La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Contre-Réforme pontificale et “ Pacte conciliaire ”

Benoît XVI

© GALAZKA / SIPA.

Le ressort de l’opposition de l’abbé de Nantes à la “ Réforme ” est son amour de l’Église. (…) En vertu de cet amour exclusif, notre Père (…) a reproché au Concile de définir l’Église comme un “ mystère ”, au chapitre premier de la “ constitution ” Lumen gentium, et comme un “ peuple ”, au chapitre deuxième. Résultat  : cette “ constitution dogmatique ”, Lumen gentium, est une sorte de “ constitution démocratique ”, en vertu de laquelle «  le peuple est roi, ses pasteurs viennent en sous-ordre comme des serviteurs  »… au chapitre troisième.

Un “ mystère ” est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre complètement. L’inconvénient de «  commencer par cette affirmation d’incompréhensibilité est de jeter un rideau de brouillard artificiel sur la définition classique, certaine, claire comme le jour  : l’Église est une société visible, historique, hiérarchique dont Jésus-Christ est le fondateur et le divin animateur  » (CRC n° 52, janvier 1972).

Quant à désigner d’abord l’Église comme “ un peuple ”, «  c’était une révolution. Ainsi, supposez qu’on définisse la famille  : une réunion d’enfants bien vivants dont certains sont appelés parents parce qu’ils sont au service des autres enfants. Qu’en diriez-vous  ? Que cette définition pèche par idéalisme  : qu’est-ce donc que cette “ vie ”, d’où vient-elle aux enfants, depuis quand et comment se maintient-elle  ? Et qu’elle pèche par omission, capitale  : elle néglige le fait de la génération, fait premier et constitutif sans lequel tout est subverti.  »

Eh bien  ! Benoît XVI remet tout en place  :

Il commence par situer le “ mystère ” là où il est, d’emblée. Le 15 mars dernier, il annonçait à l’audience générale  :

«  Après les catéchèses sur les Psaumes et sur les Cantiques des laudes et des vêpres, je voudrais consacrer les prochaines rencontres du mercredi au mystère de la relation entre le Christ et l’Église.  »

Là est en effet le mystère. Si nous reprenons la comparaison avec la famille, pour nous, enfants de l’Église, la relation entre le Christ et l’Église est un “ mystère ”, comme la relation de l’époux et de l’épouse, comme la relation conjugale de leurs parents est un “ mystère ” pour les enfants. C’est là que tout commence… notre conception et notre venue au monde.

Benoît XVI rappelle ensuite comment Jésus-Christ Notre-Seigneur est venu se chercher une Épouse  :

«  L’Église commença à se constituer lorsque quelques pêcheurs de Galilée rencontrèrent Jésus, se laissèrent conquérir par son regard, par sa voix, par son invitation, chaleureuse et forte  : “ Venez à ma suite, je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. ” (Mc 1, 17; Mt 4, 19)

«  Au cours des catéchèses qui commencentaujourd’hui, je voudrais montrer que c’est précisément la lumière de son Visage qui se reflète sur le visage de l’Église (cf. Lumen gentium, n° 1), en dépit des limites et des ombres de notre humanité fragile et pécheresse.  » (…)

«  Mon bien-aimé prédécesseur, Jean-Paul II, a proposé à l’Église, au début du troisième millénaire, de contempler le visage du Christ.  »

Mais Benoît XVI corrige Jean-Paul II. Celui-ci, après Paul VI et comme lui, proposait à l’Église de contempler le visage du Christ pour s’y conformer en se réformant, tandis que Benoît XVI affirme que la lumière de ce divin Visage se reflète sur celui de l’Église, en dépit des défauts des hommes d’Église. Alors tout change  : s’il y a quelque chose, ou quelqu’un à réformer, ce sont les membres de l’Église, les hommes d’Église, pas l’Église elle-même.

Reportons-nous au passage de Lumen gentium indiqué par le Pape en référence. Ce texte a fait l’objet d’une critique sévère de la part de l’abbé de Nantes, démontrant que «  tout s’est joué sur des mots, des mots-clés, des slogans, des mots à double sens, immense jeu de dupes.  » (CRC n° 52, p. 4)

L’Église, lumière des nations, Lumen gentium  : ces deux mots, extraits du cantique du vieillard Siméon le jour de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple, sont les premiers mots de la Constitution, ceux qui feront titre. Ils provoquent l’erreur. Littéralement, c’est le Christ qui est dit, dans l’Évangile, la Lumière du monde (Lc 2, 32; Jn 8, 12). Jésus l’a dit aussi de ses disciples  : Vous êtes la lumière du monde, et le sel de la terre (Mt 5, 13-16). Mais ici ce titre est appliqué à l’Église elle-même dans un sens inhabituel  :

«  Là où les anciens entendaient ce terme comme d’une perfection attirante, justifiant le Christ et l’Église d’attirer à eux et de récapituler en eux tous les hommes, nos modernes entendent suggérer l’idée d’un service que l’Église doit rendre au monde dans son progrès profane,… type aumônerie de lycée transformée en local du Secours Rouge  ! Ce n’est plus la Lumière du Buisson Ardent qui attire l’homme à la contemplation de la divine Présence au désert. C’est la lumière du réverbère, du projecteur puissant que les hommes d’Église tiennent sur le chantier du monde en construction pour éclairer le travail de leurs frères croyants ou incroyants.

«  Lisez le cardinal Garrone  : “ L’Église apparaît de moins en moins comme repliée sur un dépôt et enfermée en elle-même, elle s’éprouve comme une force dont le rayonnement bienfaisant a l’univers pour théâtre. ” Du théâtre  ! C’est là, dit-il, son sens missionnaire  !

«  Ainsi, dès le numéro un de la Constitution Lumen gentium, l’Église ne veut plus paraître, comme diront les commentateurs, “ repliée sur soi, cherchant en elle-même sa propre fin ”, l’accusation est bête et méchante, mais “ tournée vers le monde  ”. Nouveauté  ! L’Église se met au service des hommes… Dès cet exorde, le grand négligé c’est Dieu.  » (CRC n° 52, p. 4)

Quant à la Vierge Marie, n’en parlons pas, elle se trouve reléguée au chapitre huitième, le dernier, en appendice, sans aucun «  rapport intime avec rien de ce qui le précède. Sauf l’insistance à marquer l’humilité, la pauvreté, l’esprit de service de la Vierge. Mais, dans la perspective ambiguë de Lumen gentium, cet accent tendrait à faire de la Vierge Immaculée Mère de Dieu le type même de la militante laïque et révolutionnaire, ce qui n’enchante pas.  » (ibid., p. 7)

Cette critique de l’abbé de Nantes est implacable, imparable. Nul théologien n’y a répondu quoi que ce soit parce qu’il n’y a rien à répondre, sinon que l’abbé de Nantes a compris à fond le dessein des réformateurs mieux que chacun d’eux pris individuellement  ; comme le constatait avec admiration le Père Hamon, un “ expert ”, qui lisait les Lettres à mes amis, sous le manteau, à Rome, pendant le Concile.

Tout se résume en un sigle magique  : MASDU.

«  Il s’agit ici de dépasser les “ frontières ” [de l’Église visible] et d’évoquer une fonction universelle et tout humaine de l’Église nouvelle, indépendante de son activité cultuelle  : elle diffusera une force de générosité, de liberté, de fraternité qui aidera les hommes à la transformation du monde.  » C’est ainsi qu’elle deviendra un Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie UniverselleM ASDU  !).

À cette “ chimère ”, l’abbé de Nantes oppose «  cette société visible et historique qui s’appelle l’Église catholique romaine.  » Et dont la Vierge Marie est la personnification.

Il commence par replacer la pyramide sur sa base. Alors, le “ mystère ” retrouve droit de cité  :

«  Qu’est ce Mystère  ? L’Église étant comme une pyramide dont les membres fidèles forment la base et la hiérarchie les degrés supérieurs, son sommet se perd dans la Nuée lumineuse où trône la divinité. L’Église est humaine et divine. Comment cela se fait-il  ? La Révélation seule nous le fait connaître en deux vérités liées et complémentaires.

«  1. L’Église est un Corps dont le Christ est la Tête. En dépendance du Mystère de l’Incarnation, où le Verbe de Dieu s’est fait chair, le Mystère de l’Église est celui d’une société humaine dont le Fils de Dieu est le fondateur humain et demeure le Chef Souverain toujours vivant et glorieux. Il la gouverne en effet Lui-même, à l’aide d’une hiérarchie qu’il a fondée et munie de ses propres Pouvoirs divins et de ses droits. C’est par Lui-même, puis par ses Apôtres comme par leurs successeurs, que le Christ crée et organise son Église comme un Corps social, vivant et vivifiant, saint et parfait. La hiérarchie en est la cause efficiente, cause créée, humaine, historique et visible.  » (CRC n° 52, janvier 1972, p. 8)

C’est exactement ce qu’enseigne Benoît XVI  :

«  Entre le Fils de Dieu fait chair et son Église, il existe une continuité profonde, inséparable et mystérieuse, en vertu de laquelle le Christ est présent aujourd’hui dans son peuple. Il est toujours notre contemporain, il est toujours contemporain de l’Église construite sur le fondement des Apôtres, il est vivant dans la succession des Apôtres. Et sa présence dans la communauté, dans laquelle lui-même se donne toujours à nous, est le motif de notre joie. Oui, le Christ est avec nous, le royaume de Dieu vient.  » (15 mars 2006)

Revenons à l’abbé de Nantes  :

«  2. L’Église est un Corps dont le Saint-Esprit est l’Âme. Cependant, l’union de l’Église humaine à son Chef divin n’est pas physique, comme dans l’Incarnation, mais morale.  » (CRCn° 52, p. 8)

Par cette précision, l’abbé de Nantes réduit à néant une pensée maîtresse du Concile qu’on peut lire dans la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, dont les premiers mots font titre et disent tout le contenu “ optimiste ”  : Gaudium et spes (G. S.), “ joie et espoir  ”. Selon cette pensée, «  par son Incarnation, le Christ s’est, en quelque sorte, uni à tout homme  » (G. S. 22, 2). Le théologien de la Contre-Réforme catholique ne savait pas, à l’époque où il écrivait, que cette assertion avait été imposée aux Pères par Mgr Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie.

L’abbé de Nantes dénonçait cette affirmation comme «  absolument nouvelle  » et observait qu’un mot unique, bien placé, empêchait de pouvoir la condamner comme la pire des hérésies  : «  Mais ce mot échappera à l’attention du lecteur et l’erreur passera, laissant croire que tous les hommes sont d’ores et déjà divinisés par le Christ. (…) “ Dieu n’est pas extérieur à l’homme ”, commente un expert. L’homme est dieu  : “ Nous aussi, Nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ”, s’écriera Paul VI le 7 décembre 1965  !  » (CRC n° 60, septembre 1972, p. 7)

Benoît XVI a supprimé du catéchisme la proposition litigieuse extraite de Gaudium et spes 22, 2, qui figurait dans le CEC à plusieurs reprises, comme un refrain. Il est donc bien d’accord avec l’abbé de Nantes contre Wojtyla  ! Et aussi contre Paul VI. Lorsqu’il cite le discours du 7 décembre 1965, il se garde de citer la profession d’idolâtrie de l’homme qu’elle contient… Benoît XVI a, lui moins que quiconque, le culte de l’homme  ; il a le culte de Jésus et de Marie. Il en fait la preuve dans sa catéchèse, en rétablissant la pyramide sur sa base avec, au sommet, Marie, Reine  :

«  Après Marie, pur reflet de la lumière du Christ, ce sont les Apôtres qui, à travers leur parole et leur témoignage, nous livrent la vérité du Christ.  »

Voilà pourquoi, dit Benoît XVI, «  le slogan qui était à la mode il y a quelques années  :“ Jésus, oui, l’Église non ”, est totalement inconciliable avec l’intention du Christ. Ce Jésus individualiste choisi est un Jésus de pure fantaisie. Nous ne pouvons pas avoir Jésus sans la réalité qu’il a créée et dans laquelle il se transmet.  »

LE PACTE CONCILIAIRE

Le Pape raconte, en de brefs et lumineux chapitres, chaque mercredi, la vocation des Douze et leur envoi en mission. Celle-ci n’a plus cessé, à travers leurs successeurs, jusqu’à nos jours. Elle ne consiste pas à éclairer le chantier du monde, mais à tourner ses regards vers la lumière de Dieu  :

«  Tout au long des siècles, l’Église, organiquement structurée sous la direction de ses Pasteurs légitimes, a ainsi continué à vivre dans le monde comme un mystère de communion, dans lequel se reflète, dans une certaine mesure, la communion trinitaire elle-même, le mystère de Dieu lui-même.  » (29 mars 2006)

«  La lumière qui fait resplendir l’Église comme un signe dressé parmi les peuples  » est cette «  communion  ». Hors de là, il n’y a que «  ténèbres  ».

Car il n’y a pas seulement la communion dans la “ lumière ”  :

«  S’il manque le don de l’unité dans l’Esprit-Saint, la division de l’humanité est inévitable.  »

Voilà une affirmation qui contredit radicalement la constitution conciliaire Nostra Ætate selon laquelle «  à notre époque, le genre humain devient de plus en plus uni…  »Dans l’audience générale du mercredi 5 avril, le Pape rappela que, «  dès le début, surgit aussi la division. Nous ne devons pas nous étonner que celle-ci existe également aujourd’hui  : “ Ils sont sortis de chez nous, dit la première Épître de saint Jean,mais ils n’étaient pas des nôtres  ; s’ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous. Mais pas un d’entre eux n’est des nôtres, et cela devait être manifesté ” (1 Jn 2, 19).  »

Parvenu à ce point, l’abbé de Nantes pose à Benoît XVI la même question que, naguère, il posait à Paul VI et à Jean-Paul II  : Les membres du Conseil œcuménique des Églises (COE), qui appartiennent tous à des confessions dissidentes, schismatiques ou hérétiques, sont-ils des “ nôtres ”, oui ou non  ?

Nous savons bien que non. Comme l’écrivait le théologien de la Contre-Réforme catholique dans son Livre d’accusation contre Paul VI en 1973  : «  S’il y a Église Une, il n’y en a pas deux. Unique et unie, l’Église catholique exclut par son concept même toute autre “ Église ”. Voilà qui est de foi divine, et qui nous attache à cette unique Église comme au grand et universel “ dessein de Dieu sur le monde et dans l’histoire ”, comme à la seule société humaine qui soit le visible et mystérieux Corps mystique du Christ. Le reste n’est que schisme, hérésie, vaines inventions des hommes qui ne procurent pas la grâce de Dieu.  » (Liber accusationis in Paulum Sextum, p. 63)

S’il en est ainsi, la célébration œcuménique, présidée par le Pape dans le temple luthérien de Varsovie, n’était qu’une simagrée. Pourtant, il s’y est livré… pourquoi  ? Il avait pourtant bien dit, le mercredi 5 avril précédent, «  que la communion avec celui qui s’est éloigné de la doctrine du salut n’est pas possible (cf. 2 Jn 9-11).  »

«  La première Épître de saint Jean montre clairement, poursuivait-il, que l’Église naissante fut bien consciente de ces tensions possibles dans l’expérience de la communion  : il n’y a pas de voix dans le Nouveau Testament qui s’élève avec plus de force pour souligner la réalité et le devoir de l’amour fraternel entre les chrétiens  ; mais cette même voix s’adresse avec une grande sévérité aux adversaires, qui ont été membres de la communauté et qui, à présent, ne le sont plus. L’Église de l’amour est aussi l’Église de la vérité, entendue d’abord comme fidélité à l’Évangile qui a été confié par le Seigneur Jésus aux siens[…].

«  La vérité et l’amour sont deux visages du même don qui vient de Dieu et qui, grâce au ministère apostolique, est conservé dans l’Église et nous parvient jusqu’aujourd’hui  ! À travers le service des Apôtres et de leurs successeurs également, l’amour de Dieu Trinité nous rejoint pour nous communiquer la vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32).  »

Donc, Benoît XVI, l’autre jour, à Varsovie, n’était pas libre. Il était prisonnier. De qui  ? “ Tenu ”. Par quoi  ? Par ce que notre Père a appelé le “ pacte conciliaire ”, qui remonte à Paul VI. S’adressant à lui, l’abbé de Nantes osait l’accuser en 1973  :

«  Mais Vous, dans votre grand dessein, qui est plus vaste que celui de Dieu, et tout humain, Vous ne faites pas de différence réelle, essentielle, résolue, entre l’Église catholique, romaine et… les autres. Vous, le premier, avez interpellé des communautés religieuses soit schismatiques, soit hérétiques, sous ce vocable jalousement réservé par vos Prédécesseurs à l’Unique Épouse  : “ Ô Églises lointaines et si proches de Nous  ! Ô Églises, objet de notre désir sincère  ! Ô Églises de notre incessante nostalgie  ! Ô Églises de nos larmes ”, etc. C’était dans votre Discours d’ouverture de la troisième session, le 14 septembre 1964.  »

Benoît XVI a fait de même en s’adressant aux représentants des “ Églises ” présentes au temple luthérien de Varsovie comme «  aux sept Églises d’Asie  », auxquelles saint Jean s’adresse au début de l’Apocalypse  : «  Grâce et paix vous soient données par “ Il est, Il était et Il vient ”, par les sept Esprits présents devant son trône, et par Jésus-Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre.  » (Ap 1, 4-6)

«  C’est avec les paroles du Livre de l’Apocalypse, avec lesquelles Jean salue les sept Églises d’Asie, que je veux adresser mes salutations chaleureuses à tous ceux qui sont ici présents, et avant tout aux représentants des Églises et des communautés ecclésiales associées au sein du Conseil œcuménique polonais. Je remercie l’archevêque Jeremiasz de l’Église orthodoxe autocéphale pour le salut et pour les paroles d’union spirituelle qu’il vient de m’adresser. Je salue l’archevêque Alfons Nossol, président du Conseil œcuménique de la Conférence épiscopale polonaise.  »

Et voilà comment «  l’incessante propagande œcuménique, bien qu’elle soit extrêmement attentive à ne jamais contrevenir au langage de la foi catholique pour éviter toute critique, aboutit infailliblement à la reconnaissance des autres communions chrétiennes comme de véritables communautés de salut. N’est-ce pas là mépriser la Volonté de Dieu  ?  » demandait l’abbé de Nantes à Paul VI.

En effet, à la question  : «  Peut-on se sauver dans et par le moyen de l’une ou l’autre de ces 204 églises membres du COE  ?  » il est certain que Paul VI répondait affirmativement. Tandis que l’Église catholique, au moins par la bouche de l’abbé de Nantes, écho fidèle de toute la tradition, répond négativement.

Et Benoît XVI  ? Pour l’heure, il paraît tenu par sa volonté de demeurer dans la “ continuité ” de ses prédécesseurs immédiats  ; cependant ses propres paroles nous dictent la conduite à tenir  :

«  Tout ce que nous voyons dans l’Église naissante nous encourage à prier pour les successeurs des Apôtres, pour tous les évêques et pour les successeurs de Pierre, afin qu’ils soient, en ce sens, vraiment des apôtres du Christ, pour que sa lumière, la lumière de la vérité et de la charité, ne s’éteigne jamais dans l’Église et dans le monde.  » (…)

LES JUIFS ET «  LE SECRET DE DIEU  »

Le Pape a terminé son voyage par un “ pèlerinage ” à Auschwitz. Répétant la phrase de Jean-Paul II en 1979  : «  Je ne pouvais pas ne pas venir ici.  »

Dès le début du discours qu’il y a prononcé, le Pape a clairement affirmé que «  ce lieu d’horreur  » était «  sans égal dans l’histoire  » par «  l’accumulation des crimes contre Dieu et contre l’homme  ».

Et le goulag, lieu des crimes de la Russie communiste  ?

«  Sur cinquante-quatre millions d’Ukrainiens catholiques, dix millions sont morts à la suite des persécutions  ! tonnait le cardinal Slipyi devant le Synode de 1971, atterré, bouleversé, honteux. Le régime soviétique a supprimé tous nos diocèses  ! Il y a eu une montagne de cadavres et plus personne, même dans l’Église, ne défend leur mémoire.  » Le cri du cardinal se perdait dans le désert, comme celui de l’abbé de Nantes. Comme les avertissements de Notre-Dame de Fatima parlant des «  erreurs de la Russie  ». Car la Sainte Vierge ne mit pas l’Allemagne en cause mais la Russie, remarquez-le bien, lorsqu’Elle annonça une Deuxième Guerre mondiale «  pire  » que la première.

Mais depuis 1944, le crime des nazis doit être considéré comme unique et sans égal, en foi de quoi toujours revient cette question que Benoît XVI pose à son tour  : «  Où était Dieu en ces jours  ?  » (…) La réponse ne nous appartient pas, explique Benoît XVI  :

«  Nous ne pouvons scruter le secret de Dieu.  » Vraiment  ? Même si Dieu nous en fait lui-même la confidence  ? Par exemple à Fatima, par la bouche de sa Sainte Mère  ? (…) Tel est «  le secret de Dieu  », en toute vérité. (…)

Benoît XVI a insisté sur la volonté du troisième Reich d’ «  exterminer le peuple juif dans sa totalité  », de «  le rayer de la liste des peuples de la terre  ». (…) Mais les juifs, eux, ne sont pas satisfaits. Estimant que l’antisémitisme assassin du régime nazi a pu se développer sur le terreau de l’antijudaïsmechrétien. Ce qui est vrai, à condition de préciser  :luthérien. Mais dire cette vérité serait faire voler en éclats le “ pacte conciliaire ”… (…)

«  LE SALUT VIENT DES JUIFS  »

Même avec un Pape catholique, il n’y a pas moyen de faire l’économie d’une Contre-Réforme catholique. Mais celle-ci ne pourra réussir que par la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, en vue 1° d’un œcuménisme catholique, 2° de la conversion des juifs.

En premier lieu, un œcuménisme catholique «  vise à la reconquête du terrain perdu par l’Église, avec un zèle missionnaire  ». Aux antipodes du concile Vatican II recherchant un accord avec les chefs de l’hérésie, et décourageant par là les pauvres de se convertir.

«  Autant l’Église romaine doit se méfier de l’orgueil des grands, de l’obstination de ceux des dissidents qui la connaissent bien et depuis longtemps, mais ne veulent pas se convertir… Autant elle peut être pleine de sympathie pour les pauvres, les humbles qui ne la connaissent qu’à travers les murs opaques de préjugés séculaires, mais qui n’ont jamais formellement péché contre elle. À ceux-là qui désirent l’unité, l’Église se plaira à montrer que déjà mystérieusement l’union est faite dans la foi, dans la grâce des sacrements conservés, dans la piété et les vertus puisées à la source évangélique de la tradition commune…

«  L’Église, renouvelant l’exemple du Bon Pasteur parti au secours de la brebis perdue, se fera condescendante et chaleureuse pour faciliter la conversion de ces âmes déjà invisiblement catholiques et aider à leur retour en masses.  » (CRC n° 58, juillet 1972, p. 10)

Succès assuré, parce que promis par la Sainte Vierge en Personne, moyennant la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé par le Pape et les évêques en communion avec lui.

En second lieu, parler d’antisémitisme chrétien est une erreur et un crime. Une erreur parce que l’antisémitisme ne date pas du Christ, étant lui-même la conséquence du racisme juif, comme on le voit dans le livre d’Esther lorsque Aman prend un décret d’extermination contre ce peuple “ inassimilable ”. Les persécutions antisémites firent alors des martyrs, dont les livres des Maccabées nous ont conservé les “ actes ”.

Mais le racisme juif d’aujourd’hui, dépourvu de toute légitimité religieuse, n’est plus qu’une agression contre la paix universelle, comme on le voit non seulement en Terre sainte mais jusque dans les déclarations du rabbin de Rome protestant contre le discours de Benoît XVI à Auschwitz, parce que le Pape a parlé de six millions de victimes sans préciser que la moitié d’entre elles étaient juives  ! Et alors  ? Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, dit saint Paul. Ni Juif ni Polonais…

Il ne faut donc pas renverser les rôles  : théologiquement, et historiquement, ce n’est pas l’Église qui est persécutrice des juifs, c’est le judaïsme qui est persécuteur des chrétiens, comme on le voit non seulement dans les Actes des Apôtres, mais encore tout au long de l’histoire de l’Église. La preuve que l’Église catholique n’est pas antisémite, c’est qu’elle invite Israël à se convertir  : «  Si l’Église avait interdit aux juifs l’accès au saint baptême, elle aurait fait preuve d’un inexcusable antisémitisme, d’un racisme odieux et c’en serait assez pour disqualifier son prétendu “ catholicisme ”. Ne l’ayant jamais décrété ni pratiqué, elle fait preuve de la plus haute charité, pardonnant aux déicides, ouvrant ses portes à ses ennemis et aux assassins de son Fondateur. C’en est assez pour rejeter avec horreur ce Concile qui affecte d’ignorer la charité de l’Église (d’avant  !), au contraire, qui paraît l’accuser, avec ses pires détracteurs, d’avoir été pourvoyeuse des fours crématoires nazis.  » (CRC n° 59, Le salut du genre humain, août 1972 p. 10)

«  Au contraire, avec l’Église et à l’encontre de l’antisémitisme antique et moderne, le phalangiste considère le peuple juif comme un peuple à part, marqué du sceau de son élection première, qui subsiste dispersé parmi les nations, comme letémoinéternel de l’Alliance mosaïque et des promesses messianiques, le vivant mémorialde la crucifixion du Seigneur Jésus et lesigne prophétique, quand il se convertira, du retour en masse de tous les peuples du monde à la fin des temps dans l’Église du Christ, Jérusalem nouvelle descendue d’auprès de Dieu.  » (Les 150 Points de la Phalange, Point n° 6)

Dieu fasse qu’il en soit ainsi, lorsqu’ils regarderont Celui qu’ils ont transpercé, comprenant enfin que «  face à l’horreur d’Auschwitz, il n’y a pas d’autre réponse que la Croix du Christ  » (Benoît XVI, le 31 mai 2006), au pied de laquelle se tient l’Immaculée.

frère Bruno de Jésus
Extrait de Il est ressuscité  ! n° 48, juillet 2006, p. 3-8

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