La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La troisième session du Concile Vatican II

LE RÉFORMISME AVANCE EN DÉDAIGNANT LA VÉRITÉ RÉVÉLÉE
ET EN MÉPRISANT L’ESPRIT-SAINT

Concile Vatican II

En septembre 1964, après l’ouverture de la troisième session, l’abbé de Nantes donna l’image que voici pour décrire l’évolution du Concile  : «  Le rocher s’est détaché de la montagne. Il roule maintenant dans un bruit de tonnerre et vous prétendez l’arrêter  ? On l’aurait ainsi précipité pour se donner l’avantage de l’arrêter maintenant  ? Nul ne sait, en vérité, en quels abîmes il ira s’écraser.  »

Puis, dans sa Lettre du 1er octobre, il expliqua pourquoi le Concile était devenu une assemblée démocratique dans laquelle les meneurs progressistes imposaient leurs vues  :

«  Quand une assemblée établit en principe qu’il faut de la nouveauté et qu’on n’en pourra trouver que du côté de l’erreur  ; quand elle se persuade qu’il lui suffit de parler pour dissiper les malentendus, résoudre tous les problèmes, réconcilier tous les hommes, et que modifier la discipline au gré des passions humaines suffit pour réussir là où des siècles avaient paru échouer  ; quand elle prétend à une sorte d’instinct infaillible, sans limite ni règle, qui l’affranchit de toute crainte et de tout respect, ni les protestations de la foi outragée, ni les démonstrations de la raison, ni les données les plus indubitables de l’expérience et de l’histoire ne pourront endiguer le torrent dévastateur de ses opinions et de ses décrets. La Constituante de 1789 en est un exemple et notre Concile un autre, non moins probant. On voudrait que l’Esprit-Saint inspire celui-ci. Il aurait fallu d’abord ne le point mépriser, car c’est le mépriser que de proclamer et laisser dire, dans l’aula de Saint-Pierre, des erreurs déjà condamnées sous son inspiration ou lancer des critiques et des accusations sacrilèges contre l’Église sainte dont il est l’âme même.  » (…)

Récapitulons maintenant les principales discussions de cette troisième session.

LES FINS DERNIÈRES NÉGLIGÉES

Le texte sur “ L’Église de la fin des temps ” fut discuté par les Pères dès le début des travaux.

«  Ce chapitre, notait l’abbé de Nantes, préparé sur l’initiative personnelle de Jean XXIII,montre la vie éternelle comme la vocation suprême des chrétiens et de tout homme, la fin vers laquelle tend le monde lui-même selon l’interprétation dangereuse de quelques textes de saint Paul. Le schéma ainsi élaboré est déjà progressiste, par son omission de l’enfer, par sa négation de la lutte terrestre de l’Église, force de Dieu, contre les forces sataniques. C’est la vieille théorie de l’apocatastase, la plus néfaste des hérésies  : tout finira bien, pour tous, au Ciel, en Dieu. Loin de regretter ces déviations, les novateurs veulent qu’on aille plus avant. (…) Si le Concile faisait coïncider notre idéal chrétien avec “  le sens de l’histoire, le travail des hommes, la construction du monde ”, notre foi rejoindrait mieux les préoccupations des masses  ! Et les marxistes ne pourraient plus reprocher à la religion, non sans fondement, d’être l’opium du peuple  ! (…)

«  Le cardinal Ruffini, NN. SS. Gori, Nicodemo, Agostino et d’autres firent barrage à ces confusions. Rappeler l’enfer et le purgatoire est un devoir du Magistère, une exigence de la pastorale. La mention exclusive de la réussite, l’omission voulue du désordre, de la rébellion contre Dieu et de la damnation qui s’ensuit seraient la ruine de la religion et mèneraient tout droit au naturalisme évolutionniste de Teilhard, au matérialisme jouisseur ou au collectivisme marxiste. Ces hommes de Dieu fidèles à l’intégrité de leur foi n’ont pas ainsi précisé leurs critiques, sans doute par charité pour leurs confrères. Ce sont néanmoins déjà deux doctrines qui s’opposent comme la nouveauté périlleuse à la foi.

«  Le chapitre, à peine amendé, passera. On y mentionnera l’enfer, sans trop insister.  »

De fait, le feu de l’enfer est mentionné dans le chapitre 48 de Lumen gentium, mais en “ termes bibliques ”, et le caractère tragique de cette vérité majeure de la foi catholique y est absolument voilé.

LES PRÉROGATIVES DE LA VIERGE MARIE BAFOUÉES

Le 16 septembre, l’étude du schéma sur l’Église se poursuivit dans l’aula avec la discussion de son chapitre VIII, traitant de la Vierge Marie. «  Il est, indiquait l’abbé de Nantes, la réduction au minimum d’un premier projet. Ample satisfaction a été donnée à la gauche qui aime bien la Vierge Marie à condition qu’on en parle le moins possible et dans les termes les plus secs. (…) Aujourd’hui, ce chapitre VIII recommande aux prédicateurs de ne pas faire de Marie l’égale de Jésus et de se méfier de l’idolâtrie en ce domaine  ! Cette délirante autocritique aura du moins de quoi charmer les oreilles des protestants les plus arriérés…  » (…)

Notre-Dame de Fatima

«  Grâce à Dieu  ! nombre de Pères manifestèrent ensuite leur indignation. D’abord on les a trompés en réduisant et amputant ce schéma sous prétexte de l’insérer dans le traité de l’Église  ; ensuite, tout ce qu’on dit à l’encontre de Marie et de son culte est offensant pour des oreilles catholiques, injuste pour l’Église et grossièrement contraire à la vérité. «  Le cardinal Ruffini montra tout ce que ce texte a d’odieusement restrictif. Le cardinal Wyszinski et d’autres Pères au nom de centaines d’évêques demandèrent une consécration solennelle de l’Église à Marie et même, pour répondre à l’attente de Notre-Dame de Fatima, la consécration du monde, y compris la Russie, à son Cœur Immaculé. (…) Ils défendirent tous les titres contestés à Marie. (…) Plusieurs prouvèrent que, loin d’être un obstacle à l’œcuménisme, les splendeurs de Marie et de son culte y aidaient puissamment. Le cardinal Suenens, rompant avec la solidarité des réformistes à leur grande indignation, trouva lui-même le schéma trop réduit et protesta que le “ christocentrisme ” ne devait pas devenir “ antimarial ”. Enfin, vengeant l’Église outragée, le R.P. Fernandez, maître général des dominicains, releva comme il convenait l’odieuse recommandation faite de ne pas exalter la Vierge à l’égal de Son Fils  : “ A-t-il jamais existé un vrai théologien, un vrai prédicateur qui ait pu enseigner cela  ? Laisser cette recommandation donnerait à croire que cette déviation a vraiment existé dans l’Église catholique et justifierait le protestantisme. ” Justement  !

«  Le chapitre allait donc être écarté, le travail souterrain des réformistes être mis en échec, lorsqu’une habile manœuvre allait le sauver. Des Français, Mgr Le Couëdic et Mgr Ancel, un Mexicain, feignirent de considérer ce texte comme une formule de sage compromis, capable donc de rallier l’unanimité. S. Exc. Mgr Ancel, pour le donner à comprendre, crut bon de déclarer qu’il ne croyait plus, maintenant qu’il avait davantage étudié, à Marie Médiatrice. Certains donc y croient, d’autres non, votons pour un texte qui reste dans la moyenne  !

«  Comme par hasard la question fut conclue le lendemain par les cardinaux Frings et Alfrink qui invitèrent chacun à sacrifier de ses opinions à la nécessaire… unanimité  ! En fait, c’était appeler ceux qui croient à rejoindre dans leurs négations ceux qui ne croient pas et à sacrifier la Vierge Marie à cette tyrannique minorité.  » (…)

L’abbé de Nantes concluait  : «  Si un obstacle doit se dresser sur le chemin de la subversion au Concile, ce doit être le rejet, à une majorité écrasante, de ce chapitre indécent. Libres de toute contrainte, les Pères le refuseraient certainement. Mais le Système est trop puissant et les emporte irrésistiblement. Espérons au miracle  ! Il est sûr qu’il y a incompatibilité entre le parti réformiste et la Vierge Marie, Notre-Dame de Lourdes et de Fatima  ! À chacun d’en élucider les raisons.  »

LA FONCTION PASTORALE DES ÉVÊQUES

Du débat sur “ la fonction pastorale des évêques ”, l’abbé de Nantes retint que «  la mystique nouvelle de charité et de service n’en réclame pas moins, à l’encontre des “ privilèges ” maintenus aux curés par le juridisme ancien, le pouvoir absolu. Pauvres prêtres, objet de tant de sollicitude  ! Ils y perdent leurs dernières garanties contre l’arbitraire. Mgr Parente ayant dit qu’il fallait “ substituer à l’image trop juridique de l’Église une image mystique et pastorale ”, force nous est de conclure que le langage mystique aide merveilleusement à briser tous les obstacles que le juridisme avait su maintenir et renforcer contre l’arbitraire  ! Mgr Rupp mettait pourtant ses confrères en garde contre cette dangereuse pente, habituelle aux Conciles, de trop s’accorder de privilèges au détriment des autres hommes, supérieurs ou inférieurs.  »

LA LIBERTÉ RELIGIEUSE  : «  UN RENIEMENT ET UNE APOSTASIE  »

Les discussions du schéma sur “  la liberté religieuse ” débutèrent le 23 septembre, lors de la 86e congrégation générale. «  Ce projet, indiqua l’abbé de Nantes, a été préparé sous la direction du cardinal Béa, et non sous la direction du cardinal Ottaviani, par la volonté personnelle de Jean XXIII.  » Il est bon de savoir qu’avant de proposer ce document au Concile, les réformistes avaient écarté un autre texte, d’un esprit tout différent. Le schéma préparatoire sur l’Église, émané de la commission théologique, contenait en effet un chapitre traitant “ des relations de l’Église et de l’État ” et “ de la tolérance religieuse ”, dont le cardinal Ottaviani avait été le rapporteur devant la commission centrale préparatoire du Concile. Ce chapitre (…) définissait la doctrine la plus sûre du Magistère romain en date du 11 octobre 1962. Or, il fut envoyé au rebut à la fin de la première session avec tous les autres documents préparatoires, et ce fut alors seulement que le secrétariat pour l’Unité, du cardinal Béa, put promouvoir son projet sur la liberté religieuse.

En cet automne 64, après avoir été déjà profondément remanié, le projet de schéma “ De la liberté religieuse ”, était pour la première fois discuté dans l’aula.

«  Malgré de très fortes oppositions, remarquait l’abbé de Nantes, il n’a pas été écarté par Paul VI. (…) Cent ans après le Syllabus de Pie IX, il relève d’une tout autre conception de la foi et de la morale que celle des Papes, des évêques et du peuple chrétien, enseignée et reçue depuis cent cinquante ans à l’encontre des principes révolutionnaires.

«  “ Le Monde attend que l’Église se prononce hautement pour la liberté religieuse ” et c’est urgent, affirme Mgr de Smedt. Les cardinaux américains Cushing, Meyer, Ritter, le Chilien Silva Henriquez, le canadien Léger, les Allemands, les Hollandais, ont soutenu vivement cette thèse. “ L’homme nouveau dont on a beaucoup parlé au Concile, attend de nous une pastorale nouvelle… L’Église a toujours revendiqué la liberté pour elle. Les autres la réclament de même et il faut la leur reconnaître… La liberté religieuse n’est qu’un aspect de la liberté humaine. ” Le cardinal Koenig, des évêques de Pologne, un Yougoslave, soutinrent le projet dans l’espoir d’imposer aux persécuteurs athées le respect de principes naturels, d’un droit humain, reconnus par tous et au besoin garantis par les Nations-Unies…

«  La proclamation de cette liberté religieuse doit être fondée sur le droit de tout homme, senti par le monde moderne avec acuité, à la pleine liberté de ses convictions et de ses actions, tant intérieure qu’extérieure, privée que publique. Elle est fondée sur l’autonomie de la personne et répond ainsi au vœu créateur car, dit le texte, les actes libres de l’homme sincère sont toujours de ce fait une réponse à sa vocation divine (  !). En conséquence, l’Église condamne le prosélytisme et ne craint pas en ce domaine de reconnaître ses abus et ses crimes séculaires. Elle dénonce toutes les contraintes ou pressions exercées sur les individus en matière religieuse et refuse dès lors toute action de protection et toute aide des États  : l’Église n’en a pas besoin, au contraire, elles lui sont une gêne, une compromission…  ! Il en résulte que l’Église, fondant sur les mêmes droits de tout homme sa propre liberté, ne réclame que le droit commun et ravale ses prétentions au même niveau que les autres religions, sectes ou même à la demande du cardinal Léger associations athées.

«  L’opposition à une telle révolution dans l’Église a été très ferme, très savante, et retenue cependant dans des limites de concessions mutuelles et d’arrangements, plus propres à une assemblée démocratique qu’à un Concile où Dieu seul commande… Les cardinaux Ottaviani, Ruffini, Bueno y Monreal, Roberti, d’innombrables évêques de tous pays, dont Mgr Marcel Lefebvre, ont tenté de rétablir un peu de vérité, d’ordre, de respect de la doctrine dans cet immense chantier de démolition. En fait, par un désaveu évident de la doctrine et de la discipline deux fois millénaire de l’Église, on adopte là une philosophie moderne qui fait de l’homme un absolu de droits et de liberté, sans souci du bien commun et dans le mépris violent des droits de Dieu et de sa Vérité. C’est absurde et c’est effrayant  ! (…)

«  S. Ém. Garrone, président de l’épiscopat français, eut la hardiesse de souligner la contradiction du schéma avec les documents du Magistère depuis plus d’un siècle, pour la résoudre en faisant appel à “ l’évolution historique de l’Église ”…  » (…)

«  En fait, ce débat dramatique ne peut plus conduire qu’à des catastrophes. Il fallait éviter de rappeler des vérités trop austères si les hommes d’Église étaient trop lâches pour en assumer le poids, ou les proclamer fièrement et paternellement à la face du Monde moderne qui ne les accepte pas et qui en meurt. Mais les discuter, jamais  ! L’Église ne peut s’en éloigner sans reniement et apostasie. Ces vérités, les voici  : il n’y a de liberté que de Dieu. La liberté humaine parfaite n’appartient qu’à Jésus-Christ et, dans le don divin qu’Il lui en a fait, à l’Église catholique. Elle seule est la religion véritable et la société parfaite dont les droits dominent tous pouvoirs et tous individus créés. C’est en vertu de leur appartenance à cette Église divine et vraie que tous les catholiques ont une pleine liberté de culte et d’apostolat en toute nation et tout État. C’est le fondement d’un droit familial, social, politique, international absolument et seul sacré. Les autres religions, étant dépourvues de toute preuve historique et de toute marque surnaturelle de vérité n’ont aucune autorité propre et ceux qui les pratiquent, même sincères, n’y ont aucun droit spécial autre que celui de la morale naturelle. Ni l’Église ni les États ne devront connaître de telles religions, ni leur accorder le moindre pouvoir social, car l’erreur ne fonde aucun droit réel. Seules les exigences du bien commun et de la paix pourront amener une certaine tolérance qui, si vaste qu’elle soit, n’en sera pas moins un pis-aller, dangereux toujours pour la vraie foi, pour le bien surnaturel des sociétés et pour le salut des âmes  !

«  Il ne faut donc parler de liberté qu’à propos des consciences particulières, qui ne peuvent être violentées  : on ne peut en aucun cas contraindre personne à pratiquer une religion que sa conscience refuse comme mauvaise, invinciblement  ; mais il ne s’ensuit pas que celle-ci puisse agir extérieurement selon son erreur. Bien plus, la société doit déployer tous ses efforts pour la ramener au vrai et la redresser selon le bien auquel Dieu l’appelle.  » (…)

À l’époque, l’abbé de Nantes pense encore que le projet conciliaire sera revu et partiellement amendé, mais, déplore-t-il, «  l’opinion mondiale a entendu l’Église renier son intransigeance et exalter la liberté comme un droit humain fondamental. Il sera difficile de revenir à la sagesse.  »

«  DANS LES TÉNÈBRES DU VENDREDI SAINT  »
L’EXALTATION DE LA RELIGION JUIVE

La déclaration sur les juifs et les non-chrétiens fut discutée dans l’aula les 28, 29 et 30 septembre. D’emblée, son rapporteur, le cardinal Béa avait affirmé  : «  L’opinion publique jugera le Concile sur cette déclaration.  » Il se référait explicitement aux directives des papes Jean XXIII et Paul VI. (…)

En commentant ce débat, l’abbé de Nantes montra comment les réformistes étaient en train de renier la Croix du Christ et son Évangile  :

«  Il s’agit d’extirper une fois pour toutes l’antisémitisme du peuple chrétien, en niant radicalement que le peuple juif s’est rendu coupable de déicide et le demeure. Le cardinal Béa avance pour cela trois arguments  : Le Sanhédrin n’a agi que par ignorance et ne savait pas qu’il condamnait à mort le Fils de Dieu  ; le peuple juif contemporain a tout ignoré de l’affaire  ; et les juifs modernes n’y sont vraiment plus pour rien. Voilà donc encore un chapitre où, jusqu’à nous, l’Église n’a pas vu clair, a proféré de monstrueuses erreurs et doit être tenue pour responsable d’affreuses persécutions raciales.

«  Les cardinaux Liénart, Frings, Lercaro, Léger, Cushing, Meyer, Ritter, Koenig, tous favorables au texte proposé, innocentèrent donc les juifs et flétrirent les crimes de l’antisémitisme chrétien. Mais bien plus, ils s’attachèrent à marquer la continuité et la parenté étroite des religions juive et chrétienne. Que surtout soit évitée dans le texte toute allusion à la conversion  ; qu’on invite plutôt les juifs à “ une meilleure connaissance et une meilleure pratique de leur religion ”. (…)

«  Il n’y eut pour ainsi dire aucune opposition, sans doute parce que les défenseurs de la foi n’avaient pas imaginé à l’avance ce qu’on oserait dire là  ! Les Orientaux cependant adjurèrent les Pères de renoncer à cette déclaration qui risque fort de déclencher les persécutions des musulmans contre les minorités catholiques. En vain.  » (…)

Pourtant  : «  Le judaïsme talmudique est essentiellement antichrétien et l’antisémitisme n’est que le contrecoup de ce racisme provocateur. Que l’Église oublie la Croix de Jésus, qu’elle se donne tous les torts, ne résoudra pas le problème. Dieu attend que ces malheureux se retournent enfin vers Celui qu’ils ont transpercé, avec des larmes de vrai repentir…

«  À la suite de cette exaltation inouïe de la religion juive, de nombreux Pères ont demandé qu’on élève au même niveau la musulmane, la bouddhique, l’hindouiste, et d’autres ont fait remarquer que l’animiste leur était à toutes préférable car elle conduisait, plus que les autres, ses membres au christianisme  ! (…)  »

LE SCHÉMA SUR LA RÉVÉLATION  :
UNE SAVANTE CORRUPTION DE LA FOI

En cet automne 1964, l’abbé de Nantes traitait de tous les grands débats théologiques du Concile. Il se consacrait «  à la critique, au sens noble et fort de ce terme, c’est-à-dire au discernement nécessaire, dans les actes et les gestes de cette nouvelle pastorale, de ce qui était opinion et de ce qui demeurait enseignement, de ce qui était tradition et de ce qui était innovation  ».

À lire sa Lettre du 15 octobre 1964, sur les sources de la Révélation, on le sent saisi d’une indignation sacrée devant la reviviscence du modernisme en plein Concile.

«  Un premier schéma élaboré par la commission théologique présidée par le cardinal Ottaviani avait été écarté en novembre 62.  » Or le nouveau schéma, désormais en discussion au Concile, était manifestement entaché de modernisme, «  l’hérésie majeure  » contre laquelle saint Pie X avait lutté jusqu’à en mourir. (…)

L’abbé de Nantes prenait la comparaison suivante pour expliquer les théories nouvelles et hérétiques propagées par les réformistes  :

«  La Vérité divine est une eau vive dont Jésus-Christ est la source historique et le Collège apostolique le bassin d’accumulation. La tradition ecclésiastique, par son culte, ses dogmes, sa discipline, la véhicule et en est à travers les siècles le canal, unique et continu. Enfin l’organe de distribution, c’est l’Église enseignante, c’est le Magistère infaillible, auquel nous autres ne demandons rien autre chose que l’eau de Source. Tout l’effort des novateurs consiste à s’attaquer aux jointures de cette Tradition, pour en dissocier les éléments. (…)  » C’est-à-dire qu’ils vont prétendre que l’Église a pu faire des erreurs dans la répétition de la Tradition à travers les siècles. Et eux, «  ils se prétendent l’autorité de corriger cette Tradition, d’eux-mêmes, en s’appuyant sur l’Écriture  ! (…)  »

Maurice Blondel

Maurice Blondel

Déjà les protestants avaient mis «  l’Écriture sainte au-dessus de tout, à l’encontre de la “ Tradition orale apostolique ” et, bien davantage, ils substituèrent à la Tradition infaillible de l’Église assistée du Saint-Esprit les illuminations et vaticinations de la conscience individuelle. (…) Cela ne suffisait pas  ! Le modernisme a donné à ce mépris de la Tradition et de ses dogmes une dimension nouvelle, en opposant non plus l’individu à la société religieuse, mais la génération moderne aux anciennes.  » (…) C’est la théorie funeste de Maurice Blondel. Dans son système, explique l’abbé de Nantes, «  la Parole de Dieu, le Christ n’est plus alors une source lointaine dans un désert, mais plutôt une nappe d’eau souterraine qui imprègne et envahit les consciences et sourd invisible dans toute l’humanité. Chaque siècle doit forer ses puits et c’est toujours la même Eau vive qu’il retrouve, mais jeune, nouvelle, toujours meilleure. Plus besoin de l’eau vieillie de nos manuels, cherchons la Vérité moderne d’aujourd’hui et découvrons dans les aspirations obscures de la conscience humaine les Paroles neuves de l’éternel Mystère du Christ  ! (…)

«  Ce qui passe de génération en génération, ce n’est pas la vérité d’une doctrine claire dont le Magistère a la garde. C’est une vie, un mystère, une conscience chrétienne, ce sont des expériences divines dont la hiérarchie est chargée d’être la récipiendaire et le témoin, à charge pour elle de bien faire ce travail de représentation des masses divinisées, en s’aidant de l’Écriture. Selon les novateurs, le Concile ne parle qu’au nom du Peuple et la fidélité à Dieu passe par cette auscultation du Mystère de ce Peuple où vit le Christ et dans lequel il se révèle  ! L’hérésie est au Concile.

«  Tout de même plusieurs Pères l’ont signalée à leur tour de parole. (…) Le cardinal Browne porta lui aussi des coups puissants à l’erreur  : “ Le mot de croissance ne convient pas à la Tradition, car il n’y a pas augmentation du contenu de la Tradition, mais approfondissement doctrinal. Le terme d’expérience intérieure que le texte mentionne comme un facteur d’approfondissement de la Tradition ne convient pas davantage, car le mot d’expérience ne signifie pas en thomisme la connaissance intellectuelle. Il faut éviter de donner crédit à la théorie condamnée par l’encyclique Pascendi, de l’expérience comme source de vérité. ”  » (…)

L’abbé de Nantes concluait à l’époque  : «  Il revient maintenant au pouvoir suprême du Pape de décider de la foi. Nous croyons en lui, et au Concile, dans leur infaillibilité, comme successeurs de Pierre et des Apôtres, Roc inébranlable de notre foi. Ils ne sauraient nous couper de Jésus-Christ  !  » (…)

LA “ SEMAINE NOIRE ” DES RÉFORMISTES

Au cours de la dernière semaine de la session, baptisée aussitôt par les Hollandais la “ semaine noire ”, les réformistes subirent une série d’échecs. Ils se heurtèrent à l’opposition de Paul VI entravant leur marche en avant.

Premièrement, de par la volonté du Pape, la Constitution sur l’Église fut présentée dans l’aula le lundi 16 novembre 1964 avec une Nota explicativa prævia, c’est-à-dire une note explicative préliminaire qui atténuait et même contredisait l’enseignement de ce schéma sur la collégialité.

Deuxièmement, la Liberté religieuse ne fut pas proclamée avant la fin de la session, pour le centenaire du Syllabusexécré  !

Le troisième incident eut lieu à propos du décret sur l’Œcuménisme. Le secrétariat pour l’Union des chrétiens, n’ayant pour ainsi dire tenu aucun compte des 564 modi demandés le 7 octobre 64 par les Pères, Paul VI intervint lui-même avant le vote définitif pour en imposer un certain nombre.

Enfin, le samedi 21 novembre, dans son discours de clôture de la session, Paul VI proclama Marie “ Mère de l’Église ”, aux applaudissements des Pères de la minorité.

Tandis que les réformistes criaient à la trahison, les gens de droite exultaient. M. Bernard Mallet, président des comités directeurs de l’Action française, disait à l’abbé de Nantes  : «  Paul VI a coiffé les progressistes au poteau.  » L’abbé V.-A. Berto, le théologien personnel de Mgr Marcel Lefebvre au cours des deuxième et troisième sessions, écrivait dans la revue Itinéraires  : «  Refusant de céder, Rocher inébranlable, parlant, comme il avait annoncé qu’il le ferait, en Pasteur et en Maître, à l’heure de son choix, en la manière de son choix, “ lié uniquement au Seigneur, uni Domino devinctus  ”, – expression splendide dont il souhaitait l’insertion dans la constitution De Ecclesia, qui en eût été le diamant, et qui fut pitoyablement rejetée par la majorité de la commission , affranchi de toute sujétion humaine à raison même de sa totale dépendance de Dieu, le SaintPère a préservé sa liberté, en laquelle réside toute la liberté du Concile, et, avec la liberté du Concile, c’est l’honneur du Concile qu’il a courageusement, noblement, bienheureusement préservé.  » Quant à dom Lafond, fondateur des Chevaliers de Notre-Dame, il annonçait à ses correspondants de France  : «  Nous avons gagné la guerre, après avoir perdu toutes les batailles.  » Eh bien, l’abbé de Nantes n’était pas de cet avis. À dom Lafond, il répliquait  : «  Pas encore, jeune homme  !  » Toutefois, il n’était pas étonné de cet optimisme aveugle, sachant les intégristes «  prêts à admettre n’importe quoi et à se renier entièrement au seul nom de l’autorité, si contestable qu’en soit la légitimité ou discutable l’exercice  » . C’était bien la première erreur de l’intégrisme qu’il avait dénoncée dans sa Lettre 151  : «  L’intégriste préfère à toutes raisons le seul argument d’autorité considéré comme absolument décisif en tout domaine.  » (…)

LA MANŒUVRE DE PAUL VI DÉVOILÉE ET DÉNONCÉE

Discours de Paul VI

Après quelques jours d’hésitation, l’abbé de Nantes fut certain d’avoir compris la manœuvre subtile de Paul VI. En cette fin de session les progressistes, allant trop vite et trop loin, provoquaient une vive réaction des Pères traditionalistes. Or, si cette opposition de la minorité brisait l’unanimité de l’assemblée, le Concile serait dans l’impossibilité de promulguer aucun texte. Cet emballement du mouvement réformiste était donc dangereux pour l’avenir de l’aggiornamento conciliaire, et c’est pourquoi Paul VI le freina, sachant qu’à la quatrième session, le Concile pourrait reprendre sa course accélérée. L’abbé de Nantes remarquait que les progressistes «  voyaient en Paul VI un despote, ennemi de leurs aspirations, alors même qu’il sauvait, par sa modération contrainte, une ouverture au Monde déjà vouée à l’échec total  !  » Il donna cette image  : «  Paul VI carguait les voiles en vue de l’orage, à la colère des matelots et passagers insouciants du péril.  » Il prit aussi cette autre comparaison  : Paul VI agissait comme un conducteur de car freinant dans un tournant pour mieux adhérer à la route, afin de conduire tous ses passagers, sans trop les secouer, jusqu’au terme qu’il s’était fixé. «  Toute l’action du Pape avait pour but, à ce moment, de sauver la réforme des novateurs, et le prestige du Concile donc, en manœuvrant pour refaire l’unanimité fût-ce sur des textes de compromis, à coups d’équivoques mûrement calculées. Par ses amendements réactionnaires, Paul VI ralliait toute la minorité intégriste à des textes substantiellement modernistes et virtuellement hérétiques.  » (…)

DE DÉCISIVES VICTOIRES DU PARTI RÉFORMISTE

Au sujet de la collégialité, l’abbé de Nantes observait que le pape «  Paul VI avait cherché à donner apaisements et satisfaction  » à la minorité, forte du quart de l’assemblée, «  tout en sauvant un texte déjà tant débattu  ».

LA NOTA PRÆVIA RALLIE LA MINORITÉ À UN SCHÉMA SUR L’ÉGLISE EMPOISONNÉ.

Dès le début de cette troisième session, plusieurs prélats traditionalistes avaient tenté d’obtenir de Paul VI la suppression du chapitre III sur la Collégialité. «  Le Pape, indique le Père Rouquette, recevait plusieurs pétitions de l’opposition, à lui transmises par d’importants cardinaux, contre la doctrine de la collégialité.  » (…)

Mgr Pericle Felici pendant les travaux du Concile

Mgr Pericle Felici, à gauche, pendant les travaux du Concile.

Alors que la session approchait de son terme, les évêques traditionalistes du Caetus internationalis Patrum restaient fermes dans leur opposition. (…)

C’est alors que le Pape demanda à la commission théologique de rédiger une note explicative formulant «  une réponse adéquate aux difficultés soulevées à bon droit, pour que soit rassérénée l’âme de beaucoup de Pères et que soit rendue possible une adhésion plus vaste et intérieurement plus convaincue en séance conciliaire  ». Par son addition corrective au schéma, jugé en lui-même suspect d’hérésie épiscopalienne ou collégiale, cette Nota explicativa prævia, lue dans l’aula le 16 novembre par Mgr Felici, et qui mettait le collège épiscopal, en Concile ou dispersé, sous le pouvoir personnel du Pape, fit grande impression sur la minorité traditionaliste. (…)

Mais lors de la séance de promulgation, le 21 novembre 64, les votes et les soussignations portèrent sur la Constitution amputée de cette note préliminaire  ! (…)

L’ÉGLISE “ PEUPLE DE DIEU ”

Au moment même où les intégristes étaient amenés par le jeu audacieux et déroutant de Paul VI à accepter les décrets conciliaires, l’abbé de Nantes, devenu véritablement le théologien de la Contre-Réforme Catholique au vingtième siècle, annonçait que la promulgation de la Constitution sur l’Église était «  une grande et effrayante victoire des novateurs  ». Dans sa Lettre 204 du 13 mai 1965, il attaqua le dogme central de cette Constitution, à savoir sa définition de l’Église “ Peuple de Dieu  ”   :

«  Les définitions que l’Église a données d’elle-même, depuis l’ère apostolique jusqu’à nos jours, n’étaient point seulement juridiques, mais tout aussi bien mystiques et théologiques, morales et scripturaires. Les novateurs ne devaient pas tant les mépriser qu’en raison même de leur précision et de l’obstacle qu’elles mettaient fermement à l’erreur qu’ils voulaient introduire. (…)

«  L’Église est devenue, depuis Vatican II, un mystère, et voilà qui nous détourne de la voir et la bien connaître comme une société aux institutions stables, aux frontières visibles, à la foi et aux sources sacramentelles déterminées. Tout cela n’est qu’approximation passagère et signes trompeurs  ! L’Église est un vaporeux mystère.

«  Sa meilleure désignation est celle de Peuple de Dieu. Cette métaphore scripturaire convenait parfaitement à l’Israël de l’Ancien Testament, ce «  ramassis de gens  » dont parle le livre des Nombres (11, 4), mêlé indissociablement aux vrais fils d’Abraham… Et voilà l’Église substantiellement ramenée, faute de précision spécifique, à un genre commun qui en dérobe le principe même. (…)

«  Si “ le Peuple ” préexiste avant ses chefs, ceux-ci n’y ont plus qu’un rôle de représentation et de gardiennage. Relisez Congar et vous comprendrez que c’est la ruine de l’autorité du Magistère comme constitutive du Corps mystique du Christ, c’est-à-dire de l’Église. Personne n’a hurlé  !

«  Personne ne s’est dressé face à l’irruption de la démocratie dans le dogme catholique… Dès lors, il était facile d’ouvrir à tous les hommes de ce mystérieux Peuple de Dieu les avenues du pouvoir et de la perfection  ; on leur accorde à tous et sans condition précise Sacerdoce, Royauté, Prophétisme, indistinctement et en pleine indépendance, comme un droit de naissance divine. Peuple-Dieu, Peuple-Roi, Peuple-Prophète, tout est inscrit dés les prémisses. (…) Dieu n’existe, ne parle et n’agit que dans et par le Peuple  ! (…)

«  Si l’Église est définie, selon la Tradition, comme la société de ceux qui ont reçu la foi et le baptême d’une hiérarchie dont le Pape est la tête, alors tout pouvoir vient d’En-Haut et passe par lui. Si l’Église est, selon les novateurs, un peuple de Dieu animé par l’Esprit et mystérieusement constitué par les élus aux quatre vents du monde, alors le pouvoir vient d’En-Bas. L’opposition de ces deux conceptions peut se cristalliser à tous les échelons, sous la forme de revendications du pouvoir fondées sur des motifs opposés  : évêques contre le Pape, prêtres contre évêques, laïcs contre prêtres, militants ouvriers contre pratiquants bourgeois, à l’infini  ! Les uns tirent leur autorité du Dieu de Jésus-Christ et de l’Église  ; les autres leur opposent celle qui vient du Peuple, Peuple de Dieu où parle l’Esprit  ! (…)

«  Les coups d’arrêt, la sauvegarde du pouvoir suprême du seul Pontife romain sur toute l’Église, comme unique principe de foi, de vie et d’ordre, ont sauvé la hiérarchie tout entière, mais à terme seulement. Car les principes mêmes de cette explosion révolutionnaire ont été considérés comme intangibles et se sont trouvés renforcés par le temps.  » (…)

L’ŒCUMÉNISME CONGARIEN SAUVEGARDÉ

Dans les jours qui suivirent la semaine noire, revenant de leur premier mouvement de surprise et de colère, certains théologiens et journalistes réformistes particulièrement clairvoyants exprimèrent leur pleine satisfaction. Écoutez par exemple l’abbé Laurentin  : Les déceptions qui ont remué l’opinion «  n’ont rien de substantiel, rien qui compromette l’avenir, même du point de vue œcuménique. Les modifications, introduites dans le schéma sur l’œcuménisme sur l’ordre de Paul VI afin d’apaiser la minorité, n’en ont pas altéré le fond.  » Il se référait au jugement du P. Congar qui, après avoir relu trois fois le décret sur l’œcuménisme, annonçait  : «  Je livre ici ma pensée la plus sincère  : Le texte n’est pas abîmé. Il reste un très beau texte, humble et fier, loyal et profond, que personne n’eût osé espérer il y a cinq ans. Si l’on ignorait, ou si l’on voulait bien oublier un moment l’affaire des modi de dernière heure, on retrouverait, en face du texte, une fraîcheur de regard qui n’y verrait plus que l’immense positif qu’il apporte. Ami lecteur, crois-moi  ! Non  ! le texte n’est pas dévalorisé. Nul d’entre nous n’eût imaginé, il y a seulement trois ans, qu’il pût être tel et recueillir un accord unanime.  »

LA PROCLAMATTON DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE N’EST QUE RETARDÉE

Enfin, après avoir «  vivement ressenti  » le report du vote sur la liberté religieuse à la quatrième session, les réformistes les plus perspicaces ne tardèrent pas à louer la prudence du Pape. «  Felix culpa, disait Laurentin. Une promulgation eût été prématurée. Le temps travaille dans le sens d’une amélioration. Les parties solides ne sont pas en danger.  » Paul VI lui-même en avertissait discrètement les progressistes qui n’avaient pas compris sa manœuvre et qui lui en gardaient rancune et défiance. Peu après la session, recevant en audience l’abbé Daniel Pézeril, le Pape lui disait  : «  Pour le fond, il n’y a évidemment rien de changé. La liberté religieuse reste intacte.  »

L’abbé de Nantes était donc très clairvoyant quand, au lendemain de cette troisième session, il écrivait  :

«  Les traditionalistes se sont démobilisés. Désormais le réformisme prépare en toute sûreté son triomphe définitif. Les textes majeurs, sur l’Église Peuple de Dieu et sur la Liturgie, sur l’Œcuménisme et sur la Liberté des religions, sur les Juifs ou les non-chrétiens sont déjà promulgués ou votés, ou promis par le Pape à la majorité.  »

Ces décrets conciliaires «  sont des textes de compromis dont l’irréalisme se tient à mi-chemin entre de véritables définitions dogmatiques, impossibles dans un tel climat, et des décisions pratiques dont nul ne pourrait garantir l’application dans l’anarchie où glisse l’Église  ; à mi-chemin entre la vérité des uns et l’erreur des autres, entre le bien et le mal, selon l’opportunité et la force des pressions extérieures. Ni la théologie ni la discipline n’auront beaucoup à glaner dans ces textes vastes et pétris d’équivoques. Le grand œuvre annoncé est mort-né. Les novateurs, sûrs de tout emporter, voient déjà plus loin et s’emparent de l’avenir. Ils se désintéressent des textes qu’élaborent, dans les commissions, les tâcherons du compromis. Déjà figés avant d’être promulgués, mitigés à l’excès, ils n’auront de valeur que documentaire  ; ils signaleront l’orientation de la réforme irrésistible qui les a déjà dépassés, comme des balises sur le chemin de l’évolution.  » Après la clôture du Concile, c’est bien ainsi que Paul VI interprétera les Actes de Vatican II  : «  Les décrets conciliaires, plutôt qu’un point d’arrivée, écrira le Pape, sont un point de départ vers de nouveaux objectifs. Il faut encore que l’Esprit et le souffle rénovateur du Concile pénètrent dans les profondeurs de la vie de l’Église. Il faut que les germes de vie déposés par le Concile dans le sol de l’Église arrivent à leur pleine maturité.  »

Extraits de Pour l’Église, tome 2, p. 84-112

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