La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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DEI VERBUM
Les sources de la foi

Pentecôte

En octobre 1964, la constitution Dei Verbum fut âprement discutée au Concile. L’abbé de Nantes en a fait un commentaire approfondi dans le n° 51 de la CRC. À relire attentivement. Dès l’introduction, le texte conciliaire relève d’un illuminisme irrecevable  :

«  Religieusement à l’écoute de la Parole de Dieu et la proclamant avec assurance, le saint Concile obéit aux paroles de saint Jean qui dit  : «  Nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous est apparue  : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous  ; quant à notre communion elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.  » (1 Jn 1, 2-3) C’est pourquoi, suivant les traces des conciles de Trente et de Vatican I, il entend proposer la doctrine authentique sur la Révélation divine et sur sa transmission, afin qu’à la proclamation du salut, le monde entier en entendant croie, en croyant espère, en espérant aime.  »

Les Pères conciliaires imitaient donc saint Jean, non pas pour être «  en communion  » avec lui, selon sa recommandation, mais pour se prétendre en communication directe avec le Verbe de Vie. Mais où l’avaient-il «  vu et entendu  »  ?Avec une présomption incroyable, le Concile s’est pris pour le Collège des Apôtres, témoins immédiats et inspirés du Christ lui-même. «  Il s’est dit “ pastoral ”, notait l’abbé de Nantes, non pour se faire moindre que les Conciles dogmatiques antérieurs, mais pour paraître plus qu’eux tous réunis. Il se prétendait en contact direct, immédiat, inspiré avec la Parole même de Dieu pour fonder librement une nouvelle Église.  »

Quel message en effet délivrèrent nos “ inspirés ”  ? S’ils s’étaient contentés de répéter «  la doctrine authentique sur la Révélation divine  », définie par les conciles de Trente et du Vatican, parfait  ! mais ce n’était pas la peine de se dire inspirés pour cela. Par contre, s’ils prétendaient la renouveler, comme c’est le cas, alors c’est une seconde imposture. En remontant au-delà du catéchisme commun, de la doctrine de l’Église, de la Tradition, de l’Écriture même et de la prédication des Apôtres, pour arriver au Verbe de Dieu lui-même, sortant de la bouche du Père – «  Dieu dit et les choses sont  » – et s’incarnant dans l’Événement, la Vie, l’Histoire, les Pères du Concile se flattaient trop en vérité, et s’engageaient dans une voie contraire à la pratique séculaire de l’Église.

Après avoir analysé tout le mécanisme de cette subversion, l’abbé de Nantes conclut  : «  De canalisation en canalisation, tout le canal de transmission de la Révélation est démonté, rendu inutile. Le Peuple de Dieu, devenu un peuple de “ témoins ”, s’abouche directement à Dieu, qui lui parle sans intermédiaire et suscite en lui “ l’Esprit ”… Ce peuple témoigne par toute sa vie. C’est une Parole de Dieu.  »

Comment pareille prétention a-t-elle pu être acceptée, le 18 novembre 1965, par la quasi-unanimité des Pères (2344 contre 6)  ? C’est qu’entre-temps, le texte initial a été entrelardé de corrections le redressant dans le sens de la foi traditionnelle, comme au n° 21, où la minorité réussit à ajouter ce qui est marqué ici entre crochets  : «  L’Église a toujours vénéré les divines Écritures… Toujours elle eut et elle a pour règle suprême de sa foi les Écritures, [conjointement avec la Sainte Tradition]; inspirées par Dieu… elles communiquent immuablement la parole de Dieu lui-même et font résonner… la voix de l’Esprit-Saint.  » Il en est de même pour l’excellent n° 10, imposé de haute lutte par les traditionalistes.

Cependant, le poison était inoculé dans les veines de l’Église par le biais de cette Constitution dogmatique sentant l’hérésie. Veut-on une preuve de sa virulence  ?

En 1983, notre Père relevait dans l’entretien de Jean-Paul II avec André Frossard cette confidence  : «  Je n’ai jamais considéré ma foi comme “ traditionnelle ”, expliquait le Pape. Elle n’avait rien à voir avec un quelconque conformisme, elle était née dans les profondeurs de mon propre “ moi ” [sic !], elle était aussi le fruit des efforts de mon esprit cherchant une réponse aux mystères de l’homme et du monde… Avec la maturité intérieure est venue l’évidence qu’elle contenait une réponse personnelle et libre à la Parole de Dieu exprimée en Jésus-Christ, Verbe incarné.  » (cf. CRC n° 188, p. 10)

La foi du pape Jean-Paul II est une foi autolâtrique  : «  Lorsque Dieu se révèle, continuait-il, et que la foi l’accepte, c’est l’homme qui se voit révélé à lui-même et confirmé dans son être d’homme et de personne.  »

C’est ce qu’il enseignait en août 2000 aux J.M.J. de Rome, demandant à ses “ chers jeunes ” d’entrer dans le “ laboratoire de la foi ”, à l’instar des Apôtres entourant Jésus à Césarée de Philippe et au Cénacle  :

«  Chacun de vous peut retrouver en lui-même la dialectique des questions et des réponses que nous venons de souligner. Chacun peut mesurer ses propres difficultés à croire et aussi éprouver la tentation de l’incrédulité. Mais en même temps, il peut faire l’expérience d’une maturation progressive dans la conscience et dans la conviction de sa propre adhésion de foi. Toujours, en effet, dans cet admirable laboratoire de l’esprit humain, le laboratoire de la foi, Dieu et l’homme se rencontrent l’un l’autre.  » Tous les deux seuls, sans la médiation de l’Église  ?

VATICAN III, CONCILE DE RÉCONCILIATION

Après avoir condamné l’illuminisme de Vatican II, il ne suffira pas de rappeler les vérités anciennes, explique l’abbé de Nantes. Il faudra faire l’effort d’un exposé dogmatique nouveau. Il en a tracé les premières lignes  :

«  Religieusement à l’écoute de l’Église enseignante, nous recevons avec certitude, paix, joie et fruits spirituels de salut et de vie éternelle, par son ministère, la Parole véridique de Dieu et, mus par la grâce de l’Esprit-Saint qui nous est donné selon la promesse du Christ, nous adhérons de tout notre être à cette Révélation des Mystères qui illumine et transforme notre esprit et notre cœur à la ressemblance du Christ. Quant à nous, chacun selon notre Ordre et à la mesure du don qui nous est fait, nous transmettons et enseignons cette Sainte Doctrine à tous les hommes…  »

«  Le prochain Concile sera en premier lieu une affirmation de l’Église, parce que l’Église a été vitupérée, décriée, honnie par les hommes d’Église eux-mêmes tout au long de ces dix ans [quarante ans !] de Réforme. Affirmation de l’Église comme Épouse du Christ, Épouse fidèle, sage, aimante, qui reflète et elle seule à nos yeux éblouis la splendeur du visage divin et humain de Jésus-Christ. Oui, affirmation de l’Église comme porteuse de l’Évangile… l’Évangile authentique du Christ qui enflamme les cœurs du désir de se convertir et de progresser dans la Voie, sur le chemin de la perfection. Ainsi chacun se laisse docilement réformer par l’Église, si douloureuse que soit l’opération, afin d’obtenir la Vie éternelle.  » (CRC n° 50, p.10)

Le Pape et les évêques sont eux-mêmes soumis à l’enseignement ordinaire et commun, traditionnel, de l’Église. L’Esprit-Saint ne leur est donné que pour mieux comprendre la doctrine de leurs devanciers, l’enseigner à leur tour, au besoin la développer, mais en aucun cas la contredire, sous prétexte d’adaptation au monde moderne  ! Quand cette soumission sera de nouveau la règle, l’harmonie des sources de notre foi – Écriture, Tradition et Magistère de l’Église – sera rétablie sur la base de ce principe fondamental  :

«  La révélation de Dieu nous atteint dans et par l’enseignement de l’Église, où se mêlent intimement les eaux vives de toutes ses sources.  »

Qu’on n’imagine pas un enseignement figé, sans vie, sans croissance. «  Ces sources constituent comme un organisme aux mille interconnexions, en développement perpétuel. L’Église enseigne en puisant à ses sources. Elles sont si vastes, si riches, et divines  ! qu’elle est sans cesse en œuvre d’intelligence de ces trésors qu’elle inventorie, médite, ordonne, interprète et traduit en langues.  » (CRC n° 51, p.13) Notre Père, depuis cinquante ans, et frère Bruno, son fidèle disciple, en font la preuve chaque jour  ! Demain, le monde entier boira à ces eaux vives, quand sera partout connue, aimée, obéie Celle qui «  retenait fidèlement toutes ces choses, les méditant en son Cœur   » (Lc 2,19).

Extrait de Il est ressuscité  ! n° 8, mars 2003, p. 26-28

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