La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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SACROSANCTUM CONCILIUM
La Sainte Liturgie

La Sainte Liturgie

Les origines de la réforme liturgique actuelle ne remontent pas au Concile, mais au XIXe siècle  ! Elle n’a pas été le fait d’une infiltration protestante ou moderniste, mais est née au cœur même de l’Église. La maxime antique Lex orandi, lex credendi, que Bossuet traduisait par  : «  Nous croyons comme nous prions  », explique que les Papes les plus fermes dans la foi aient été les promoteurs d’un authentique renouvellement liturgique, depuis le bienheureux Pie IX soutenant dom Guéranger dans sa restauration de la liturgie romaine, saint Pie X “ le Réformateur ”, qui voulait que «  son peuple prie sur de la beauté  » et «  participe aux saints mystères comme source indispensable de vie  », jusqu’à Pie XII, retrouvant le zèle éclairé de ses prédécesseurs pour promulguer en 1947 l’encyclique Mediator Dei, «  acte de magistère, dogmatiquement très ferme, et acte pastoral libérateur  » (CRC n° 101, p. 4).

Sous la gouverne de ces Papes, nullement “ fixistes ” ni “ intégristes ”, toute une équipe de savants bénédictins, animés d’une foi sûre, honnêtes dans leur service de l’Église, travaillèrent à Solesmes, à Beuron en Allemagne, à Maredsous en Belgique, pour promouvoir ce mouvement. Que l’on songe à l’admirable réforme de la Semaine sainte, promulguée par Pie XII en 1955  ! Le Concile venait donc à point pour consacrer cinquante années d’études et d’expériences.

UN TRÈS BEAU TEXTE, MAIS…

Dès la promulgation, par les Pères du Concile, de la Constitution Sacrosanctum Concilium, le 4 décembre 1963, l’abbé de Nantes eut le sentiment d’être en présence d’un très beau texte théorique, doublé cependant d’incertaines et inquiétantes “ applications pratiques ”  :

«  Nous y retrouvons notre foi, pour laquelle nous souffrons violence, oppression et persécution de la part des progressistes nos frères, qui n’ont de volonté qu’à renverser la flamme de la vie chrétienne du Ciel vers la terre, de l’Esprit dans la chair, de l’adoration contemplative vers la lutte sociale, du divin en l’humain, lieu de l’ennui, du péché et du désespoir. Qu’ils adoptent les principes de cette Constitution, qu’ils y ordonnent leur apostolat et leurs enseignements, et j’affirme que tous nous serons réconciliés  ! La discorde est en ce point essentiel, non ailleurs  : la religion est le service et le culte de Dieu, non de l’homme, mais de l’homme pour Dieu seul  !   » (Lettre n° 162, janvier 1964)

UN IMMENSE CHANTIER DE DÉMOLITION

Huit ans plus tard, l’abbé de Nantes expliquait que «  l’erreur majeure du concile Vatican II a été de traiter d’abord de la liturgie, alors que les vérités de la foi sur lesquelles elle se fonde, qui doivent en éclairer et en orienter toute l’œuvre, n’étaient plus assurées mais au contraire contestées.  » (CRC n° 53, p.10)

Dans le flou des réformes engagées, s’est glissé un mauvais esprit, teinté de modernisme, qui fait de la religion non plus une œuvre divine, révélée, imposée d’en haut, mais une expérience “ vécue ”, collective ou personnelle, et de progressisme selon lequel le culte est une évasion coupable, une préoccupation égoïste en regard du souci de l’apostolat des masses.

La forfaiture consista, «  après avoir changé la liturgie pour en faire l’expression de la foi nouvelle, de nous contraindre à l’adopter sous le prétexte que l’Église a toujours proposé au peuple sa règle de foi dans et par les formes de sa liturgie  ».

La deuxième erreur, tout aussi funeste, a été d’annoncer une révision complète des rites liturgiques, «  avant de définir l’exacte nature et la constitution hiérarchique de l’Église. Au contraire, d’en avoir traité dans un climat de démagogie et de fronde.  » C’était oublier le caractère sacerdotal de la liturgie, «  la plus divine des œuvres humaines  ». Chacun était libre de faire ses expériences, puisque  » l’Esprit  » soufflait en tempête sur le Peuple de Dieu  ! On commença alors à supprimer, à simplifier, au nom de l’efficacité pastorale, et le plus souvent à démolir et à tout bouleverser dans le Sanctuaire. Pour reconstruire, ce fut autre chose  !

La réforme liturgique ne fut plus l’affaire de la seule hiérarchie, du Siège apostolique et de sa congrégation des Rites comme de chaque évêque en son diocèse, mais celle d’assemblées nommées à cet effet, depuis la commission « Consilium  » du Concile jusqu’au moindre comité paroissial, nouvelle chaîne hiérarchique parallèle, chancre de nos sociétés démocratiques et décadentes modernes, animé d’un sectarisme jusqu’alors inconnu dans l’Église. «  La liturgie, la première, tomba alors entre les mains des maniaques de la réforme, des érudits de l’archéologie, des professionnels de la subversion et de la dynamique de groupe.  » (CRC n° 53, p. 9)

«  N’étant plus source de grâce ni louange sacrée, la liturgie moderne est devenue théâtrale, fastidieuse, écœurante de platitude, vide de mystère, morte.  » La consomption de nos paroisses fut rapide. «  Le paganisme est à nos portes  », annonçait l’abbé de Nantes, il y a trente ans. Nous y sommes.

DEMAIN, QUELLE LITURGIE  ?

Comment remonter un tel courant, reconstruire après un tel cataclysme  ? Sur ce point, notre Père est d’un optimisme raisonné et surnaturel  : «  L’activité fébrile des protagonistes du mouvement liturgique depuis le début du siècle, si elle a finalement transformé l’Église en un champ de ruines, a cependant accumulé une masse de matériaux à la disposition des sages bâtisseurs de la Contre-Réforme à venir.  » (CRC n° 53, p. 13)

Le concile Vatican III fixera d’abord la foi divine de l’Église, contre l’illuminisme moderniste et son humanisme de fait, qui a substitué le culte de l’homme au culte de Dieu. La sainte Liturgie redeviendra chose éminemment sacrée, participation au “ Mystère de foi ”. La Messe n’est-elle pas l’Action même du Seigneur Jésus-Christ, actualisée par son Église  ?

Après avoir fixé la nature mystique et hiérarchique de l’Église, Vatican III rappellera aussi que la fonction liturgique est une fonction sacerdotale. Le prêtre agit dans l’Assemblée “ in persona Christi ”. «  Ce pouvoir réservé au Corps sacerdotal a depuis toujours évité à l’Église le fixisme des religions mortes et, à l’opposé, le mobilisme des cultes livrés au caprice tout humain du pouvoir ou des masses. Admirable réalité que Vatican II abîma, que Vatican III restaurera  : le rôle régulateur de la vie ecclésiale assumé par le clergé.  » (ibid., p.12)

Enfin, la liturgie retrouvera son caractère pastoral. «  La désastreuse confusion faite à Vatican II de la pastorale avec la liturgie a tué la liturgie et dévalué la pastorale  », écrit notre Père. Le culte divin ne doit pas être étouffé ni masqué, mais préparé par une catéchèse bien adaptée, afin d’être célébré par tout le peuple en union intime avec son pasteur.

«  La réalité dogmatique du culte de Dieu étant assurée et défendue contre tout retour offensif du culte de l’Homme, l’obéissance à la volonté de Dieu nettement marquée par la responsabilité sacrée confiée au clergé d’administrer les choses saintes et par la docilité des fidèles à les recevoir selon les rites immuables, alors la vie liturgique reprendra son cours normal et redeviendra par la grâce de Dieu, œuvre édifiante, fructueuse, unanime.  » Notre Père a là-dessus beaucoup de projets. Déjà, comme curé de campagne, il pratiquait dans ses paroisses un « bilinguisme pédagogique ».

«  Vatican III s’engagera, écrit-il, et nous tous avec lui, dans une restauration vaste, grandiose, où la Tradition liturgique remise en honneur sera vivifiée par un corps de réformes pastorales bien étudiées. Tous y trouveront un tel profit spirituel, un tel enthousiasme, que cette synthèse du nouveau et de l’ancien fera entre nous l’unanimité, la concorde, dans une amnistie générale. Il faut avoir le cœur grand, l’esprit délivré de toute étroitesse et de tout apriori autre que la foi. Chaque question mérite d’être examinée pour elle-même, en dépassant le conservatisme systématique et le réformisme aveugle. L’un et l’autre sont des solutions paresseuses, lâches et grégaires. Le vrai traditionalisme est progressiste. Il consiste à conserver et enrichir la vie liturgique par un effort de piété, d’intelligence, d’imagination et de zèle.  » (CRC n° 53, p.13)

Mais c’est la Vierge Marie elle-même qui fera ce miracle de redonner vie à notre pauvre liturgie catholique, afin que «  notre “ conversation ” soit désormais dans le Ciel   » (Ph 3,20), et que la dévotion aux saints Cœurs de Jésus et Marie s’étende jusqu’aux extrémités de la terre. L’Immaculée n’est-elle pas, dans la vision de Tuy, au pied de la Croix, au cœur donc de toutes nos cérémonies  ? C’est Elle qui nous réapprendra comment plaire à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, de quel cœur accomplir les rites prescrits, afin que nous ayons l’assurance qu’Il se donne à nous avec sa grâce et qu’en retour, nos actions de grâces sont agréées de sa divine Majesté, dans la joie de l’amour et de la crainte filiale, boisson enivrante des élus.

Extrait de Il est ressuscité  ! n° 9, avril 2003, p. 32-33

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