La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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LE M.A.S.D.U.

Le pape Paul VI devant l'assemblée générale de l'ONU

Le pape Paul VI devant l’assemblée générale de l’ONU, le 4 octobre 1965.

AU début de l’année 1965, l’abbé de Nantes exposa dans une série de Lettres à mes Amis intitulées “ l’Église et le Masdu ”, la pensée personnelle de Paul VI, dont tout le dessein se trouve expliqué, analysé, dénoncé  : c’est une utopie politico-religieuse, une nouvelle théorie de la religion comme “ MOUVEMENT D’ANIMATION SPIRITUELLE DE LA DÉMOCRATIE UNIVERSELLE ”, en abrégé  : MASDU…

Ce nom même, l’abbé de Nantes le trouva dans un discours du Saint-Père du 30 janvier 1965  : «  L’Église… ne peut se désintéresser de l’animation idéologique, morale et spirituelle de la vie publique et, en ce domaine, elle invite à travailler avec confiance  ; oui, avec confiance dans les institutions qui forment la norme et l’histoire de notre société, et qui sont aujourd’hui les institutions démocratiques  ». Autrement dit, l’Église se fait la servante humble et discrète de la nouvelle société humaine, elle aspire généreusement à rivaliser d’ardeur sociale avec tous les autres générateurs d’héroïsme humain.

C’est le Messianisme révolutionnaire de Lamennais, c’est la Démocratie chrétienne de Sangnier, tout cela repris et mis en système par Jacques Maritain, ami personnel de Paul VI dans son HUMANISME INTÉGRAL.

On peut décomposer ce système en trois parties et un important corollaire  :

1° – L’HUMANITÉ, au lieu de l’ÉGLISE et de sa Chrétienté, est la société de salut universelle.

2° – La Charte des DROITS DE L’HOMME en est l’ÉVANGILE nouveau, avec sa trilogie de Liberté, Égalité, Fraternité.

3° – La Construction de la DÉMOCRATIE MONDIALE est la forme terrestre du ROYAUME DE DIEU. Elle se fera par l’avènement de la Justice et de la Paix, dans la Vérité et dans l’Amour…

Corollaire   : La RELIGION, toutes confessions réunies, sera l’inspiratrice et l’ANIMATRICE SPIRITUELLE de l’Humanité ainsi régénérée.

AU LIEU DE L’ÉGLISE, L’HUMANITÉ

La vision du monde de Paul VI abolit la différence et l’opposition irréconciliable qu’affirmaient avec autorité ses Prédécesseurs, tel Léon XIII dans Humanum Genus   : «  Le Genre humain est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent de combattre l’un pour la vérité et la vertu, l’autre pour tout ce qui leur est contraire. L’un est la véritable Église de Jésus-Christ… l’autre est le royaume de Satan   ». (…)

Paul VI ne veut connaître qu’un Monde profane, défini comme un corps social universel, légitimement autonome, extérieur à l’Église, pleinement humain, ni chrétien ni satanique. Il ignore délibérément les forces adverses avec lesquelles il ne pourrait décemment prêcher la réconciliation. Il suppose donc le problème résolu, Satan définitivement réconcilié, exclu ou inexistant  !

Tous les hommes sont bons, tous désirent la paix, la justice, le progrès. (…)

Toutes les vertus surnaturelles que la société chrétienne puise dans les mérites du Christ, la grâce des sacrements et l’obéissance aux Commandements de Dieu, le Pape les attribue comme naturellement aux hommes, globalement aux masses, d’où résulte cette DÉMOCRATIE UNIVERSELLE dont il attend un bond en avant de l’humanité. Comme si le démon n’y régnait pas  ! Ni le péché originel  ! ni tant de désordres et de crimes  ! Comme si la bonté était dans la nature et dans le cœur de tous les hommes d’aujourd’hui  !

Selon Paul VI, les peuples aspirent à une société internationale, sans classes, pluri-raciale et multireligieuse où pourraient enfin entrer en composition, en accord pai sible, tous ces totalitarismes sans exception. Les instances de l’ONU et de l’UNESCO en avancent la réalisation. L’Église, “ le MASDU ”, y peut jouer un rôle incomparable et ainsi être appelée, par Dieu, à en devenir l’âme. C’est l’objectif des efforts du Pape et le but du Concile Vatican II.

Dès lors, l’espoir de l’humanité n’est plus l’Église, mais l’ONU, sa réplique politique  : «  C’est ce qu’il y a de plus beau dans l’Organisation des Nations-Unies, c’est son visage humain le plus authentique. C’est l’idéal dont rêve l’humanité dans son pèlerinage à travers le temps  ; c’est le plus grand espoir du monde. Nous osons dire  : c’est le reflet du dessein de Dieu— dessein transcendant et plein d’amour — pour le progrès de la société humaine sur la terre, reflet où Nous voyons le Message évangélique, de céleste, se faire terrestre  ». (Discours de Paul VI à l’ONU)

Paul VI à l'ONU

S’adressant encore à l’ONU, le Pape affirme  : «  Pour assurer le bien public qui intéresse tout le genre humain, il ne peut y avoir d’autre organisation que la vôtre qui est fondée sur le respect du droit, de la juste liberté, de la dignité de la personne, le rejet de la funeste folie de la guerre et de la fureur néfaste de la tyrannie  ».

Ainsi, dans le rêve du Saint-Père, l’ONU, cette Tour de Babel jacassante, inefficace pour le bien, efficace pour le mal, se substitue à l’Église, la dépasse, la déborde de toutes parts.

Cette utopie de Paul VI est une hérésie, une impiété et un mensonge qui déshonore l’Église et le Christ. S’il y a une réalisation temporelle de l’Évangile, c’est la civilisation chrétienne des peuples catholiques, toute fondée sur Jésus-Christ, prolongement social de l’Église, œuvre de grâce et de foi. Ce ne sera jamais la maçonnique ONU.

«  Nous n’avons pas à démontrer, écrivait saint Pie X, dans sa Lettre sur le Sillon, que l’avènement de la démocratie universelle n’importe pas à l’action de l’Église dans le monde… La réforme de la civilisation est une œuvre religieuse, au premier chef, car pas de vraie civilisation sans civilisation morale et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion  : c’est une vérité démontrée, c’est un fait d’histoire  ».

AU LIEU DE L’ÉVANGILE, LA CHARTE DES DROITS DE L’HOMME

L’Église et la Chrétienté, depuis deux mille ans, vivent de la grâce de Dieu et des vertus théologales, dont les vertus morales ne sont que les effets dérivés. Selon notre Évangile, point de charité fraternelle sans amour de Dieu et point d’amour de Dieu sans la grâce du Christ que donne seule l’Église.

Mais Paul VI, en bon disciple de Maritain, fonde cette humanité régénérée, cette Démocratie Universelle sur la “ Conscience ” et régie par la Loi de la civilisation moderne, la “  Charte des Droits de l’Homme ”. Avec Maritain, le Pape pense que les Droits de l’Homme sont tout simplement la transposition en langage moderne et profane… du Message évangélique  ! Il condond la conscience morale avec la force morale que donne seule la grâce divine, et la solidarité humaine avec la charité chrétienne…

Dans l’Allocution du mercredi 2 août 1972, le Pape exposait cette théorie de la conscience considérée comme une force morale souveraine sur laquelle se greffe le “ sentiment religieux ”, en des termes stupéfiants  :

«  C’est en exprimant sa conscience morale que l’homme s’affranchit des tentations qui l’assaillent, parce que son organisme complexe est déréglé par une tare héréditaire  : le péché originel. Il retrouve alors, du moins, la notion et le désir de sa perfection. C’est cette conscience morale qui lui fait surmonter les tentations avilissantes pour sa dignité, écarter les craintes qui le rendent lâche et sot, entretenir les sentiments qui font de lui un homme honnête et fort.  »

«  Qu’exprime donc cette conscience avec une telle énergie  ? Les Droits de l’Homme  !  » (Message à l’ONU)

La religion n’a aucune part à cet élan. C’est le culte de l’homme qui doit engendrer l’amour de l’homme…

AU LIEU DU ROYAUME DE DIEU, UNE DÉMOCRATIE UNIVERSELLE

Paul VI dépouille le Royaume du Christ de tous ses attributs lumineux  : la paix, le repos, la douceur, la joie, la Gloire, le Bonheur total pour tous les élus, pour en revêtir sa chimère du Monde Nouveau, comme d’un paradis terrestre reconstruit par la seule invention et la seule force des hommes  ! (…)

Le Pape annonce une Bonne Nouvelle, pour tout de suite, ici-bas, et comme une œuvre purement humaine à laquelle préside seulement, de haut, impotent mais favorable, un Dieu Inconnu.

Pourtant il n’y a d’avancement pour l’ordre temporel que dans la mesure où les chrétiens «  cherchent d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice  », c’est-à-dire la vie de la grâce et sa sainteté qui doivent les introduire à la Béatitude de Gloire du ciel  !

Là encore, saint Pie X est clair dans sa Lettre sur le Sillon  : «  On ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie  ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux  ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est  ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et de la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété  : omnia instaurare in Christo  ».

Paul VI annonce la PAIX comme un fruit mûr de la civilisation et de l’ONU, mais en subordonne l’avènement à l’instauration première de la JUSTICE. De conservatrice, la pensée du Pape se fait bientôt subversive. Elle excite les convoitises de tous les peuples du Tiers-Monde en leur proposant “ le développement ” comme le but essentiel et premier de tous leurs efforts. (…)

Son programme  ? «  Réduire les inégalités, combattre les discriminations, libérer l’homme de ses servitudes, le rendre capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral et de son épanouissement spirituel  ».

C’est l’effort le plus cohérent qui ait jamais été entrepris pour détourner les hommes du Ciel et pour les rendre esclaves du Maître de la Terre, celui qu’annonce l’Apocalypse. Et d’autant plus que, dans cette construction d’un monde pleinement humain, une place est faite aux religions, un rôle est reconnu aux Églises, toutes mortellement confondues.

COROLLAIRE
LA RELIGION, ANIMATION SPIRITUELLE DE LA CITÉ IDÉALE

Quelle place a la religion dans cette construction  ? L’humanisme partout le proclame  : l’Homme se suffit à lui-même. La Tour de Babel n’a rien d’une Cathédrale  ; elle est un prodige d’énergie, de solidarité, de fraternité humaines, tout humaines.

Un appel explicite à Dieu, à la transcendance, un recours à une Révélation céleste, à une Rédemption surnaturelle, la reconnaissance d’un culte, d’un dogme, d’une Église particulière, tout cela est exclu ou tout au plus toléré comme activité culturelle. Et c’est précisément à cause de cette exclusion de Dieu, du Christ, de l’Église, que les Prédécesseurs de Paul VI avaient jeté l’anathème sur cette folle entreprise de l’orgueil humain. Or Paul VI non seulement l’accepte mais s’en fait le propagandiste  : «  Il n’y a plus d’isolement permis  : l’heure est venue de la grande solidarité des hommes entre eux pour l’établissement d’une communauté mondiale unie et fraternelle  ». (…)

Étant entendu que cette société mondiale ne reconnaît aucune religion, elle n’est la servante d’aucun dieu. Mais Paul VI espère cependant que la religion pourra se faire accepter comme la servante de ce Monde qui prétend l’ignorer, car elle se sent apte à lui apporter un secours non-négligeable. (…)

Depuis toujours, l’Église se sert des biens divins qui lui sont donnés par son Seigneur et pour son Seigneur. Paul VI veut maintenant qu’elle s’en serve pour faire réussir le projet de l’Homme qui se fait Dieu  ! «  La religion du Dieu qui s’est fait homme  » est engagée par le Pape au service de «  la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait dieu  ».

Il faudra évidemment une sérieuse “ remise à jour ”, une véritable “ reconversion ” pour rendre la religion catholique apte à ce nouveau “ service ”. (…)

«  Nous devons assurer à la vie de l’Église une nouvelle façon de sentir, de vouloir et de se comporter  », affirmait le Pape à Bethléem, dès le 6 janvier 1964. Personne ne pouvait deviner où irait cette si totale mutation…

Toutes les religions sont appelées à fraterniser dans l’œuvre temporelle qui leur est une nouvelle et commune raison d’être. Les querelles dogmatiques sont désuètes, «  les guerres de religion sont finies pour toujours  », le fanatisme est mort, le prosélytisme éteint. Il ne s’agit plus de s’arracher les âmes et de les passionner pour «  les choses suprêmes  », mais de les mettre au service de l’humanité. Voici les dieux réconciliés de force par leurs prêtres, attelés ensemble à l’œuvre de la réussite du monde moderne. C’est l’Œcuménisme  !

Voici la réponse de saint Pie X  : «  Étranges, effrayantes et attristantes à la fois, sont l’audace et la légèreté d’esprit d’hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société dans de pareilles conditions et d’établir sur terre, par-dessus l’Église catholique, “ le règne de la justice et de l’amour ”, avec des ouvriers venus de toutes parts, de toutes religions ou sans religion, avec ou sans croyances, pourvu qu’ils oublient ce qui les divise  : leurs convictions religieuses et philosophiques, et qu’ils mettent en commun ce qui les unit  : un généreux idéalisme et des forces morales prises “ où ils peuvent ”. On est effrayé… C’est l’apostasie organisée.  »

L’exclusif et chimérique intérêt que Paul VI porta à la Construction du Monde, ce primat de la politique la plus indéfinie, la plus irresponsable, la plus déracinée qui soit, opéra dans l’Église entière une affreuse, une effroyable destruction. Les dogmes deviennent tous, dans leurs arêtes vives, des obstacles à la compréhension universelle, des gênes pour la fraternité. Les sacrements, d’abord considérés comme des prises de force, des sources d’énergie spirituelle pour l’engagement temporel, ont bientôt cessé d’avoir aucune utilité puisque les autres hommes nous valent sur le chantier du monde sans y recourir vraiment. Les Commandements de Dieu sont infléchis autant que faire se peut dans le sens souhaité par les architectes du Monde à construire et puis, finalement, rejetés comme des freins insupportables.

Enfin, toute l’Institution de l’Église s’effondre. (…)

À cause de cette utopie hérétique du MASDU, condamnée d’avance par saint Pie X, Paul VI sera un jour déclaré Anathème. Il est le Grand Corrupteur de l’Église au XXe siècle.

Extraits du Liber Accusationis in Paulum sextum, p. 23-37
Pour l’Église , Tome 2, p. 113-118

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