La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

La réaction des instances romaines au Liber accusationis II

EN réponse à la démarche romaine de l’abbé de Nantes et des deux cents membres de la Ligue de Contre-Réforme catholique, la Sacré Congrégation pour la Doctrine de la Foi publia la notification suivante  :

Monsieur l’abbé Georges de Nantes, fondateur et animateur du mouvement qui s’intitule «  Ligue de Contre-Réforme Catholique  », accompagné d’une délégation de ce même mouvement, est venu à Rome dans l’intention de remettre entre les mains du Saint-Père ou de «  toute autre personne déléguée par Lui  » un «  Livre d’accusation contre le Pape Jean-Paul II pour hérésie, schisme et scandale  ». Ce livre, dont le contenu est déjà connu dans ses grandes lignes par un document imprimé (sans indication de date, par les soins de la «  Contre-Réforme Catholique  », Maison Saint-Joseph, St-Parres-lès-Vaudes), et qui reflète les accusations portées depuis de longues années contre le Pape Paul VI et Sa Sainteté Jean-Paul II, notamment dans le Bulletin de la «  Contre-Réforme Catholique  », réclame officiellement l’ouverture d’un procès contre le Saint-Père lui-même et devant sa propre instance en tant que «  Juge suprême de la Foi  ».

En dépit du caractère d’une telle démarche et à la demande de l’Autorité Supérieure, M. l’abbé de Nantes, accompagné de quatre délégués, été reçu par S. E. Mgr Jérôme Hamer, Secrétaire de la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, au siège de ce Dicastère, le vendredi 13 mai 1983.

Au cours de l’entretien, il a d’abord été donné à M. l’abbé de Nantes de présenter sa position et l’objet de sa requête.

Mgr Hamer a ensuite déclaré à M. l’abbé de Nantes  :

1. qu’il refusait dans le termes les plus nets de recevoir son Libel le, parce qu’il n’était pas possible d’accepter les accusations injustifiées et gravement offensantes contre le Saint-Père, pas plus que celles qui avaient été formulées depuis longtemps contre le Pape Paul VI, notamment dans un écrit analogue datant de 1973;

2. que la publication et la diffusion de ce Libelle constituerait une grave violation des devoirs de M. l’abbé de Nantes en tant que chrétien et plus encore en tant que prêtre, et que le Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait, en vertu de sa fonction, le ferme devoir de la lui interdire, et le lui signifiait formellement  ;

3. que la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi attendait toujours de lui la rétractation de ses erreurs et des accusations d’hérésie portées par lui contre le Pape Paul VI et le deuxième Concile du Vatican, rétractation qui lui avait été demandée après l’examen de ses écrits, fait à sa demande, et ses comparutions des 25 et 29 avril, 3 mai et 5 juillet 1968;

4. que tant que cette rétractation n’aura pas été faite, et tant qu’elle ne portera pas également sur les attaques de même nature contre la personne de Sa Sainteté Jean-Paul II, on ne pourra pas croire au sérieux du désir de réconciliation, que lui-même a manifesté à deux reprises en 1978 et en 1981, et que le Saint-Père demeure toujours disposé à accueillir.

LA RÉPONSE DE L’ABBÉ DE NANTES  :
UNE RÉFUTATION IMPLACABLE, LAISSÉE SANS RÉPONSE

L’abbé de Nantes répondit à cette notification le 31 mai, par une LETTRE OUVERTE AU PAPE JEAN-PAUL II, dont voici les principaux extraits  :

Très Saint-Père,

À l’issue de la décevante rencontre de deux représentants laïcs de notre ligue de Contre-Réforme Catholique, de deux frères de notre Communauté religieuse et de moi-même avec Mgr Hamer, secrétaire de la S. Congrégation pour la doctrine de la foi, et après une nouvelle et attentive lecture de l’avertissement que celui-ci nous a finalement communiqué comme venant de Vous, ce dont je ne doute nullement, Notification publiée par l’Osservatore Romano des 16-17 mai, ce m’est un devoir de remercier Votre Sainteté de l’assurance qui nous est donnée que «  Le Saint-Père demeure toujours disposé à accueillir… tout sérieux désir de réconciliation  » de notre part.

Cependant, les deux conditions mises à cet accueil bienveillant nous paraissent, du moins telles qu’elles sont formulées dans cette espèce d’ultimatum, non seulement infamantes pour nos personnes et pour les milliers de fidèles catholiques qui pensent comme nous, mais immorales et d’ailleurs matériellement impossibles, partant irréalisables  : la «  rétractation   » de nos prétendues «  erreurs   » et la cessation, accompagnée de sincère repentir, des «  accusations   »prétendues «  injustifiées   » et de ce fait «  gravement offensantes   », portées par nous contre les novateurs et réformateurs de l’Église sainte qu’ils avaient reçu la charge, non de détruire mais de servir, à savoir, depuis vingt ans exactement, les Pères du parti réformiste conciliaire, le pape Paul VI et Vous-même.

Que Votre Sainteté daigne, comme l’y obligent les devoirs de sa Charge, m’entendre avec vérité et justice sur ces deux points.

I. DES «  ERREURS  » INDÉMONTRÉES

Comment devrais-je et pourrais-je même rétracter des erreurs qui ne m’ont jamais été montrées, et que je n’ai pas reconnues puisque nul ne me les a jamais fait connaître  ? Qu’on me les dise, que quelqu’un les formule, que Rome les publie et les condamne, ces erreurs dont tout le monde parle et que personne cependant ne veut ni ne peut articuler  ! Qu’on ne m’épargne pas, par la plus hypocrite et la plus homicide des charités  ! Et je saurais alors quelle rétractation au juste m’est imposée. (…) Car tout le monde sait, en France et à Rome, que, hors le torrent fangeux des opinions nouvelles inondant l’Église depuis ce funeste Concile Vatican II, (…) j’adhère pleinement et ardemment à ses dogmes, à ses lois, à leurs plus minces conséquences, et j’y tiens comme à notre commun trésor, chères merveilles. Comment donc pourrais-je m’en être le moins du monde écarté, sinon à mon insu  ?

Sur ce point, je ne peux qu’élever une solennelle protestation devant votre Siège apostolique et son Tribunal, si ce tribunal existe encore, à l’encontre de Mgr Jérôme Hamer en personne, agissant ès qualités, et donc à l’encontre de l’ex-Saint-Office dont il est le secrétaire, pour la nouvelle diffamation et le double mensonge évident dont nous avons été victimes, nous gens de contre-réforme catholique, solidairement, de son fait, durant cette rencontre du 13 mai.

En effet, pour justifier la «  disqualification  » jetée en 1969 sur ma personne, sur l’ensemble de mes écrits et, de là, sur notre œuvre commune de contre-réforme catholique, voici que Mgr Hamer donne comme des faits avérés deux contrevérités patentes et démontrables. D’abord, que l’ex-Saint-Office, ayant pris une connaissance approfondie de mes écrits – cela est vrai, et par des consulteurs dont j’ai reconnu la compétence et l’honnêteté apparente, à l’exception toutefois de feu le P. Dhanis – et ayant jugé au fond, m’a déclaré coupable d’erreurs de doctrine graves, erreurs qu’il m’a imposé de rétracter. Premier mensonge.

Second mensonge, plus époustouflant encore, la S. Congrégation m’aurait convaincu de ces erreurs qui m’auraient donc été reprochées  ; je les aurais reconnues, regrettées, mais, par la suite, j’aurais refusé de les rétracter. Je serais ainsi bel et bien un hérésiarque, opiniâtre et même relaps, devant être en bonne logique et roide justice excommunié et, pourquoi pas  ? brûlé comme leurs pères brûlèrent Jeanne d’Arc  !

Cette justification de la «  disqualification  », sanction exorbitante du droit, sportive plutôt qu’ecclésiastique  ! mais infamante, prise à mon endroit en 1969 par l’ex-Saint-Office pour débarrasser les Réformateurs conciliaires d’un opposant gênant, constitue donc un énorme et double mensonge dont j’ai pris à témoin le grand Christ crucifiéqui présidait à cette rencontre, et j’en demande maintenant réparation à Votre Sainteté (…).

La preuve du double mensonge est accessible à un enfant. Si j’ai commis quelque erreur, que le Saint-Office la produise  ! Voici du papier, voici une plume… Si j’ai reconnu mon erreur, qu’on montre la trace de cet aveu capital  ! Voici la minute de ce procès  : Quelle page  ? quel paragraphe  ? (…)

Poser pour condition au simple exercice de votre Autorité sur nous, même considéré comme une grâce imméritée, la rétractation d’erreurs inexistantes que, pour comble, j’aurais d’abord reconnues pour ensuite refuser d’y renoncer, c’est faire des offres captieuses et malhonnêtes. Autant vaudrait nous dire que votre porte nous sera ouverte quand les poules auront des dents.

II. VOS ERREURS DÉMONTRÉES

La deuxième condition à laquelle, dit Mgr Hamer, le Saint-Siège connaîtra le sérieux de notre désir de réconciliation, c’est la rétractation des «  attaques  » ou «  accusations injustifiées et gravement offensantes pour le Saint-Père  », et «  celles qui ont été formulées depuis longtemps contre PaulVI   », notamment dans ce premier Liber accusationis dont Mgr Hamer se refuse à citer le titre et qu’on affecte le plus souvent d’ignorer à Rome, tout en en parlant en connaissance de cause…

Très Saint Père, il est accablant pour un serviteur de dire à son maître, et pour un prêtre de dire au Pape, que ses ministres lui mentent, mentent encore et coup sur coup, ès qualités, comme des arracheurs de dents. Car il est évident que mes accusations contre le Concile, contre Paul VI et aujourd’hui contre Celui que je préfère pour l’occasion nommer Karol Wojtyla, autorisent toutes les appréciations sauf une, celle d’être «  injustifiées  ».

INJUSTIFIÉES, CES ACCUSATIONS  ?

Mes critiques des Actes conciliaires, de leurs odieuses falsifications des saintes Écritures, de leurs ambiguïtés calculées, de leurs roueries, de leurs perfides nouveautés, remplissent des centaines de pages de La Contre-Réforme Catholique au XXe Siècle, notre mensuel. (…)

Mes accusations contre le pape Paul VI, réunies dans ce Livre qu’il n’a pas voulu recevoir, sont étayées par cent pages de citations de textes authentiques, de preuves par les faits les plus certains et d’argumentation théologique. Sans compter les treize tomes de mes chroniques mensuelles dont tant ont trait au «  montinisme  ».

Et de même, la centaine de pages (cf. CRC nos 186, 187, 188) consacrées déjà à l’analyse attentive de votre vie, de votre pensée, de votre carrière, et particulièrement à celle de votre «  anthropocentrisme laïc  », auxquelles viennent s’ajouter les cent quarante pages denses de mon second Liber accusationis, apportent les preuves plus que suffisantes de mes accusations contre Vous, d’hérésie, de schisme et de scandale… Ce Livre que précisément Mgr Hamer a refusé parce qu’il est censé ne contenir qu’un tissu d’insolentes et d’absurdes accusations «  injustifiées  »  ! Comment sait-il qu’elles sont injustifiées, avant d’en avoir rien lu  ? Sinon parce que, laudateur courtisan du pape régnant, de Vous aujourd’hui comme de Pie XII il y a trente ans, il lui faut que mes critiques soient injustifiées, injustifiables, pour que Vous ayez raison. Il lui faut croire et dire que j’ai abjuré la foi catholique pour que vous l’ayez encore, pure et sûre, et lui donc par ricochet. (…) Pareil déni de justice, fondé sur un éclatant mensonge, est une nouvelle et plus grave forfaiture du secrétaire de l’ex-Saint-Office. (…)

Justifiées, Très Saint Père, mes accusations contre le Concile et déjà aussi contre Paul VI l’étaient si fort que mes juges de 1968-1969, les ayant pourtant examinées trois ans durant, n’en ont rien trouvé à réfuter… quitte à m’avouer en catimini que Paul VI ne parlait pas toujours très sérieusement (P. Gagnebet, op)  ! (…)

Quant aux accusations que j’ose porter contre Vous et votre système, Mgr Hamer ayant dit qu’il avait pris connaissance des derniers numéros de la Contre-Réforme Catholique qui en traitent, n’a pas daigné nous en avancer la moindre réfutation et sans doute est-ce dans le sentiment de son impuissance à y rien objecter qu’il a refusé, même pour leur bibliothèque, le Livre d’accusation que je lui proposai pour achever de le convaincre du bien-fondé de notre opposition à votre culte de l’homme. Il n’était que de l’ouvrir et de le lire. C’est, de fait, imparable.

OFFENSANTES, CES VÉRITÉS  ?

Quant à déclarer ces accusations «  offensantes  », c’est affaire d’opinion personnelle, de sentiments ondoyants, incertains, tant que votre Tribunal suprême ne se sera pas infailliblement prononcé, décidant où est la foi et où l’hérésie, où est l’Église et où le schisme, où l’édification et où le scandale.

Suis-je un calomniateur, un médisant, ou au contraire un dénonciateur inspiré  ? Ce que j’incrimine est-il un fruit de mon délire, ou sont-ce des faits avérés, des paroles certaines, des actes authentiques  ? Et si, comme il est trop évident, tout cela a été dit et fait, est-ce vérité ou erreur, bien ou mal  ? Je ne demande que la lumière et je la demande à qui de droit, au Tribunal suprême de la foi, mais vous préférez les ténèbres. (…)

En réalité, mes accusations, toutes plus étayées les unes que les autres, sont “ offensantes  ”, mais alors le mot est trop faible, elles sont sacrilèges, si elles sont fausses.Elles ne sont même pas irrespectueuses pour quelqu’un qui ne respecte plus Dieu ni l’Église, ni ses propres serments ni sa Charge, ni le peuple à lui confié et confiant en lui, si elles sont vraies.C’est au Juge à en décider, et je n’ai jamais prétendu, comme on dit de tous côtés étourdiment, vous juger et vous condamner «  sans appel  ».Aucontraire, je fais appel à Vous, Très Saint Père.(…)

Las, Mgr Hamer refuse d’ouvrir ce procès doctrinal, ne veut parler que de réconciliation, de dialogue fraternel, dans l’humilité, la nôtre bien entendu, et la charité, la sienne, cela va sans dire. Mais dans la vérité  ? Point. Cette invite au dialogue est ici aussi, comme toujours, un refus de poser la question de la vérité, le refus de rendre un jugement doctrinal, refus qu’on voudrait nous persuader d’accepter ou tout au moins de nous rendre complices. Mais un tel refus n’est-il pas déjà, dans sa forfaiture, un aveu de culpabilité  ?

Les communiqués de la “ salle de presse ” du Vatican, en 1973 et en 1983, les Notifications diverses, et de là les articles des journaux relatifs à nos deux démarches romaines laissent tous entendre qu’il est d’une totale extravagance d’accuser le Saint-Père de quoi que ce soit. On suppose, on laisse croire – sans y croire soi-même  ! – que le Pape régnant est toujours et en tout infaillible, indéfectible même. Les fidèles l’admettent sans réflexion. Les gens de rang plus élevé s’en gaussent, mais ils savent manœuvrer cette croyance à leur profit. Y croiriez-vous Vous-même, que vous ne désavoueriez pas les papes Paul V et Urbain VIII pour pleurer les mauvais traitements (  ?) infligés sur leur ordre à l’insolent Galilée. Et cependant vous accréditez cette fausse croyance et ce culte de votre Personne. Est-ce pour écraser toute opposition à vos théories et à vos pratiques  ? (…)

Je vous prie de remarquer, Très Saint Père, dans cette Notification que nous a lue Mgr Hamer, comme dans les précédents avis, communiqués, mises en garde multipliés par nos évêques ou émanés du Saint-Siège à notre endroit depuis quinze ans et plus, qu’il n’y est jamais question de nos droits, de notre dignité, de notre liberté et autres prérogatives inviolables de la personne humaine dont vous faites un si abondant et surprenant usage à propos de tous les hommes qu’accablent d’autres pouvoirs que le vôtre. Il n’est question, quand il s’agit de nous en face de Vous, que de devoirs, d’obligations, d’interdictions, signifiés formellement, nettement. On se croirait dans le monde de Kafka, de Koestler et de Soljénitsyne  !

Mais, fait plus remarquable, ces devoirs, ces obligations et interdictions, ces menaces sont brandis à propos de crimes dontl’objetn’est jamais mentionné ni même évoqué. À vous lire, nul ne sait ce que nous avons pu faire ou dire  ; on doit savoir seulement que c’est très mal  ! Il serait question d’attentat à la vertu, de vice contre nature ou de vol des clefs de Saint-Pierre que la forme du commandement serait la même. Injonction pure et simple, dont le public doit tirer que le Pape est tout, et le reste des hommes rien.

C’est cela qui donna à notre rencontre avec Mgr Hamer, en plus doux j’en conviens, mais pour combien de temps  ? une ressemblance saisissante avec les procès de Moscou. Ce défenseur ou ce juge de la foi n’a pas une seule fois évoqué la Constitution divine de l’Église, le Droit canonique, la sainte liberté des enfants de Dieu, ni même cette absurde et indéfinie «  liberté sociale en matière de religion ou d’irréligion  » dont il s’était fait l’un des plus ardents protagonistes au Concile. (…)

Mais bien plus  ! pas un seul instant il n’a évoqué la matièrede notre confrontation, la foi divine, le Credo de l’Église (…). Et notre Commissaire jouant les psychologues, assisté d’un greffier muet comme un sphinx, nous expliquait doucement notre devoir d’obéissance sans limites comme condition première de survie dans cette radieuse République socialiste soviétique que constitue l’Église romaine depuis sa «  Révolution d’octobre  » (P. Congar). Je voyais le Léviathan de Hobbes, le pouvoir totalitaire de Hegel et de Marx étendu de Berlin, à Pékin, Hanoi, Luanda, La Havane et Managua, instauré à Rome. C’est donc le règne commencé de l’Antichrist  ? Je préfère mourir qu’accepter pareil léninisme stalinien dans l’Église…

III. UNE EXCOMMUNICATION UNILATÉRALE

Votre troisième condition à l’offre d’une «  réconciliation  », en fait votre toute première et menaçante exigence, est l’interdiction qui nous est faite de publier ce Livre d’accusation  ! (…) Comment en ma conscience pourrais-je justifier cette interdiction afin de m’y soumettre  ? (…)

Désobéirai-je au Pape sous menace non dissimulée d’excommunication  ? Oui. Oui, selon sa doctrine à Lui du «  droit à l’erreur  »,de la liberté qui doit être reconnue à l’erreur, et a fortiori, je pense, à la vérité  ? de l’utilité de l’erreur. Oui selon ma doctrine catholique à moi dudroit sacré de la vérité divine,naguère enseignée par le P. Jérôme Hamer, dominicain, selon laquelle tout catholique est tenu de confesser sa foi et surtout dans les temps d’hérésies, de schismes… et de persécutions.

LA LIBERTÉ DE L’ERREUR POUR VOUS

De votre théorie, insensée, absurde, impie, je trouve le rappel dans le Bulletin du Grand Orient de France n° 48, qui vous cite ainsi que d’autres pères conciliaires, louant vos propos qu’il estime «  des positions constructives et nouvelles dans le cadre où elles ont été exprimées  »,c’est-à-dire dans Saint-Pierre, dans un Concile œcuménique, dans l’Église catholique. Il y a, de fait, de quoi pavoiser pour les francs-maçons  ! Voici comment vous dictiez au Concile vos quatre volontés  : «  Il faut accepter le danger de l’erreur. On n’embrasse pas la vérité sans avoir une certaine expérience de l’erreur. Il faut donc parler du droit de chercher et d’errer. Je réclame la liberté pour conquérir la vérité.  » (p. 87) (…)

Comment voulez-vous que m’impressionne, après une si édifiante et maçonnique lecture, votre interdiction de publier ma dénonciation de vos hérésies  ? Quand votre erreur était interdite à Rome, vous réclamiez le droit de l’erreur. Maintenant qu’elle y est devenue la vérité officielle, vos anciennes déclarations vous ennuient, vous ne voulez reconnaître aucun droit à nos vérités exilées devenues l’erreur du moment. (…)

LA LIBERTÉ DE LA VÉRITÉ POUR NOUS

«  De quel droit, par quelle autorité faites-vous cela  ?  » m’a demandé Mgr Hamer. Je n’avais pas sous les yeux son propre ouvrage, des temps heureux de Pie XII, antéconciliaires, L’Église est une communion. Mais j’en savais l’excellente doctrine que je lui ai récitée sans que ce grand renégat sourcille  ; tout de même il en transpirait  !

«  La confession de foi est l’acte de tout fidèle. L’office du baptisé et du confirmé est purement et simplement la vie chrétienne, c’est-à-dire l’existence en pleine conformité avec la foi. Dans cette existence, et pour en exprimer la signification vraie devant Dieu et devant les hommes (au Saint-Office, par exemple  ?), la confession de foi occupe une place importante. Aussi souvent que cette signification aura besoin d’être dégagée et armée (ah  !), selon les temps, les lieux et les circonstances, la confession publique de la foi devra intervenir. Cela nous montre que l’office propre du chrétien (souligné dans le texte) dans l’Église est la “ conduite chrétienne ”; avec tout ce qu’elle comporte.  » (p. 155-156)

Si j’écoute Hamer le théologien, je publie. Si j’écoute Hamer le fonctionnaire postconciliaire, retourné, je ne publie pas. (…)

Si je publie, vous m’excommunierez  ? Cela ne changera rien, ce ne sera que du vent parce que cette excommunication ne sera pas doctrinale mais disciplinaire, comme déjà je l’écrivais à Mgr Le Couëdic qui parlait de m’interdire en décembre 1965, au retour du Concile, parce que je me rebellais contre ses faux dogmes. Et je lui citai la si belle et réconfortante parole de saint Augustin sur ces excommuniés «  qui ne sont point hors de l’Église bien que, par suite de la perversité humaine ou de quelque autre nécessité, ils en paraissent rejetés. Et même, ils sont en meilleure situation de donner la preuve de leur attachement à l’Église, là, dehors, plutôt que dedans, si toutefois ils ne s’élèvent point contre elle et s’ils sont, au contraire, fortement enracinés par la charité dans le roc solide de l’unité.  » (De baptismo contra Donatistos, I cp. 17; Lettre à mes amis n° 220). (…)

Et le doux Hamer antéconciliaire de nous encourager d’avance pour l’épreuve qui nous attend  : «  Celui qui est privé de la communion extérieure progresse parfois plus par la vertu de patience et d’humilité, et il supporte l’excommunication d’une façon plus méritoire qu’il n’avait auparavant tiré profit de la communion extérieure… Pour beaucoup, en effet, le fardeau de l’excommunication extérieure n’est pas moins difficile à porter ni moins redoutable que le martyre.  »(p.186-187)

Ainsi conforté, éclairé et dirigé par le savant et pieux dominicain, je publierai ma confession de foi contre un Pape hérétique, schismatique et scandaleux. S’il m’excommunie pour se venger de l’offense subie et faire obstacle à la manifestation de la vérité, il aura pour lui et les siens les «  signes extérieurs  » de la «  communion catholique  »,mais nous en garderons «  la réalité  »par notre foi (ibid., p. 191-192).

À cette excommunication je me soumettrai sans doute dans une juste mesure puisque j’honore en vous le Souverain Pontife et à travers lui, même indigne et prévaricateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je m’en tiendrai, sans provoquer le moindre trouble superflu, à la dénonciation de vos hérésie, schisme et scandale, je le ferai de toutes mes forces afin que les âmes simples ne se trouvent pas entraînées à leur damnation. Pour le reste, j’attendrai dans le silence et l’espérance le secours de Dieu.

IV. POUR LA VÉRITÉ. POUR LA JUSTICE.

Avant que cette excommunication ne tombe, je veux préciser deux points absolument capitaux, grâce auxquels les Catholiques qui liront en même temps que Vous cette Lettre ouverte sauront où est la juste Vérité, qui est aussi la vraie Justice, (…) cette Vérité-Justice d’où procède seulement la communion de tous dans la sainte liberté des enfants de Dieu. Le premier point doit permettre dès maintenant et pour toujours, quoi qu’il arrive, de savoir où est la vérité, et le second, où est la justice.

OÙ EST LA VÉRITÉ  ?

«  Par quelle autorité faites-vous cela  ?  » me demanda Mgr Hamer, reprenant littéralement la demande qu’adressaient à Jésus les grands-prêtres, les scribes et les anciens, en saint Matthieu, chapitre XXI. Si j’osais, mais il faut que j’ose, imiter Notre-Seigneur dans l’imminence d’une condamnation à mort spirituelle, ou tout au moins ecclésiastique, et pour la manifestation de la vérité, «  Je vous ferai, moi aussi, une question  ; si vous m’y répondez, je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela  »(Mt 21, 24)

Par quelle autorité saint Pie X a-t-il promulgué l’Encyclique Pascendi Dominici gregis dénonçant, démasquant et condamnant le Modernisme, le 8 septembre 1907, et la Lettre aux Évêques de France sur le Sillon, critiquant et réprouvant toute la doctrine politico-religieuse de cette «  Démocratie-chrétienne  », le 25 août 1910  ?

Vous savez la suite, en saint Matthieu  : «  Mais ils se faisaient en eux-mêmes ce raisonnement  : “ Si nous répondons  : Du Ciel, il nous dira  : Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui  ? Et si nous répondons  : Des hommes, nous avons tout à craindre de la foule car tous le tiennent pour un prophète. ” Et ils firent à Jésus cette réponse  : “ Nous ne savons pas. ” Alors il leur dit  : “ Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. ”  »

Évidemment, c’était un piège. Jésus ne dissimulait point qu’il piégeait les autorités religieuses de Jérusalem, dans le but très clair de manifester la vérité de sa mission et la perfidie de ses contradicteurs. Il leur dressa ce piège de cette manière droite et imparable qui caractérisa toute son attitude durant cette controverse qui devait le conduire à la mort. Je sais que Mgr Hamer n’aime pas que je prenne exemple sur Notre-Seigneur, contestant par avance toute ressemblance entre ses ennuis et les nôtres. Je préfère cependant chercher à imiter Jésus, de très, très loin évidemment, qu’imiter de près, de trop près, les Pharisiens, les scribes et les grands-prêtres. C’est ainsi que je réponds toujours à toutes vos questions. Et vous, vous ne répondez jamais aux nôtres.

Vous ne POUVEZ pas répondre davantage que Caïphe. Vous ne POUVEZ même pas répondre comme lui  : «  Nous ne savons pas.  » (…) Nous savons que saint Pie X a été donné à ce siècle apocalyptique en son jeune matin comme un mémorial de la foi catholique, un phare de doctrine sainte contre toutes les forces de l’ombre et l’heure des ténèbres. Notre foi est la sienne, et siennes aussi notre morale, notre politique, notre esthétique. Nous ne sommes rien d’autre que ses enfants, ses disciples. Notre sort spirituel est lié au sien, ô bonheur  ! Et sa doctrine, sa vertu, sa gloire sont dès lors impliqués dans le sort qui nous sera fait.

Que nous répondrez-vous  ? Si vous nous dites que l’enseignement magistral de ce saint vient de l’homme faillible et passager, Giuseppe Sarto, (…) vous serez justifié d’imposer à l’Église les doctrines qui s’y trouvent nommément, clairement et, je le précise, irréformablement condamnées et proscrites. Mais vous vous avouerez, de ce fait, schismatique par rapport à l’Église de Pierre, Vous vous retrancherez de la Succession apostolique et de la communion catholique, comme les grands-prêtres de Jérusalem refusant le baptême de Jean s’étaient exclus de la Promesse du salut et finirent en déicides.

Si vous reconnaissez au contraire que cet enseignement du saint Pontife et magnanime Docteur de l’Église en notre siècle venait de Dieu, tout subterfuge évolutionniste écarté, vous serez contraint de Vous déclarer hérétiques, Vous-même et toute votre cohorte de Réformateurs, progressistes les uns, modernistes les autres, héritiers perfides de cette engeance de vipères que saint Pie X voulut extirper à jamais du sein de l’Église, sans y parvenir du fait de leur malice, les considérant comme ses plus mortels et diaboliques adversaires. Vous serez alors obligé de vous rétracter ou de vous démettre.

Je sais que vous ne répondrez jamais à cette question. Aussi vous l’ai-je posée pour que le peuple de Jérusalem sache qui a Dieu pour Père et qui a pour père Satan (Jn 8, 41).

OÙ EST LA JUSTICE  ?

Quant à la Justice, il est aisé de voir où elle respire et où elle est étouffée, où elle se meurt. Vous avez toute l’Autorité divine nécessaire à la manifestation de la Vérité. Ainsi pourrez-vous, quand vous voudrez, exercer votre souverain pouvoir judiciaire et coercitif. Et moi, je suis tout prêt à répondre de nouveau à toute convocation romaine et toute instruction d’un véritable procès, me disposant à me soumettre en toute obéissance à vos arrêts.

Il n’y a aucune impossibilité de parvenir à une «  réconciliation  », ainsi, par la voie d’un procès normal au Saint-Office, en toute vérité doctrinale et justice canonique. Déjà, le 8 mars 1979, en réponse à une demande expresse de la S. Congrégation pour la Doctrine de la foi, j’évoquais la double possibilité d’entrer dans cette voie. J’y suis encore prêt aujourd’hui. Ou bien cette Sacrée Congrégation dresserait, sur votre ordre, le résumé des «  erreurs  » tirées de mes écrits pour juger de leur degré d’opposition à la foi catholique et m’imposer de les rétracter. Ou bien cette même Congrégation enregistrerait le résumé que j’établirais à votre demande, des «  hérésies  » dont je vous accuse, Vous, le pape Paul VI et le Concile Vatican II. Comme toutes les propositions qui viendront à être examinées, par l’une ou l’autre de ces deux voies, ont donné lieu à des controverses passionnées, jamais tout à fait claires, libres et honnêtes depuis le grand ébranlement conciliaire, et comme elles demeurent, bien au-delà de nos personnes, causes de division et de scandale dans l’Église entière, il faudra certainement, pour les trancher définitivement et sans conteste, une suite de décisions du Magistère extraordinaire, solennel, de votre Sainteté ou d’un possible Concile Vatican III, décisions par leur forme même infaillibles. Alors, on pourra dire, comme jadis saint Augustin  : «  La cause est jugée, plaise à Dieu que l’erreur finisse donc  !  » Ou comme on lui fait dire trop brièvement  : Roma locuta est, causa finita. (…)

Je veux cette «  Vérité et Justice, quoi qu’il en coûte  », je ne veux rien d’autre, mais hélas  ! je n’y peux rien. Cela dépend tout de vous, Très Saint Père, et le malheur est que vous ne le voulez à aucun prix. Ah  ! je vous en implore, veuillez cette Vérité et cette Justice, faites-les avancer, triompher, régner dans l’Église et nous serons sauvés  ! (…)

Très Saint Père,

J’ai ainsi répondu point par point à la sèche et, au fond, misérable Notification de vos services. Il n’est pas un lama tibétain, un sorcier angolais, un journaliste communiste, un franc-maçon new-yorkais, un moderniste défroqué, un terroriste palestinien que Vous traitiez pareillement. Cela vous juge, Vous et non pas nous.

En attendant vos décisions, je poursuivrai d’un cœur paisible et joyeux même, à l’exemple des premiers Confesseurs de notre foi devant les grands-prêtres et sanhédrites de Jérusalem (Ac 5, 41), ma petite tâche de baptisé, de confirmé, de prêtre, de théologien, en enseignant la doctrine catholique traditionnelle, en dénonçant les hérésies, schismes et scandales exposés dans ces deux Livres d’accusation dont je ne retire rien, au contraire dont j’aurais à alourdir chaque jour les preuves, de preuves nouvelles plus accablantes encore.

Je le ferai pour l’honneur de Dieu, comme le recommande ce cher dominicain antéconciliaire, Jérôme Hamer, qui n’a eu que le malheur de tourner comme girouette au vent mauvais pour demeurer tout là-haut sur les toits plutôt que de se retrouver tout en bas avec nous. Pour la conservation de la foi catholique dans le petit cercle de mes lecteurs, de nos amis, pour le bien des âmes et la rémission de mes péchés. Cela je le ferai même malgré vous et, jeté dehors, je le continuerai sous le porche ou, chassé encore, dans la rue. Car sans la foi, point d’espérance de grâce ni de gloire éternelle, point de charité vraie et agissante, point d’autorité non plus, sinon de fait et d’institution.

Mais je me tiendrai prêt à tout sérieux appel à l’œuvre commune – car l’Église est une communion  ! – et hiérarchique – car l’Église est un corps dont vous êtes la tête  ! – œuvre de vérité et de justice qu’il faudra bien un jour entreprendre. Que l’homme le veuille ou non, si Dieu le veult  ! cela se fera. (…)

Je suis de Votre Sainteté le loyal serviteur
Abbé Georges de Nantes

 Pour en savoir plus >