux anathèmes. (…) Il a désormais le moyen canonique de mettre fin à la fronde des théologiens, mais est-ce qu’il ira jusqu’à s’en servir à l’encontre de tel ou tel théologien hérétique et scandaleux  ? Toujours est-il que le Pape Jean-Paul II vient de donner au Pape de la Renaissance Catholique le moyen canonique de nettoyer les écuries d’Augias et de mettre un terme à nos temps d’apostasie.

Ce document est donc, en soi, un coup d’arrêt, une mesure réactionnaire. C’est pour nous un signe visible de l’assistance du Saint-Esprit à son Église.

L’HEURE DU MAGISTÈRE SOLENNEL A SONNÉ

En conclusion de notre analyse, une constatation évidente s’impose  : ces conditions pour que le magistère ordinaire et universel soit reconnu sans hésitation par tous ne font aucun problème en temps normal, quand Pasteurs et fidèles ne demandent qu’à se laisser porter par le courant des meilleures traditions de l’Église. Mais, dès que les temps deviennent mauvais, et des sourds grondements de révolte et de contestation se font entendre, ces mêmes conditions – interprétées à tort et à travers – ne manquent pas d’affaiblir notablement la force des propositions qui se réclament de cette modalité du magistère, semant le doute sur son infaillibilité. Or, l’infaillibilitéest ou n’est pas; il n’y a pas de moyen terme. (…)

Quand la confusion règne ou quand la fronde se manifeste ,seul le magistère solennel est efficace, avec toute sa vigueur d’acte souverain propre au Successeur de Pierre, engageant directement et immédiatement l’autorité de Dieu même.

Très Saint-Père, nous vivons aujourd’hui ces temps mauvais. Pourquoi ne pas monter sur la chaire de vérité infaillible  ? Il suffirait de parler ex cathedra, en vertu de Votre charge de Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles, définissant que telle et telle doctrines sur la foi ou les mœurs doivent être tenues définitivement par tous, pour qu’elles deviennent irréformables, sans appel ni discussion possibles.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 349, septembre 1998, p. 1-10,
CRC n° 350, octobre 1998, p. 1-8

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