La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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PERFECTÆ CARITATIS
La perfection de l’amour

La ronde des élus

Notre religion dans sa simplicité et sa pureté cristalline vise à transformer nos êtres à la ressemblance du Christ par le ministère de l’Esprit-Saint et de l’Église. Tout vient de Dieu (exitus) et lui fait retour (redditus)  : «  Tout procède du Père dans la Sainte Trinité, et d’Elle, tout procède dans la création selon la hiérarchie des êtres, pour revenir enfin à Elle selon l’ordre surnaturel et la perfection de l’Amour. Ce vaste dessein prend la forme d’un collier de perles  : courbe gracieuse d’une descente et d’une remontée à la source même du mouvement.  »

Au concile Vatican II, le fil du collier s’est brisé, les perles ont glissé, se sont dispersées sur le sol, avant de s’engluer dans la boue du monde ou dans les sables de la grande Babylone moderne en construction. «  Dans la nouvelle théologie, tout vient de Dieu aussi, mais tout, en dernière analyse, aboutit à l’homme, tout se répand sans retour sur terre et se change en valeurs humaines.  » On a assisté depuis à l’écroulement de l’antique et admirable édifice de la sainteté catholique, atteint de plein fouet par le projet conciliaire de “ remise à jour ” et d’ouverture au monde.

LE DÉTOURNEMENT DE LA SAINTETÉ

Quand on relit les textes du Concile relatifs à la sainteté et à la perfection chrétiennes, on observe une dualité, une irrésolution, comme si l’Église cherchait son chemin entre le culte de Dieu et le culte de l’Homme, s’efforçant péniblement de les associer. Le décret “ Perfectæ caritatis ” sur la Vie religieuse et les quatre derniers chapitres de “ Lumen Gentium ” sont très révélateurs de cet écartèlement.

«  À cette question  : quel est le but de la vie humaine personnelle et collective, selon le Christ  ? le Concile n’a pas su répondre limpidement. Soit qu’il biaise  : c’est la construction du monde moderne et la conquête du Ciel. Soit qu’il hésite même au sujet de la fin ultime et la ramène à l’autre, immédiate et terrestre  : c’est la sainteté mais adaptée, c’est la conquête du Ciel mais dans l’engagement temporel, c’est la vision de Dieu mais dans tout homme. Là où il faut choisir entre deux maîtres, le Concile a refusé de choisir. Ce faisant, il a changé de maître et irrésistiblement il a conduit les foules à trahir le premier, le seul Vrai, pour servir l’autre, le nouveau, l’Homme.  » (CRC n° 61, p. 3)

Prenons par exemple le chapitre V de “ Lumen Gentium ”, intitulé  : “ La vocation universelle à la sainteté dans l’Église ”. Ce chapitre vient après celui du laïcat, que le Concile a promu, nous l’avons vu, d’une manière inconsidérée. C’est dans la perspective révolutionnaire d’un Peuple de Dieu réuni démocratiquement par l’Esprit, antérieur à toute hiérarchie, que retentit l’appel à la sainteté. La nouveauté consiste à dire que tous ses membres peuvent y accéder également, quelle que soit leur condition, et que la vie séculière ne leur est pas un obstacle, au contraire. Autrefois, l’Église privilégiait certains  » états de vie « , plus propices à la recherche de la perfection. Aujourd’hui, il n’y a plus de privilèges, la sainteté est offerte à tous. Gratuitement  ?

Si c’est le cas, alors le Concile a cédé à la démagogie, au lieu de rappeler «  les devoirs essentiels de la pratique religieuse, des commandements de Dieu et de l’Église, des vertus élémentaires et de l’ascèse morale indispensable… Lâcheté de ce Concile qui met l’auréole sur toutes les têtes et ne veut pas évoquer les obstacles à la sainteté que sont le monde, la chair, Satan.  »

Deuxième exemple  : d’une manière étonnante, après avoir largement ouvert les voies de la sainteté aux laïcs, en leur prêchant même la générosité du martyre  ! le Concile l’interdit aux religieux, ou du moins leur en rend la pratique tellement difficile qu’elle devient presque impossible. C’est l’objet du chapitre VI de  » Lumen Gentium « , qui développe une admirable doctrine sur la sainteté de l’état religieux, mais l’oblige à une «  rénovation adaptée  » aux exigences de la société actuelle  :

Ainsi, la chasteté doit être «  assumée en l’intégrant au développement de la personnalité  », la pauvreté doit être «  un témoignage collectif  », l’obéissance «  loin de diminuer la dignité de la personne humaine, la conduit à maturité  »  ! Et voici quelques autres revendications à satisfaire  : adapter l’habit et la vie commune à la vie moderne, que les jeunes religieux aient désormais voix au chapitre, que le droit à l’instruction leur soit reconnu, que la distinction entre Pères de chœur et frères convers soit supprimé par souci d’égalitarisme, etc.

«  La rénovation adaptée de la vie religieuse comprend à la fois le retour continu aux sources de toute vie chrétienne ainsi qu’à l’inspiration originelle des instituts et, d’autre part, la correspondance de ceux-ci aux conditions nouvelles d’existence. Une telle rénovation doit s’accomplir sous l’impulsion de l’Esprit-Saint et la direction de l’Église.  »

Autant faire le grand écart entre un retour, désirable, à la source limpide de l’esprit des fondateurs, et la détestable ouverture à un monde pourri et sécularisé à l’extrême. Les fruits n’ont pas été longs à se faire sentir. En 1972, l’abbé de Nantes notait déjà que «  cette mirifique réforme a déclenché le ralentissement, la consomption et la mort même de nombreux instituts religieux, le désordre, la division et l’affolement des survivants  ».

DÉPÉRISSEMENT DES CHOSES CÉLESTES

Le chapitre VII de “ Lumen Gentium ” parle enfin du Ciel, en traitant du «  caractère eschatologique de l’Église pérégrinante et de son union avec l’Église céleste  ». Notez que l’Église n’est plus dite “ militante ”, ne se connaissant plus d’ennemis, mais “ pérégrinante ”.

Eh bien  ! tout compte fait, cette évocation de la vie du Ciel ne porte pas les âmes à la désirer. Pourquoi  ? Parce qu’il semble que toutes y étant appelées, pas une ne sera exclue à la fin des temps, lors de la Parousie. L’abbé de Nantes note l’oubli majeur  :

«  L’Enfer, tout ce qui y mène et y entraîne, tous ceux qui y courent, ces ténèbres effrayantes qui donnent à la lumière du Ciel toute sa signification et son prix, ne sont mentionnés qu’en passant, “ en évitant toute longueur ”, précise le commentaire.  » Il ne faut pas s’étonner après que le désir du Ciel dépérisse, et que soit cassé l’élan vers la sainteté qui en résulte, afin d’y mener le plus d’âmes possible, «  tous les hommes s’il était possible   », comme disait le Père de Foucauld.

Enfin, constate notre Père, «  pas un mot de la mort et de la résurrection, de la discontinuité crucifiante de cette vie à l’autre, des biens temporels aux éternels. Le Ciel paraît dans “ Lumen Gentium ” le prolongement de la terre et de ses activités mondaines.  »

LA VIERGE MARIE À LA DERNIÈRE PLACE

Venons-en au cœur du mystère d’iniquité, où paraît la queue du diable. Le mystère de la bienheureuse Vierge Marie devait en effet faire l’objet d’un schéma spécial. Les “ minimalistes ”, soucieux de plaire aux observateurs protestants, y firent barrage. L’Immaculée fut reléguée «  à sa place  », comme ils disaient outrageusement, c’est-à-dire à la dernière, puisqu’il est parlé d’Elle seulement au dernier chapitre de “ Lumen Gentium ”. Plutôt que de proclamer sa beauté, sa gloire, sa grâce, on préféra exalter son esprit de service, «  la réintégrer dans l’humanité, déplore notre Père, du côté des pécheurs, quand la Tradition et la dévotion des siècles la plaçaient de préférence du côté du Christ Sauveur, Corédemptrice, et du côté de Dieu, Médiatrice  ».

Précisément, ce beau titre de “ Médiatrice de toutes grâces ”, désiré par des millions de fidèles, appelé par les apparitions mariales des deux derniers siècles, lui a été refusé. Aucune mention du Rosaire, alors qu’elle en a demandé expressément la récitation à Fatima, encore moins de la dévotion à son Cœur Immaculé, si chère au Cœur de Dieu. Enfin, «  autre déviation voulue, et très actuelle  : le Concile passe très vite sur la présence de Marie au pied de la Croix, et sur sa participation active à notre Rédemption par son admirable compassion  ».

En conclusion, elle est simplement priée de participer, elle aussi, à la construction d’un monde meilleur  : «  Il faut que les chrétiens adressent à la Mère de Dieu et des hommes d’instantes supplications afin qu’elle continue d’intercéder près de son Fils… jusqu’à ce que toutes les familles des peuples, qu’ils soient déjà marqués du beau nom de chrétiens ou qu’ils ignorent encore leur Sauveur, soient enfin heureusement rassemblés dans la paix et la concorde en un seul peuple de Dieu à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité.  »

Sera-ce sur la terre ou dans le Ciel, sera-ce une réunion tout humaine ou de conversion et de grâce  ? Là gît toute l’équivoque du Concile. Quand le brouillard se dissipe, seule la terre subsiste, et le Ciel paraît si loin…

LA SAINTETÉ RETROUVÉE PAR VATICAN III

C’est par Marie, par la dévotion à son Cœur Immaculé et au Cœur Sacré de son divin Fils, que la sainteté refleurira demain dans l’Église ressuscitée. «  Le collier brisé par Vatican II a laissé filer ses perles dans la boue du monde. Cela se compte par milliers d’apostats, de défroqués, de perdus. Vatican III se fera un collier nouveau de sainteté en vue de la Gloire.  »

«  Il s’agit bien de Contre-Réforme, précise notre Père, puisqu’il faut faire le chemin inverse, non plus de Dieu vers l’Homme et de l’Homme au Monde, mais du monde humain au Christ, et de l’Église du Christ à Dieu. Il faut remonter la pente, et tirer le peuple chrétien de l’abîme où le dérapage conciliaire l’a fait choir. Il faut rétablir l’amour de Dieu et son culte, restaurer la sainteté de l’état religieux, rouvrir à tous la voie du salut, redonner aux chrétiens l’attrait de la Vie éternelle par la grâce de Jésus et l’intercession de Marie toujours Vierge, Mère de Dieu et notre Mère.  »

C’est tout le programme de Fatima, que notre Père aime appeler “ le chemin bas de la perfection ”. Si bas, si bas, descend-on dans le renoncement à soi-même et au Monde, qu’on monte si haut, si haut qu’on atteint enfin le but recherché  : «  Car telle est la perfection de l’amour, sortir de sa demeure par une nuit obscure – ô grâce inestimable – pour s’unir à Celui qui est le Souverain Bien  !  »

Le salut est nécessaire à tous. Il sera bon de le rappeler. Dans la course à la sainteté, vouloir échapper aux flammes de l’enfer est un objectif minimum  : «  Ici Vatican III, reprenant la grande tradition de charité des anciens Conciles, devra condamner toutes les turpitudes et tous les désordres du monde actuel et prescrire les lois et les mesures d’assainissement de la société, afin que la multitude soit sauvée. Telle est la réforme “  in capite et in membris ”, coutumière dans l’Église  : la réforme dans le Pape et sa Curie, dans le clergé et parmi les fidèles…  »

La loi de salut ainsi rappelée, la loi de perfection suivra, offerte aux courageux, aux “ violents ” dont parle l’Évangile. Vatican III réhabilitera et restaurera les états de vie religieux, propres à la pratique sûre et intégrale des conseils évangéliques. «  Il affirmera qu’en la vie consacrée se trouve la solution suprême à toutes les difficultés et le remède à toutes les maladies spirituelles du temps présent. Car la loi souveraine de toute perfection est de servir Dieu premièrement et d’attendre de lui tout le nécessaire.  »

Les Ordres religieux devront nécessairement s’adapter au monde, mais d’une manière pratique, matérielle, et surtout se garder de son esprit et de ses passions. «  Ils passeront les nécessités et les modes de la vie moderne à la toise de l’esprit de leurs fondateurs et de leurs Règles.  » Le contraire de ce qui s’est pratiqué depuis quarante ans et qui a causé tant de ruines, sera la restauration de tout. Les fidèles profiteront à leur tour de cette restauration de la vie religieuse, dont le fruit sera le centuple de biens spirituels en ce monde et la vie éternelle pour les multitudes fidèles en l’autre.

«  Vatican III, n’ayant pas arrêté ses regards sur le Monde à construire ni souillé ses mains dans le culte de l’Homme, ne connaîtra aucun obstacle pour élever ses regards et ses mains vers le Ciel. Toute l’Église qui entrera dans son mouvement n’éprouvera plus aucun éloignement, au contraire elle se sentira toute proche du Ciel et des élus. Retirés du monde et détournés par leurs Pasteurs du fol orgueil de s’élever des autels à eux-mêmes, les chrétiens retrouveront le sentiment général de l’Église de tous les temps depuis le matin de Pâques jusqu’aux grands jours de Lourdes et de Fatima  : le Ciel est là, tout près de nous, un passage est ouvert et l’Église nous conduit par la main. Il suffit de revêtir la robe nuptiale de la charité. La Vie éternelle est commencée. Amen, Hosanna, Alleluia  !  » (CRC n° 61, p. 11)

Extrait deIl est ressuscité  ! n° 12, juillet 2003, p. 18-20

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