La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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SŒUR LUCIE : BIOGRAPHIE “ OFFICIELLE ”

Complot contre la messagère du Ciel

APRÈS la mort de sœur Lucie, survenue il y a presque dix ans, le 13 février 2005, les carmélites de Coïmbre ont dépouillé et classé ses archives qui contenaient des manuscrits inédits. Grâce à ces documents, elles ont rédigé et publié une volumineuse biographie de la voyante, sous le titre Um caminho sob o olhar de Maria  ; Un chemin sous l’œil de Marie (éd. Carmelo, octobre 2013).

L’ouvrage, préfacé par Mgr Virgilio Antunes, l’actuel évêque de Coïmbre, fut officiellement “ révisé ” par trois ecclésiastiques portugais membres de la Commission historique de son procès de béatification  : Mgr Luciano Guerra, le chanoine Luciano Cristino et le Père Pedro Ferreira.

Ce livre constitue en quelque sorte la biographie “ officielle ” de sœur Lucie.

J’en avais attendu la publication avec impatience, pendant des années, parce que je n’ai jamais eu accès aux archives du carmel, malgré les démarches que j’ai faites auprès de ses supérieurs ecclésiastiques. Le Père Pedro Ferreira, provincial des carmes, m’avait répondu qu’il ne fallait pas «  brusquer les sœurs  ». Il rejeta ma requête.

Quant à Mgr Albino Cleto, évêque de Coïmbre, il ordonna à la prieure du carmel de me montrer un manuscrit, un seul, déjà publié  : Comment je vois le message.

Au carmel, je profitai du parloir avec mère Maria do Carmo pour l’interroger sur un autre document que je désirais consulter, l’autobiographie inédite de sœur Lucie. «  Non, nous n’en avons pas ici le manuscrit  », me répondit-elle.

Comme j’insistais ensuite auprès d’une sœur tourière, celle-ci m’avoua que le carmel en conservait les cahiers…

Les carmélites ont rédigé leur biographie essentiellement à partir de cette source.

Précisons que sœur Lucie en commença la rédaction le 13 janvier 1944, dix jours après avoir écrit le troisième Secret. Elle le fit sur l’ordre de son évêque, Mgr da Silva, qui craignait qu’elle parte rapidement pour le Ciel. C’est elle qui lui donna pour titre Mon Chemin et, plus tard, il deviendra son Diaire.

De surcroît, les carmélites rapportent des récits de sœur Lucie, entendus lors de leurs récréations en communauté.

Cette biographie m’a donc permis d’enrichir celle que j’avais préparée, et que nous avons publiée l’été dernier (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, 490 pages).

Mais y trouve-t-on présentée, en toute vérité, sa mission divine et prophétique, ainsi que les obstacles insurmontables qu’elle a rencontrés pour la remplir  ?

C’est toute la question  ! Car si les oppositions et les refus de la hiérarchie auxquels la messagère de Notre-Dame s’est heurtée, sont passés sous silence, c’est le grand drame de sa vie qui se trouve occulté.

Or, le salut des âmes et la paix du monde en dépendaient, et en dépendent encore aujourd’hui.

L’étude critique du livre sera très fructueuse  : en recherchant et en retrouvant tout ce qui a été censuré, nous ressusciterons “ la vraie Lucie ”. Assurément, elle a témoigné toute sa vie du message divin qui lui fut communiqué, message sans aucun équivalent dans toute l’histoire de l’Église, et ce fut pour elle un martyre.

L’APPEL DU CARMEL  :
UN CHEMIN D’IMMOLATION

Les premiers chapitres du livre racontent l’enfance de Lucie et ses apparitions de 1916 et 1917, en citant ses Mémoires présentés comme des récits historiques et véridiques. Aucun soupçon n’est émis contre le témoignage de la messagère du Ciel.

C’est à partir de son départ de Fatima, en 1921, que son autobiographie devient une relation des moindres événements de sa vie.

Nous savions déjà que sa vocation de carmélite avait été contrariée par ses supérieurs qui l’obligèrent à entrer dans la congrégation des dorothées.

Mais son autobiographie révèle à quel point l’appel du Carmel retentissait encore dans son cœur alors même qu’elle s’engageait par des vœux chez les dorothées, des vœux temporaires, puis perpétuels. Elle les prononça, malgré de très grandes répugnances, par obéissance à ses confesseurs et à ses supérieurs.

Grâce à des citations bien agencées de son autobiographie, l’on revit toutes les étapes de son chemin d’immolation.

Même lorsque le pape Pie XII autorisa, en 1947, son transfert des dorothées au Carmel, Mgr da Silva s’y opposa encore  :

«  Vous devez y renoncer. Restez tranquille là où vous êtes, car vous y êtes bien.  »

«  En entendant cela, écrit Lucie, les larmes coulèrent sur mes joues et je répondis  :

– Maintenant, je ne peux plus reculer.

– Comment  ? Vous ne pouvez plus  ? Notre-Dame ne vous a-t-elle pas dit de suivre le chemin que je vous indiquerai  ?  »

Notre-Dame le lui avait ordonné lors de sa septième apparition, la veille de son départ de Fatima, en 1921.

«  Si, lui répondit Lucie, mais maintenant que j’ai reçu l’approbation du Saint-Père pour mon transfert, je crois que je dois aller dans un carmel.  »

Sœur Lucie sortit extrêmement affligée de cet entretien.

«  Monseigneur me fit penser aux parents qui repoussent leurs filles quand elles se conduisent mal ou s’obstinent à vouloir faire des faux pas. Il me fit pleurer des jours et des nuits mais il me fit aussi du bien, car il me détacha beaucoup des créatures. C’est dans le Tabernacle que je trouve toujours du réconfort.

«  Ô mon bon Jésus, tu m’avais encore réservé, au fond du calice, cette goutte de plus, si amère. Je veux pour toi en savourer toute l’amertume  ! Et j’ai confiance, tandis que je répète avec le psalmiste  : “  Les justes ont crié et le Seigneur les a entendus. Il les a délivrés de toutes leurs afflictions. Proche est le Seigneur de tous ceux qui ont le cœur affligé, et les humbles d’esprit, il les sauvera. ” (Ps 33, 18-19).  » (Mon Chemin, t. 1, p. 242)

Après son entrée au carmel, le 25 mars 1948, elle écrivait au Père Aparicio  :

«  Je sens très intimement que c’était ici que Dieu me voulait, depuis de nombreuses années, depuis toujours. S’il a permis que je sois guidée sur d’autres chemins, ce fut peut-être pour rendre plus complète mon immolation, jusqu’au renoncement aux aspirations les plus intimes et légitimes de mon pauvre cœur.  » Les portes du Carmel s’ouvrirent «  quand il le vit totalement broyé, jusqu’en ses fibres les plus intimes  ».

La biographie officielle retrace donc, en toute vérité, son long chemin d’immolation  : tout y est dit sur sa vocation religieuse, rien n’y est occulté, ni falsifié.

Venons-en à sa mission de témoin du grand Secret du 13 juillet 1917, révélant les volontés divines pour notre temps.

LA PERFIDIE DE DHANIS… IGNORÉE

La question de la crédibilité de sœur Lucie, messagère de Notre-Dame, n’est pas traitée dans cette biographie  : on n’y trouve aucune allusion aux controverses sur ce sujet.

Ne faut-il pas s’en réjouir  ? Et s’écrier  : Bravo  !

En effet, Fatima, avec ses prolongements de Pontevedra et de Tuy, est une histoire vraie et sera reçue comme telle par les âmes droites et confiantes qui, grâce à cet ouvrage, prendront connaissance des récits de ces apparitions.

Cependant, personne dans l’Église, du moins dans ses hautes sphères, n’ignore les théories modernistes du Père Dhanis et de ses émules, ravalant les récits de sœur Lucie au rang d’imaginations et d’inventions. Répandues dans les milieux intellectuels de l’après-guerre, elles ont eu une influence prépondérante à Rome, même sur le pape Pie XII. Et ses successeurs, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, y ont trouvé une couverture pour justifier leur scandaleux mépris des révélations de la Vierge au Cœur Immaculé.

Que cette biographie ne contienne aucune étude critique du témoignage de la voyante, ni le moindre renvoi aux démonstrations décisives du Père Joaquin Alonso la réhabilitant, est donc très regrettable. Son lecteur ne saura pas, en toute certitude, si sœur Lucie était, oui ou non, digne de foi. Cette question reste “ officiellement ” ouverte…

Pour notre part, nous avons adopté une attitude radicalement différente. Notre biographie est précédée d’un avant-propos de notre mère Lucie du Précieux Sang démontrant la vérité pleine et entière du témoignage de la messagère de Notre-Dame. Notre lecteur n’aura donc plus aucun doute sur la crédibilité de sœur Lucie dès le premier chapitre de notre livre.

SOUS UNE NOUVELLE PIERRE TOMBALE

Le titre de la biographie officielle, Un chemin sous l’œil de Marie, révèle ses orientations et ses très graves déficiences.

En effet, sœur Lucie y apparaît comme une religieuse vivant sous l’œil de Marie  : elle se place sous la protection du Cœur Immaculé de Marie, possède beaucoup de vertu et des dons extraordinaires, elle opère des conversions quasi miraculeuses. Mais on la voit rarement agir en messagère de l’Immaculée. Sa préoccupation constante de transmettre à la hiérarchie le message de Notre-Dame est occultée.

LA DÉVOTION RÉPARATRICE… NÉGLIGÉE  !

Le récit des apparitions de Pontevedra (1925-1926), tiré de son autobiographie, s’achève par les résolutions prises aussitôt par sœur Lucie  :

«  Après cette grâce, comment pouvais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander  ? Pour consoler le Cœur de ma chère Mère du Ciel, je serais contente de boire jusqu’à la dernière goutte le calice le plus amer.

«  Je désirais souffrir tous les martyres pour offrir réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma chère Mère, et lui retirer une à une toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés qui se commettent contre son Fils, et se communiquent au Cœur de sa Mère. Oui, parce que par eux beaucoup d’autres de ses fils se perdent éternellement.  »

Cependant, la biographie reprend ensuite le fil de sa vie religieuse en nous distrayant avec des récits anecdotiques, par exemple avec les fautes d’espagnol de la jeune portugaise, qui venait d’arriver en Espagne et qui ne connaissait pas encore cette langue.

En revanche, on ne nous dira rien, absolument rien, de ses démarches répétées auprès de Mgr da Silva pour obtenir l’approbation de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.

Ce fut pourtant sa croix, et quelle croix  ! Les atermoiements de l’évêque la firent terriblement souffrir pendant… quinze ans  !

«  En ce moment, expliquait Mgr da Silva au Père Aparicio, les évêques s’occupent de promouvoir dans tout le Portugal la communion réparatrice des treize de chaque mois  », et donc «  que plus tard seulement on traiterait de la dévotion des premiers samedis.  »

«  La réponse de son Excellence, confiait sœur Lucie, m’a été un coup bien pénible.  » Et de s’exclamer  : «  Patience   !   » C’est la parole qui revient le plus fréquemment dans sa correspondance avec ses directeurs spirituels. Or, on ne la trouve pas une seule fois dans cette biographie  ! Son cruel tourment y est entièrement gommé.

Enfin, lorsque Mgr da Silva approuva la dévotion réparatrice après la déclaration de la guerre, en 1939, il n’exposa pas les demandes de Notre-Dame avec exactitude. Sœur Lucie le regretta. Quelle peine  !

De plus, Dieu voulait, et veut encore aujourd’hui, que le Pape lui-même approuve cette dévotion. C’est nécessaire pour la réalisation du grand dessein divin de grâce et de miséricorde, révélé dans le Secret de Fatima.

Or, cela n’est jamais affirmé. À la page 201 de l’ouvrage, on prétend même le contraire  !

Sœur Lucie s’est pourtant exprimée clairement à ce sujet  : «  Le Bon Dieu, au fond de mon cœur, insiste auprès de moi pour que je demande au Saint-Père l’approbation de la dévotion réparatrice.  » (Lettre au Père Gonçalves de mai 1930, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 208)

Censuré  !

Ensuite, tous ses efforts pour l’obtenir, au cours de sa longue vie, sont passés sous silence.

Ainsi, sa lettre à Pie XII du 2 décembre 1940 est amputée du passage suivant  : «  Je profite, Très Saint-Père, de ce moment pour demander à votre Sainteté de daigner répandre et bénir cette dévotion pour le monde entier.  »

SIGNES ET PROPHÉTIES… MÉCONNUS  !

De surcroît, on ne voit pas du tout le lien de cette dévotion avec les prophéties du Secret  : il n’est jamais rapporté que la paix du monde lui est liée, malgré l’insistance de sœur Lucie à ce sujet, dans sa correspondance avec ses directeurs spirituels et avec Mgr da Silva  : «  De la pratique de cette dévotion, unie à la consécration au Cœur Immaculé de Marie, dépend la guerre ou la paix du monde.  »

Comme le disait notre Père, «  les remèdes célestes proposés par la Vierge Marie paraissent bien pâles, en regard de si terribles menaces, précisément parce que nous n’avons pas la foi suffisante et bonne  » (homélie de juin 1962).

Les carmélites ne font pas même une allusion au phénomène atmosphérique extraordinaire du 25 janvier 1938. Sœur Lucie y reconnut pourtant la «  lumière inconnue  » annoncée par Notre-Dame vingt ans plus tôt, le 13 juillet 1917, comme le signe annonciateur de la guerre.

Relever ce qui est censuré met paradoxalement en valeur le caractère extraordinaire de sa vocation  : elle était vraiment prophète. Grâce au Secret du 13 juillet 1917, elle voyait les événements futurs et les annonçait.

Le 20 juin 1939, elle écrivait au Père Aparicio  : «  Notre-Dame a promis de remettre à plus tard le fléau de la guerre si cette dévotion était propagée et pratiquée. Nous la voyons repousser ce châtiment dans la mesure où l’on fait des efforts pour la propager. Mais je crains que nous ne puissions faire davantage que ce que nous faisons, et que Dieu, mécontent, lève le bras de sa miséricorde et laisse le monde être ravagé par ce châtiment, qui sera comme il n’y en a jamais eu, horrible, horrible.  » (op. cit., p. 244)

Ces avertissements prophétiques sont passés sous silence dans la biographie officielle.

Ainsi, les lumières divines dont sœur Lucie était privilégiée, sa terrible angoisse en voyant venir le châtiment divin et ses interventions pressantes pour le conjurer, y sont négligées, oubliées, méconnues.

LES INTERROGATOIRES DU PÈRE JONGEN… OUBLIÉS  !

Pour ressusciter la vraie Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, et prophète, il faut citer sa correspondance avec ses directeurs spirituels, mais aussi ses interrogatoires par des religieux savants et pieux, tel le Père Jongen. Grâce à ses quatre entretiens avec la voyante, à Tuy, en 1946, ce montfortain hollandais démasqua les mensonges du Père Dhanis.

Or, la biographie officielle n’évoque jamais ces entretiens  : aucune des réponses de sœur Lucie ne s’y trouve rapportée.

Voici des extraits significatifs des comptes rendus du Père Jongen  :

«  Nous lui présentons nos excuses d’avoir à lui poser tant de questions en l’avertissant qu’un Père jésuite belge venait de publier des articles mettant en doute certaines de ses affirmations. Elle répondit aussitôt  : “ Et alors  ? ”

«  Cette attitude désintéressée et sereine à l’égard de ceux qui critiquent ses écrits fera impression sur tout homme impartial et sans préjugé.

«  Nous lui demandons  : “ L’ange a-t-il vraiment dit  : Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous offre… la divinité de Jésus-Christ… ”

– Oui.

– Plusieurs disent que c’est là une innovation dans la manière de parler de l’Église. D’après eux, vous devez vous tromper ici.

– Peut-être l’ange s’est-il trompé  ! dit la sœur malicieusement.

– N’est-il pas possible que vous vous soyez trompée  ? Ne pouvez-vous pas avoir oublié les paroles précises de l’ange  ?

– Nous avons commencé immédiatement après l’apparition de l’ange à réciter les prières qu’il nous avait enseignées.

– Quand avez-vous reçu “ la permission du Ciel ”, comme vous dites dans vos Mémoires, de révéler le Secret  ?

– En 1927, ici, à Tuy, dans la chapelle. Cette permission ne s’étendait pas à la troisième partie du Secret.

– En avez-vous parlé à votre confesseur  ?

– Oui, tout de suite après.

«  Nous faisons remarquer  :

– Dommage que le Secret n’ait pas été publié avant la guerre. Ainsi la prédiction aurait eu plus de valeur. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait connaître davantage  ?

– Parce que personne ne me l’a demandé.

«  Tout à coup, Lucie a une idée  :

– Ce Père jésuite pourrait écrire à mes confesseurs, pour demander ce que je leur ai communiqué vers 1927. C’étaient les Pères Aparicio et Gonçalves.

À qui avez-vous révélé encore le Secret avant la guerre  ?

À la supérieure provinciale, à l’évêque de Leiria et au docteur Galamba.

– Avez-vous voulu vous borner, en révélant le Secret, à rendre la signification de ce que la Sainte Vierge vous a dit, ou avez-vous cité ses paroles littéralement  ?

– Quand je parle des apparitions, je me borne à la signification des mots. Quand j’écris, je tâche de tout rendre littéralement. J’ai donc voulu écrire le Secret mot pour mot.

– Êtes-vous certaine d’avoir tout retenu  ?

– Je le pense.

– Les paroles du Secret ont-elles donc été révélées dans l’ordre où elles vous furent communiquées  ?

– Oui.

– La Sainte Vierge a-t-elle vraiment prononcé le nom de Pie XI  ?

– Oui. Nous ne savions pas alors ce que signifiait un Pape ou un Roi, ou Pie XI, mais la Sainte Vierge a bien parlé de Pie XI.

– Mais la guerre n’a pas commencé sous Pie XI  !

– L’annexion de l’Autriche à l’Allemagne en fut l’occasion. Quand l’accord de Munich fut conclu, les sœurs jubilaient parce que la paix était sauvée. Moi, je savais bien mieux.

– Mais ce Père jésuite fait remarquer que “ l’occasion d’une guerre n’est pas la même chose que son commencement ”.

«  Cette remarque ne fait apparemment aucune impression sur la sœur.

– D’après le texte du Secret, la Sainte Vierge aurait dit  : “ Je viendrai demander ”… Est-elle vraiment venue demander  ?

– Oui, le 10 décembre 1925, Notre-Dame m’apparut avec l’Enfant-Jésus, dans ma chambre. Elle me dit  : “ Regarde, ma fille, mon Cœur entouré des épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler par la pratique de la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois. ”

– On a fait remarquer que Notre-Seigneur a demandé à peu près dans les mêmes termes la dévotion du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque. On dirait une réminiscence de Paray-le-Monial. ”

«  La sœur rit, et son rire traduit l’innocence et la candeur d’une enfant  : “ Puis-je prescrire à la Sainte Vierge la façon de s’exprimer  ? ”  »

Reparties dignes de sainte Jeanne d’Arc dont on ne trouve, hélas  ! aucun écho dans la biographie officielle.

La voyante rappela au Père Jongen l’apparition de Tuy  : «  La Sainte Vierge demanda la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie par le Pape, en union avec les évêques du monde.

– N’a-t-elle pas parlé de la consécration du monde  ?

–  Non.  »

Le Père Jongen attira l’attention de sœur Lucie sur les prophéties du Père de Montfort  : le règne du Christ viendra, par le règne de Marie, après la diffusion de la vraie dévotion dans le monde. Sœur Lucie réagit immédiatement  :

«  Et après la conversion de la Russie.  »

CONSÉCRATION DE LA RUSSIE… OCCULTÉE  !

Cette demande, la plus importante pour établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, est traitée dans un chapitre de… neuf pages  ! Ensuite, il n’en sera plus question.

Dans ce chapitre trompeur, on passe, presque sans transition, de la théophanie de Tuy, donc de 1929, au pontificat de Jean-Paul II. On ne saura rien des innombrables démarches de sœur Lucie, pendant soixante-dix ans, pour communiquer cette requête aux Papes.

On se souvient que, en 1946-1947, elle désirait aller à Rome pour rencontrer Pie XII. C’était, nous dit-on, pour lui demander son transfert au Carmel. Un point, c’est tout  !

Or, nous savons par sa correspondance qu’elle voulait aussi lui rappeler les requêtes de Notre-Dame. Elle était convaincue que si elle lui en parlait de vive voix, elle arriverait à le persuader de faire la consécration de la Russie, et de la seule Russie, au Cœur Immaculé de Marie, en union avec tous les évêques du monde.

Pourquoi ne l’avoir pas dit  ?

Que le Pape accomplisse la consécration de la Russie fut son souci lancinant pendant toute sa vie. Que de sacrifices n’a-t-elle pas offerts à cette intention  !

Cela est aussi… oublié  !

La conclusion du chapitre est doublement erronée. On nous parle d’une consécration du monde, et non de la Russie  :

«  La consécration du monde, conformément à ce que Notre-Dame a demandé [erreur ! Elle n’a demandé que la consécration de la Russie]… a été faite par le pape Jean-Paul II le 25 mars 1984.  » (p. 204-205)

Non, Jean-Paul II n’a pas satisfait à la requête de Notre-Dame, mais il fit semblant d’y répondre par des actes d’offrande du monde, qui n’étaient que des contrefaçons de l’acte demandé.

En dévoilant ses manœuvres pour “ égarer, s’il était possible, les élus eux-mêmes ”, notre Père dénonçait en Jean-Paul II un Antéchrist marial  : «  Malheur, malheur à la terre si les élus eux-mêmes cèdent à cette tromperie dernière de l’Antéchrist marial. L’heure est au mensonge quand la puissance des ténèbres se déchaîne sur le monde (cf. Luc 22, 53).  » (CRC no 260, janvier 1990, p. 2 et 11)

SON TÉMOIGNAGE… TRAVESTI  !

Notons d’abord qu’on nous cache le témoignage authentique et véridique de sœur Lucie, c’est-à-dire ce qu’elle a affirmé clairement après le 25 mars 1984  : «  La consécration de la Russie n’a encore jamais été faite comme le veut Notre-Dame.  »

Les carmélites de Coïmbre connaissaient sa pensée puisque, dans les années 1985, elles la dévoilaient aux pèlerins qui les interrogeaient. Citons le témoignage de notre ami Bernard Velut  :

«  C’était le 15 août 1988, vers 3 heures de l’après-midi. J’ai demandé à la sœur tourière si elle voyait sœur Lucie. Elle a souri et nous a répondu que oui. Je lui ai dit ensuite que nous arrivions de France, que nous étions venus bien sûr prier aux intentions de notre famille mais aussi pour que le Pape accomplisse la demande de Notre-Dame, à savoir la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé. J’insistai  : “ Car cette consécration n’est pas faite, n’est-ce pas, ma sœur  ? ” Elle a pris un visage grave et triste et nous a répondu que non, elle n’était pas faite, en ajoutant aussitôt  : “ Il faut prier, il faut prier beaucoup. ”  »

En revanche, la biographie officielle publie son témoignage falsifié par des lettres apocryphes où il est affirmé que la consécration est faite.

Les carmélites ont en effet reproduit une des cinq lettres dont nous avons dénoncé le caractère apocryphe  : celle adressée à Marie de Bélem, datée du 29 août 1989. Nous avons été les premiers au monde à la publier en montrant en même temps que la messagère de Notre-Dame n’avait pas pu elle-même la rédiger parce que cette lettre contient de grossières erreurs sur le message de Fatima.

J’ai soupçonné Mgr Luciano Guerra, devenu l’un des trois réviseurs de la biographie, d’avoir lui-même rédigé ces lettres apocryphes, particulièrement celle datée du 21 novembre 1989. En effet, tout l’argument de cette dernière lettre, qui ne vaut rien, se trouvait déjà développé dans son article Fatima e o romano pontifice (Apelo et resposta, éd. Convento dos Capuchinhos, 1983, p. 46).

En 1992, lors d’un congrès international à Fatima, je l’ai publiquement accusé d’être l’auteur de cette lettre. Il m’a répondu  : «  Vous n’avez pas de cœur  ! Vous n’avez pas de cœur  !  » Ce qui ne répond pas à la question posée.

Le témoignage de sœur Lucie est aussi travesti par son livret Comment je vois le message. Ce fut l’un de ses derniers écrits. Elle le rédigea en 1995 parce que ses confesseurs et ses supérieurs ecclésiastiques insistaient, depuis plus de dix ans, pour qu’elle donne son interprétation du Message, ce dont le Ciel ne l’avait pas chargée. Ce livret est resté inachevé, comme si elle avait senti que son écrit manquait «  d’onction divine  ». Il ne fut publié qu’après sa mort.

J’ai pu en consulter le manuscrit au carmel de Coïmbre et vérifier qu’il était bien de sa plume.

Toutefois, je me suis étonné auprès de Mgr Albino Cleto, évêque de Coïmbre, de son contenu. Il y est écrit que Gorbatchev s’est agenouillé aux pieds de Jean-Paul II pour lui demander pardon de ses péchés  !

L’évêque me répondit  : «  Sœur Lucie a été trompée par quelqu’un.  » Mgr Cleto ne m’a pas précisé qui l’avait trompée. Mais c’est certainement le pape Jean-Paul II lui-même qui a témoigné auprès de sœur Lucie d’un repentir de Gorbatchev. Il lui en a parlé lors de sa rencontre seul à seule avec elle le 13 mai 1991 (cf. Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 444).

Presque à la fin de la biographie, on nous dira que, le 13 mai 2000, sœur Lucie a pu chanter son Nunc dimittis. Le troisième Secret était divulgué, «  la consécration du monde faite comme Notre-Dame l’avait demandé  », donc sa mission était «  accomplie  », achevée (p. 427).

Ce mensonge, à savoir que la consécration demandée par Notre-Dame a été effectuée par le pape Jean-Paul II en 1984, a des conséquences incalculables  :

“ Tout a été fait et bien fait  ! Or, l’acte de 1984 n’a produit aucun des fruits promis  : ni la conversion de la Russie au catholicisme, ni la paix du monde. Donc, il n’y a plus rien à attendre et à espérer des révélations de Notre-Dame  ! ”

Fatima, c’est fini  !

Cette biographie est une pierre tombale pour enterrer définitivement les deux grandes requêtes qui s’adressent au Saint-Père  : l’approbation de la dévotion réparatrice et la consécration de la Russie.

CE QUE L’ON NOUS CACHE

Quand on ment sur l’attitude de la hiérarchie à l’égard des demandes de Notre-Dame de Fatima, on en vient à occulter le témoignage de sa messagère et sa patience héroïque dans ses tribulations, pendant plus de cinquante ans  !

“ MON CHEMIN ”… CENSURÉ  !

Les citations de son récit Mon Chemin deviennent rarissimes quand les carmélites relatent sa vie dans leur monastère. Le deuxième cahier, et le troisième qui compte plus de 385 pages, ainsi que le quatrième, ne sont presque jamais cités.

Que nous cache-t-on  ?

Ses avertissements pathétiques  !

Pas un mot de son entretien avec le Père Lombardi d’octobre 1953  : «  Mon Père, nombreux sont ceux qui se damnent.  »

Pas un mot de ses déclarations au Père Fuentes, du 26 décembre 1957, qui constituent en quelque sorte son testament parce qu’elle s’attendait alors à partir prochainement pour le Ciel.

«  N’attendons pas, lui disait-elle, que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier  ; n’attendons pas non plus qu’il vienne de nos évêques dans leur diocèse, ni non plus des congrégations religieuses. Non. Notre-­Seigneur a déjà utilisé bien souvent ces moyens et le monde n’en a pas fait cas. C’est pourquoi, maintenant, il faut que chacun de nous commence lui-même sa propre réforme spirituelle. Chacun doit non seulement sauver son âme mais aussi toutes les âmes que Dieu a placées sur son chemin.

«  Le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon, il n’y a pas de moyen terme.

«  La très Sainte Vierge a dit que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde  : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.  »

Pas un mot de ses parloirs avec le Père Umberto Pasquale qui entendit de ses lèvres ce constat peiné  : «  Ce que je peux vous dire, c’est que le monde n’a pas encore reçu le message de Fatima.  » Ni le monde, ni l’Église.

SA RÉCLUSION… OUBLIÉE  !

On nous cache les répliques du diable à chacun de ces entretiens, c’est-à-dire les démentis mensongers.

On nous cache les mesures prises par le Vatican, à partir de 1955, pour restreindre ses parloirs et la réduire au silence.

«  Le pape Pie XII, rapporte John Haffert, décida que seules les personnes qui l’avaient déjà rencontrée pourraient la voir de nouveau, sans autorisation expresse du Saint-Siège.  » Rome enjoignait en même temps à la voyante de ne plus répondre à toute question portant sur les apparitions et le message de Fatima sans permission expresse du Vatican.

Enfin, il interdisait la publication du moindre de ses écrits inédits.

Cependant, l’une de ses lettres à mère Martins, sur le chapelet, fut publiée dans la revue des jésuites Magnificat.

La nonciature de Lisbonne s’en alarma, ainsi que la prieure du carmel  : «  Le pire, rapportait mère Martins, fut qu’on en a aussi envoyé une copie au carmel de Coïmbre en signalant que cette fameuse lettre se promenait à travers le monde, dans des journaux et revues, comme dans des correspondances particulières. La prieure, la pauvre  ! a beaucoup souffert de cette affaire, parce que, par ordre du Saint-Siège, elle a le devoir de veiller à ce que les écrits de sœur Lucie restent rigoureusement inédits.  »

Ces interdits romains, la biographie officielle les passe complètement sous silence.

On ne saura pas que sa voix a été étouffée.

Pie XII demeura sourd à sa supplique du 6 juin 1958  : «  Dieu veut qu’on fasse entendre dans le monde, comme un écho de la Sienne, ma propre voix, exposant ce que fut et ce qu’est le Message de Fatima concernant Dieu et les âmes, dans le temps et dans l’éternité, afin d’éclairer les esprits sur le chemin de la vie chrétienne qu’ils doivent suivre et sur les erreurs dont ils doivent s’éloigner, afin qu’ils ne se laissent pas tromper par de fausses doctrines.  »

Deux ans plus tard, en 1960, sœur Lucie est séquestrée derrière les grilles de son carmel sur l’ordre exprès du pape Jean XXIII.

«  La croix se fait plus pesante, écrit-elle à une amie. Le sacrifice que Dieu nous demande maintenant est aussi plus sanglant.  » (15 mai 1960)

«  Inhumaine tribulation acceptée héroïquement, commente notre Père.

«  Comment se fait-il que la haine déchaînée par l’enfer se retourne, depuis quarante ans, dans un couvent de carmélites, en persécution contre une jeune fille pure comme un ange, dévouée à la Vierge Marie, courageuse  ? Comment cela se fait-il que cela dure et que cela durera jusqu’à sa mort  ?

«   Parce qu’on ne veut pas qu’elle dise les paroles de la Vierge Marie qui sauveraient le monde immédiatement.  » (31 décembre 2000)

Les carmélites rapportent que sœur Lucie voulait s’entretenir seule à seul avec le pape Paul VI le 13 mai 1967. Mais pour quelle raison  ?

Cela n’est pas dit. On n’en saura rien.

Pourtant, c’est avéré, le Père Kondor l’a révélé  : elle voulait supplier le Pape de lui rendre sa liberté de parole, et cela afin de remplir sa mission, c’est-à-dire de faire connaître et aimer le Cœur Immaculé de Marie.

Éconduite par Paul VI, la messagère de Notre-Dame écrivit au Père Pasquale  : «  Moi qui suis feu et flamme pour tout, je dois continuellement jeter de l’eau sur le foyer pour l’étouffer sous la cendre.  »

SUPPLIQUE À PAUL VI… ET AU PAPE FRANÇOIS

QUAND sœur Lucie écrivait au Saint-Père, elle gardait une copie manuscrite de sa lettre. Les carmélites en ont donc retrouvé plusieurs dans ses archives.

Lorsque j’ai demandé à l’évêque de Coïmbre de les consulter, il m’a répondu en levant les bras au ciel  : «  Il faudrait obtenir la permission du Saint-Siège.  »

Les carmélites ont publié, en tout et pour tout, une et une seule lettre inédite adressée au Pape et concernant le message de Fatima. Il s’agit de sa supplique remise à Paul VI, lors de sa venue à Fatima, le 13 mai 1967. Elle a gardé toute son actualité. Nous pourrions l’adresser au pape François  :

«  Très Saint-Père,

«  Le message de Notre-Dame est un message de paix, de miséricorde et de supplication.

«  En mai 1917, Notre-Dame a dit  : “ Récitez le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre. ”

«  C’est pour cela que je supplie Votre Sainteté de daigner intensifier la prière du chapelet et, dans la mesure du possible, d’instituer que tous les dimanches et jours saints, dans toutes les églises et chapelles publiques et semi-publiques où il n’y a pas de messe vespérale, on récite le chapelet devant le Très Saint-Sacrement exposé, en terminant par la bénédiction, en esprit de réparation, d’adoration et de supplication. En implorant votre Bénédiction apostolique.

«  Marie-Lucie du Cœur Immaculé.  »

Paul VI dédaigna cette supplique qui illustre bien la persévérance de sœur Lucie à remplir sa mission.

ET LA «  DÉSORIENTATION DIABOLIQUE  »  ?

On nous cache ses mises en garde contre la «  désorientation diabolique  » dans les années 1960 et 1970. L’expression ne se trouve pas une seule fois dans l’ouvrage.

Pourtant, sœur Lucie l’employait souvent dans ses conversations comme dans sa correspondance.

«  Sœur Lucie est convaincue, me disait son neveu salésien, que Satan s’insinue jusque dans l’Église, que des évêques font le jeu de l’Ennemi parce qu’ils sont gagnés par la désorientation diabolique.  »

On retrouve ce constat dans ses lettres, au début des années 1970. Pour elle, le mal n’est pas seulement dans le monde, «  plongé dans les ténèbres de l’erreur, de l’immoralité et de l’orgueil  », il est dans l’Église où le démon a ses «  séides  ». La foi elle-même est attaquée  : sœur Lucie parle de «  fausses doctrines  », d’«  aveuglement  » chez ceux-là mêmes «  qui ont de grandes responsabilités  ». Elle déplore que, parmi les Pasteurs, plusieurs «  se laissent dominer par la vague diabolique qui envahit le monde  » et soient autant d’«  aveugles qui conduisent d’autres aveugles  ».

Si Notre-Dame a demandé, en 1917, la récitation quotidienne du chapelet, c’était prophétiquement «  pour nous prémunir contre ces temps de désorientation diabolique  ».

Cette expression, notre Père la trouva très pertinente pour caractériser l’état de l’Église, depuis la Réforme conciliaire. L’Église, expliquait-il, souffre comme d’une possession diabolique  : «  Elle ne perd pas le contrôle d’elle-même  ; elle conserve une discipline  ; ses lois sont toujours professées  ; il y a un Pape, des cardinaux, des dicastères romains. Mais la “ désorientation ” est telle que les membres de l’Église commettent toutes sortes de crimes et de désordres qui devraient susciter la plus grande réprobation. L’Église est liée par une force diabolique.  » (CRC no 338, septembre 1997, p. 6)

Et cela parce que ses Pasteurs ont refusé de satisfaire aux volontés divines en embrassant la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

L’APPARITION DU 3 JANVIER 1944  :
LE MENSONGE DU CARDINAL BERTONE

Les carmélites n’ont publié aucune révélation inédite de sœur Lucie, en relation avec le message de Fatima, excepté sur le troisième Secret.

Sous le titre Difficulté pour écrire le Secret, les carmélites ont reproduit un long passage de Mon Chemin. Tout y est raconté  : le déchaînement du diable l’empêchant de l’écrire, puis l’apparition du 3 janvier 1944 qui lui donna lumière et force pour l’écrire. Les paroles de Notre-Dame éclairent et tranchent la question controversée de la date à laquelle il aurait dû être divulgué.

Pourquoi Lucie avait-elle parlé de 1960  ?

Depuis cette année-là, quand on lui posait la question, elle demeurait muette  : «  Je n’ai pas la permission d’expliquer comment j’ai eu connaissance de cette date.  » (Lettre du 24 juin 1987)

Nous en savons maintenant davantage, ce qui rend manifeste le mensonge du cardinal Bertone sur ce sujet.

En effet, dans le dossier officiel qui accompagna la divulgation du troisième Secret, à Rome, le 26 juin 2000, Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, publia un compte rendu de son entretien avec sœur Lucie du 27 avril précédent. Or, il lui attribuait la réponse suivante  :

«  Ça n’a pas été Notre-Dame, mais c’est moi qui ai choisi la date de 1960, car, selon mon intuition, avant 1960, on n’aurait pas compris, on comprendrait seulement après.  »

Désormais, c’est sœur Lucie elle-même qui lui oppose un démenti par son autobiographie. Voici un court extrait de son récit  :

«  Perplexe, à moitié absorbée, sous le poids d’une nuée obscure qui semblait planer au-dessus de moi, le visage dans les mains, j’attendais, sans savoir comment, une réponse. Je sentis alors une main amie, tendre et maternelle, me toucher l’épaule  ; je levai les yeux et je vis ma chère Mère du Ciel.

«  “ Ne crains pas, Dieu a voulu éprouver ton obéissance, ta foi et ton humilité  ; sois en paix et écris ce qu’ils te demandent, mais pas ce qu’il t’a été donné de comprendre de sa signification. Après l’avoir écrit, mets-le dans une enveloppe, ferme-la et cachette-la, et écris à l’extérieur qu’elle ne pourra être ouverte qu’en 1960, par le cardinal patriarche de Lisbonne ou par Mgr l’évêque de Leiria. ”  » (Mon chemin, t. 1, p. 158)

Ainsi cette date a-t-elle pour origine, non une «  intuition  » de Lucie, mais une parole de la très Sainte Vierge.

Cela confirme ce que notre Père, l’abbé de Nantes, a toujours affirmé  : avoir refusé de divulguer le Secret en 1960 fut une désobéissance du Pape à la Vierge Marie elle-même.

LA PROPHÉTIE DE RIANJO… VÉRIFIÉE

La prophétie de Notre-Seigneur, à Rianjo, annonçant que ses ministres tomberaient «  dans le malheur  » pour n’avoir pas satisfait à la demande de Notre-Dame, est édulcorée dans la biographie officielle.

Pourtant, elle s’est réalisée  : ils ont été frappés d’aveuglement spirituel, «  le grand et juste châtiment du Dieu vengeur  », qui s’abat sur ceux «  qui s’écartent de Lui  » (saint Pie X, 29 février 1906).

Il est remarquable que Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont tiré aucune leçon du Secret pour la réforme de l’Église… en sa tête  !

Après en avoir pris connaissance, ils ont négligé son pressant appel à la pénitence et à la conversion  : ils ont obstinément refusé d’accomplir le premier et le plus important des devoirs de leur charge, à savoir d’enseigner les vérités dogmatiques en condamnant les erreurs qui ravagent l’Église depuis la Réforme décrétée au concile Vatican II. Et cela parce qu’eux-mêmes se sont fourvoyés dans l’hérésie.

C’est pourquoi sœur Lucie écrivait en 1989  : «  Ce qui nous manque, c’est l’humilité de Pierre qui reconnut ses fautes, les pleura et demanda pardon. Voici la pénitence que Dieu veut et nous demande  : que nous reconnaissions nos propres péchés avec humilité, que nous en demandions pardon et que nous changions de vie.  »

Cette lettre n’est pas publiée dans la biographie officielle qui n’évoque jamais les fautes de saint Pierre… ni celles de ses successeurs.

DÉVOTIONS COMMUNAUTAIRES… REFUSÉES  !

On nous cache la peine de la Vierge Marie et la volonté de sœur Lucie de la consoler par des pratiques de dévotion “ communautaires ”.

Nous savons que sœur Lucie a supplié Jean-Paul II de reconnaître le rosaire comme une prière liturgique.

Pourquoi n’avoir pas cité le long passage de sa lettre au Pape du 12 mai 1982, justifiant cette requête, puisque le carmel en conserve une copie  ?

Sœur Lucie aurait voulu que, dans son carmel, le chapelet soit récité quotidiennement en communauté.

Oublié… parce que refusé par les carmélites  !

En effet, certaines sœurs, trouvant que l’office divin était déjà une lourde charge, y étaient opposées. «  Nous ne devons pas, disaient-elles, ajouter à nos exercices de règle des dévotions qui ne sont pas selon nos constitutions. De telles pratiques extérieures ne s’accordent pas avec l’esprit du Carmel.  »

Cette demande de Lucie montre à quel point les révélations de Fatima ont une extrême importance dans l’histoire du salut. Notre Père nous l’a enseigné, elles définissent les clauses d’une «   nouvelle alliance  » en Marie, qui doit renouveler la prière de l’Église.

Le Sacré-Cœur de Jésus veut que le Cœur Immaculé de Marie soit honoré, exalté, privilégié. C’est une volonté absolue de Dieu. Or, le chapelet est la dévotion qui plaît souverainement à ce Cœur Immaculé.

Même dans un ordre religieux comme le Carmel où, conformément à ses Constitutions, l’on ne pratique en communauté que l’oraison silencieuse et le chant de l’office divin, sœur Lucie voulait que la récitation du chapelet devienne un exercice communautaire.

Quant à notre Père, l’abbé de Nantes, ayant compris, par les révélations et les demandes de Fatima, les volontés divines pour notre temps, il prit de lui-même la décision de nous faire réciter un premier chapelet en communauté après l’office de laudes.

Admirable convergence  !

Sœur Lucie voulait aussi que la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois soit officiellement pratiquée dans son carmel. Des sœurs s’y opposèrent.

Avant de mourir, elle leur renouvela sa requête.

Oublié  !

C’est d’autant plus regrettable que, un an après sa mort, les carmélites ont commencé de la pratiquer officiellement.

LES PLEURS DE NOTRE-DAME… EFFACÉS  !

On remarque une autre omission, stupéfiante  : les pleurs de Notre-Dame le 26 mai 2003. Mère Marie- Céline, prieure du carmel de Coïmbre, en fut pourtant le témoin privilégié  :

«  J’étais avec sœur Lucie dans le chœur pour la prendre en photo, auprès d’une statue du Cœur Immaculé de Marie que l’on nous avait offerte peu avant. La photo prise, sœur Lucie continua à regarder la statue. Je ne la dérangeai pas… Se tournant vers moi, elle me dit avec angoisse  : “ Notre-Dame pleure. ”  » (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 454-455)

En 2003, la Vierge Marie n’avait plus seulement le visage marqué par une ombre de tristesse, comme en 1917, mais elle versait des larmes, réclamant, silencieusement, consolation et réparation.

Les graves avertissements de sœur Lucie au Père Fuentes étaient plus que jamais d’actualité  : «  Père, la très Sainte Vierge est bien triste car personne ne fait cas de son message, ni les bons, ni les mauvais.  »

LE MYSTÈRE DE LA CROIX

Pourquoi sœur Lucie fut-elle à ce point incomprise, méprisée et contredite jusque dans son couvent  ?

Dans une de ses lettres au Père Pasquale, elle évoquait ses souffrances. Après avoir lu la biographie d’Alexandrina Maria da Costa, elle lui disait  :

«  Il n’y a, sans doute, personne qui puisse mieux que moi comprendre ce que dut être ce martyre… mais tel est le chemin des âmes que Dieu choisit pour qu’elles le suivent sur la voie de la Croix, et en outre tous sont bien intentionnés  ! Notre-Seigneur l’avait prévu lorsqu’il a dit  : “ Viendront des temps où ceux qui vous persécuteront, penseront rendre gloire à Dieu. ” Ils sont si nombreux les genres de persécution dont Dieu se sert pour purifier les âmes et en faire des victimes pour lui et l’humanité pécheresse, que lui seul connaît la diversité des chemins qui conduisent au Ciel.  »

Prophète mais aussi victime, c’était bien la vocation de Lucie  : tous les jours de sa vie, elle offrit à Dieu ses souffrances «  en réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, ainsi que pour les blasphèmes et les outrages contre le Cœur Immaculé de Marie, et en supplication pour la conversion des pécheurs  », conformément à ce qu’elle avait promis à Notre-Dame, lors de sa première apparition, le 13 mai 1917.

Que la vie de sœur Lucie ait été profondément marquée par la Croix est le signe qu’elle était une véritable envoyée de Dieu. Elle parlait d’expérience quand elle affirmait  :

«  Jésus-Christ nous dit que nous serons bienheureux si l’on nous persécute à cause de Lui, parce que déjà les prophètes ont été persécutés. Mais pourquoi persécute-t-on ou opprime-t-on ceux que Dieu a choisis pour quelque mission spéciale et avec lesquels il entretient une relation plus directe  ? C’est le mystère de la Croix qui se continue et qui nous met sur le chemin du Ciel.  » (Appels du message de Fatima, p. 213)

Réduite au silence et séquestrée, la messagère de Notre-Dame préparait encore, par sa vie immolée, le triomphe de son Cœur Immaculé puisqu’elle était, selon sa propre expression, une «  pierre mal taillée cachée dans les fondations de ce triomphe  » (Mon chemin, t. 1, p. 146).

En vérité, cette «  pierre cachée  » fut polie par les épreuves d’un long martyre, nous l’avons montré dans notre biographie.

LE COMPLOT DÉJOUÉ  :
MGR GUERRA S’ÉTAIT TRAHI

Mgr Luciano Guerra, premier “ réviseur ” de la biographie “ officielle ”, a été pendant plus de trente ans le recteur du sanctuaire de Fatima. Néanmoins, il a toujours gardé ses distances vis-à-vis de sœur Lucie. À ma connaissance, il ne s’est jamais entretenu avec elle du message de Fatima. Le 27 juin 1991, il écrivait  : «  Sœur Lucie ne m’a jamais parlé des apparitions ou de leur contenu.  » (CRC no 284, août 1992, p. 4)

Comme nous le dénoncions comme le rédacteur des lettres “ apocryphes ”, il disait en confidence à l’abbé Laurentin  : «  Il n’est pas bon de mêler Lucie à ces controverses sur la consécration. Bien des choses pourront être dites plus clairement après sa mort.  » (ibid.)

Quel aveu  ! Ce jour-là, il s’est trahi.

Je commentai  : «  Mgr Guerra attend la mort de la voyante afin d’avoir la liberté d’occulter définitivement les demandes de Notre-Dame qui “ importunent ” le Saint-Père, et en premier lieu cette requête de consécration de la Russie et de la seule Russie.  » (ibid.)

Les menées de Mgr Guerra pour travestir le témoignage de sœur Lucie, nous les avons déjouées, dévoilées et dénoncées, il y a plus de vingt ans.

De plus, en prenant connaissance de ses lettres élogieuses à l’égard du président Salazar, il avait déclaré  : «  Jamais nous ne les publierons.  » De fait, on n’en trouve pas une seule dans la biographie officielle. Monseigneur, vous n’êtes pas un réviseur, mais un censeur  !

L’opposition du démocrate chrétien à Fatima aboutit à verrouiller «  les communications du Ciel avec les pauvres humains. Le diable, remarque l’abbé de Nantes, travaille à faire prévaloir dans l’Église cette idée, qui lui est si favorable, que les Cauchons l’emportent en autorité, en science et en grâce sur les Pucelles. Et qu’ils jugent en maîtres de ce qu’ils ont à faire, passant sous leur toise les envoyés de Dieu et n’étant soumis eux-mêmes à aucun jugement, ni de Dieu, ni des hommes.  » (CRC no 260, janvier 1990, p. 12)

FERREIRA ET CRISTINO
GARANTS DU… MENSONGE  !

Je me suis entretenu à plusieurs reprises avec le deuxième réviseur, le Père Pedro Ferreira, ancien provincial des carmes. Il m’expliquait  :

«  Sœur Lucie était très préoccupée par la consécration du monde. Elle voulait que le Pape l’effectue.  » Ce Père carme parlait bien de «  la consécration du monde [sic]  ». Preuve que lui-même n’avait guère prêté attention aux paroles de la voyante  !

«  Je ne sais pas, me disait-il encore, si le Pape doit approuver la dévotion réparatrice des premiers samedis. Ça ne m’intéresse pas.  »

Et il fut confesseur de la messagère de Notre-Dame  ! Pauvre Lucie  !

Quant au troisième réviseur, le chanoine Luciano Cristino, directeur du Service d’études et de diffusion du sanctuaire de Fatima, c’est-à-dire archiviste officiel de Fatima, et cela depuis quarante ans, il est devenu la cheville ouvrière du procès de béatification de sœur Lucie. Je le rencontre presque tous les ans et il m’a déjà dit  : «  Vous êtes un historien sérieux. C’est certain.  »

Il connaît ma dénonciation des lettres apocryphes, il sait que mes démonstrations, par la critique interne de ces documents, sont demeurées sans réplique de personne.

Comme le 26 février dernier, je lui reprochai de n’avoir pas corrigé les erreurs et les mensonges contenus dans cette biographie, il me répondit finalement  : «  Ce n’est pas un livre scientifique, ce n’est qu’une biographie pieuse.

– Pardon   ! lui répliquai-je. Il ne faut pas confondre piété et mensonge.  »

Sachant la solidité de mes accusations, il se trouva décontenancé et parut même défaillir.

J’ajoutai  : «  Vous pouvez et vous devez réparer le mal que vous avez fait.  »

Assurément, il est bien placé pour informer le Pape des authentiques demandes de Notre-Dame de Fatima, non encore satisfaites.

RESSUSCITONS SŒUR LUCIE

Si nous n’avons pas été désorientés par les mensonges officiels, c’est parce que nos enquêtes, recherches et travaux, nous les avons menés sous la direction de notre Père, l’abbé de Nantes, qui a parfaitement discerné la vocation extraordinaire de sœur Lucie et ses épreuves. Il écrivait  :

«  La voyante de Fatima, carmélite à Coïmbre, combattue dans sa mission, se trouve dans la même déréliction que Jeanne d’Arc dans sa prison. Méprisée, vilipendée, elle se heurte à la lâcheté, à la duplicité et à l’hypocrisie de la hiérarchie. Mais l’humiliation, par laquelle on parvient à l’humilité, est le propre des vocations véritablement prédestinées. Elle n’empêche pas l’œuvre de Dieu  ; au contraire, elle est comme le porche obligé de la fécondité de la vie apostolique, ouvrant sur la gloire céleste.  » (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 467-468)

Alors que la biographie officielle est une nouvelle pierre tombale sur Fatima, notre biographie ressuscite la messagère de Notre-Dame, avec l’espérance que ses pressantes requêtes seront bientôt connues de notre Saint-Père le pape François et honorées par lui comme les clauses d’une «  nouvelle alliance  », riches de merveilleuses promesses.

Assurément, c’est par ce moyen que, demain, l’Église et la Chrétienté renaîtront.

frère François de Marie des Anges.
Il est ressuscité, n° 144, octobre 2014

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