La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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SAINT PIE X

2. Vainqueur de l’hérésie

LE DOCTEUR DE LA FOI

DOM Guiseppe Sarto n’appartenait à aucune École particulière. À l’ÉCOLE CATHOLIQUE simplement il avait été, en toutes les matières et de classe en classe, toujours premier. On ne songeait pas à remarquer sa grande intelligence, on ne soupçonnait pas l’étendue de ses connaissances, la profondeur de ses analyses de la pensée moderne, parce qu’il n’en faisait pas montre inutilement et parce qu’il mettait la piété au-dessus de la science, la vie du ministère ecclésiastique bien en avant des séductions de la culture et de la conversation. Il s’était nourri de saint Thomas  ; Évêque de Mantoue, il l’enseignait lui-même dans son grand Séminaire. Il s’était nourri de Bossuet et du cardinal Pie son contemporain. Pour qui les connaît, c’est tout dire.

Pape Pie X

Devenu pape, il fera à la faveur des circonstances l’éloge de saint Grégoire le Grand, de saint Jean Chrysostome, de saint Anselme, de saint Charles Borromée. Chaque fois, il nous semble se peindre lui-même et proclamer sa propre doctrine en exaltant leurs vertus et leur sagesse en des temps troublés et difficiles comme le nôtre. La filiation de son esprit ne laisse donc aucun doute  : IN MEDIO ECCLESIAE. Au milieu de l’Église, il surplombe les disputes des Écoles, les contradictions de la dialectique. Il tient les deux bouts de la chaîne et tout l’entre-deux. L’un de ses derniers actes, le 24 juin 1914, sera d’organiser l’enseignement du Thomisme dans les séminaires et les universités catholiques.

Il parut tout de suite que le Pape prendrait la défense de la vérité et qu’il combattrait, de toutes les armes que lui mettait en mains le Souverain Pontificat, l’erreur qui blessait son âme religieuse. Un préjugé indéfendable veut que les gens très intelligents soient libéraux, toujours en recherche de la vérité, et qu’ils se refusent à rien condamner ni à sanctionner personne. Cette tolérance uniforme est, tout au contraire, le signe d’une double inintelligence, l’une qui ne saisit pas le caractère de certitude du vrai exclusif du faux, l’autre qui méconnaît le caractère social, humain, de l’affirmation sincère incompatible avec la liberté de l’erreur, sous peine d’ébranler l’ordre humain. Pie X, s’élevant sans effort «  sur les ailes de l’Aigle  » à la hauteur de sa Charge Apostolique, attesta la divine Vérité dont il était le Défenseur et l’infaillible Garant, sans hésiter jamais à condamner l’erreur et à dénoncer, voire à excommunier ceux qui prétendaient la soutenir dans l’Église.

Mais ce qu’on ne soupçonnait pas, et qu’il m’a bien fallu découvrir par moi-même à travers des années d’étude et de réflexion, tant cela est resté caché, ou sciemment dissimulé depuis cette époque, c’est LE GÉNIE DE SAINT PIE X. Nul n’a mieux que lui embrassé l’hérésie moderniste dans toute son ampleur et pénétré son essence jusqu’à ses plus profonds principes. Ainsi me paraît-il vraiment dominer ce siècle comme le plus intelligent et le plus intrépide des DOCTEURS DE LA FOI que Dieu ait envoyés à son Église pour la sauver.

UN COMBAT MORTEL CONTRE LE MODERNISME

Élu le 4 août 1903, le 7 il reçoit les Cardinaux Richard, archevêque de Paris, et Perraud, d’Autun, qui veulent lui parler de Loisy. Il y a longtemps que cette affaire traîne. Léon XIII a voulu temporiser. Aujourd’hui, le mouvement s’étend rapidement. Déjà l’ami de Loisy et l’inspirateur de sa philosophie, l’Abbé Hébert, a rompu avec l’Église, en 1902. Loisy est resté. Il prétend toujours conserver la foi, mais son dernier livre soulève le scandale. L’archevêque de Paris l’a censuré, mais sa diffusion n’en continue pas moins. Les deux cardinaux sont stupéfaits de constater que le Pape sait tout cela, qu’il a lu «  le petit livre rouge  », L’Évangile et l’Église, paru en novembre 1902, et qu’il compte intervenir sans aucun délai.

De fait, le 4 octobre, dans sa première Encyclique, Pie X dénonce «  les manœuvres fallacieuses d’une certaine science nouvelle qui se pare du masque de la vérité et qui, à la faveur de raisonnements trompeurs et perfides, s’efforce d’ouvrir la voie aux vues du rationalisme et du semirationalisme  ». Au même moment, Loisy ose publier Autour d’un petit livre, qui est la défense et l’accentuation de ses thèses. Dès le 16 décembre, cinq de ses livres sont inscrits à l’Index par le Saint-Office, malgré deux Évêques modernistes qui ont agi auprès du gouvernement Waldeck-Rousseau et provoqué une intervention diplomatique pour sauver Loisy. C’était mal connaître Pie X. (…)

Tandis que la controverse se poursuit en France, Pie X étudie attentivement le dossier qui lui a été envoyé et prépare la condamnation solennelle de l’hérésie. Le 3 juillet 1907, le Décret Lamentabili réprouve 65 propositions, toutes tirées des œuvres de Loisy. C’est un coup de tonnerre. Les modernistes ont l’audace de se réunir en août, à Molveno dans le Trentin, pour organiser leur résistance. Sont présents von Hügel, Fogazzaro, Murri, Houtin, Sabatier, Buonaiuti  ; Loisy et Tyrrel se sont fait représenter… Ils protestent de leur innocence, dans une Lettre ouverte au Pape, Ce que nous voulons. Mais en secret ils ont décidé de dissimuler leur révolte en demeurant dans l’Église… pour la faire évoluer selon leurs plans.

Peine perdue, manœuvres inutiles. Le 8 septembre paraît l’Encyclique Pascendi Dominici Gregis, la plus grande, la plus importante encyclique qu’ait jamais adressée un Pape à ses frères dans l’Épiscopat du monde entier. C’est l’explication systématique, complète, indiscutable, de l’erreur moderniste en son fond et sous tous ses aspects. Cette dénonciation et la condamnation qui l’accompagne rendent dès lors impossible toute participation au Modernisme de quiconque se prétend encore membre de l’Église. Il faut choisir  ! Et puisque les sectateurs de l’hérésie font précisément profession de ne pas choisir mais de demeurer pour séduire et conquérir du dedans l’Église de Dieu, saint Pie X, armé de la force d’En-Haut, les recherchera, les dénoncera au peuple fidèle qu’ils abusent et corrompent, les excommuniera sans pitié. Pour sauver l’Église  !

Les listes de l’Index comprenaient depuis 1903 Houtin, Loisy, Laberthonnière, Fogazzaro, les gens du Rinnovamento; elles s’allongent en 1907-1908  : Edouard Le Roy, Dimnet, Le Morin, Mgr Batiffol à moins qu’il ne corrige ses livres  ; et en 1910, Humbert, Mgr Duchesne, Brémond, encore Laberthonnière… Tyrrel, entré en révolte ouverte, a été excommunié en 1907. En janvier 1908, Loisy l’imite et subit le même sort en mars. Il y allait, là encore, là plus que jamais, de toute la religion  ! Et le Cardinal Mercier aura raison de remarquer  : «  Qui peut dire, si avec un Pape de la trempe de Pie X, quand surgirent Luther et Calvin, le Protestantisme aurait réussi à détacher de Rome un tiers de l’Europe chrétienne  ?   » Certainement pas  ! II est de bon ton de railler cette TERREUR… injuste, inutile. J’ai entendu, depuis que je suis entré dans le clergé, toujours et (presque) partout défendre les Modernistes et jeter le discrédit sur saint Pie X, sur le Saint-Office qui fut l’instrument de la répression et sur la Sapinière de Mgr Benigni qui fut son service secret de renseignements. Jugeant mes maîtres, avec le recul du temps, j’accorde à leur mauvais esprit l’excuse de l’ignorance  : je pense qu’ils n’ont jamais compris. Après cinquante ans, ils n’ont toujours pas compris ce que Pie X dénonçait lumineusement dans Pascendi.

Ou ils n’ont pas fait l’effort de lire l’Encyclique, ou ils n’ont pas voulu la comprendre. Ils préférèrent, ils préfèrent encore croire aux apparences, au «  masque catholique  », à la sincérité affectée dont se couvrirent les Modernistes et le malheur a voulu que, dans cette naiveté, eux-mêmes se laissent imprégner lentement par leur hérésie…

Mais qu’on lise le portrait moral d’Alfred Loisy par son confident l’Abbé Houtin. Il est d’une affreuse, d’une sordide médiocrité, ce prêtre installé dans le mensonge, qui en 1907 avouait à son ami ce qu’il lui avait caché ainsi qu’au monde entier durant toute cette crise, qu’il avait perdu la foi depuis vingt ans, donc depuis 1887, et ne demeurait dans l’Église qu’en trompant, par ambition et par intérêt… Eh  ! bien, le curé de campagne, lui, saint Pie X, l’avait percé à jour, ce dévoyé, et cela, qui confond tous ses détracteurs, suffit à lui décerner la double et triple couronne du génie, de l’héroïsme et du martyre  !

L’HÉRÉSIE DES DERNIERS TEMPS

L’hérésie a commencé insensiblement sous le jour connu du rationalisme et du scientisme. C’était le “ renanisme  ”. Rien de nouveau dans la critique de la religion par la Science historique, exégétique, archéologique. Mais avec Loisy, imprégné par Marcel Hébert de philosophie kantienne, cela changea tout à coup, et la nouveauté MODERNISTE se répandit comme une traînée de poudre dans l’atmosphère de réforme et de progressisme qui était celle de la fin du règne de Léon XIII, que voici bien rendue par Émile Poulat  :

«  … milieu effervescent que travaille en permanence l’espérance d’une pacification des esprits et d’une rénovation du catholicisme. L’abbé Frémont n’est pas le seul à penser alors qu’“ il faut au XXe siècle une nouvelle Réforme de l’Église ”. Cette espérance fut alors aussi vive, sinon plus, que de nos jours. Est-il, pour ainsi dire, une des idées les plus avancées, une expression, qui ne soit déjà née il y a cinquante ans, une expérience même dont on ne trouve au moins le prototype  ? Face au culte du passé des catholiques intransigeants, une minorité ardente communie dans le sentiment ou le pressentiment d’une naissance mystérieuse qui se prépare, d’une gestation lente et douloureuse qui, sous l’apparence contraire, est l’œuvre même de Dieu, d’une terre nouvelle d’où l’on verra comme des cieux nouveaux quand auront été balayés les miasmes séculaires qui empoisonnaient l’atmosphère, les lourds nuages qui faisaient écran à la lumière. Il ne s’agit ni d’une simple transformation sociale ni d’une pure rénovation intellectuelle, mais de l’avènement d’un nouvel âge de l’humanité, qui implique une nouvelle et mutuelle adaptation de l’homme et du christianisme. “ Quelque chose que nous ne savons pas se remue dans le monde… Fils de l’homme, monte sur les hauteurs, et annonce ce que tu vois  ! ” Depuis Lamennais, le ton du lyrisme a changé parce qu’il semble que l’avenir se soit précisé, mais le même appel n’a cessé de sourdre…  » (Émile Poulat, Histoire, Dogme et Critique dans La crise moderniste, Casterman, 1962, p. 11).

À cette attente Loisy va apporter soudain presque inconsciemment, la solution-miracle tant désirée depuis Lamennais, depuis Fénelon  ! Voici dans quelles circonstances.

Le luthérien allemand Harnack publia en 1900 L’Essence du Christianisme, d’un total rationalisme, qui mettait l’existence de l’Église et de ses dogmes en contradiction avec l’Évangile de Jésus. Il renvoyait en conclusion le fait religieux au domaine de la conscience individuelle.

Loisy prétendit le réfuter et sauver l’Église en allant dans son sens et plus loin encore. Toute la religion est la création des consciences individuelles  ? Mais bien sûr et l’Évangile Lui-même  ! L’Évangile ne contredit pas l’Église… puisqu’il en est la création, le reflet  ! Ce renversement de l’ordre de la foi parut aussitôt à tous les impatients de nouveauté l’équivalent du renversement génial de l’ordre astronomique par Galilée et celui du réalisme philosophique par Emmanuel Kant. Et tandis que Loisy s’empêtrait dans le subjectivisme dont l’avait badigeonné son ami Hébert, la logique du Modernisme allait dérouler implacablement tous ses anneaux. L’idée-mère était conçue  : ce n’est pas l’Évangile qui a créé l’Église, comme l’ont cru les chrétiens antérieurs, le catholicisme classique, c’est l’Église dans sa conscience collective et son expérience du divin qui a créé l’Évangile à partir des événements humains résiduels, inaccessibles, inintéressants, de la vie de Jésus.

Tout le reste découlerait de cette première proposition…

Blondel intervient, pour sauver Loisy d’une condamnation certaine, par son Histoire et Dogme en 1904. Cela commence par une charge à fond contre le Catholicisme classique, baptisé “ extrinsécisme ”. Cet intégrisme croit que l’humanité a reçu du dehors une Révélation constituée une fois pour toutes et indéfiniment transmise par tradition (avec un petit t), puis enseignée du dehors aux croyants  ? Blondel répond avec Loisy que les faits primitifs, évangéliques, ne suffiraient pas à fonder les dogmes qu’ils ne contiennent pas, ou du moins pas encore explicitement.

Se tournant alors vers Loisy, mais avec respect et douceur  ! il critique son “ historicisme ” exagéré, selon lequel tous nos dogmes et finalement toute religion seraient nés du besoin et des inventions des générations successives. On ne peut expliquer ainsi la cohérence de la foi catholique… et s’ils sont inventés, comment tenir les dogmes pour vrais  ?

Le Critique des critiques propose alors sa solution, qu’il nomme “ immanence ” ou “ panchristisme ” (  !)  : la Tradition (avec un T majuscule), la Tradition dans L’église n’est pas ce que pensent les intégristes, la TRADITION VIVANTE est une expérience spirituelle, collective et organique, faite en Église par tous les chrétiens emplis de l’Esprit… Dans une invraisemblable logomachie pré-teilhardienne, ou gnostique, Blondel fait du grand Corps Mystique du Christ le lieu d’une illumination et révélation permanente, changeante, évolutive, de Dieu même intime à tout homme et à tout l’homme. C’est si touffu et Blondel est si sincère, si bien intentionné, qu’il ne sera jamais mis à l’Index. Dommage immense, car les générations suivantes s’en feront un maître, sans craindre les dénonciations des intégristes, les foudres de Rome ni les remords de leur conscience.

La riposte des “ extrinsécistes ” sera immédiate et décisive. Celle de Loisy sera cinglante  : «  En voulant prouver, par l’intuition supérieure de la tradition vivante, l’historicité des écrits évangéliques, il court la chance de parler pour ne rien dire. Lui-même, sans s’en apercevoir, a fait œuvre de démolisseur. Il a dit que l’histoire ne pouvait prouver le surnaturel chrétien  : c’était vrai (dixit Loisy), mais je l’avais dit avant lui et avec plus de précaution que lui (  !). Maintenant, il se flattait de démontrer ce caractère surnaturel par une méthode à lui propre, mais que prouvait-il  ? Il développait une gnose dont il prétendait faire une expérience. Combien de penseurs sérieux se décideront à admettre que l’incarnation du Logos arrive à propos pour démontrer la réalité du monde extérieur  ?  »

En 1905, Edouard LE ROY pose la question, devenue la bouteille à l’encre du Modernisme  : Qu’est-ce qu’un dogme  ? bientôt reprise dans son livre Dogme et Critique, de 1907. «  Il ne néglige pas, dit joliment Barbier, de se déclarer fermement attaché à la foi catholique qu’il met en pièces  ». Pour lui les dogmes, indémontrables et impensables, ne sont que des suggestions pour une vie morale. Ce sont des affirmations sans valeur de vérité mais qui invitent à… faire comme si  ! Comme si c’était vrai, au plan de la vie, de la conscience, de l’action, bien que la raison, la philosophie, la science en démontrent la radicale impossibilité et la totale irréalité. Sérieusement, Le Roy développait cette diplopie en l’étendant à tout le Credo, faux en raison, vrai dans la vie…

Les Modernistes se dévoraient entre eux et ne retrouvaient quelque accord (déjà) que pour hurler contre les “ fixistes ” ou contre le Pape. C’était une Tour de Babel, tous s’accusant mutuellement de cécité…

L’ENCYCLIQUE PASCENDI DOMINICI GREGIS

Pie X

C’est dans cette confusion que parurent en 1907 les 65 Propositions Modernistes condamnées par Pie X, puis l’Encyclique Pascendi et en 1910 le Serment Antimoderniste. C’étaient des torrents de lumière. Il nous suffit pour le moment d’en signaler l’idée la plus profonde, où se manifeste le génie de Pie X. Il explique le Modernisme aux Modernistes eux-mêmes. Ils s’y sont si bien reconnus qu’ils ont pensé que l’un d’eux les avait trahis. Mais lequel  ? Il leur était impossible de trouver parmi eux ce génie supérieur qui avait su embrasser le tout de leur doctrine et l’exposer avec une telle maîtrise  ! Saint Pie X explique, mais il ne dialogue ni ne discute. Du haut de sa foi infaillible, il condamne ce qui n’est qu’un “ sophisme ” insoutenable, qu’on ne soutient que pour se flatter de réconcilier la foi avec la raison, le monde moderne avec l’Église, quand précisément on vient de sacrifier ceci à cela. Les apparences du Modernisme sont celles d’une foi qui échappe à toute critique, mais sa réalité est une pure apostasie déguisée.

Le sophisme consiste en ceci, qui est tout inspiré de la philosophie dualiste de Kant  : ce que la raison prouve être faux dans le domaine où elle s’exerce et qui est celui du réel sensible extérieur, peut nonobstant être vrai pour le cœur, la conscience, le sentiment, dans le domaine de l’expérience spirituelle intime. Ce n’est pas plus compliqué que cela  ! La religion, cessant de se prétendre objective, échappe aux codifications dogmatiques, à la tutelle de l’Autorité ecclésiastique, à la vérification des sciences, elle devient libre, évolutive, flottante, capricieuse.

Saint Pie X dénonce avec horreur le sophisme grossier, tenu par tant d’autres pour le dernier raffinement de la philosophie moderne, qui fait passer la religion du domaine réel de l’histoire au domaine irréel, poisseux, de l’impression intime du divin et de ses expressions subjectives. Mais le Pape allait plus loin dans son analyse, jusqu’aux obscures passions qui soutiennent le sophisme et lui donnent corps  : l’orgueil poussé jusqu’à l’autolâtrie et le goût de la nouveauté, d’une incessante curiosité. Tant que ces passions détestables subsisteront, l’homme antéchrist ne cessera d’accréditer et de soutenir le Modernisme. Parce que le Modernisme nie Dieu et son Christ dans leur vivante réalité, pour s’en créer des répliques, qu’il puisse adorer sans sortir de soi ni se soumettre à personne.

QU’ONT-ILS FAIT DE CE SAINT  ?

Mort de saint Pie X

Mort le 20 août 1914, le pape apparaît plongé dans un calme sommeil  ; son visage semble rajeuni. Ses mains serrent le crucifix qu’il baisa en mourant.

Ils l’ont assassiné. Comme saint Augustin le dit des Juifs qui firent crucifier Jésus. Ils l’ont tué par leurs langues mensongères. Nous en disons autant des Libéraux faussement catholiques, des Démocrates prétendus chrétiens, des Modernistes apparemment croyants. Pie X, homme seul, même si un groupe de disciples fidèles et d’âmes saintes l’ont accompagné jusqu’au bout, s’est heurté à ces trois groupes d’hommes ennemis, les ambitieux, les chimériques et les apostats. Depuis le laisser-aller du règne précédent ils étaient trop nombreux, ils occupaient trop de places élevées – Loisy lui-même, le nouvel Arius, n’avait-il pas failli être évêque  ? –, ils étaient trop soutenus par l’ennemi du dehors, la toute puissante Franc-Maçonnerie, pour n’être pas en mesure d’étouffer cette lumière, d’emprisonner cette énergie en action dans un réseau d’intrigues, dans le piège mortel.

Les dernières paroles de Pie X, au Consistoire du 27 mai et dans son Exhortation du 2 août 1914, comme les dernières photos que nous ayons de lui, montrent le cœur mortellement blessé, le visage ravagé du Prophète qui a reçu ces coups dans la maison de ses frères…

Il n’empêche. Pie X, Sauveur de la France, c’est un titre de livre et une démonstration de Charles Maurras. Pie X Sauveur de l’Italie, on pourrait le prouver de même. Pie X Sauveur de la Civilisation et Sauveur de l’Église, il est vrai que le Monde et l’Église lui doivent 50 ans de répit. Mais cela reste en suspens. L’ayant assassiné, ses ennemis ont eu soin de l’ensevelir sous deux ou trois Pierres pesantes. Mais nous, qui avons hérité de ses enseignements, qui voulons imiter ses vertus et nous assimiler sa sagesse, nous savons que bien proche est sa résurrection.

Abbé Georges de Nantes
Extrait de la CRC n° 96, septembre 1975, p. 8-12

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