La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Science et dévotion à l’Homme du Suaire, le Seigneur de Gloire  !

Du vivant de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, le Saint Suaire était demeuré caché comme elle, méconnu, oublié, relégué, enseveli dans son «  sépulcre  », si bien nommé, au-dessus de l’autel de Bertola, dans la chapelle de Guarini.

C’est une Exposition d’art sacré qui l’en fit sortir au mois de mai 1898, et la photographie le révéla au monde. Pourtant, il ne sort de son silence pour une «  vie publique  » qu’à l’occasion de l’ostension de 1978. […]

I. LA SCIENCE CONFRONTÉE À LA PREUVE PALPABLE DE LA RÉSURRECTION

Frère Bruno Bonnet-Eymard et l'abbé Georges de Nantes

Frère Bruno Bonnet-Eymard
et l’abbé Georges de Nantes

Comme le dira l’abbé de Nantes  : «  Cet objet de science, nous l’avons examiné par les yeux exercés des médecins  ; nous l’avons écouté avec les oreilles de frère Bruno, oyant le bruit de sa renommée, de lieu en lieu, à travers les siècles. Nous l’avons adoré et goûté par les analyses des biochimistes du STURP qui en ont isolé tous les composants jusqu’aux moindres. Nous l’avons touché, palpé par les mains et les appareils des physiciens et experts qui en ont ainsi reconstitué tous les avatars. Enfin, mariant les unes aux autres ces multiples données empiriques, nous avons fait un recensement pour ainsi dire exhaustif des caractéristiques de l’Objet.  »

Ce linge n’a pas été peint par quelqu’un de très très habile, non. Mais il a été en contact avec le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cette bouleversante certitude résulte d’abord de la présence de sang véritable.

«  Un Mort couvert de plaies est resté quelques heures dans ce Linceul. Rien ne nous expliquera comment il en est sorti, en laissant intactes et belles, sur ce Linceul, l’empreinte de son corps et les traces de ses saignements.  »

S’il n’y a pas d’explication du “ comment  ”, du moins un fait historique bien attesté fournit la raison du “ pourquoi ”. Nous savons avec certitude, par le témoignage des quatre Évangélistes et de saint Paul, que le Corps de Jésus n’a pas connu la corruption, mais qu’il est ressuscité d’entre les morts le troisième jour, selon les Écritures. […]

LE TROISIÈME JOUR, RESSUSCITÉ D’ENTRE LES MORTS.

Photographie du Saint Suaire de Turin

Après la mort, écrit le docteur Barbet, toutes les cellules du corps «  continuent à vivre, chacune pour son compte, celles de la peau comme les autres, et meurent individuellement après des temps différents. Si les cellules nobles, les cellules nerveuses, sont les plus fragiles, les autres survivent assez longtemps  ; la mort totale ne commence qu’avec la putréfaction.  » Or, saint Pierre le proclame dès son premier kérygme, le jour de la Pentecôte  : ce corps n’a pas connu la corruption (Ac 2, 31); il reste uni à la divinité, en attente de la résurrection. Cette vérité théologique n’est pas sans appui biologique.

Là-dessus, Barbet est absolument génial. Il fait appel aux notions les plus simples de son expérience quotidienne. Représentons-nous que «  toutes les plaies, toutes les excoriations dont le corps était couvert continuaient à suinter une lymphe plus ou moins infectée comme sur le vivant, mais liquide  ».

Quand on a décalqué un caillot sur un linge et qu’on décolle ensuite celui-ci, une partie seulement du caillot demeure fixée sur le linge  : «  Sa forme est grossière et elle s’écaille très facilement lorsqu’on manipule le tissu  ». Tandis que les décalques du Linceul sont parfaitement intacts, entiers, reproduisant l’image familière d’un caillot normal. Voilà ce qui demeure inexplicable  !

«  Il est bien certain que ce corps, ressuscité glorieux, pouvait aussi facilement s’évader de ce Linceul, qu’entrer dans le Cénacle “ les portes restant fermées ”. Cette difficulté ultime nous fait toucher du doigt, humainement parlant, une quasi-impossibilité matérielle. La science ici n’a plus qu’à se taire, car ce n’est plus de son domaine. Mais le savant, lui, peut au moins y entrevoir une preuve palpable de la Résurrection.  »

Que dire alors des empreintes corporelles  ? Du «  mystère de cette roussissure, cette légère carbonisation du linge, par radiation thermique probablement. Mystère aussi de ces imprégnations ou dépôts chimiquement analysables, qui témoignent de contacts corporels  : sang, sérum, taches de boue.  » Comment se concilient les deux actions, par rayonnement à distance et par contact  ? Cela demeure absolument inexplicable par la science, selon la conclusion très officielle du STURP. «  Aucune méthode chimique ou physique connue ne peut rendre compte de la totalité de l’image, aucune combinaison de circonstances physiques, chimiques, biologiques ou médicales ne peut non plus expliquer adéquatement l’image.  »

«  Deuxième seuil d’improbabilité, constate l’abbé de Nantes, qui équivaut à la certitude positive d’une impossibilité de fait  : il est impossible que l’homme réalise jamais pareille chose. Or cette chose existe sous nos yeux. C’est ce qu’on appelle une énigme, et quand cette énigme a un rapport très évident avec la révélation de Dieu, on l’appelle un miracle.  »

Or, cela n’a rien d’étonnant aux yeux de notre foi catholique. Tout en demeurant objet de science, l’image constitue en elle-même un miracle dont le Christ est l’auteur.

II. UNE DÉVOTION TOUTE DE VÉRITÉ SCIENTIFIQUE
ET DE CHARITÉ CATHOLIQUE

Voilà donc un miracle, l’image empreinte sur le Saint Suaire, qui témoigne d’un autre miracle  : celui de la Résurrection du Seigneur, dont il est le document permanent, l’«  enregistrement  » quasi photographique.

FILS DE DIEU FAIT HOMME

Tableau représentant le Saint Suaire

Ainsi le Saint Suaire est-il l’image de la résurrection de Celui dont le corps est l’image de Dieu. «  Disons, pour simplifier, une photographie, la photo de Jésus, faite par Lui-même. “ Le portrait du peintre par lui-même ”  ! C’est bien Lui dans son être essentiel, mais avec l’expression de son choix, comme s’il s’était recréé lui-même.

Or, dans le cas du Saint Suaire, l’image qu’il porte est mieux qu’une créature témoignant de la grandeur et de la beauté de Dieu, mieux qu’une création artistique exprimant une certaine conception de l’objet représenté. Ici, “ l’artiste peint par lui-même ” s’est engagé dans cette œuvre. L’artiste, c’est le Fils de Dieu fait homme, qui s’était déjà créé un corps dans le sein de la Vierge Marie, à dessein d’en faire l’image de la divinité, l’image de Dieu son Père. L’image qu’il crée sur le Saint Suaire est donc l’image de l’image de Dieu. De ce Corps qui s’était montré à ses contemporains dans sa condition terrestre comme l’image de Dieu, Lui, le Fils de Dieu a pris un “ instantané ” correspondant à l’état qu’il voulait nous laisser en véritable image de son mystère.  » Charité du Seigneur Jésus pour nous prémunir contre l’immanentisme moderniste et nous aider à garder la foi dans nos temps d’apostasie, car l’image dont est empreint son Saint Suaire publie la formule indélébile de la foi catholique reçue des Apôtres.

De cette théologie de l’image du Saint Suaire, toute dépendante du mystère de l’Incarnation, naît aussi une sublime et émouvante contemplation  : «  Non seulement c’est Lui, mais c’est Lui tel qu’Il a voulu que nous le connaissions  !   »

ÉPOUX RÉDEMPTEUR

L’abbé de Nantes élève alors sur ce fondement une admirable esthétique du Saint Suaire, pénétrant dans la profondeur du mystère de la Rédemption  :

Négatif photographique du Saint Suaire

«  Que voyons-nous sur cette image  ? laideur du Serviteur souffrant (Is 53), ou beauté du plus beau des enfants des hommes (Ps 45)  ?

«  Nous avons là un homme d’une grande beauté physique. Haute taille, forte carrure, musculature, virilité athlétique manifestent la pleine forme de cet être parfaitement développé. Encore faut-il supprimer les défauts du linge pour voir cette taille élancée, ce magnifique port de tête. Si on s’applique au détail, on remarque la finesse des attaches, les poignets, l’élégance des mains dont la longueur est encore accentuée par la rétraction du pouce à l’intérieur de la main.

«  La Face est magnifique  : d’une immense sérénité, d’une majesté douce et humble. Le front est large et dégagé. Les arcades sourcilières sont très fermement dessinées, le nez est imposant, la tête est dolichocéphale.

«  Ce Corps et cette Face sont ceux d’un Chef. Et cependant il a choisi de nous laisser cette photo de sa laideur, image de «  Celui qui nous cachait sa Face  » (Is 53, 3), qui est comme un ver de terre (Ps 22), dans l’acte de sa Passion  : nudité de ce corps écartelé, poitrine exhaussée, visage tuméfié, lèvres gonflées, serrées, comme éclatées.

«  Mais c’est une laideur qui est belle parce qu’elle parle de vertus, de sacrifices, d’héroïsme, de souffrances voulues par amour pour nous, pour notre rédemption. Esthétique dramatique des mystères douloureux.

«  Bien plus, pour celui qui ne se laisse pas rebuter par cette laideur et passe outre dans un vigoureux acte de foi, voici que se dévoile le comble de la beauté  : «  C’est beau comme une dissonance qui évoque des choses de l’au-delà. Esthétique hyperbolique des mystères glorieux  : «  Cette Sainte Face brille soudain d’une bonté qui ruisselle de la plissure des paupières. Le front très noble et très lumineux, très ouvert, l’emporte sur la défaillance du bas du visage et l’éclatement des lèvres. Il resplendit de la gloire de Dieu. La douceur très belle d’un appel à l’amour tombe de ces lèvres qui s’offrent au baiser. Ecce sponsus, “ Voici l’Époux ”. Ainsi Dieu a aimé.

«  Or, voici la plus criante illustration du message de la Sainte Face  : un jour, il s’est trouvé que dans mon bréviaire mes deux images de sainte Thérèse sur son lit de mort et du Christ se sont rencontrées. Choc, message soudain véhément  : c’était le double sommeil de deux gisants, morts l’un pour l’autre. Sommeil d’amour, d’une mort par amour, d’une mort d’amour, en plein acte d’amour parfait. L’image de l’Époux rapprochée de celle de l’épouse qui a donné silencieusement sa vie par amour pour Lui, ce sont deux solitudes qui se rencontrent, deux visages, deux corps en attente de la résurrection pour leurs noces éternelles.

La Sainte-Face et Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

«  Pour Lui, elle est déjà accomplie  : cette Face est celle du Christ ressuscité dans la gloire. Pour elle, l’heure ne tardera pas… Gloire à Dieu, au Fils de Dieu dans le Ciel et paix sur la terre aux saints corps qui attendent leur résurrection pour aller s’unir à Lui dans la Vie éternelle.  » […] (CRC n° 127 de mars 1978, CRC n° 224 de juillet 1986)

LE CHRIST RESSUSCITÉ NE MEURT PLUS

Une question se pose alors, angoissante, “ au seuil du troisième millénaire ”  : Comment a-t-il pu se laisser condamner à mort une seconde fois le 13 octobre 1988  ? Pour entrer dans ce mystère, il nous faut encore nous mettre à l’école de «  la plus grande sainte des temps modernes  ». Un jour, son père étant en voyage, la petite Thérèse Martin eut une vision prophétique  : elle vit son Père chéri, son «  Roi de France et de Navarre  », traverser le jardin, courbé, la tête couverte d’une espèce de tablier qui lui voilait le visage. C’est seulement quatorze ans plus tard, en se remémorant ces événements avec sœur Marie du Sacré-Cœur, qu’elles en comprirent le sens  : «  C’était bien papa que j’avais vu, s’avançant, courbé par l’âge… C’était bien lui, portant sur son visage vénérable, sur sa tête blanchie, le signe de la glorieuse épreuve… Comme la Face Adorable de Jésus qui fut voilée pendant sa Passion, ainsi la face de son fidèle serviteur devait être voilée aux jours de ses douleurs, afin de pouvoir rayonner dans la céleste Patrie auprès de son Seigneur, le Verbe éternel  !

«  C’est du sein de la gloire qu’il nous a obtenu cette douce consolation de comprendre que dix ans avant notre grande épreuve le Bon Dieu nous la montrait déjà, comme un père fait entrevoir à ses enfants l’avenir glorieux qu’il leur prépare et se complaît à considérer d’avance les richesses sans prix qui doivent être leur partage…  »

Parvenu à ce point, notre Père n’hésite pas à prolonger, à la lumière du message de Thérèse, jusqu’à notre temps d’apostasie  : cet homme voilé dont elle a vu l’image vivante en la personne de son papa chéri, c’est Dieu le Père, notre très chéri Père céleste, c’est notre Roi singulièrement humilié par la grande apostasie qui submerge le monde et semble devoir vaincre les saints eux-mêmes. La Face de Dieu est outragée. Mais il appartient aux enfants de Marie au Cœur Immaculé de le «  consoler  ».

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