La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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AD GENTES
Les missions catholiques

LE DÉCRET “ AD GENTES ”

Jean-Paul II en voyage en Océanie

LA charte de ce qui devait provoquer au Concile un renouveau des Missions fut le “ Décret sur l’Activité missionnaire de l’Église ” (AM) commençant par ces mots  : «  Ad gentes…  » C’est en effet le Peuple de Dieu dans son entier, et chaque chrétien dans son milieu de vie, qui était envoyé en mission, pour prêcher l’Évangile aux “ nations ”, c’est-à-dire aux païens  !

Cette belle théorie cachait un dessein pervers que des experts, comme Karl Rahner avec sa nébuleuse théorie des chrétiens anonymes, tentèrent par tous les moyens d’imposer à la faveur du Concile. «  Au fond, constatait notre Père, nos experts n’ont vu dans ce schéma sur les Missions qu’un nouveau champ d’application des théories proclamées ailleurs… Il s’agit, comme partout ailleurs, de charcuter l’être vivant pour le faire entrer dans le cadre abstrait dessiné par nos technocrates. On y arrivera par “ un effort de restructuration pastorale et théologique, d’élargissement des perspectives, assorti d’une foule de suggestions concrètes ”. Aïe  ! Y eut-il jamais de meilleure occasion de réprouver le colonialisme, le paternalisme, le sectarisme, le prosélytisme  ? À leurs accents, ces déclamateurs laissent voir que l’avenir des Missions, le salut des âmes, l’amour du Christ l’ont totalement cédé en eux au désir de paraître, aux yeux du monde, des affranchis. Bâtissant la cité humaine nouvelle de la coexistence pacifique et du dialogue pluraliste, ils ont décidé que les Missions devraient s’y intégrer ou disparaître… Coincé entre les nouveaux dogmes de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, du dialogue, de la construction de la paix, le schéma sur les Missions ne peut que s’y ajuster et cet ajustement, c’est la mort des missions.  » (Lettre à mes Amis n° 216, Le crépuscule des Missions, 11 novembre 1965)

Les évêques missionnaires du Concile réagirent courageusement, réclamant avec angoisse auprès de leurs pairs aide matérielle et spirituelle pour leurs missions, et d’abord que soient rappelées l’urgence et la nécessité de l’Action missionnaire, remise en cause jusque dans l’aula conciliaire. Ils obtinrent tout de même le rappel du fondement théologique de la Mission  : c’est l’excellent n° 7 du Décret (cf. CRC n° 55, p. 10).

Cependant, dès la fin du n° 7 et au n° 8, on revient au mondialisme séculier, nouveau but des missions catholiques. Il est question «  de découvrir aux hommes la réalité authentique de leur condition et de leur vocation totale, puisque le Christ est le principe et le modèle de cette humanité renouvelée, pénétrée d’amour fraternel, de sincérité et d’esprit de paix, à laquelle tous aspirent… En vérité, l’Évangile, dans l’histoire des hommes, même au plan temporel, a été un ferment de liberté et de progrès, et continue de se présenter comme un ferment de fraternité, d’unité et de paix.  »

L’AGGIORNAMENTO DES MISSIONS

Les missions d’hier étaient l’œuvre des pays occidentaux chrétiens qui envoyaient des missionnaires dans des terres lointaines pour y implanter l’Église et y convertir les païens. Rompant avec ce paternalisme religieux mêlé de prestige colonial, la nouvelle évangélisation entend partir d’un autre principe  : l’envoi au monde de “ ministres de la Parole ”, libres de toute attache nationale et même ecclésiastique, porteurs d’un “ message ” d’autant plus crédible qu’il sera présenté dans un climat d’ouverture et de dialogue.

Le but poursuivi maintenant n’est plus tant la prédication en vue de la   » conversion   » et du salut des âmes, que la réconciliation d’un genre humain unifié et fraternel. Les nouveaux missionnaires doivent être des instruments de paix et de communion entre les hommes, tandis qu’autrefois, en prêchant la Croix, le Ciel et l’Enfer et la nécessité de changer de vie, ils suscitaient des haines, des divisions, des persécutions…

Concrètement, il s’agit de se libérer à la fois d’une conception théologique rigide et d’un lourd passé impérialiste, tous deux entachés de présomption et d’orgueil racial. Que soit éliminé le scandale de “ la collusion entre mission et colonisation ”  ! Le missionnaire selon Vatican II doit se laisser instruire des valeurs des autochtones qu’il vient servir, les aidant au besoin à retrouver leurs cultures ancestrales, qui sont autant de “ semences du Verbe ”. Il doit perdre son vêtement et son visage occidental et apprendre à “ vivre avec ”, en collaboration étroite avec les autres religions. Plus question de faire concurrence aux missionnaires protestants, cette division entre chrétiens étant un vrai scandale pour les païens. Qu’il étende en outre cette collaboration aux non-chrétiens, pour la défense des valeurs communes  : la paix, le développement, la démocratie, les droits de l’homme. Et tout cela, pour imiter le Christ, qui s’est entièrement dépouillé de ce qu’il avait, de ce qu’il était, pour vivre au milieu des hommes, comme l’un d’entre eux, et être “ signe ” parmi eux de l’amour de Dieu.

Avec de tels principes, on a tué les missions. «  Visiblement, la chute vertigineuse des missions catholiques s’en est suivie. Elle trouve dans le Concile sa cause adéquate et proportionnée. Certes, les difficultés étaient antérieures  ; les solutions mauvaises étaient déjà préconisées et mises en œuvres en bien des endroits. Mais le Concile les adopta toutes et les promulgua avec l’autorité souveraine qui lui est et lui reste (bien à tort) reconnue.  » (CRC n° 56, p. 8)

FOI ET RÉALISME

Après avoir réhabilité ces anciens missionnaires, Vatican III proclamera la nécessité toujours actuelle de la Mission, «  par une affirmation doctrinale nouvelle et plus explicite encore que par le passé. La pastorale aussi sera la même  : il faudra poursuivre l’évangélisation sur les bases de l’effort séculaire, à partir de la Chrétienté et en jonction avec son œuvre civilisatrice. Foi et réalisme vont de pair, à l’encontre des hésitations de Vatican II sur la foi et sur tant de ses bienfaits temporels, au bénéfice de l’utopie…  » (CRC n° 56, p. 8)

1. Hors de l’Église, point de salut. Cette maxime, qui fut le ressort héroïque d’une phalange innombrable de missionnaires, sera remise en honneur. Il n’y a de salut éternel et temporel, personnel et collectif, que dans la foi en Jésus-Christ et dans l’adhésion à son Église visible, même s’il peut exister entre elle et les masses païennes des liens invisibles qui ne demandent qu’à devenir effectifs.

2. La Chrétienté en expansion. Jésus-Christ a institué l’Église, et celle-ci, à son tour, a bâti la Chrétienté. C’est un fait d’histoire, un “ signe des temps ”. Il n’y aura donc de mission vraiment chrétienne et raisonnable qu’à partir de la Chrétienté. Toute autre vue est utopique.

«  Tant que l’Église condamnera la Chrétienté qui est son propre fruit, écrit notre Père, elle ne portera aucun fruit chez les païens. “ Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît. ” (Mt 6, 33) Il faut que l’Église puisse dire à tous les peuples païens  : voyez la Chrétienté, voyez ces peuples qui ont reçu l’Évangile, et admirez les bienfaits qu’ils en ont reçus  ! La Mission ne pourra jamais se fonder que sur la réussite de la Chrétienté et à partir de celle-ci comme de son unique, sa nécessaire et incomparable base de départ. À l’encontre de l’orgueil humain, Vatican III dira aux Occidentaux  : vous n’êtes grands que par le Christ et l’Église qui vous ont faits ce que vous êtes. Et elle dira à tous les autres peuples  : votre salut passe par votre soumission à cette admirable Chrétienté séculaire, romaine, latine, européenne, occidentale, qui détient tous les trésors du Ciel et de la terre pour vous les communiquer.  »

Extrait de Il est ressuscité  ! n° 10, mai 2003, p. 30-32

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