La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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NOSTRA ÆTATE
Le salut du genre humain

Calvaire

Après la liberté reconnue à tout homme de choisir sa religion, sans qu’aucune autorité humaine ou divine puisse l’empêcher et le contraindre en rien  ; après l’égalité interdisant à aucune “ Église ”, en particulier l’Église catholique, de se prétendre l’interprète unique et infaillible des Pensées et des Volontés de Dieu  ; voici maintenant la fraternité, par laquelle l’humanité, réconciliée dans le respect de toutes les croyances, ne connaîtra plus aucune discrimination religieuse, ni culturelle, ni raciale, ni sociale.

Telle est la nouvelle forme du salut universel prêchée par l’Église depuis le Concile. C’est le MASDU, dénoncé dès 1965 par l’abbé de Nantes, visant ni plus ni moins à instaurer la paix universelle par l’entente entre toutes les religions. Nostra ætate, promulgué au Concile le 28 octobre 1965, en constitue la déclaration de principe, avec une avancée spectaculaire en faveur du judaïsme. «  Cette déclaration se situe au cœur du Concile. Elle symbolise “ Vatican II ”.  » (Père Henry, Unam Sanctam n° 61, p. 11)

L’opposition tenace à ce texte, qui se manifesta de novembre 1964 à octobre 1965, fondit quand on vit le Pape se déclarer en sa faveur. Quatre-vingt-dix-neuf Pères résistèrent jusqu’au bout, mais aucun n’osa se lever publiquement pour dire qu’une telle déclaration était un reniement de la Croix du Christ.

LA FRATERNITÉ MAÇONNIQUE

Quel étrange préambule pour un texte conciliaire  ! «  À notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni [?], dans sa tâche de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et même entre les peuples, l’Église examine ici d’abord ce que les hommes ont en commun et ce qui les pousse à vivre ensemble leur destinée. Tous les peuples forment, en effet, une seule communauté  ; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre  ; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la Cité sainte, que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière.  »

Que le Magistère catholique en son entier ait adopté sans sourciller ce postulat fondamental d’une fraternité universelle, véritable contradiction de la Révélation divine et fondement d’un humanisme antichrist, est stupéfiant et scandaleux. Dieu est déclaré Père de tous les hommes  ; ils sont donc tous frères, et toute discrimination doit être bannie entre eux  : tel est le nouveau credo, plus maçonnique que chrétien, de Vatican II. Sans autres fruits que d’incessantes guerres, divisions et persécutions…

«  Notre foi érige la Croix de Jésus au centre de l’Histoire humaine, explique notre Père. C’est l’Événement, vers lequel convergent toutes les aspirations des hommes au salut éternel et d’où découlent toutes grâces pour tous. L’humanité, famille unique dispersée par le péché originel, divisée de toutes manières, ne doit et ne peut retrouver son unité et sa fraternité que dans ce Salut chrétien issu de la Croix rédemptrice. En droit, depuis la mort du Christ, tous les hommes sont réconciliés avec Dieu qui les veut pour fils adoptifs. Mais, en fait, ils n’entrent dans cette fraternité que par leur adhésion, implicite ou explicite, en espérance ou en acte, à l’Église née du Cœur transpercé de Jésus. L’Église est ainsi le corps Mystique du Christ, le sacrement unique et universel du salut. Ce qu’exprime son nom de “ catholique ”.  » (CRC n° 58, p. 11)

SYMPATHIQUES PAGANISMES

«  L’Église catholique, est-il écrit au numéro 2, ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions [religions païennes, ou orientales, “ liées au progrès de la culture ”, comme l’hindouisme et le bouddhisme]. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes…  »

Tous les vrais spécialistes de ces religions diront que cette vue est très partielle. En réalité, «  derrière leurs formes brillantes, évoquées par la Déclaration, subsiste un paganisme fondamental, ou plutôt une absence de Dieu, qui rend impossible toute autre solution que celle de la conversion  », écrit notre Père. Or, c’est précisément le contraire d’un appel à la conversion que leur adresse le Concile quand il exhorte les fidèles catholiques «  pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser [!] les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux.  »

UN ISLAM PACIFIQUE

Le P. Caspar, Père Blanc, qui commente dans Unam Sanctam le n° 3 de la Déclaration, note le retournement de l’Église en faveur de l’islam  : «  Le temps était venu pour le Magistère de l’Église de se prononcer sur l’islam en termes positifs, mettant un point final à une histoire faite de luttes et de défiance, et inaugurant une ère nouvelle de compréhension et de collaboration. [Il faut le lire pour le croire…] Au lieu de se polariser, comme autrefois, sur le problème du salut (individuel) des infidèles, elle s’efforce de retrouver une intention divine et une médiation propre aux religions en tant que corps sociaux.  » (p. 212)

Le Concile expose le culte musulman, «  la prière, l’aumône et le jeûne  », en omettant la guerre sainte, qui est aussi un “ pilier ” de l’islam  ! Il tait aussi sa négation absolue des trois Mystères chrétiens essentiels  : la Sainte Trinité, l’Incarnation et la Rédemption. Bref, «  il se trompe et nous trompe sur l’islam. Il le fait sciemment, volontairement, contraint et forcé par son postulat de départ, d’une “ unification du monde ” d’où découlerait la nécessité de “ passer de l’affrontement au dialogue, de la compétition à la collaboration. ”  » Et notre Père de conclure  : «  Le Djihad répondra à ces utopies et nous n’aurons qu’à prier pour de nouveaux Lépante  !  » (CRC n° 59, p. 7)

LA PERFIDIE JUDAÏQUE EXCUSÉE

Plus lâche encore et perfide est l’excuse par le Concile de la responsabilité du peuple juif dans le drame de la Rédemption.

Les auteurs de Nostra ætate se sont acharnés au n° 4 à mêler et confondre les trois visages d’Israël, que notre Père, lui, distingue avec toute la Tradition  :

1. Israël, Peuple de Dieu de l’Ancien Testament, jusqu’au temps du Christ. Sa mission divine est de préparer la venue du Messie en qui il trouvera son achèvement. De cet Israël, l’Église a pris la suite. Elle est l’héritière unique, légitime, de sa mission sacrée.

2. Le peuple juif, depuis le temps du Christ. Ce peuple est appelé à la conversion et au baptême, comme tous les autres, mais avec une urgence et une dilection particulière parce qu’il est plus proche que tous du salut par son patrimoine antique, mais plus loin, plus opposé et rebelle que tous par son patrimoine récent.

3. Le judaïsme talmudique, religion des Juifs qui ont refusé l’Évangile en le taxant d’hérésie, rejeté le Sauveur en le traitant d’imposteur et persécuté l’Église en la déclarant usurpatrice de son patrimoine sacré. Aujourd’hui encore, ce judaïsme-là demeure la religion de la race juive et nourrit son orgueil.

Or, «  le Concile a voulu à tout prix réconcilier l’Église avec le judaïsme au sens 3, en assimilant cet impossible rapprochement avec l’appel à la conversion des Juifs au sens 2, appel traditionnel et saint, et en tablant sur notre commune reconnaissance du même héritage d’Israël au sens 1.  » Tout est dit.

Mais cela ne put se faire qu’au prix d’une falsification consciente et opiniâtre des Saintes Écritures, et d’un rejet de toute la tradition ecclésiastique. L’amputation des passages de l’épître aux Romains de saint Paul concernant la réprobation des juifs est significative à cet égard (cf. CRC n° 59, p. 8-9).

Voici pour finir l’accusation formidable d’apostasie portée par l’abbé de Nantes au sujet d’un tel texte  :

«  Objectivement, cette Déclaration excuse l’Humanité de tout péché originel et collectif, les autres religions de leurs erreurs et de leur agressivité antichrétienne, et plus encore le judaïsme de toute sa fureur contre le Christ et contre l’Église.

«  Le Concile, dans l’exacte mesure de cette excuse universelle, accuse l’Église et la rend directement cause des divisions, rivalités, persécutions qui dévorent l’humanité. Au bout du compte, il fait de son Église la grande diviseuse des nations, la grande chicaneuse parmi les religions et la criminelle usurpatrice, la voleuse et la menteuse invention du Christ qui a dépouillé injustement Israël de son patrimoine sacré. Je n’exagère pas. La conclusion de Vatican II est de ranger l’Église au service de l’Humanité  : c’est la femme libre qui est conduite par ses enfants dénaturés à la servitude de l’esclave de jadis. Inversion du Mystère  !

«  Subjectivement, cette Déclaration constitue l’antithèse et la contradiction intégrale de la Doctrine catholique traditionnelle… Or le Concile n’a pu ainsi contredire la Doctrine catholique qu’en se livrant à une falsification éhontée des Saintes Écritures qu’il prétendait retrouver et restaurer dans leur pureté perdue  ! Cette falsification, analogue à la “ perfidie ” juive, vaut, je pense, à ses auteurs la même malédiction qui, jadis, retomba sur les déicides et leur progéniture. Je ne puis demeurer prêtre catholique aujourd’hui qu’en me déclarant solidaire des 99 Pères de Vatican II qui repoussèrent jusqu’au bout la Déclaration Nostra ætate.  » (CRC n° 59, p. 10)

Prétendre à l’unité de tous les hommes en dehors du Christ est une apostasie. Il n’y a de fraternité qu’en Lui. Il faut être pour Lui ou contre Lui, comme il l’a prêché. Les ressorts de l’histoire religieuse sont, eux aussi, héroïques.

Extrait de Il est ressuscité  ! n° 11, juin 2003, p. 31-32

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