La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Jean XXIII et Fatima

Le 17 juin 1944, lorsque Mgr da Silva prit possession de l’enveloppe contenant le manuscrit de la troisième partie du Secret, il aurait pu l’ouvrir aussitôt, lire le Secret et le divulguer. Il n’osa pas. Alors, «  Lucie lui fit promettre, raconte le chanoine Galamba, qu’il serait ouvert définitivement et lu au monde à sa mort à elle, Lucie, ou en 1960, selon ce qui se produirait d’abord  ».

En 1946, le chanoine Barthas demandait à sœur Lucie et à l’évêque de Leiria quand la troisième partie du Secret serait dévoilée. Ils «  répondirent uniformément, sans hésitation et sans commentaire  : “ En 1960. ” Et lorsque je poussai l’audace jusqu’à demander pourquoi il fallait attendre jusque-là, j’obtins pour toute réponse, de l’un comme de l’autre  : “ Parce que la Sainte Vierge le veut ainsi. ”  »

Mgr da Silva et l'enveloppe contenant la troisième partie du Secret.

Mgr da Silva et l’enveloppe contenant la troisième partie du Secret.

Dix ans plus tard, en 1957, le Saint-Office réclama le précieux document et Mgr da Silva le lui envoya sans avoir consenti à ouvrir l’enveloppe ni à prendre copie de son contenu, comme le lui suggérait son évêque auxiliaire, Mgr Venancio.

Ce dernier remit l’enveloppe scellée au nonce apostolique de Lisbonne, le 1er mars 1957, pressentant que les prélats romains avaient exigé le transfert du manuscrit au Vatican pour empêcher son dévoilement au monde en 1960.

Pie XII mourut le 9 octobre 1958 sans l’avoir lu. Trois semaines après, le 28 octobre, le cardinal Roncalli était élu Pape et prenait le nom de Jean XXIII. Il lut le Secret pendant l’été 1959, peu de temps avant le terme fixé par la Très Sainte Vierge pour sa divulgation.

Sœur Lucie avait dit au cardinal Ottaviani  : «  En 1960, le Secret apparaîtra plus clair.  » Il suffit de brosser un tableau des persécutions qui ont accompagné l’expansion du communisme dans les pays “ décolonisés ” pour comprendre la claire signification des prophéties qu’il contient.

La gravité et l’ampleur sans précédent des attaques contre l’Église se trouvent résumées par deux chiffres illustrant la carte de “ l’Église du silence ” en 1961  : «  Pendant les premiers siècles de notre ère, trois cent mille chrétiens furent martyrisés. Aujourd’hui, de Berlin à Shanghaï, de la Sibérie au Tonkin, 90 millions de catholiques sont persécutés pour notre foi  !  »

Personne ne pouvait nier un tel constat. Le cardinal Frings déclarait  : «  On ne doit jamais oublier que le dernier demi-siècle a donné à lui seul plus de martyrs que les trois siècles de persécution romaine.  » (…)

En cette conjoncture, quel courage surnaturel les persécutés n’auraient-ils pas reçu par la divulgation du troisième Secret  ! La vision de la «  grande croix de troncs bruts  » dressée au sommet de la montagne escarpée venait providentiellement rappeler, à l’encontre du progressisme, que la Croix domine et régit l’histoire du monde, comme aussi le drame de chaque vie humaine. (…)

JEAN XXIII OCCULTE LE TROISIÈME SECRET

L’enveloppe cachetée contenant le troisième Secret fut remise au pape Jean XXIII à Castelgandolfo, le 17 août 1959. Le Pape l’ouvrit quelques jours plus tard.

Citons le témoignage de Mgr Capovilla, son secrétaire privé  :

Le pape Jean XXIII

«  Jean XXIII me dit  : “ Écrivez. ” Et j’écrivis sous sa dictée  : “ Le Saint-Père a reçu ce document des mains de Mgr Philippe. Il a décidé de le lire vendredi, en présence de son confesseur. Ayant constaté l’existence de locutions peu claires, il a appelé Mgr Tavares, qui traduisit. Il l’a fait lire à ses collaborateurs les plus proches. Finalement, il a décidé de refermer l’enveloppe en disant  : “ Je ne porte pas de jugement. Silence face à ce qui peut être une manifestation du divin ou peut ne pas l’être. ”  »

Le 8 février 1960, le simple communiqué d’une agence de presse portugaise, l’Agencia nacional de informaçao, annonçait que le troisième Secret ne serait pas divulgué.

«  La décision des autorités vaticanes, précise-t-il, se fonde sur les raisons suivantes  :

«  1. La sœur Lucie est encore vivante.

«  2. Le Vatican connaît déjà le contenu de la lettre.

«  3. Bien que l’Église reconnaisse les apparitions de Fatima, elle ne désire pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois pastoureaux dirent que la Vierge Marie leur avait adressées.

«  Dans ces circonstances, il est très probable que le “ Secret de Fatima ” sera maintenu, pour toujours, sous le plus absolu secret.  »

Non seulement Jean XXIII ne parla jamais publiquement du troisième Secret, mais il se montrait contrarié lorsqu’on l’évoquait devant lui, ou si on le questionnait sur ce sujet. Un jour, il répondit au futur cardinal Oddi  : «  Ne me parlez pas de cela  !  » Le prélat insista néanmoins  : «  Si vous voulez, je ne vous en parle plus, mais je ne peux pas empêcher les gens d’en parler. J’ai dû moi-même faire une centaine de prêches pour annoncer sa révélation.  » Le Pape répliqua  : «  Je vous ai dit de ne pas m’en parler  !  »

John Haffert, le fondateur de l’Armée bleue, constata les effets néfastes de la décision et des procédés de Jean XXIII  : «  L’année 1960 se passa sans que le Pape ait dévoilé le Secret qui lui avait été confié. Il ne fit même pas savoir s’il l’avait ouvert. Le silence de Rome pesa lourdement sur nous  ; les gens commencèrent à murmurer que Fatima était une histoire montée, qu’il n’y avait pas de Secret, que “ le Secret de 1960 ” était une mystification… En 1964, l’effet du long silence concernant le Secret semblait toujours nous envelopper comme un drap mortuaire.  »

L’UTOPIE DE LA COEXISTENCE PACIFIQUE

Jean XXIII

Comment expliquer cette attitude de Jean XXIII  ? Selon le Père Alonso, il aurait même déclaré, après avoir lu le troisième Secret  : «  Cela ne concerne pas les années de mon pontificat.  »

L’explication, aujourd’hui bien connue, tient dans le fait que Jean XXIII minimisait l’ampleur et la violence des attaques subies par l’Église catholique. Il demeurait donc fermé à la compréhension du Secret et entendait poursuivre une utopique politique de conciliation avec les dirigeants soviétiques. (…)

Par ses déclarations, il accréditait la prétendue politique internationale de “ coexistence pacifique ” et de détente, menée par les bolcheviques pour endormir et duper les Occidentaux. Cette Ostpolitik culmina, en avril 1963, avec la publication de son encyclique sur la paix dans le monde, Pacem in terris, dont il adressa un exemplaire traduit en russe à Khrouchtchev.

Le quotidien soviétique, les Izvestia, s’empressa d’en tirer parti en observant qu’en «  intervenant dans la sphère politique, le Pape faisait preuve d’une certaine tolérance envers les communistes athées  ».

On comprend leur satisfaction puisque, dans Pacem in terris, le Souverain Pontife ne considérait pas la Chrétienté, il n’examinait pas les périls qui la menaçaient. (…) En revanche, il reconnaissait officiellement la “ charte des droits de l’homme ” des Nations unies, et il prônait une communauté mondiale libre, égale et fraternelle, fondée sur la bonne volonté de tous les hommes. Tant et si bien que cette longue encyclique sur “ la paix entre les hommes et entre toutes les nations ” ne contenait pas même une allusion à l’Immaculée Vierge Marie, laquelle est pourtant, selon les révélations de Fatima, la seule dispensatrice du don divin de la paix.

VATICAN II ET FATIMA  : DEUX ESPRITS CONTRADICTOIRES

Croyant donner corps à son utopie en invitant des “ observateurs ” russes au concile Vatican II, Jean XXIII conclut un accord en bonne et due forme avec Moscou, aux termes duquel leur présence au Concile aurait pour contrepartie le silence des Pères sur le communisme. (…)

«  De fait, et même par une fraude patente, cent fois dénoncée, non pas sanctionnée mais couverte et assumée par l’autorité suprême, il n’y eut au Concile, malgré la pétition de nombreux Pères, aucune condamnation du communisme athée, aucune fulmination d’anathème contre ses séides et ses complices chrétiens, aucune dénonciation de son impérialisme, esclavagiste et persécuteur. Le plus grand Concile de tous les temps (soi-disant) demeura sourd et aveugle au plus grand phénomène d’inhumanité de tous les temps  : l’expansion mondiale du bolchevisme. Ainsi lui prêta-t-il sourdement une aide décisive.  »

Le 11 octobre 1962, dès son discours d’ouverture du concile Vatican II, Jean XXIII appliquait les clauses du pacte conclu avec le diable en prenant le contre-pied de la vision prophétique du troisième Secret, bravant ainsi l’autorité de l’Immaculée Mère de Dieu.

«  Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.  » (…)

Dès lors, toutes les grandes orientations de Vatican II seront en contradiction avec le message de Notre-Dame de Fatima. À chacun des éléments de la demande de la Vierge concernant l’acte de réparation et de consécration de la Russie, s’oppose radicalement l’une ou l’autre des nouveautés doctrinales de Vatican II. Le Concile ne pouvait pas en même temps louer “ les valeurs spirituelles présentes en toute religion et même dans l’athéisme ”, et poser un acte solennel et public de réparation pour les impiétés commises en Russie par les bolcheviques  !

MARIE MÉDIATRICE MÉPRISÉE

De plus, l’œcuménisme congarien, imposé à Vatican II par la minorité progressiste, conduisit le Concile à bafouer les prérogatives de l’Immaculée médiatrice, et à mépriser l’essentiel du message de Fatima selon lequel «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie  ».

Lors de la préparation du Concile, trois cents évêques avaient demandé expressément la définition dogmatique de la Médiation universelle de la très Sainte Vierge. Ce fut en vain. Devant la commission centrale préparatoire, le cardinal Montini, futur pape Paul VI, osa affirmer, le 20 juin 1962  : «  La proposition d’un nouveau titre, surtout celui de Médiatrice, à accorder à Marie très Sainte, me paraîtrait inopportune et mêmedamnable (damnosa)  »  !

Le Concile n’allait donc traiter de la très Sainte Vierge que dans le dernier chapitre de la constitution sur l’Église. Le Père Congar, satisfait, notait dans son journal intime  : «  La mariologie, du moins celle qui veut toujours ajouter, est un vrai cancer.  »

À Marie Médiatrice, on préféra un nouveau titre marial  : Marie, Mère de l’Église. L’abbé Laurentin remarque que «  Jean XXIII a employé plusieurs fois le titre de “ Mère de l’Église ”, à la suite de Léon XIII, mais n’a jamais employé ceux de corédemptrice et de médiatrice  ». (…)

Il y eut toutefois plusieurs évêques pour s’alarmer de ce mépris du culte de la Sainte Vierge. Le cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne, au nom de cent treize évêques, réclama que soit recommandée explicitement la dévotion au saint Rosaire. La commission qui préparait le chapitre sur la Vierge Marie, rejeta la demande. Le rosaire et le chapelet ne seront donc pas mentionnés dans les Actes de Vatican II  ! (…)

«  Sœur Lucie, écrit le Père Alonso, a sans doute beaucoup souffert intimement de la réforme liturgique. On n’y a pas respecté une tradition vénérable qui s’était constituée peu à peu au cours des siècles autour de la signification liturgique spécifique de la fête du Cœur de Marie. Et on n’a ni respecté ni suivi une révélation du Ciel qui se manifestait avec toutes les garanties de l’Église, à savoir que la dévotion à ce Cœur Immaculé est une nécessité pour l’Église de notre temps. Ce Cœur se présente avec toute sa valeur d’espérance eschatologique et, du moins dans la nouvelle réforme de la liturgie, cette espérance a été occultée.  »

Extraits de Fatima, Salut du monde, p. 283-308

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