La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Le Concile Vatican II est-il infaillible  ?

Concile Vatican II

D ÈS qu’il comprit que la minorité progressiste et moderniste imposerait sa loi dans l’aula conciliaire, l’Abbé de Nantes étudia avec soin dans quelle mesure un membre de l’Église enseignée avait le droit de s’opposer aux décrets du Concile et il exposa sa réponse dans la Lettre à mes Amis n° 212, du 15 septembre 1965, à la veille de la quatrième session. Reprenons le principal de son argumentation appuyée sur l’enseignement d’un théologien suisse de renom, le Père Journet, auteur de L’Église du Verbe incarné. C’était un ami personnel du Pape Paul VI qui le fera cardinal, on voit donc que l’Abbé de Nantes n’est pas partisan dans le choix de ses références  ; c’est la compétence qui seule compte en ces matières aussi graves.

LE CONCILE VATICAN II JOUISSAIT DE l’AUTORITÉ SUPRÊME SUR L’ÉGLISE

L’Abbé de Nantes reconnaît sans ambages que le Concile Vatican II avait la possibilité de délivrer un enseignement infaillible qui se serait imposé à l’ensemble des fidèles.

Même si l’étude détaillée des Acta synodalia nous révèle aujourd’hui une multitude d’irrégularités dans le déroulement des sessions et la promulgation des actes, il n’en demeure pas moins vrai que par la régularité de sa convocation et par la présence de l’ensemble de l’épiscopat autour du Souverain Pontife, le Concile Vatican II jouissait juridiquement de la pleine capacité de promulguer des actes infaillibles. L’Abbé de Nantes l’affirme  : Le Concile jouit du pouvoir suprême sur l’Église universelle. (…) Étant entendu que le Concile est constitué par le Souverain Pontife qui en est la Tête et le Chef, et par les Évêques réunis par Lui et sous son Autorité en Collège souverain, nous savons qu’il n’existe aucune autre instance sur terre ni dans les cieux, à laquelle puisse être interjeté appel de ses décisions. Juge de tout et de tous, il ne peut être jugé en rien ni par personne.

C’est une citation de l’Abbé de Nantes  ? Oui  ! Mais alors comment peut-il s’opposer à ce même Concile depuis sa clôture, et même avant  ?

LE CONCILE VATICAN II N’A PAS VOULU EXERCER SON AUTORITÉ INFAILLIBLE

Tout simplement parce qu’une chose est d’avoir la capacité d’exercer un pouvoir, et une autre est de s’en servir  ! La démonstration juridique de la capacité du Concile à être infaillible ne suffit pas pour décerner la note infaillible à ses Actes  ; elle doit être complétée par une étude historique.

Il faut que les Pères usent délibérément de leur sacro-saint pouvoir selon toutes les conditions de son exercice légitime. (…) Puisque l’assistance divine n’est pas – comme des millions de fidèles l’ont mal comprise – universelle, constante, irrésistible ni inconditionnelle, dans le Concile comme dans le Souverain Pontife, il importe d’abord de préciser si ces autorités humaines et faillibles ont voulu ou non, ou dans quelle mesure, engager dans leurs enseignements et leurs décisions l’Autorité infaillible de Dieu.

Or, force est de constater que le Concile a renoncé à l’exercice de son pouvoir  ! C’est Jean XXIII qui l’a voulu ainsi. Cette surprenante décision, sans doute obscurément préparée et inspirée au Souverain Pontife, a été imposée à l’assemblée conciliaire, le 11 octobre 1962, dans son discours d’ouverture. Les Pères y apprirent qu’ils ne devraient pas y faire œuvre dogmatique, définir des vérités divines ni dénoncer les erreurs de ce temps, et surtout ne condamner personne. Or, ce sont précisément les caractéristiques nécessaires pour qu’il y ait acte infaillible du magistère extraordinaire. Cette décision de Jean XXIII a été confirmée par son successeur, le Pape Paul VI, dans son discours d’ouverture de la seconde session.

Paul VI fit plus, il ordonna d’annexer à Lumen Gentium une déclaration dont il avait déjà ordonné la lecture dans l’aula conciliaire par Mgr Felici, secrétaire du Concile. Elle est claire comme de l’eau de roche, elle se trouve dans toutes les éditions des Actes du Concile  : On a demandé quelle qualification théologique doit être attribuée à la doctrine qui est exposée dans ce schéma. La Commission doctrinale a répondu qu’on s’en rapporte aux règles générales connues de tous, et renvoie à sa déclaration du 6 mars  : “  Compte tenu de la coutume conciliaire et du but pastoral du présent Concile, ce saint Synode ne définit comme devant être tenus par l’Église que les seuls éléments relatifs à la foi et aux mœurs qu’il aura déclarés ouvertement tels. ” Or, aucun acte du Concile Vatican II n’a été déclaré ouvertement infaillible, comme chacun peut le vérifier facilement. L’Abbé de Nantes peut donc conclure  : Pour la première fois dans l’histoire de l’Église, le Magistère suprême en instance conciliaire solennelle, s’est mis dans l’incapacité d’exercer son autorité infaillible en ne subordonnant pas tous ses desseins, en ne tendant pas de toutes ses forces à la recherche et à la proclamation de la seule Vérité divine  !

Remarquons bien qu’une telle affirmation n’est pas un procès d’intention à l’Assemblée conciliaire. Nous constatons seulement, poursuit l’Abbé de Nantes, les volontés du Concile  : il n’a pas entendu exercer son “  pouvoir déclaratif ” qui consiste, selon Journet, à “  découvrir, manifester les décisions immédiatement divines ”, ni par conséquent son “  pouvoir canonique ” qui consiste à “ établir, instituer, promulguer des décisions immédiatement ecclésiastiques ”. En conséquence, le Concile n’a pas réuni les conditions de travail humain, de soumission rigoureuse au dépôt de la foi, de précision et de clarté qui seules autorisent l’assurance d’une garantie infaillible de Dieu.

C’est d’ailleurs le moins que l’on puisse dire. Si vous voulez vous en convaincre, relisez la Contre-Réforme Catholique n° 281 qui établit les malversations qui furent nécessaires pour aboutir à la promulgation de la déclaration sur la Liberté religieuse  ! Et ce n’est qu’un exemple  !

DONC LE CONCILE N’A PAS FAIT D’ACTES
RELEVANT DU MAGISTÈRE EXTRAORDINAIRE

À la question  : théologiquement, les Actes du Concile sont-ils infaillibles  ? il faut donc répondre  : NON, parce que, contrairement à son droit, et semble-t-il à son devoir, le Concile en tant que tel n’a pas voulu et donc n’a pas pu exercer son pouvoir de juridiction sous la forme «  solennelle et extraordinaire  » propre à cette Instance suprême. Ses actes ne sont donc pas garantis par l’assistance infaillible absolue du Saint-Esprit.

Précisons que l’absence d’actes infaillibles du magistère extraordinaire au Concile, n’élimine pas pour autant toute assistance du Saint-Esprit  : le Concile, réunion effective du Magistère catholique, n’a pu ni renoncer ni se soustraire en fait à l’exercice de son pouvoir inamissible et inaliénable, sous la forme “ ordinaire ”. (…) Physiquement réunis, mais point moralement dans une même foi et une même intention unanime, les Pères n’ont pu donner à leurs Actes le caractère d’un enseignement et de volontés collégiaux. Le Saint-Esprit ne les a donc assistés qu’à titre personnel et dans la proportion exacte de leur fidélité à suivre la Tradition. Œuvres du “ Magistère ordinaire ”, ils (les actes du Concile) doivent subir l’interprétation des théologiens et des Pasteurs pour révéler leur part infaillible (dans ce cas, la répétition de ce qui a toujours été cru par tous et partout) et la dégager des idées et des projets confus qui lui sont associés. Tandis que le respect des conditions nécessaires à la proclamation des actes infaillibles en vertu du magistère extraordinaire les dispense au contraire de toute interprétation  : on doit y adhérer sans autre forme de procès.

UNE DÉMONSTRATION RECONNUE

La démonstration de la Lettre n° 212 est si claire et si indubitable qu’elle donne à la position de l’Abbé de Nantes son allure de forteresse inexpugnable. En 1968, le Saint-Office, qui a pourtant examiné l’ensemble des écrits de notre Père lors de son procès, ne l’a jamais mise en cause. En 1973 et en 1983, elle s’est une nouvelle fois imposée à l’Autorité romaine qui n’a pu invoquer l’infaillibilité du Concile pour refuser les deux Libelles d’accusation contre Paul VI et Jean-Paul II.

Remarquons aussi que l’attitude du Saint-Siège vis-à-vis des prélats qui n’ont pas accepté tous les Actes de Vatican II, corrobore les conclusions de l’Abbé de Nantes que nous venons d’exposer. Ils ont pu continuer à exercer leur épiscopat dans leur diocèse, alors que les évêques opposants des précédents conciles étaient sommés de se soumettre ou de se démettre puisqu’ils refusaient des décisions infaillibles.

L'abbé de Nantes lors du débat public

L’abbé de Nantes lors du débat public avec le Père Congar.

La démonstration de l’Abbé de Nantes s’est aussi imposée dans une occasion mémorable  : un débat public entre lui et le Père Congar, le 8 février 1977 à Annecy. Citons-en le passage le plus important  :

Abbé de Nantes  : Voulez-vous me dire maintenant si au Concile Vatican II et cela intéresse tout le monde au Concile Vatican II, il y a un seul dogme qui ait été défini avec la même solennité.

Père Congar  : Non.

Abbé de Nantes  :Je suis heureux de vous l’entendre dire. J’espère que le magnétophone…

Père Congar  : Je le dis… je le dis… Le Saint-Père l’a dit. Et c’est connu du public. Je le dis très franchement.

OUI, MAIS… LE SAINT-ESPRIT N’AURAIT-IL PAS SOUFFLÉ AU CONCILE  ?

Nous ne cessons pourtant de rencontrer des fidèles, des prêtres, et même des évêques qui pensent le plus sincèrement du monde que le Concile est infaillible puisque le cardinal Léger et bien d’autres ont prétendu que le Saint-Esprit y soufflait. Dès sa Lettre 212, notre Père réfutait et dénonçait cette prétention exorbitante.

C’est le Message au monde du 20 octobre 1962 qui révéla l’intention d’un petit groupe de cardinaux et d’évêques de réviser la tradition dogmatique, les prescriptions liturgiques, les coutumes immémoriales de l’Église sous la seule conduite du Saint-Esprit, avec leur expérience de l’Évangile. L’Abbé de Nantes s’étonne de cette prétendue mission du Concile de faire la synthèse vivante et neuve du Mystère ineffable du Christ, libéré des formes dogmatiques anciennes, avec les aspirations de l’Homme moderne. Étonnante nouveauté d’un Concile en communication directe avec un “  Esprit ” qui est tout ensemble Esprit du Christ et Esprit du Monde  !

En effet, pourquoi refuser l’infaillibilité canonique et revendiquer ensuite une super-infaillibilité charismatique, si ce n’est parce qu’on prétend faire une Nouvelle Pentecôte  ! Ceux qui pensent ainsi, continue l’Abbé de Nantes, n’ont pas voulu d’une infaillibilité qui les maintenait dans les lisières de la tradition dogmatique et canonique. Ils veulent comme les protestants et les modernistes, ériger leur conscience évangélique, leur expérience du Christ en autorité vivante, infaillible et sans bornes. Il est pourtant de foi qu’une telle puissance n’a été donnée qu’aux Apôtres et n’appartient depuis lors à personne. Et de citer le décret du Concile Vatican I  : L’Esprit-Saint a été promis aux Successeurs de Pierre, non en effet par voie de révélation pour qu’ils publient quelque nouvelle doctrine, mais par voie d’assistance, pour qu’ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, à savoir le dépôt de la foi.

Citons aussi le cardinal Journet dont les propos sont explicités par quelques parenthèses de notre Père  : La continuité est un signe certain de vérité (catholique); la rupture un signe certain de fausseté (diabolique)… La rupture peut être prouvée par l’innovation qui fait passer les choses divines pour humaines (par exemple, l’Ascension pour une légende, «  une image pour dire que  ») et les choses humaines pour divines (par exemple, la dignité de l’Homme, les droits de l’Homme, la liberté, l’égalité, la fraternité, etc.) selon qu’elle retranche ou ajoute au dépôt révélé. Ce qui a été apporté divinement au monde une fois pour toutes doit être, en effet, conservé sans retranchements ni adjonctions  : la révélation suprême, donnée par le Christ et les Apôtres, ne saurait être transformée, les institutions divines, venues du Christ et des Apôtres, ne sauraient être remplacées. L’Église du Christ est là où se trouve l’antiquité.

L’Abbé de Nantes peut donc conclure en toute rigueur sans avoir jamais été convaincu d’erreur, que l’infaillibilité charismatique revendiquée par Vatican II lui vient du… diable  ! D’ailleurs, si elle venait de Dieu, on s’expliquerait mal que le Concile ait dédaigné l’infaillibilité canonique dont le but est de garantir visiblement que son enseignement est conforme à la vérité et donc à la volonté divine  ! Comment le Saint-Esprit aurait-il pu faire dédaigner le sceau de son assistance plénière à de dociles pasteurs  ?

OUI, MAIS… TOUS LES ÉVÊQUES NE SONT-ILS PAS AUJOURD’HUI
D’ACCORD AVEC LE CONCILE  ?

C’est la dernière objection que vous rencontrerez. Bien obligés de reconnaître que le Concile n’a pas été infaillible, contraints d’avouer que l’esprit du Concile est pour le moins suspect, les partisans de Vatican II n’ont d’autre échappatoire que de considérer l’unanimité des évêques actuels autour de Jean-Paul II, et du Concile, comme un signe certain d’infaillibilité. Prétendre avoir raison contre tous, c’est impossible, voyons donc  !

Certes, les «  canons de Saint Vincent de Lérins  » précisent bien que lorsqu’une chose est crue dans l’Église depuis toujours, par tous et partout, elle est réputée infaillible, c’est l’infaillibilité du magistère ordinaire. Mais remarquons que la mention de «  depuis toujours   » exclut de son champ d’application toutes les nouveautés conciliaires, post-conciliaires, etc…

Que tous les évêques soient aujourd’hui d’accord avec un enseignement nouveau n’est donc pas suffisant pour donner à celui-ci un caractère infaillible. Puisqu’il est nouveau, il lui faut une définition du magistère extraordinaire, ce que le Concile était certes habilité à faire, mais, nous l’avons vu, qu’il a soigneusement refusé de faire par l’autorité des Papes Jean XXIII et Paul VI. Les Actes du Concile Vatican II, et tous les actes du magistère authentique qui s’ensuivent, ne sont donc pas infaillibles. S’ils ne sont pas infaillibles, c’est qu’ils sont faillibles…

Les démarches de l’abbé de Nantes à Rome nous paraissent donc authentiquement catholiques. Conformes au droit de l’Église, elles n’ont d’autre but que d’obtenir de l’Autorité suprême qu’elle dise la Foi avec toutes les garanties de l’infaillibilité.

Même en désaccord sur le fond avec l’Abbé de Nantes, tout baptisé se devrait donc de l’approuver se souvenant des avertissements de saint Paul  : l’homme est justifié par la foi, et si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème  !

Extraits de la Renaissance catholique n° 6, avril 1993

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