La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Le mystère de l’Église et l’Antichrist
LA DÉNONCIATION DU PROGRESSISME

L‘abbé de Nantes écrivait en janvier 1964  : «  C’est la montée victorieuse du progressisme dans l’Église, corrompant la foi et les mœurs, qui m’a fait un devoir d’entreprendre contre lui une lutte délaissée par tant d’autres, et d’ailleurs délicate et dangereuse.  »

Sa première Lettre sur le sujet (n° 58, octobre 1959) est le cri pathétique de l’homme de Dieu qui a perçu et mesuré le péril dans toute sa gravité  :

L'abbé de Nantes

(…) «  Si elle ne se transformait parfois en ange de lumière, comme dit l’Écriture, la malignité des démons ne pourrait accomplir son œuvre de séduction…  » (…) Pour ma part, j’ai longtemps cru qu’il n’y avait chez cette foule de gens acquis au progressisme, que désir d’être dans le mouvement, que zèle mal éclairé et bien imprudent pour l’Église, qu’opinions politiques ou sentimentalité de gauche… tout cela est vrai, du troupeau. Mais un mouvement d’une telle ampleur, révélant une telle unité de pensée, une telle discipline d’action ne peut être seulement le produit de tant d’agents divers. Il faut, pour l’expliquer dans son action et sa diffusion mondiale, qu’il soit mené de haut par des hommes lucides, eux-mêmes nourris d’une «  mystique  » nouvelle. Les docteurs de cette Hérésie sont encore dans l’Église, ils en partagent la foi et communient en son culte, mais sous ces apparences identiques, le contenu intime de leur foi, de leur espérance et de leur charité est tout autre. (…) Sonder cette dépravation est un calvaire intolérable  ; ils étaient nos frères et nous découvrons qu’ils ne le sont plus alors qu’ils le paraissent encore. Ils sont même acharnés à la perte de l’Église, notre commune Mère, alors qu’ils en vivent et parlent en son nom  ! D’eux se vérifie la parole de l’Apôtre  : «  Ces gens-là sont de faux apôtres, des ouvriers perfides, qui se déguisent en apôtres du Christ.  » (2 Co 11, 13).

«  Qu’on ne me prenne pas pour un fou  », ajoute-t-il, et c’est bien la crainte de ceux qui gardent la pureté de la foi et la défendent, dans ces époques troubles où l’Hérésie grandit sans avoir été démasquée ni condamnée, et dans des régions de la terre où elle ne s’est pas encore pleinement manifestée dans sa malice. (…) Ici, le progressisme se déclare la pointe vivante, la part dynamique, l’élite mystique de l’Église et la hiérarchie, qui seule a le pouvoir de le dénoncer au nom de l’Orthodoxie, s’est surtout employée à en couvrir les chefs. Ils se disent chrétiens, on s’incline devant leur sincérité et on interdit, au nom de la charité et de l’unité entre frères, de la suspecter. Mais quel étrange christianisme  !

Déjà de bons esprits politiques ont établi le caractère antinational et même contre-nature de leurs «  engagements temporels  »; des moralistes sûrs en ont établi l’immoralité patente. Au nom de la discipline, leurs complicités avec les pires adversaires de l’Église, leurs prises de position opposées à celles de la Hiérarchie ont été relevées et blâmées. En vain. Le progressisme n’en continue pas moins à séduire des générations entières de prêtres et de militants d’Action Catholique, parce qu’il dépasse toutes ces critiques secondaires, toutes ces objections et sanctions de détail  : à celles-ci qui ne sont inspirées, disent-ils, que par des préjugés politiques ou des routines ecclésiastiques, par le sectaire «  intégrisme  » ou les aveugles bureaucrates de la Curie romaine, les progressistes opposent leur foi chrétienne, dans sa pureté, sa souveraineté, foi plus parfaite, plus authentique et vivante que toute autre, et c’est leur foi chrétienne qui leur dicte les principes qui commandent toute leur action. Le vrai christianisme, c’est le leur  !

On n’atteindra donc le progressisme qu’en mettant en cause l’orthodoxie de cette foi supérieure  ; là est la source de cette vie et de cette énergie ennemies de l’Église, qu’il faut suspecter  ! Sincères peut-être, sont-ils dans la vérité  ? Je vous montrerai que cette foi est corrompue. Cette mystique hérétique enivre les âmes et les gagne par sa ressemblance au christianisme. Elle éveille en elles un enthousiasme ardent, un dévouement généreux par ce qu’elle conserve des mystères chrétiens. Elle y ajoute encore une frénésie propre à tout ce qui est nouveau et sectaire, et cette part vient de Satan. Mais, parce que cette mystique est totalement dépravée, elle conduit infailliblement celui qui s’y livre à combattre de toutes manières et sur tous les terrains l’Église de Jésus-Christ et finalement à renier la vraie foi pour s’enrôler dans la grande armée de l’Antichrist.

Qu’on se hâte donc de dénoncer cette Hérésie, qu’on en confonde les docteurs au lieu de garantir leur sincérité, pour sauver du péril de damnation tant d’âmes séduites, égarées, et pour desserrer l’étreinte qui étouffe l’Église du Christ.

Extraits de Pour l’Église tome 1, p. 77-82

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