La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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TOUTE LA VÉRITÉ SUR MARTHE ROBIN
mystère d’Apocalypse

Marthe Robin

1902-1921  : UNE PAYSANNE ORDINAIRE,
UNE ÉTRANGE MALADIE

Marthe Robin est née le 13 mars 1902 à Châteauneuf-de-Galaure dans la Drôme, sixième et dernier enfant d’une famille de paysans aisés, guère pratiquants. (…)

Elle ne se distingue pas par sa piété… aucun trait édifiant ne ressort de ses seize premières années. Si elle se distingue c’est par sa santé fragile  ; en particulier par sa propension marquée à l’anorexie.

Fragile psychologiquement, elle est prise d’angoisse au moindre bouleversement de son univers relationnel. Comme lors du mariage de sa sœur aînée où elle se ronge de jalousie.

Ou encore, plus dramatiquement, au départ de son frère Henri pour la guerre, en mai 1918.

Ce jour-là, le choc émotionnel semble impossible à surmonter. Elle décline sans cesse et, le 1er décembre 1918, elle s’effondre et ne se relève plus. Sous-alimentée depuis des mois, elle ne supporte plus la lumière, ses maux de tête la font hurler de douleur. Les médecins pensent à une tumeur cérébrale, puis à une encéphalite léthargique  ; le docteur Modrin diagnostique aussitôt un cas d’hystérie. (…)

Pour son père et son frère, Marthe devient une bouche à nourrir qui ne «  gagne pas l’eau qu’elle boit  », disent-ils avec mépris.

Sa mère et ses sœurs l’aident bien, ainsi que quelques amies, mais elle reste sans aucun soutien spirituel. C’est une pauvre fille qui souffre comme une bête, sans aucune idée de la valeur rédemptrice qu’elle pourrait donner à ses souffrances.

On ne peut certes pas encore parler de sainteté, mais c’est assurément une grande malade, très éprouvée…

1921-1936  : LA MYSTIQUE DES MYSTIQUES

Vers le 25 mars 1921 (ou 1922, Les auteurs ne s’accordent pas sur la date), sa vie bascule. Alice, sa sœur, qui couche dans sa chambre est réveillée par un grand bruit, elle voit une grande lumière. “ Oui la lumière est belle, lui répond Marthe, mais j’ai vu aussi la Sainte Vierge. ”  »

Cette apparition n’opère aucun changement notable dans son comportement, sinon qu’elle se met à «  lire beaucoup  »  : auteurs spirituels, vies de saints – de préférence les grands mystiques –, ce qu’elle fait en pure autodidacte, sans aucune direction spirituelle et sans recevoir de conseil de personne.

Cette fièvre de mysticisme débridé dure dix ans, au terme desquelles «  la pauvre petite paysanne malade  » devient «  la mystique des mystiques  ». Miracle de la grâce  ? réaction hystérique  ? (…) Le Père Peyrous, postulateur, explique ainsi le prodige de ce cheminement spirituel si laborieux  :

«  Marthe, redisons-le, souffrait terriblement et d’une maladie terriblement déstructurante. Sa personnalité était à certains moments dans une grande tension. On peut sans doute dire qu’elle était alors comme perdue, ravagée intérieurement. Elle aurait pu tomber dans la folie ou dans la mortElle a dû se battre pour ne pas sombrer, pour tenir sa personne, et même pour recomposer son moi.  » (…)

Puis, citant le docteur Cuvelier, neuropsychiatre spécialiste en littérature mystique  : «  Marthe Robin passe de la mémorisation à la mémoration, c’est-à-dire que par le biais de sa maladie, elle incorpore à sa personnalité des souvenirs acceptés comme réalité actuelle. Un tel processus devrait aboutir à la confusion mentale alors qu’ici le “ moi ” en sort renforcé. C’est là à notre avis que se manifeste l’intervention de la grâce.  » (Peyrous, p. 102)

L’avis du docteur est pertinent, mais ne parlons pas encore de grâce. Disons que dans le dédale des expériences mystiques que Marthe intègre et incorpore au fur et à mesure de ses lectures, sans y avoir été préparée par une vie chrétienne de piété et de vertus, la conduite d’un esprit supérieur paraît une explication proportionnée. Mais de quel esprit s’agit-il  ?

De cette période de sa vie, elle dira  : «  Je me suis débattue avec Dieu.  » et encore  : «  Tout le monde peut et doit accomplir sa vocation, mais pas moi… Je me suis débattue avec Dieu… je ne souhaite à aucune d’entre vous de lutter avec Dieu.  »

VIE CACHÉE

En 1921 Marthe songe à entrer au Carmel. Son père s’y oppose et cesse dès lors toute pratique religieuse. Marthe n’insiste pas davantage et renonce. Durant l’été, elle retrouve l’usage de ses jambes et se rend en pèlerinage à Notre-Dame du Chatenay le 15 août et à Notre-Dame de Bonne-Combe, le 8 septembre.

À partir de 1923, elle trouve un soutien spirituel et matériel dans l’amitié de la baronne d’Alboussière et de madame Delatour. (…) Quant au Père Faure, curé de Châteauneuf-de-Galaure, il a l’humilité de se reconnaître incompétent, mais il exerce toutefois sur Marthe une certaine paternité, osant par exemple lui dire ouvertement qu’elle se «  laissait aller  ». (…)

UNE NOUVELLE SAINTE THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS  ?

Marthe Robin à 24 ans.

Marthe Robin à 24 ans.

Le 15 août 1925, alors qu’une place lui a été réservée dans un pèlerinage à Lourdes, elle se désiste en faveur d’une autre jeune fille… On admire son renoncement, mais le curé Faure en est vivement contrarié. (…)

Un jour que celui-ci lui apporte la communion, son frère Henri explose  : «  S’il revient, ce curé, je lui tire dessus…  » Marthe cède à la pression de son frère et demande au curé de ne plus revenir. Elle restera sans communier pendant longtemps, plusieurs semaines, plusieurs mois, on ne sait pas trop…

Le 15 octobre 1925, croyant sa mort prochaine, elle rédige un acte d’abandon et d’Offrande à l’Amour et à la volonté de Dieu… Littéralement copié d’un auteur spirituel. Elle le déchire pour en rédiger un second, plus mystique, plagiat de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus… Sainte Thérèse dont on parlait beaucoup  : c’était l’année de sa canonisation.

Justement, le 3 octobre 1926, Marthe tombe dans le coma pendant trois semaines. Sainte Thérèse lui apparaît à trois reprises et l’assurer qu’elle ne mourra pas. Elle doit prolonger sa mission et faire aimer l’amour dans le monde entier…

En 1927, au terme d’une année de grâces mystiques, d’apparitions de la Sainte Vierge et de sainte Thérèse, Marthe commence à recevoir la visite du démon. Elle le voit parfois avec les yeux du corps  ; il est nu. Marthe en fera souvent la confidence  : «  Si vous saviez comme il est beau  !  » mais le diable, insensible au compliment, la bat et la jette hors de son lit…

Elle souffre, mais avec une sorte d’indifférence affichée, bien peu thérésienne  : «  La vie n’est qu’un noir cauchemar pour qui souffre (…). Que vous dire de moi et sur moi, vie toujours pareille, grise et monotone, apportant bien plus de tristesse que de joies  ; mais je crois que plus rien ne m’atteint maintenant, je vois bien que je suis destinée à boire tous les calices amers à longs traits.  » (…)

En 1928, Marthe est définitivement paralysée des jambes, l’année suivante ce sont les bras. Elle accepte cet état dans une sorte de bonheur tranquille. Signe d’éminente sainteté  ? Ce peut être aussi une réaction d’hystérie caractérisée, connue des psychiatres. (cf. docteur Gonzague Mottet  : Marthe Robin, la stigmatisée de la Drôme, p. 44)

MARTHE ET SAINT FRANÇOIS D’ASSISE.

Le 3 décembre 1928, deux capucins prêchent dans la paroisse et visitent Marthe Robin. Enthousiastes, ils en parlent au curé Faure  :

– Vous avez une sainte dans la paroisse  !

– Je ne vois pas de qui vous parlez, répond celui-ci.

Marthe est subjuguée par le Père Marie-Bernard, qui la fait entrer dans le tiers ordre franciscain.

Deux jours plus tard, Jésus lui apparaît et lui demande si elle veut bien souffrir pour la conversion des pécheurs. Il veut aussi que le Père Faure devienne son directeur spirituel, et qu’elle ait avec lui une grande union d’âme. À chaque réponse positive de Marthe, un glaive s’enfonce dans son cœur…

Père Faure

Père Faure

L’abbé Faure, flatté de l’invite, revient de ses préventions et se transforme peu à peu en secrétaire des révélations de Marthe.

Début octobre 1930, Jésus demande  : «  Veux-tu être comme moi  ?  » Elle dit oui, et c’est le Christ en personne qui la stigmatise. Il est là, devant elle, dans son humanité douloureuse, il lui demande d’offrir ses pieds. Elle déplie ses jambes paralysées qui sont recroquevillées sous elle et les met dans la même position que celle du Crucifié. Alors du cœur de Jésus part un dard qui les transperce  ; pareillement pour les mains. Marthe est bras en croix, jambes étendues  : «  Jésus m’invita à lui présenter mon cœur, ou plutôt ma poitrine (sic)…  » et la voilà transpercée de nouveau…

La mère de Marthe, qui ne s’étonnait pas des intimes relations de sa fille avec la Sainte Vierge semble maintenant bien surprise, car le sang coule. On cherche à dissimuler la chose, mais la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.

Marthe RobinÀ partir de ce jour, elle revit la Passion chaque semaine. Jésus lui dit  : «  C’est toi que j’ai choisie pour vivre ma Passion le plus pleinement après ma Mère [sic]. En outre, personne après toi ne la vivra aussi totalement et pour que tu souffres [sic] jour et nuit, tu ne dormiras pas, jamais plus  !  » (L’Alouette, mars 1986, p. 30)

Elle ne se nourrit plus que de l’Hostie consacrée. Celle-ci lui est apportée une fois par semaine, seulement, car Marthe n’assiste pas à la Messe. En effet, elle est intransportable, et comme, à l’époque, seuls des religieux Camilliens ont le droit de dire la messe dans la chambre des malades, et qu’il n’y en a pas dans la région…

Vraiment  ? pour les cinquante ans à venir, elle n’entendra plus jamais la messe  ? Et pour cette âme si privilégiée, personne n’aura songé à demander une dispense  ?

Mais qu’importe, par ses stigmates, Marthe est un autre Christ  ; la Messe, c’est elle qui la revit, il paraît donc bien mesquin de lui opposer la loi de l’Église.

À PROPOS DES STIGMATES…

Il faut savoir que les contrefaçons existent en ce domaine, et l’Église le sait bien. Seuls les stigmates formant des «  excroissances cutanées  », des plaies profondes traversant les membres de part en part, comme ceux de saint François d’Assise, laissent le corps médical sans voix. Il n’en va pas de même pour «  les stigmates superficiels ou de saignements sur peau saine.  »

«  Les auteurs, affirme le docteur Mottet, s’accordent tous à reconnaître l’existence d’une suggestibilité anormale…  » Celle-là même propre aux hystériques. Les stigmates de Marthe sont de cette dernière sorte, et c’est pourquoi ils n’impressionnaient pas du tout l’ami de Marthe, le psychiatre Paul-Louis Couchoud. Quand il embrassait Marthe sur le front avant de la quitter, il observait qu’une goutte de sang perlait aussitôt après… Cela ne l’empêchait pas de dormir, son amie était une grande malade, voilà tout. Ignorant des choses religieuses, il ne se doutait pas que ce genre de maladie mentale était aussi le terrain de prédilection du démon. (…)

VIE PUBLIQUE

La nouvelle de sa stigmatisation et des Passions qui se renouvellent chaque semaine se répand et attire une foule de gens… L’intuitif Guitton caractérise parfaitement l’ipséité de la situation. On afflue vers Marthe comme jadis les Grecs allaient à Delphes consulter la Pythie…

Une sorte de liturgie domestique se créé autour de la malade, dont madame Robin devient la gérante. Elle reçoit par exemple les cadeaux laissés par les gens. Marthe «  se livre donc, pendant quelques années, à un petit commerce de piété qui lui procure de maigres revenus.  » (Peyrous, p. 81)

On aurait bien tort de se scandaliser  : cet argent est pour les pauvres et les missionnaires… évidemment  !

MARTHE ROBIN ET LE CLERGÉ.

Par un étrange chassé-croisé, tandis que le Père Faure se dévoue maintenant tout entier à la cause de Marthe, c’est le Père Marie-Bernard qui revient de son enthousiasme.

Marthe Robin«  Pour percer à jour sa vanité, raconte-t-il, je lui conseillai de se faire photographier  : deux photographies furent prises. L’une où elle était affreuse, l’autre où, revêtue sur le front d’une dentelle valencienne, elle ressemblait à Sarah Bernhardt plus qu’à la pauvre petite paysanne qu’elle était. La tentation de vanité et de coquetterie l’emporta  : elle m’offrit Sarah Bernhardt et oublia de me donner son vrai portrait.  »

Le Père Marie-Bernard désavoue Marthe Robin. Mais les foules continuent d’accourir.

En moins de dix ans, Marthe Robin se constitue un impressionnant réseau de relations. À cause de sa maladie et de l’aura qui en émane, elle s’impose comme une autorité religieuse dans le milieu “ dévot ”. Des prêtres, des théologiens viennent la consulter.

Le Père Betton, réputé grand spirituel et disciple de Bergson  : «  Je suis arrivé dans cette chambre et tout de suite j’ai senti une telle présence du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint que je me suis senti tout petit, tout petit.  » L’humilité de Marthe suffit à le convaincre, puisqu’elle soumet son jugement au grand savant qu’elle a devant elle, qu’elle boit ses paroles avec ravissement pour apprendre de lui les différents types de visions  : «  intellectuelles, imaginatives, sensibles  »… effarante puérilité pour un grand spirituel  ! (…)

Le Père Albert Valensin, illustre jésuite, réputé pour sa théologie mystique, mais peut-être plus encore pour son opposition farouche à l’Action française.

L’abbé Charles Thellier de Poncheville, rédacteur au journal La Croix, co-fondateur des Semaines sociales, orateur très en demande… inconditionnel de Marc Sangnier, propagateur de l’idéologie démocratique du Sillon, condamnée par saint Pie X.

La liste des amis cléricaux de Marthe Robin est très longue, mais tous ont en commun d’être des démocrates-chrétiens convaincus.

1933-1981  : FONDATRICE ET MÉDIATRICE

En 1933, Jésus demande à Marthe de fonder des «  Foyers de charité  ». Il s’agit de faire vivre dans un même ensemble de bâtiments, des laïcs, hommes et femmes, en familles ou célibataires, désireux de suivre l’exemple des premiers chrétiens et de former entre eux une communauté. Il appelle cela la grande œuvre de son amour  »  :

«  “ Je veux faire ici quelque chose de nouveau et de très grand pour notre Gloire, à cause de toi… À cause de tout ce que je fais et veux faire avec toi, et par toi en qui je veux me glorifier à l’infini  ! ”  » (…)

«  À ce moment Jésus ouvrit les bras en un geste glorieux de bénédiction et d’amour, les yeux baissés sur la terre qu’il couvrait majestueusement de son ombre (sic  !) en la considérant avec une tendresse et une complaisance ineffables. Après un moment de cette attitude, il me désigna l’endroit précis où il désirait son Œuvre, et qu’il fallait acquérir.  »

C’est à Châteauneuf que doit se fonder le premier foyer, qui débutera par la création d’une école libre pour filles. Marthe confie cette mission à l’abbé Faure qui se récrie. Il consulte ses confrères, tous sauf un lui disent que c’est de la folie. Malgré tout, il se lance dans l’aventure  : l’achat et la restauration du château en ruine de Châteauneuf-de-Galaure.

MADEMOISELLE ÉMILIE BLANK.

Tableau de Marie-MédiatriceC’est alors qu’intervient l’étrange mademoiselle Émilie Blank, du «  milieu mystique lyonnais  », brûlant des mêmes aspirations que Marthe, et qui se sent poussée à «  fonder quelque chose  ». Marthe est subjuguée par sa nouvelle amie. Plus tard, oubliant un instant les paroles de Notre-Seigneur, elle dira que l’idée des Foyers de charité «  est venue de mademoiselle Blank  ».

Ce qui manque le plus à Marthe et à son œuvre pense-t-elle, c’est la direction d’un homme d’envergure. Après consultation du cercle de ses amies, elle propose l’abbé Finet, directeur d’âme et vice-directeur de l’enseignement libre du diocèse de Lyon. Reste à trouver le moyen de le faire venir…

Marthe a une dévotion très particulière à Marie-Médiatrice. Elle voudrait un tableau qui la représente, mais «  pas comme on en voit partout…  » ajoute-t-elle avec dépit. Mlle Blank attrape la balle au bond  : «  J’ai ce qu’il vous faut  », dit-elle.

L’étrange tableau auquel songe Mlle Blank – qui restera toujours dans la chambre de Marthe – présente une Vierge couronnée qui a la terre sous ses pieds, avec un serpent, mais dont elle n’écrase pas la tête. Ses mains, au lieu d’être abaissées et rayonnantes de grâces, sont levées en position d’orante. De la terre, – ou de la gueule du serpent  ? – s’élance un lis surmonté d’une hostie qui monte jusqu’à son cœur.

Mlle Blank est sûre de son cadeau, elle arrangera tout, et ce sera l’abbé Finet qui viendra le lui apporter.

L’APPEL DU PREMIER APÔTRE.

Père Finet

Père Finet

Le Père Finet rencontre Marthe le 10 février 1936. Leur entretien dure trois heures  : une heure sur la Sainte Vierge, une heure sur le nouvel apostolat des laïcs, une heure sur la “ Pentecôte d’amour ” qu’ils attendent tous deux. (…)

Puis, sur un ton d’autorité, Marthe dit  :

J’ai une demande à vous adresser de la part de Dieu. C’est vous qui devez venir ici à Châteauneuf pour fonder le premier foyer de charité (…).

– Pour quoi faire  ?

– Notamment pour prêcher des retraites. Dieu le veut  !

L’abbé Finet se récrie, il est du diocèse de Lyon, pas de Valence.

– Ne vous tourmentez pas, rétorque Marthe, la Vierge y veillera  ! et sans plus attendre, elle fixe la date du 7 septembre pour la première retraite.

«  Finet est conquis, abasourdi aussi  : “ J’en parlerai à mes supérieurs. ”  »

«  Vous devez accepter  !  » disent Mgr Bornet et Mgr Rouche, du diocèse de Lyon. Quant au Père Valensin, il affirme  : «  Marthe Robin, c’est Catherine de Sienne. Elle ne vous trompera jamais, elle est d’Église  ! Vous devez faire tout ce qu’elle vous dira, elle ne vous trompera jamais.  » L’évêque de Valence, Mgr Pic, bénit le projet des deux mains.

D’autres sont plus sceptiques, comme le cardinal-archevêque de Lyon, Louis-Joseph Maurin, disciple de saint Pie X et sympathisant de l’Action française, qui jugeait «  fou  » son confrère de Valence… Mais il n’en a plus que pour quelques mois à vivre.

L’IDYLLE GALLILÉENNE.

Au portrait qu’en fait Peyrous, les états de service, la piété, le dévouement aux âmes de l’abbé Finet forcent l’admiration. Ses responsabilités au sein de l’armée et dans l’enseignement libre lui ont donné l’expérience des âmes et l’habitude de commander.

Il a cependant les défauts de ses qualités  : «  Engagé tout entier, tête et cœur dans une entreprise, il peut manquer de distance, d’esprit critique à l’égard de lui-même et des autres. Il a du mal à se remettre en cause.  »

Il est en outre profondément démocrate-chrétien.

Dès la première retraite, il donne, avec sa fille spirituelle, l’heureux spectacle du plus pur amour filial et paternel. L’abbé touche les cœurs en leur parlent de la bonté du Père, tandis que Marthe fait découvrir à tous «  le côté si maternel et merveilleux de Marie  ».

L’œuvre se développe, l’argent arrive toujours au bon moment, même en cette période de guerre. (…)

LE TOURNANT DE LA VIE PUBLIQUE.

En 1942, le Père Finet décide de faire construire une nouvelle chambre pour Marthe, plus au calme. Le 7 août 1943, une habile mise en garde de Mgr Pic renvoie dos à dos les opposants et les partisans exaltés de Marthe Robin. L’évêque ne veut pas que de vulgaires pamphlets mettent «  fort indiscrètement en cause les plus respectables théologiens et même cardinaux  ».

«  Dorénavant, nous explique François de Muizon, le Père Finet va sécuriser un dispositif très strict de diffusion de l’information, il devient, sous l’autorité de l’évêque, le seul porte-parole de Marthe. Tous les visiteurs qui sont autorisés à rencontrer Marthe Robin dans sa chambre se voient interdire de parler d’elle, même dans leur propre famille. La loi du silence s’impose. Telle sera la règle jusqu’à la mort de Marthe.  » (de Muizon, p. 137)

Pourquoi une telle vigilance, quel est le secret qui mérite d’être si bien gardé  ?

Marthe RobinOn a fait grand cas de deux prodiges de Marthe Robin  : son inédie – le fait qu’elle ne se nourrissait absolument pas –, et son immobilité complète par la paralysie. Or la vérité sourd des témoignages récoltés dans la positio, et le Père Peyrous se sent obligé de la dire, tout en l’enrobant du mieux qu’il peut  : Marthe se déplaçait quelques fois la nuit «  pour satisfaire ses besoins intimes  », elle récupérait «  une part de liberté  », elle se nourrissait au moins du minimum vital. (…)

Cette révélation a ému des amis de Marthe, qui ont cherché à répondre dans un livre de 2014  : «  Si Marthe Robin satisfait son corps en le nourrissant et dissimule ce fait en mentant, elle ne vit pas de l’Hostie, elle n’est pas maintenue en vie par le Christ, qui y repose selon la foi catholique. Elle n’a donc aucune mission véritable pour fonder les Foyers de Charité. Il ne me semble pas que ce soient là des conclusions de peu d’importance dans un ouvrage qui veut être la biographie d’une femme dont la réputation de sainteté a justifié aux yeux des autorités ecclésiastiques que l’on ouvre à son sujet un procès de béatification en cour de Rome.  »

Quelle est donc la clé de l’énigme  ? C’est le démon. Bien sûr  ! C’est le démon qui prenait les apparences de Marthe et qui se déplaçait dans sa chambre  ! Le Père Finet lui-même a fourni cette explication aux gardiennes de Marthe, étonnées de l’avoir plusieurs fois surprise hors de son lit… peut-être voulait-il rassurer ces ingénues  ?

Les documents cités par les amis de Marthe nous révèlent d’ailleurs que le verrou intérieur de sa chambre était à 40 cm de hauteur, donc à sa portée… Et qu’elle connaissait avec précision le rangement des tiroirs de sa commode  : «  Quand on cherchait, dans la demi-obscurité, elle disait  : Mais non, c’est à côté…  » (p. 184) Pour une personne aveugle et paralysée depuis plus de cinquante ans, oui vraiment, c’est “ héroïque ”…

LE MENSONGE ROBIN-FINET FACE À LA FACULTÉ.

De nombreux médecins rencontrent Marthe. Parmi eux, des psychiatres de grand renom, même catholiques convaincus, concluent sans hésitation à l’hystérie, sans oser toutefois dénoncer la supercherie de ses apparitions.

D’autres comptent parmi ses amis et admirateurs. En 1942, Mgr Pic en désigne quelques-uns pour être ses examinateurs officiels. Aucune conclusion médicale sérieuse ne surgit de leur rapport, ils prennent pour argent comptant ce que dit leur patiente.

Le cas du docteur Alain Assailly est emblématique. Pour confondre un confrère sceptique, il se propose de faire examiner Marthe dans un hôpital pendant un mois afin de contrôler son inédie.

L’apprenant, Marthe lui jure qu’elle est prête à tout, que sa règle est l’obéissance, et qu’elle fera ce que son confesseur, son évêque ou le Saint-Père demanderont. Elle lui explique aussi que malgré tout, il ne réussira pas à convertir son ami, pas plus que les miracles de Lourdes n’ont converti les médecins athées…

«  En connaissez-vous  ? – Non mademoiselle. – Appelez-moi Marthe, ça me fera plaisir… on va collaborer…  »

Et de fait ils vont collaborer…. Pour ce neuropsychiatre catholique qui doit traiter des cas de possessions diaboliques, cela va se révéler très intéressant. Assailly en oublie sa demande, et il lui envoie des patients. Marthe les aide et participe de loin à leur guérison… Mais en attendant, elle échappe à un mois d’hôpital sous haute surveillance… Elle est très, très forte la petite Marthe. (…)

Et que fait-elle du cas de son frère Henri  ? C’est un point noir du dossier. En 1951, il se tire un coup de fusil de chasse dans la tête, à l’étage au-dessus de Marthe qui n’entend rien. Quand elle l’apprend, elle ne s’inquiète pas pour son éternité. Henri était pourtant violent, alcoolique et anticlérical…

MARTHE ET SON ESPRIT DIRECTEUR.

Mais les fondations se multiplient, et le Père Finet envisage la question de la reconnaissance canonique des Foyers de Charité. En 1952, le chanoine Naz propose le statut d’institut séculier. Marthe explose  : «  Un Foyer de charité, ce n’est pas un machin ajouté à un autre machin. C’est quelque chose de très nouveau dans l’Église. C’est à l’Église de nous prendre tels que nous sommes. (…) Jamais de constitutions dans les Foyers. Les Constitutions nous limiteraient et nous assimileraient à des ordres religieux.  » (cf. Peyrous, p. 291-292)

… Elle fait moins d’histoires quand il s’agit de soustraire le “ cher argent ” des Foyers de charité aux contrôles du fisc… par l’intervention bienveillante d’Edmond Michelet, le démocrate-chrétien épurateur de 1944…

Au début des années cinquante, Mgr Urtasun successeur de Mgr Pic s’inquiète de voir cette mystique dans une perpétuelle noirceur. Il monte à La Plaine, résolu à ne pas s’en laisser compter, et, tous volets ouverts, voit Marthe en pleine lumière. Cette fois-là, exceptionnellement, Marthe ne hurle pas de douleur. Au contraire, elle fait les yeux doux à Monseigneur et lui offre la suavité d’une douce conversation qui le renvoie apaisé… (…)

Le Père Finet prêchant une retraite.

Le Père Finet prêchant une retraite.

LE VIVIER DE VATICAN II.

Depuis novembre 1940, c’est Finet qui organise les visites, préside aux “ passions ” de Marthe. Lui seul peut la faire revenir de ses extases ou chasser le démon… Il prêche des retraites à Châteauneuf, insistant beaucoup sur l’amour miséricordieux et inconditionnel de Dieu… C’est très pieux, très dégoulinant d’amour  ; la moindre velléité de pénitence, d’austérité est taxée de jansénisme.

Marthe RobinIl préside à la fondation de nouveaux foyers de charité – plus d’une soixantaine à la mort de Marthe ­– Cela devient une grosse entreprise. Et cela séduit les catholiques du meilleur milieu traditionaliste.

Le pape Pie XII s’intéresse à ce cas et envoie le Père Garrigou-Lagrange. Marthe lui parle de la Sainte Vierge, le bon Père en ressort les larmes aux yeux, confondu de sa propre ignorance.

Dans les dérives de l’après-concile, elle prend le parti de l’ordre, mais de l’ordre conciliaire. Tendance “ Homme Nouveau ”. Les dignes Pères abbés de Fontgombault la consultent à propos de la réforme liturgique. Mgr Lefebvre lui-même reçoit ses encouragements dans les débuts… Elle encourage le Père Marie-Dominique Philippe à fonder les Frères de saint-Jean.

Elle soutient les apparitions de Garabandal, pourtant condamnées par l’Église.

Elle encourage le pasteur Gérard Croissant, bientôt frère Éphraïm. Elle qui dissuadait les pasteurs protestants d’abjurer leur hérésie sous le pontificat de Pie XII, dit à celui-ci  : «  Le moment est venu.  »

FATIMA ENGLOBÉ, DÉPASSÉ.

Le 1er août 1942, l’année de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie par Pie XII, Marthe raconte une vision de la Sainte Vierge qu’elle aurait eue. Sa description s’étire pendant des pages, mais voici l’essentiel  :

«  Cette Vierge clôt une étape et en ouvre une autre. Elle clôt l’étape des avertissements suppliants, des menaces mêmes de Dieu au cours de ses multiples apparitions, en France et ailleurs, des derniers siècles. Elle ouvre le temps des débordements de la miséricorde de Dieu en faveur de ses enfants qui n’ont compris ni ses avertissements ni ses menaces. N’ayant pas écouté les prévenances divines, nous avons subi les châtiments annoncés par la Vierge. La miséricorde est inlassable, et la Vierge, sans tenir compte de nos fautes, se fait l’expression, voire même le sacrement de la miséricorde de Dieu…  »

Marthe ne s’oppose pas aux «  multiples apparitions  » passées, elle les intègre dans une sorte de synthèse charismatique où la sainteté de justice de Dieu n’a plus cours, elle les déclare périmées, dépassées, comme d’un vieux testament remplacé par le nouveau…

Marthe Robin, c’est l’anti-Lucie de Fatima, et sa prétendue Vierge, une rivale de Notre-Dame de Fatima, “ médiatrice ” d’un amour charismatique qui ne vient pas de Dieu.

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE DE MARTHE

La chambre de Marthe Robin.Jean Guitton a saisi pour nous un prodigieux instantané du mystère de Marthe. Pour lui, c’est le chapitre douzième du livre de l’Apocalypse qui s’est revécu dans sa chambre, celui de la femme et du Dragon. Elle ne crie pas dans les douleurs, mais elle enfante à sa façon. Il observe la position de ses jambes paralysées, recroquevillées, les talons reposant sur le haut des cuisses, «  en forme de M renversé  ». Marthe figure à ce coup, la prodigieuse icône de l’inversion diabolique du revers de la Médaille Miraculeuse, et du mystère eucharistique et marial qu’il figure, tandis que le tableau de Marie-Médiatrice figure l’avers.

Le 5 février 1981, peu de temps avant que Marthe ne subisse un examen médical approfondi d’ordre de son évêque, un hurlement déchire la nuit. Marthe meurt «  sans saigner  », dans des conditions sordides, par terre, la bouche ouverte, hagarde, comme le serpent de nos Immaculée Conception. Qu’elle ait été «  tuée par le démon  » qui l’avait prévenue  : «  Je t’aurais jusqu’au bout  !  » ou bien qu’elle soit morte de mort naturelle, peu importe, abandonnons le détail de cette enquête aux policiers…

Enterrée le 12 février, son cercueil est placé en haut dans le caveau. Lors de l’exhumation, il aura changé de place  : au fond, par terre…

ROME CONNAÎT LA VÉRITÉ

Rome connaît la vérité, les objections théologiques à la cause de Marthe Robin, rassemblées par le promoteur de justice, Mgr Pierre Bouvier, tiennent une part considérable de la positio de Marthe, même si celle-ci a été publiée sans l’aval de ce dernier.

C’est peut-être la plus grande imposture mystique de tous les temps. Quoi qu’il en soit des groupes de pression qui dominent la Curie romaine, et celui du Renouveau charismatique n’est pas le moindre, les hommes d’Église ne pourront faire l’économie d’un examen et d’une condamnation en bonne et due forme, comme ils ne peuvent esquiver indéfiniment le grand procès doctrinal demandé par l’abbé de Nantes, notre Père.

Prions, prions pour le Saint-Père  !

Extraits de Il est ressuscité n° 150, avril 2015
En audio-vidéo  : L 156

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